Un autre roman qui critique la justice?

juge-fouDans son roman Une justice à la dérive, l’auteure Claire Bergeron se permet une critique sévère du système judiciaire.  Dans le résumé apparaissant en quatrième de couverture, elle parle même de procès bâclé.  En plus d’un titre qui se veut lui aussi très critique, elle présente la dédicace suivante : « à chacun d’entre vous qui fut le témoin ou la victime d’une justice aveugle ».

Ce n’est pas tout.  Le ton s’amplifie avec une dédicace de Montesquieu qui se veut toujours aussi cinglante : « il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec la couleur de la justice ».

Je le concède : tout cela donne envie d’aller voir plus loin, de comprendre les faits qui ont poussés l’auteure à offrir ce regard d’opinion.  Mais ça rebute aussi les esprits rationnels qui cherchent encore les arguments solides pour appuyer cette idée.  Ça me rappelle le documentaire Novembre 84 qui dès son ouverture critiquait vertement le travail policier avant même qu’on sache de quoi on allait parler.

Manque de profondeur ou d’objectivité?  Attendons de voir un peu.

On en arrive à la page suivante, c’est-à-dire la note de l’auteure, laquelle se lit intégralement comme ceci : « ce roman est inspiré d’une histoire réelle.  Mais les personnages et les circonstances ont été modifiés au gré de mon imagination; Une justice à la dérive est une œuvre de fiction.  Ce que j’ai retenu des divers documents consultés à Bibliothèque et Archives Canada, à Ottawa, est, que si le jury est le pilier de notre système judiciaire pénal, il n’en demeure pas moins qu’il est composé de douze personnes que rien dans leur existence n’a préparées à cette tâche cruciale et qu’elles délibèrent uniquement à partir de faits portés à leur connaissance.  La mort étant irréversible, la peine capitale ne devrait plus, dans aucun pays, constituer une condamnation admissible ».

Cette dernière phrase est une belle façon de dénoncer la peine de mort, mais peut-être devrait-on rappeler à Mme Bergeron qu’elle a été aboli au Canada il y a maintenant plus de 40 ans!

Le reste du livre laisse place au roman, sans aucune autre note pouvant nous permettre d’identifier clairement « l’histoire vraie » qui se cache derrière cette inspiration.

1675191-gfUne critique saine envers le système judiciaire, je veux bien.  Mais pour cela, il faut présenter des arguments solides, comme l’a fait, par exemple, Me Clément Fortin en parlant de « fraude judiciaire » après avoir étudié l’ensemble du dossier concernant le meurtre de l’hôtelière de Percé en 1969[1].

Tout d’abord, le titre que Claire Bergeron donne à son œuvre est très explicite.  En un mot, elle qualifie la justice de système « à la dérive ».  Ce n’est pas rien, car cette interprétation laisse entendre qu’il se dégrade continuellement et qu’il est pratiquement irrécupérable.  En plus de cette citation soigneusement choisie, elle s’attaque sévèrement au rôle des jurés.  Quels sont ses arguments?  Puisque le reste de son roman est une « fiction », comment peut-on prétendre apporter des arguments valables pour remettre en question un système qui a fait ses preuves depuis des siècles et que, de toute évidence, elle ne semble pas s’être donné la peine de comprendre?

En principe, nous devrions en rester là.  Son argumentation est non seulement faible mais carrément inexistante.  Pour une critique honnête, on s’attendrait plutôt à un récit des faits de cette affaire criminelle qu’elle a consulté dans les archives.  En reconstituant fidèlement le véritable procès, sa critique aurait-elle été la même?

Devant un roman, le lecteur ne peut évidemment pas se faire une opinion sur des faits qui ont été modifiés, transformés ou effacés.  L’approche est incorrecte et biaisé.  Tout de même, j’ai eu la curiosité de me mettre au défi de découvrir la véritable affaire criminelle qui se cache derrière ce roman.  Pour cela, il faut d’abord en extraire les points importants qui peuvent être comparés à des faits connus.

Dès le premier chapitre, il est question d’un verdict de culpabilité pour meurtre prémédité prononcé à Amos le 6 octobre 1944.  Le condamné se nomme Florent Lamonde.  Il a 20 ans.  Son crime?  Un double meurtre.  En fait, il a tué une femme enceinte dans des circonstances que l’on découvre seulement plus loin.  L’avocat de la défense a pour nom Félix-Xavier Gagnon, alors que le juge s’appelle Adjutor Blondeau.  Le ton utilisé laisse également entendre une critique sur la durée des délibérations : 19 minutes.  D’ailleurs, le premier point qu’elle remet en question, par l’entremise d’un personnage qui se fait journaliste, est justement la brièveté de cette délibération.   Elle la considère comme une première preuve d’un procès bâclé.  Sans doute faudrait-il rappeler qu’à cette époque, et même pour la période où l’on pendait au Canada, c’est-à-dire de 1867 à 1976, les délibérations qui ont durées plus de quelques heures ont été rares.  Elle oublie que les jurés ne forgent pas uniquement leur opinion lors de cette dernière étape, mais tout au long du procès, que ce soit en écoutant attentivement les témoins ou les plaidoiries des procureurs.  Cet argument est donc vide de sens.

            Par la suite, le personnage de Florent tombe amoureux d’une belle polonaise prénommée Irena.  Mais l’argent qu’il gardait pour l’épouser, il doit le sacrifier pour placer son jeune frère malade de tuberculose dans un sanatorium, ce qui repousse le mariage d’une autre année puisque Florent peut seulement amasser sa fortune sur les chantiers.  Mais voilà.  La belle Irena ne le prend pas et décide de le quitter.  Désemparé, Florent se tourne alors vers le dernier moyen à sa portée : le vol.  C’est donc en cambriolant ses voisins, les Sicard, que les choses tournent mal et Mme Sicard, enceinte, perd la vie.  À retenir : les Sicard prévoyaient s’installer dans une nouvelle maison puisqu’ils habitaient une cabane plutôt désuète et inconfortable.

            Voilà donc la version romantique, à peu de choses près.

Puisque le personnage de Florent Lamonde est condamné à être pendu, je me suis dit qu’il était sans doute possible de retracer le cas réel qui se cache derrière ce roman.  Nous avons donc un jeune homme de 20 ans condamné pour double meurtre à Amos devant un juge nommé Blondeau en 1944.

 Parmi tous les condamnés à mort que le Québec a connu depuis la Confédération de 1867 jusqu’à l’abolition de 1976, celui qui semble correspondre le plus au profil s’appelait Laurent Lamirande.  Lui aussi avait 20 ans lorsqu’il commit un double meurtre à Authier, en Abitibi, dans la nuit du 25 au 26 mars 1942.  Ses victimes étaient Mme Richard et Paulette Richard, cette dernière étant âgée de 9 ans.  Le procès de Lamirande a eu lieu à Amos devant le juge Noël Belleau, du 29 septembre au 2 octobre 1942.

ScreenHunter_682 May. 26 20.23Dans La Gazette du Nord, voici ce qu’on racontait le 3 avril 1942 à propos du crime : « Jeudi, le 26 mars, la paroisse St-Jude d’Authier fut plongée dans l’émoi par la mort tragique et accidentelle de madame Henri Richard et de sa jeune fille de 8 ans.  C’est un des voisins, M. Adélard Bergeron, qui, à l’aube du jour, trouva les restes des deux victimes dans un brasier fumant, la maison qui les abritait ayant été brûlée de fond en comble.  Madame Richard vivait seule avec sa jeune fille, dans sa demeure, sur le lot de terrain que la famille Richard a acquis il y a 25 ans; son époux travaillait à l’extérieur depuis plusieurs mois dans le but de se faire des épargnes pour se bâtir une maison qui aurait remplacé le « shack » primitif, chacun de son côté s’imposait les sacrifices nécessaires pour arriver au but projeté; on se réjouissait, à l’avance, à la pensée que l’on pourrait enfin jouir dans une maison confortable.  Hélas!  La Providence y a mis son doigt, dans une nuit affreuse et malheureuse, nous avons vu disparaître, l’épouse, la fille et l’argent, tout est brûlé avec le modeste logis, tout est consumé.  Le chef abandonnera sa paroisse pour aller continuer son travail près de Val d’Or où il demeurera avec sa fille et son gendre M. Foreagin ».

Quoique l’incident passa d’abord pour un incendie accidentel, l’enquête policière détermina qu’il s’agissait d’un double meurtre.

On retrouve un autre point où le roman rejoint la réalité, lorsque La Gazette du Nord écrivait, le 2 octobre 1942, que « l’accusé est un jeune homme de 20 ans à l’air calme et placide, d’un aspect plutôt sympathique.  Rasé de frais, il est vêtu avec élégance et n’a rien de la plupart des figures qui défilent à la barre des accusés ».  Le personnage de la romancière passait également pour un bon et beau garçon.

Lors du véritable procès, la Couronne était représentée par Me Gérald Fauteux de Montréal, et assisté de Me Henri Drouin, d’Amos.  Quant à l’accusé, il était défendu par Me Lucien Gendron.

Cet article nous apprend aussi que le canon brûlé d’une carabine a été retrouvé dans le brasier et qu’il y avait une somme d’argent considérable dans la maison.  De plus, le socle de la lampe au kérosène aurait été retrouvé à bonne distance de ses autres pièces, ce qui semblait éliminer la possibilité de l’avoir accroché accidentellement, comme le prétendra la défense.

Dans la parution du 9 octobre 1942 du même journal on apprend, ô surprise, que les délibérations s’échelonnèrent sur 55 minutes.  Henri-Julien Richard, le mari et le père des victimes, s’était éteint à l’âge de 61 ans le 13 juin, quelques mois seulement après le drame.  Malgré l’absence de ce témoin potentiel, la Couronne arriva à prouver que celui-ci avait envoyé, depuis les chantiers, la somme de 400$ ou 450$ à sa femme.  « Cet argent était destiné à la construction d’une maison plus grande et plus confortable qui devait remplacer la modeste maison de bois de sa famille ».  Voilà donc un autre détail qui confirme la chose : la romancière s’est inspirée de l’affaire Lamirande.

Lamirande aurait fait une première confession en affirmant que deux inconnus lui auraient emprunté sa carabine pour aller commettre un vol chez les Richard.  Pour son aide, on lui aurait donné 100$.  Mais le lendemain, il livrait une autre version aux détectives et selon laquelle entre 23h00 et minuit il s’était rendu chez les Richard « la porte de la maison n’étant pas verrouillée, il y est entré et a pénétré dans la chambre de Madame Richard éclairée par une lampe basse. Madame Richard s’est levée.  Lamirande lui a lancé sa carabine d’une distance de trois ou quatre pieds et Madame Richard est tombée sur son lit, pour ne pas se relever.  La fillette Paulette Richard ne s’est pas réveillée.  L’accusé se serait alors emparé de l’argent contenu dans la saccoche [sic] qui reposait sur le bureau, environ 200$ mais qu’en faisant un faux mouvement il aurait renversé la lampe allumée.  Rentré chez lui il aurait caché l’argent entre le moteur à essence et le moulin à faucher dans la grange de son père, se serait couché et serait ensuite allé au feu »[2].

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Le juge Noël Belleau, qui prononça la sentence de mort contre Laurent Lamirande en 1942.

 Dans une troisième version, il avoua : « j’ai fait l’incendie des Richard, par découragement, par découragement d’amour, je voulais me marier et je n’avais pas d’argent ».  C’est apparemment cette dernière déclaration qui a convaincu le jury de le déclarer coupable de meurtre avec préméditation et non d’homicide involontaire.  D’après ce compte rendu, il n’y a donc pas matière à crier à l’injustice, et encore moins de parler de « dérive ».  Encore faudrait-il une étude exhaustive de tout le dossier pour en avoir le cœur net.

Par tous les moyens, la défense tenta de sauver la vie de son client, mais le 13 avril 1943 la Cour d’appel confirma le verdict et renvoya le condamné subir sa sentence.  Le 4 juin 1943, Lamirande devint le premier condamné canadien à être pendu de nuit, à 0h30 plus précisément.  Son décès fut constaté à 0h49.  La veille, « il pleura à plusieurs reprises dans la soirée, disant regretter son crime », pourra-t-on lire dans La Patrie.

Quand je pense à d’autres romanciers comme André Mathieu, qui a fortement critique le procès de Marie-Anne Houde sans jamais l’avoir lu, je me demande jusqu’à quel point il n’existe pas une culture visant à critiquer le système judiciaire sans même se donner la peine de le connaître?


[1] Voir : https://historiquementlogique.com/2012/11/22/mesrine-le-tueur-de-perce-une-fraude-judiciaire/

[2] La Gazette du Nord, 9 octobre 1942.

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Jacques Mesrine : la cavale québécoise

Jacques Mesrine
Jacques Mesrine

            Pour plusieurs, et peut-être davantage du côté européen, le nom de Jacques Mesrine est synonyme de légende dans le milieu criminel.  Ici, on se souvient encore de son passage remarqué au tournant de la décennie 1970.  A-t-il été une véritable légende du crime?  Le Québec est-il à l’origine du lancement de sa carrière?

            En 2008, je me trouvais à Paris au moment de la sortie du film L’Instinct de mort de Jean-François Richet, le premier de deux volets.  Là-bas, on y ressentait les échos d’un certain mythe.  C’est du moins ce que j’ai compris lors de ma conversation avec un propriétaire de pizzéria de Lagny-sur-Marne.  Toutefois, ce n’est qu’après mon retour au Québec que j’ai pu visionner ce film dans lequel le rôle principal du voyou est interprété par Vincent Cassel.

            Sachant parfaitement que la quête de la vérité n’est généralement pas l’objectif premier du cinéma, la question qui s’imposait était justement de savoir quelle en était la part d’authenticité.

            Comme dans le film de Richet, les premières frasques du couple Jacques Mesrine – Janou Schneider en sol québécois apparaissent avec le kidnapping de leur employeur, le millionnaire Georges Deslauriers.  Quoique handicapé, Deslauriers réussira à se libérer de ses agresseurs alors qu’on le gardait maladroitement dans un appartement de Montréal, en juin 1969.  Dans son livre de 1977, Mesrine écrira : « je n’étais pas fait pour ce genre de travail.  Le chantage à la vie humaine n’était pas dans mes cordes ».

            Libre à vous de boire ces paroles.  N’empêche qu’en 1979, en France, il répéta l’expérience avec Lelièvre, un millionnaire âgé de 80 ans.  Un ennemi public numéro 1 qui s’en prend aux vieillards et aux handicapés?

            Le 30 juin 1969, le corps d’Éveline LeBouthillier, la propriétaire du Motel Les Trois Sœurs à Percé, en Gaspésie, était retrouvée sans vie.  La femme de 58 ans avait été étranglée et ses bijoux volés.

            Lucien Aimé-Blanc, Commissaire divisionnaire célèbre pour avoir traqué Mesrine en 1979, écrira dans son livre La chasse à l’homme publié en 2002 qu’il croyait Mesrine responsable de ce meurtre.  En effet, le couple maudit se trouvait dans les parages à l’époque du drame, fuyant les autorités montréalaises à la suite du fiasco de l’affaire Deslauriers.

            Le film de Richet zappe complètement cet épisode gaspésien, un moment pourtant très fort dans la carrière du truand, sinon crucial.  Le cinéaste français cherchait-il à embellir l’image de son personnage en buvant ses paroles?

            Ce qui est sûr, c’est que Mesrine lui-même passa ensuite beaucoup de temps à se défendre d’avoir commis ce meurtre.  Évidemment, pour un truand qui cherchait la gloire, il était plus difficile de faire avaler aux admirateurs le meurtre d’une femme sans défense.

            Comme on le sait, Mesrine et Schneider seront arrêtés aux États-Unis au cours de l’été 1969 en possession des bijoux de LeBouthillier.  De retour au Québec, leur charisme se révéla aux caméras des journalistes.  Éventuellement, Mesrine écopera de 10 ans de pénitencier pour l’enlèvement de Deslauriers, en plus d’une année pour évasion.  Sa compagne héritera quant à elle d’une peine de 5 ans.

            C’est le 18 janvier 1971, au palais de justice de Montmagny, que s’ouvrit le procès de Jacques Mesrine et Jeanne « Janou » Schneider pour le meurtre de Percé.  Le juge désigné était Paul Miquelon, ancien collègue du redoutable Me Noël Dorion, avec lequel il avait travaillé, entre autres, sur les affaires de Sault-au-Cochon et de Wilbert Coffin.  Du côté de la Couronne, on retrouvait les procureurs Maurice Lagacé et Bertrand Laforêt.  Quant à la défense des deux accusés elle fut assurée par Me Raymond Daoust, épaulé de Me Lucien Grenier.

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Jean-Paul Mercier

            Le Dr Richard Authier témoigna à l’effet que la victime avait bien été étranglée, probablement par un tablier qui fut d’ailleurs retrouvé autour de son cou.  Il fallait donc en déduire qu’il avait fallu un minimum de force physique pour commettre ce crime.

            Le Soleil décrivit les accusés comme « tout à la joie de se revoir après plusieurs mois de séparation, [ils] ont assisté au début du procès sans la moindre nervosité, ni la moindre gêne.  Ils se sont laissés, à loisir, photographier, auprès de leur procureur, Me Raymond Daoust, en dehors des heures d’audience.  Un gros cahier en main, M. Mesrine collige des notes qu’il transmet ensuite à son procureur ».

Comme pour contredire ce compte-rendu journalistique, Mesrine écrira plus tard qu’en s’installant « dans le box, nous nous assîmes.  Jane m’avait pris la main. Elle tremblait, je la sentais nerveuse ».

            Denis Léveillée, l’expert en empreintes digitales de la Gendarmerie Royale du Canada (GRC), témoigna pour la Couronne à l’effet que les empreintes trouvées dans la maison appartenaient aux accusés.  Mais lorsque Me Daoust s’avança pour le contre-interroger, l’expert passa un sale quart d’heure.  Parlez-en à Me Clément Fortin qui a révisé minutieusement tout le procès pour en faire un livre en 2013 : Mesrine, le tueur de Percé : une fraude judiciaire.  Me Daoust s’est tellement acharné sur les détails qu’il a réussi à installer un doute où, apparemment, il n’y en avait pas.  Il répéta l’exercice avec plusieurs autres témoins, dont Irène LeBouthillier, la nièce de la victime.  La jeune fille célébrait son 16ème anniversaire le jour même de son témoignage sous serment.  Mitraillée par les questions de Daoust, et cela sans intervention de la part du juge, ses propos furent sans doute mal interprétés par les jurés[1].

            Dans sa conclusion, Me Fortin posa une question importante : « que penser des contre-interrogatoires harcelants, répétitifs et vexatoires?  Il ne devrait pas être permis à un procureur de s’acharner sur les témoins dans le but évident de les confondre, de les intimider et de leur faire dire, à la fin, n’importe quoi pour les discréditer auprès des jurés.  L’avocat [Raymond Daoust] a atteint son objectif, mais a-t-il bien servi les intérêts de la justice?  On ne doit pas s’étonner du peu d’empressement que manifestent des témoins potentiels.  La crainte de se « faire mettre en boîte » leur fait fuir la police et les avocats.  Et ils n’ont pas tout à fait tort »[2].

            Des témoins confirmèrent ensuite avoir vu les accusés aux alentours de Percé dans la nuit du crime, alors que des parentes de la victime vinrent identifier les bijoux.  Mais la défense présenta une commission rogatoire faite en France l’année précédente et démontrant que les bijoux n’avaient pas été volés mais achetés à Paris.  Ainsi, par un stratagème brillant, on faisait passer les parentes et amies de Mme LeBouthillier pour des menteuses.  Un autre fait que déplore d’ailleurs Me Fortin dans son livre.

            Fidèle à lui-même, Mesrine créa un coup de théâtre au moment même où la Couronne établissait la preuve des bijoux.  Il se leva en pleine cour, ignorant probablement les règles de conduite lors d’un procès canadien, pour hurler et accuser le juge Miquelon de faire revivre l’affaire Coffin.  Probablement informé par Daoust, Mesrine tentait de soulever un autre doute quant à l’impartialité de la justice en rappelant ce cas type qui convainc, encore aujourd’hui, beaucoup de Québécois que Coffin a été victime d’injustice.  Mais en fait, selon l’analyse qu’en fait Me Fortin, c’est plutôt Me Daoust et Mesrine qui créèrent de toute pièce une impression d’injustice en se servant de ouï-dire et d’affabulations émanant de l’imagination de Jacques Hébert[3].

            Quant à son comportement agressif, Mesrine en rajoutera lui-même dans son autobiographie en traitant de « salopes » la sœur de la victime et les autres femmes ayant témoigné en lien avec les bijoux.

            Le 28 janvier 1971, Le Soleil publia une histoire selon laquelle Mesrine tenta de s’évader de la prison de Montmagny, là où les autorités le ramenaient chaque soir après les audiences.  L’incendie qu’il causa aurait fait des dommages évalués à 30 000$.  Soulignons au passage que les jurés ne furent jamais mis au courant de ce fait, ni de l’affaire Deslauriers d’ailleurs.  Si cela avait été le cas, la décision du jury aurait-elle été différente?

            Autre élément mystérieux qui s’ajoute à la légende de Mesrine réside dans une phrase qu’il aurait dite à bord d’un avion lors d’un transfert, le 7 août 1969.  En présence de deux policiers, il aurait lancé ceci : « pour cette affaire-là, on s’en tire à perpet (perpétuité); si l’avion s’écrasait, nous aurions notre compte et il y aurait deux flics de moins! ».  Cette boutade prouve-t-elle le côté suicidaire du truand ou tout simplement une autre fanfaronnade destinée à se donner de l’importance?

            Après la plaidoirie de la défense, le juge Miquelon livra son adresse aux jurés le 5 février 1971.  Trois jours plus tard, les médias annonçaient l’acquittement du couple.  Selon Le Soleil, les jurés auraient justifié leur décision – la loi les oblige pourtant à la discrétion – que le procès contenait trop de détails inexpliqués en plus de reprocher de nombreuses contradictions dans les témoignages.  La tactique abusive de Me Daoust avait donc porté ses fruits, au grand désarroi de Me Clément Fortin, qui dans son livre de 2013 qualifia cette affaire de « fraude judiciaire ».  Rien de moins!

            Lors de l’émission radiophonique 2000 ans d’Histoire animée par Patrice Gélinet et diffusée sur France Inter, Jean-Marc Simon, auteur d’une biographie en deux tomes sur Mesrine, affirmera ne pas croire en sa culpabilité.  L’étude exhaustive du procès réalisée par Me Fortin démontre plutôt le contraire.  Rappelons seulement que Simon n’a jamais consulté le dossier judiciaire, en plus de commettre des erreurs de débutant dans la partie de son ouvrage qu’il consacre à la cavale québécoise de son héros[4].

            Parmi les détails intéressants, soulignons cette phrase qu’on retrouve dans le livre de Mesrine : « nous étions aussi accusés d’un meurtre que je n’avais pas commis ».  Pourquoi passer soudainement du « nous » au « je »?

            Pour un truand qui soignait son image, pas étonnant qu’il ait clamé haut et fort son innocence.  Après tout, en admettant que le crime puisse apporter du prestige aux yeux de certaines personnes, le meurtre d’une femme sans défense de 58 ans n’est certes pas le genre de critère qu’on aime inscrire à son curriculum vitae.

            D’ailleurs, pour ce qui est de l’image, Lucien Aimé-Blanc souleva cette apparence d’absurdité : « il [Mesrine] raconte sa vie de voyou en exagérant ses exploits.  Il revendique un certain nombre de meurtres, d’exécutions, de hold-up, dont on sait pertinemment que ce sont des affabulations.  C’est quand même bizarre de publier son propre réquisitoire, deux mois avant un procès aux assises!  Mesrine s’est tellement chargé dans son livre que le procureur a passé son temps à essayer de démêler le vrai du faux.  Malin!  En s’accusant de méfaits qu’il n’a pas commis, il sème le doute sur ceux dont on l’accuse. »

            Un ver à choux tel que Jacques Mesrine ne pouvait rester longtemps cloisonné entre des murs de béton.  Sans doute pour rehausser son prestige, il laissera entendre plus tard que personne n’avait réussi à s’évader du pénitencier St-Vincent-de-Paul, à Laval, là où on le conduisit après le procès de Montmagny pour y purger sa peine relative au kidnapping de Deslauriers.  C’était faux, bien sûr.  D’autres criminels ont réussi, avant et après lui, à sortir de ces murs.  Certes, ils n’ont toutefois pas été très nombreux.  D’ailleurs, en janvier 1971, Le Soleil qualifiait lui-même l’établissement de véritable « passoire ».

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Pénitencier St-Vincent-de-Paul, en 2010. 

             Entre son entrée au pénitencier et l’évasion d’août 1972, la seule chose dont on peut être certain c’est que c’est au cours de cette période que Mesrine fera la rencontre de Jean-Paul Mercier, déjà connu comme un dangereux braqueur.  D’ailleurs, comme je l’ai fait remarquer dans un autre article publié en 2012[5], Mesrine ne fut plus jamais le même par la suite, comme si Mercier lui avait tout appris.  Et nous verrons que la suite des choses le montrera de façon encore plus explicite.

            Projetant les cinéphiles dans l’erreur, le film de Richet prétend que Mesrine et Mercier se sont connus à l’époque de l’enlèvement de Deslauriers.  Ce qui est sûr, c’est que le 21 août 1972 les deux criminels réalisaient leur premier coup conjoint en s’évadant du célèbre pénitencier par une brèche pratiquée dans les grillages des clôtures.  Le lendemain, en première page, La Presse rapportait l’exploit en ces termes : « […] Le solliciteur général du Canada [Jean-Pierre Goyer] s’est dit surpris, hier après-midi, qu’on puisse s’évader sous le nez de gardes dans des tours de guet, d’un pénitencier à sécurité maximum ».  D’ailleurs, pas étonnant que le dossier d’archive concernant cette évasion soit sous le coup d’un scellé jusqu’en 2072!

            En fait, les évadés furent au nombre de six.  En plus de Mesrine et Mercier, on comptait également Pierre Vincent, 26 ans, qui fut repris le jour même; Michel Lafleur, 21 ans; André Ouellette, 33 ans; et Robert Imbeault, 23 ans.  Les policiers furent nombreux à fouiller la région dans l’espoir de tous les retrouver avant qu’ils ne commettent d’autres crimes graves.  Un hélicoptère fut d’ailleurs mis à leur disposition.

            Si on doit en croire Mesrine, lui et Mercier auraient franchi l’autoroute 25 avant de forcer des automobilistes à les conduire au cœur de Montréal.  Les deux lascars semblent avoir bénéficié d’une certaine aide extérieure car dès leur arrivée dans la métropole un appartement rempli d’armes les attendait.   Selon Mesrine, leur contact extérieur aurait été une jeune femme qu’il prénomme « Lizon » dans son livre et qui, le même soir, « devint la maîtresse de Jean-Paul […] ».  Pourrait-on présumer que cette femme était Suzanne Francoeur, celle qui les accompagnerait au cours des semaines suivantes?  Celle-ci n’était apparemment pas une enfant de cœur, sans faire de vilain jeu de mots.  Elle avait été condamnée en 1965 pour distribution de faux billets de banque.

            Selon La Presse, les six fugitifs avaient un « devoir moral » de s’évader, faisant ainsi référence aux piètres conditions de détention dénoncées par certains criminels, comme Mesrine et Mercier.  Richard Blass suivra leurs traces peu de temps après en militant en faveur des droits des prisonniers.  Ce dernier aura gain de cause en parvenant à ouvrir les portes des pénitenciers aux journalistes.  Bien sûr, diront certains, on ne montra à ceux-ci qu’une facette du problème.

            Qu’à cela ne tienne, en embrassant une cause comme celle de la défense des détenus, Mesrine et Mercier venaient de s’assurer la sympathie d’une certaine classe sociale, et cela pour le reste de leur existence; et même au-delà.  Malgré tout, le pénitencier de St-Vincent-de-Paul ne fermera ses portes qu’en 1989, dix ans après la mort de Mesrine et quinze après celle de Mercier.

            Mesrine et Mercier ne perdent pas de temps.  Le 25 août 1972, il leur faut une dizaine de minutes pour s’attaquer à la Caisse Populaire Desjardins de Saint-Bernard de Dorchester et celle de Saint-Narcisse de Lotbinière.  Selon les estimations de Mesrine, cela leur aurait rapporté 26 000$ (selon les journaux, on parlerait plutôt de 10 000$ environ).  Dans son film, Richet met en scène cette double attaque en nous montrant d’ailleurs l’une des deux institutions sous le nom de « Crédit Populaire St-Bernard ».  Mais la scène montre que les deux banques se faisaient face, sur la même rue.  C’est faux.  Les deux établissements se trouvaient dans deux villages séparés de quelques kilomètres.

            Le 23 octobre 2010, je me suis rendu sur place pour constater que les deux caisses populaires étaient toujours en opération, quoique leur architecture s’était adaptée à l’évolution des 38 dernières années.  Les villages de St-Bernard et de St-Narcisse-de-Beaurivage sont distants de 10,7 km.  J’ai parcouru cette distance en 8 minutes, et cela en comptant le fait que j’ai dû me ranger sur le côté de la route pour laisser circuler une large moissonneuse batteuse.

            Selon Mesrine, son complice québécois aurait tiré un coup de feu à l’intérieur de l’une des deux institutions, sans toutefois blesser qui que ce soit, avant de sortir et de remonter en voiture « devant deux petites vieilles qui étaient tout étonnées de nous voir sortir de la banque avec une arme à la main ».  Il prétendit aussi avoir pris en auto-stop une jeune fille de 14 ans.  Celui qui adorait soigner sa réputation se contenta d’écrire que « cela lui ferait des souvenirs pour ses petits-enfants ».

            Ce qu’on doit retenir de ce bref épisode de la région de Lotbinière, c’est que les deux évadés échappèrent aux recherches par une connaissance précise et très développée des petites routes.  Ce talent ne pouvait qu’être attribuable à Jean-Paul Mercier, qui était originaire de Ste-Agathe-de-Lotbinière.  C’est là qu’il avait vu le jour le 6 juin 1944, le jour même du très historique débarquement de Normandie.  De là la déduction selon laquelle il semble beaucoup plus probable que Mesrine ait été l’apprenti de Mercier, du moins en ce qui concerne les braquages.

            Le fait que Mercier ait été assez futé pour échapper aux recherches policières sur « son terrain » mènera à un autre fait d’armes.  Les attaques de banques n’auraient eu comme seul objectif de financer leur prochain projet diabolique : l’assaut du pénitencier St-Vincent-de-Paul.

            Le film de Richet donne dans le spectaculaire en montrant une scène où Mesrine et Mercier reviennent, lourdement armés, pour s’attaquer directement au méchant pénitencier.  Ils auraient même fait la promesse avant de s’évader de revenir pour libérer leurs « collègues ».  Le film nous montre un mitraillage en règle et des voitures de police qui explosent sous les grenades.   Dans les faits, aucune explosion ni décès.  Mais les deux énergumènes ont véritablement tenté une attaque le 3 septembre 1972 avant d’être repoussés par les tirs des gardiens postés dans les miradors.

            Selon La Presse, qui n’identifiait pas les deux assaillants, une voiture suspecte, qui rôdait autour du pénitencier depuis un certain temps, fut prise en chasse par une auto-patrouille.  On aurait atteint des vitesses frôlant les 120 km/h.  Soudainement, la voiture de devant s’est immobilisée et un homme armée (possiblement une M-1 semi-automatique) en est sorti pour mitrailler les deux policiers, les agents Jean-Paul Viau et Serge Morin, tous deux du poste 10 de Laval.  Les deux policiers se seraient couchés sur la banquette, tandis que leur véhicule s’immobilisait lentement dans le fossé, vers lequel ils ont ensuite rampé.  Rappelons que les agents Viau et Morin n’avaient que des revolvers de calibre .38 pour assurer leur défense, ce qui ne faisait visiblement pas le poids devant une arme d’assaut.

            Heureusement pour eux, ce sont les tirs des gardiens postés dans les miradors du pénitencier qui leur ont sauvé la vie.  Sous leurs tirs, les deux assaillants remontèrent en voiture pour prendre la fuite.  En tout, La Presse estima qu’il y avait eu une soixantaine de coups de feu.

            La voiture des tireurs-fous, une Dodge, fut retrouvée peu après et dans laquelle on retrouva des vêtements neufs et des cisailles.  On en déduisit qu’ils avaient réellement l’intention de faire libérer les autres détenus.  Interrogés par La Presse, Viau et Morin se plaignirent de ne pas être suffisamment bien armé pour faire face à ce genre de menace.

            Aucune grenade ni explosion comme dans le film de Richet!

            La rage de Mesrine et de Mercier n’était toutefois pas terminée.  C’est vers cette époque que le chroniqueur Claude Poirier les aurait croisés dans un restaurant de Montréal.  Dans son émission Secrets judiciaires, le narrateur ouvrait un épisode en disant que « Claude Poirier a très bien connu Jacques Mesrine ».  Pourtant, on apprenait ensuite que Poirier leur avait parlé une dizaine de minutes seulement … dans les toilettes d’un restaurant.

            Bref, le 10 septembre 1972, les deux évadés atteignirent le summum de la violence en commettant un double meurtre sur les personnes d’Ernest St-Pierre et Médéric Côté, les deux seuls gardes-chasse de toute l’histoire du Québec à mourir assassinés.  Le drame s’est produit dans le rang de la Petite Belgique à Saint-Louis-de-Blandford.  Deux versions se contredisent pour expliquer l’affrontement.  Selon la première, St-Pierre et Côté auraient répondu à une plainte de citoyens qui avaient entendu des coups de feu, mais il semble plus vraisemblable que les deux hommes se soient rendus sur place seulement parce que ce rang faisait partie de leur patrouille habituelle.

            Qu’est-ce qui a déclenché les tirs?  Mesrine a évidemment sa version, mais il serait plus honnête de dire que nous ne le saurons jamais.  Ce qui est sûr, c’est que St-Pierre et Côté ont été sauvagement abattus de plusieurs coups de feu.  Dans le film de Richet, on voit Cassell (Mesrine) utilisé un Colt .45, alors que dans la réalité l’arme de poing utilisée était de calibre .22.

            Peu de temps après, Mesrine et Mercier passaient la frontière américaine.  Selon l’histoire généralement acceptée, Mercier dut revenir au Québec quelques semaines plus tard pour faire soigner Suzanne Francoeur, mordue par un chien au Venezuela.  Peu après leur rentrée, le 4 décembre 1972, le couple était arrêté à Montréal.  Quant à Mesrine, il ne remettra plus jamais les pieds en sol québécois.

            À la fin de décembre, Suzanne Francoeur sera appelée à témoigner à Victoriaville lors de l’enquête du coroner Thibault sur le double meurtre de St-Pierre et Côté.  Elle s’y révélera être une piètre menteuse.  Mercier y sera appelé en janvier 1973.  En dur à cuir qu’il était, il ne dira rien.

            En mai 1973, Mercier décida de plaider coupable, privant ainsi le public des détails que contenait le dossier.  Il retournera au pénitencier St-Vincent-de-Paul.  Il s’en évadera encore à deux reprises.  La dernière occasion se présenta à l’automne 1974, en compagnie de Richard Blass.  Mercier reprit aussitôt les braquages, ce qui lui coûtera la vie à la fin d’octobre lorsqu’il sera abattu par les tirs policiers dans le quartier St-Léonard.

            Retourné en France, Mesrine continuera sa vie de truand jusqu’à ce qu’il tombe, à son tour, sous les balles des policiers en novembre 1979, porte de Clignancourt, à Paris.

 


Médiagraphie

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) à Trois-Rivières.  Enquête du coroner Thibault sur le double meurtre d’Ernest St-Pierre et Médéric Côté, District judiciaire d’Arthabaska, 1972-73.

BLANC, Lucien-Aimée.  La chasse à l’homme : la vérité sur la mort de Mesrine.  [Paris] : Plon, 2002. 241 p.

BROUSSARD, Commissaire.  Commissaire Broussard : mémoires.  [Paris] : Plon, 1997.  Édition Stock, 2005.  694 p.

ENNEMI PUBLIC NO 1, L’.  Jean-François Richet, réalisateur.  Film cinématographique, 2009, DVD.

FORTIN, Clément.  Mesrine, le tueur de Percé : une fraude judiciaire.  Wilson & Lafleur, Montréal, 2013, 421 p.

INSTINCT DE MORT, L’.  Jean-François Richet, réalisateur.  Film cinématographique, 2009, DVD.

MESRINE, Jacques.  L’Instinct de mort.  Paris : Éditions Jean-Claude Lattès, 1977.  Paris : Éditions Champ Libre, 1984, 392 p.

SIMON, Jean-Marc.  Jacques Mesrine dit le Grand.  Paris : Éditions Jacob-Duvernet, 2008, 402 p.

Société Radio-Canada, les archives de Radio-Canada.  Mesrine, l’ennemi public, est abattu.  Diffusé le 2 novembre 1979.  Accès : http://archives.radio-canada.ca/societe/criminalite_justice/clips/17051/

(Note : les journaux consultés ont été trop nombreux pour être tous cités ici)

 

 

 

 

[1] Pour en savoir davantage sur les détails de ce témoignage, je vous invite à lire l’article que j’y consacrais en 2013 : https://historiquementlogique.com/2013/11/19/proces-mesrine-schneider-le-temoignage-direne-lebouthillier/

[2] Clément Fortin, Mesrine le tueur de Percé : une fraude judiciaire, (2013), p. 404.

[3] Jacques Hébert a écrit deux livres à l’origine de la légende de Wilbert Coffin.  Bien qu’il a été débouté et ridiculisé par la Commission Brossard, qui démontra qu’il n’y avait aucune preuve d’injustice dans le déroulement du procès de Coffin, le récit de Hébert compte encore de nombreux adeptes.

[4] Pour plus de détails sur mon analyse de l’ouvrage de Simon : https://historiquementlogique.com/2011/02/23/jacques-mesrine-dit-le-grand-de-jean-marc-simon/

[5] Voir : https://historiquementlogique.com/2012/06/15/jean-paul-mercier/

L’affaire St-Louis: chapitre 10

03
En pourchassant le braqueur, les membres de la famille Prince ont-ils tenté de tirer dans les pneus de la voiture du suspect?  Au bout du compte, Marcel St-Louis a-t-il agi en légitime défense?  L’avocat de la défense était-il en train de renverser la vapeur?

Aussitôt que Me Laniel eut remercié le témoin, Me Gérald Grégoire s’avança tranquillement vers le jeune homme de 17 ans.  Son travail était de mettre ses propos en perspective.

  • Vous dites que vous êtes parti avec votre père et que vous veniez de l’épicerie?
  • Pas de l’épicerie je venais de la maison qui est à côté de l’épicerie.
  • À ce moment-là est-ce que c’était à votre connaissance que votre frère Michel avait été averti de l’incident qui s’était passé au magasin?
  • Non, je ne savais pas que Michel avait été averti ou non.
  • Alors, par conséquent, vous ne saviez pas qu’il viendrait vous rejoindre?
  • Je l’ai su qu’il viendrait.
  • Avant de partir?
  • Oui.
  • Ah bon. Qui vous a dit ça qu’il viendrait vous rejoindre?
  • Bien j’ai été chercher mon père qui était à son garage puis moi … mon père a dit : dis à Michel qu’il nous suive.
  • Ah c’est ça que vous avez entendu?
  • Oui.
  • Votre père qui a dit ça?
  • Il a dit ça.
  • Il n’a pas ajouté d’autre chose en plus de ça votre père?
  • Il a dit qu’il amène son arme?
  • Il a dit qu’il amène son arme?
  • Oui.
  • Est-ce que c’était à votre connaissance que votre frère avait une arme en sa possession?
  • J’en avais déjà entendu parler que Michel s’était acheté une arme et vu qu’on avait eu plusieurs vols à l’épicerie Michel l’avait dit bien si il vient quelqu’un on pourra le recevoir.
  • Depuis quelle date à votre connaissance avait-il cette arme-là, le savez-vous?
  • Exactement la date je ne peux pas me rappeler.
  • Alors, quand vous avez commencé votre poursuite de l’automobile bleue vous saviez que Michel avait été averti de venir avec son arme?
  • Oui.
  • Par votre père?
  • Oui.
  • Dans le Rang 7 Monsieur Prince vous êtes arrêtés là et vous avez fait un demi-tour et ensuite c’est là que votre père est entré dans l’entrée de chez Monsieur Corriveau avec vous et c’est là qu’il a placé son automobile de travers dans la route?
  • Oui.
  • Dans le rang 7?
  • Oui.
  • À la résidence de Monsieur Corriveau?
  • Oui.
  • Vous êtes débarqué tous les deux de l’automobile?
  • Oui.
  • À ce moment-là aviez-vous remarqué le numéro de la plaque d’enregistrement du véhicule que vous poursuiviez?
  • Oui.
  • Et là vous étiez rendu dans le Rang 7 toujours du côté de la maison de Monsieur Roy?
  • Oui.
  • Le numéro de licence l’avez-vous remarqué avant d’arriver chez Monsieur Roy ou après?
  • Après qu’on a viré chez Monsieur Roy.
  • Avant ça, est-ce que vous aviez pu le remarquer?
  • Avant ça bien j’aurais su peut-être le voir mais je n’étais pas certain.
  • Pour quelle raison que vous n’étiez pas sûr?
  • Bien la distance qui séparait notre automobile de l’Envoy.
  • Arrivés chez Monsieur Corriveau vous dites que vous êtes débarqués vous et votre père, est-ce que vous êtes restés dans le rang là?
  • Non sur le côté de la maison à Monsieur Corriveau.
  • Sur le côté de la maison à Monsieur Corriveau?
  • Oui.
  • Et votre père qu’est-ce qu’il a fait lui?
  • Il s’est dirigé vers la maison de Monsieur Corriveau et il est allé à la porte d’en arrière de la maison de chez Monsieur Corriveau.
  • Est-ce que vous l’avez vu rentrer dans la maison?
  • Non.
  • Et vous êtes revenu au chemin?
  • J’ai vu mon frère qui s’en venait.
  • Alors, vous êtes retourné au chemin?
  • C’est ça.
  • Votre père est arrivé pas longtemps après ça?
  • Non, j’ai pas revu mon père après ça.
  • Vous n’avez pas revu votre père après ça?
  • Non.
  • Dans le rang 7 là vous étiez tous les trois, votre frère Michel et vous?
  • Michel, Louis et moi. Chez Monsieur Corriveau.
  • Est-ce que vous êtes débarqué, est-ce que vous étiez tous les trois en dehors de l’automobile?
  • Oui.
  • Dans l’entré de [cette] cour-là?
  • Dans la cour à Monsieur Corriveau, c’est ça.
  • Et là c’est là que vous avez aperçu la petite automobile bleue?
  • On l’a vue puis elle a passé devant nous autres.
  • Est-ce que Michel avait son arme à ce moment-là?
  • Oui.
  • Il l’avait avec lui à l’extérieur?
  • Oui.
  • Qu’est-ce qui est arrivé après ça, il a tiré un premier coup de feu?
  • Il a tiré un coup de feu en direction des pneus.
  • De quel côté était-il lui Michel, est-ce qu’il s’en venait du côté du chauffeur?
  • Bien du côté… bien il était dans la cour à Monsieur Corriveau.
  • Du côté du chauffeur?
  • Tout le temps.
  • De l’Envoy?
  • C’est ça.
  • Alors il y a eu un coup qui a été tiré là?
  • Oui.
  • Et vous où étiez-vous là?
  • À côté de Michel.
  • À côté de Michel?
  • Oui.
  • Et qu’est-ce que vous regardiez vous?
  • Quand Michel a tiré un coup?
  • Oui?
  • Je regardais passer l’automobile puis Michel était à côté de moi.
  • Vous dites que vous regardiez l’automobile à ce moment-là?
  • Et puis Michel était à côté de moi.
  • Est-ce que vous regardiez ailleurs ou si vous regardiez les deux en même temps, vous savez que l’automobile elle, elle était en circulation?
  • Mais Michel était en plein à côté de moi c’est-à-dire il était à côté de moi … mais peut-être un pied en avant de moi.
  • N’est-il pas vrai que votre regard a été attiré vers l’automobile?
  • Il a été attiré vers l’automobile et aussi vers Michel parce que Michel a pointé son fusil vers l’automobile.
  • Est-ce que Michel ne pointait pas plutôt son fusil vers le chauffeur, est-ce que vous pensez que pendant que l’automobile circulait Michel était assez bon tireur pour viser les pneus?
  • Moi je dis qu’il pointait son arme vers les pneus.
  • Vous êtes sûr de ça?
  • Oui.
  • Est-ce qu’il faisait noir dans ce rang-là?
  • Il y avait une obscurité.
  • Il faisait noir à bonne heure et ces rangs-là ne sont pas éclairés, c’est seulement les phares des automobiles qui éclairaient ça?
  • C’est ça.
  • Et sous votre serment que vous avez prêté tout à l’heure dites-nous donc que vous n’avez pas regardé dans quelle direction Michel pointait son arme?
  • J’étais à côté de Michel et je l’ai nettement vu. Je l’ai nettement vu qu’il a pointé son fusil vers les pneus.
  • Alors vous ne changez pas la version de votre témoignage?
  • Je l’ai nettement vu.
  • C’était un bon tireur ça Michel?
  • Non.
  • Est-ce que vous pouvez être positif que vous n’avez rien entendu après ce coup de feu, est-ce que vous avez entendu aucun éclat de verre après le coup de feu?
  • Non.
  • Vous n’avez rien entendu?
  • Non.
  • Est-ce qu’il était près du véhicule quand il a tiré son coup?
  • … Il devait être … à peu près cinq, six, sept, huit, de sept à huit pieds de l’automobile.
  • Vous dites cinq, six, sept, huit pieds de l’automobile?
  • Oui.
  • Quand l’automobile a passé à côté de vous autres?
  • Bien oui c’est ça.
  • Puis vous étiez à cinq ou six pieds de lui?
  • C’est ça.
  • Et là vous l’avez perdu, c’est-à-dire qu’il a pu vous échapper?
  • Oui.
  • À une question du Procureur de la Couronne tout à l’heure vous avez dit que vous avez entendu seulement un coup de feu dans le rang 7 n’est-ce pas puis un autre coup de feu – est-ce qu’il n’a pas été tiré?
  • À ma connaissance j’ai entendu rien qu’un coup de feu. Moi j’ai vu rien qu’un coup de feu.
  • Combien Michel avait apporté de cartouches avec lui?
  • Je ne sais pas.
  • Vous ne savez pas combien il en avait?
  • Je sais qu’il m’en a données deux, je ne sais pas où il les a prises.
  • Là, vous ne regardiez pas votre frère à ce moment-là?
  • Bien on était dans l’automobile.
  • Alors ça ne vous a pas impressionné de voir d’où il sortait ses cartouches?
  • Non.
  • Ce qui vous impressionne vous c’est qu’il a tiré sur les pneus?
  • Moi ce qui m’intéressait dans l’automobile, j’ai cherché à récupérer l’autre automobile.
  • Regardez cette photographie-là Monsieur Prince. Messieurs les Jurés je vous demande de prendre les photographies produites en liasse comme exhibit P-7, dans le rond là ici, alors je vous montre Monsieur St-Louis.
  • Celui du côté gauche ou du côté du chauffeur?
  • Oui, c’est ça.
  • C’est pas mal plus haut que les pneus ça ce qu’on voit dans le rond ici là?
  • Je vois quelque chose.
  • C’est pas mal plus haut que les pneus?
  • C’est à la hauteur de la petite vitre du char, de l’Envoy.
  • À peu près à la hauteur d’un chauffeur d’automobile?
  • À la hauteur de la petite vitre du char.
  • Plus haut que les pneus?
  • Il n’y a pas de pneus à cet endroit.
  • Je va prendre une autre photographie Messieurs les Jurés, celle qui montre les trous dans le pare-brise avant du côté droit. Regardez cette photographie là Monsieur Prince, regardez là comme il faut je veux connaître votre opinion sur ça, vous voyez un trou?
  • Oui.
  • Est-ce que c’est là la hauteur des pneus ça?
  • C’est dans un pare-brise d’auto.
  • C’est à peu près à la hauteur d’un conducteur d’automobile ça, c,est pas mal plus haut que les pneus?
  • Oui.
  • Je vous montre une troisième photographie celle-là qui montre le côté droit arrière où la vitre a été brisée, on voit seulement une petite partie de la vitre. Est-ce que là dans ce cercle là c’est encore pas mal plus haut que les pneus ça?
  • C’est assez près des pneus.
  • Vous dites que vous considérez ça près des pneus?
  • Bien près des pneus c’est une vitre, il n’y a pas de pneus-là.
  • Alors vous voyez quand même un pneu là?
  • Oui.
  • Est-ce que vous ne changez pas votre témoignage après ce que je vous montre là?
  • Messieurs les Jurés je vous demande d’apprécier à ce moment-ci le témoignage du témoin. … Vous maintenez encore une fois que votre frère était à cinq, six, sept, ou huit pied du véhicule quand il a tiré sur les pneus?
  • Moi j’étais à cinq ou six pieds puis lui devait … il se trouvait à être à quatre ou cinq pieds de l’auto, Michel.
  • C’était un bon tireur, il connaissait les armes à feu votre frère Michel?
  • Non.
  • Vous dites qu’il ne connaissait pas ça et pourtant il en avait une?
  • Et par la suite de ce coup-là que vous avez entendu, là vous êtes embarqués en automobile avec votre frère?
  • Michel.
  • Et votre autre frère?
  • Louis.
  • Et là la poursuite a commencé?
  • Nous avons voulu suivre l’Envoy.
  • Vous n’avez pas pensé depuis la seconde fois quand vous êtes partis après avec Michel vous n’avez pas pensé de lui dire que vous aviez le numéro de licence de l’automobile?
  • Non.
  • Vous n’avez pas pensé de lui dire ça?
  • Non.
  • Vous n’avez pas pensé non plus de lui dire là sur le bord de la route sur le rang 7?
  • Non.
  • Quand vous êtes partis de chez Monsieur Corriveau pour la seconde poursuite là, vous l’aviez le numéro de licence à ce moment-là?
  • Oui.
  • Et vous n’avez pas dit à Michel, vous n’avez pas pensé après ça d’arrêter et d’aller téléphoner à la police?
  • Parce qu’il l’avait déjà appelée.
  • Qui avait appelé?
  • Bien quelqu’un avait appelé la police.
  • À votre connaissance ça ou bien si vous le savez?
  • Bien là …
  • Étiez-vous là quand il a appelé la police?
  • Non.
  • Alors vous ne savez pas s’il a appelé la police?
  • Je vous demande à votre connaissance vous si vous le savez?
  • J’étais à la maison.
  • Ne vous fiez pas sur ce qui a été dit après. Alors vous avez continué votre route et c’est là … pendant combien de temps avez-vous été à la pourchasse de l’automobile?
  • Jusqu’à St-Célestin.
  • C’est dans le village de St-Célestin que vous l’avez intercepté à ce moment-là?
  • Non non à la sortie du village de St-Célestin.
  • À la sortie du village?
  • Oui.
  • Quelle automobile aviez-vous à ce moment-là?
  • L’automobile à Michel.
  • L’automobile à Michel c’était quelle sorte d’automobile?
  • Une Dodge Polara.
  • Et quand vous avez rejoint l’automobile vous êtes venu à bout de la dépasser c’est ça?
  • Oui, dépasser. C’est là que Michel a dit on va lui couper le chemin.
  • Vous vouliez à tout prix qu’il s’arrête?
  • Oui.
  • Et là c’est vous qui avez l’arme?
  • Oui.
  • Et en passant à la hauteur du véhicule, votre vitre était baissée à ce moment-là?
  • Oui, puis mon bras était sorti de l’automobile.
  • En dépassant?
  • J’avais le fusil pointé vers le bas.
  • Et vous maintenez que votre fusil était pointé vers le bas?
  • Oui.
  • Vous aviez le fusil pointé vers le bas et puis il n’y a pas un pneu qui a éclaté puis rien de ça?
  • Moi, je ne suis pas bon tireur.
  • Est-ce que c’était la première fois que vous aviez une arme entre les mains?
  • Le revolver?
  • Oui.
  • Combien il y avait de balles dans le fusil quand Michel l’avait?
  • C’est un fusil à un coup et il faut le charger à chaque fois.
  • Ça ne peut pas être à deux coups ce fusil-là?
  • Non.
  • Vous êtes sûr?
  • Sûr.
  • L’aviez-vous souvent auparavant cette arme-là?
  • Regardez donc ça et dites-moi si c’est rien qu’un coup ou deux coups?
  • C’est un coup.
  • Vous êtes sûr de ça?
  • Oui.
  • Saviez-vous comment il avait de balles quand vous êtes partis de chez Corriveau?
  • S’il y avait des balles dedans?
  • Oui?
  • Puis Michel a dit : tu le rechargeras le fusil.
  • C’est vous qui l’avez chargé?
  • Oui.
  • Et rendu à la hauteur du véhicule vous avez baissé votre vitre vous vous êtes allongé le bras et vous avez tiré en direction du chauffeur?
  • Mon bras était en dehors comme ça.
  • Et vous avez tiré là en direction du chauffeur?
  • Mon arme pointait vers le bas.
  • Ça ne serait pas plutôt vers le chauffeur que vous pointiez votre arme?
  • Quand Michel a repassé l’automobile lui-même a freiné et puis c’est là que j’ai pointé mon arme.
  • Nous allons prendre les photographies, la première ici celle qui montre le côté gauche avant de l’automobile. Regardez encore cette photographie-là pour la deuxième fois.  Exhibit P-7.
  • Oui.
  • Est-ce que c’est pas mal plus haut que les pneus?
  • C’est au ras une vitre.
  • Vous dites que c’est au ras une vitre.
  • Moi j’ai pointé mon fusil vers le bas.
  • Ça ne serait pas plutôt vers le chauffeur que vous auriez pointé votre fusil?
  • Moi comme j’ai dit j’ai pointé mon fusil vers le bas.
  • Mais ça peut arriver ça quand une automobile en marche, ça doit être sûrement plus difficile d’ajuster un fusil vers le bas, le bras peut être levé mais pour une automobile en marche ça doit prendre un bon tireur pour viser à la même place?
  • Vu que mon bras était sorti de la fenêtre …
  • Oui mais elle était en marche encore cette automobile-là.
  • Oui.
  • Et l’automobile ça allait assez vite?
  • Oui.
  • Elle marchait l’automobile?
  • Oui.
  • Et ça se peut ça que par les secousses ou par la vitesse que votre bras ait relevé un moment donné?
  • Objection, Votre Seigneurie, s’objecta Me Laniel, c’est une question hypothétique…
  • Est-ce que c’est une question hypothétique, fit le juge Crête, c’est le témoin qui le sait. Je ne crois pas que ce soit une hypothèse ça.  Puisque ce sont des faits auxquels le témoin lui-même participait.
  • Je va vous montrer une autre photographie, reprit Me Grégoire, voulez-vous prendre note Messieurs les Jurés, je vous montre la photographie où on voit le trou dans la vitre avant dans le pare-brise. Regardez cela encore et dites-moi si ça peut être quoi que ce soit, encore si ça été tiré dans les pneus, vous voyez là?
  • Oui c’est dans le pare-brise de l’automobile.
  • C’est pas mal plus haut que les pneus ça?
  • C’est dans le pare-brise.
  • C’est à la hauteur de la tête d’un conducteur ça?
  • C’est dans un pare-brise.
  • Je vous montre la troisième photographie là qui montre la vitre fracassée à l’arrière?
  • C’est une vitre d’automobile qu’on
  • Alors par extension est-ce que ce n’est pas encore plus haut que les pneus de l’automobile?
  • C’est dans une vitre d’automobile.
  • Messieurs les Jurés sur ce témoignage je vous demande de regarder les photographies qui en disent pas mal plus long que bien des témoignages dans ces circonstances-là. … Alors, là après que vous avez tiré votre coup de feu vous avez intercepté le véhicule?
  • Michel a passé en avant.
  • Et votre automobile a freiné?
  • Oui.
  • Michel s’est mis de biais en avant?
  • Oui.
  • Alors l’automobile de votre frère Michel était pas mal en avant?
  • Bien pas mal …
  • Je vous demande si elle était pas mal en avant?
  • Bien elle était en avant … de travers puis l’autre a été obligé d’arrêter.
  • À ce moment-là est-ce que vous aviez encore le revolver vous?
  • Quand on était devant l,automobile?
  • Oui?
  • Moi, j’avais tiré mon coup.
  • Vous aviez tiré votre coup?
  • Oui.
  • Quel coup?, demanda le juge Crête.
  • Le coup tiré quand on était en train de le doubler, répondit André.
  • Et là le véhicule s’est immobilisé?, reprit Me Grégoire.
  • Oui.
  • Et votre frère Michel est sorti de l’automobile?
  • De son bord.
  • Avec votre frère?
  • Avec Louis qui le suivait.
  • Et votre frère Louis le suivait.
  • C’est ça.
  • Et le conducteur de l’autre automobile est-ce qu’il a essayé de partir à ce moment-là est-ce qu’il a essayé de s’en aller?
  • Il m’a pas semblé qu’il a fait un mouvement pour partir.
  • Ça ne vous a pas semblé qu’il voulait partir?
  • Non.
  • Il était en bordure du chemin à ce moment-là?
  • Oui.
  • Et il n’y avait pas de place pour passer?
  • Non, pas de l’avant.
  • C’était bloqué complètement?
  • De l’avant.
  • Et c’est comme un rang qui ne débouche pas ça?
  • C’est ça.
  • Et là vous aviez votre vitre baissée et vous aviez votre bras sort n’est-ce pas avec l’arme dans votre main?
  • C’est ça. Mais là je pointais pas vers l’Envoy.
  • Parce qu’il était plus en arrière lui?
  • C’est ça.
  • Votre frère Michel a fait le tour par en avant ou en arrière de l’automobile?
  • Il est sorti de l’automobile sur son bord et il se dirigeait vers l’arrière.
  • Vers l’arrière?
  • Oui.
  • Avec votre frère?
  • Louis qui le suivait.
  • Et l’autre, le conducteur où est-ce qu’il a été à ce moment-là?
  • De quelle automobile, de l’Envoy?
  • Oui?
  • Bien après que mon frère était sorti j’ai regardé l’Envoy puis je voyais que l’Envoy était à côté.
  • Est-ce qu’il était débarqué à ce moment-là?
  • Je pourrais pas dire.
  • Je veux dire le conducteur de l’Envoy?
  • Je pourrais pas dire.
  • Vous ne l’avez pas vu?
  • Non.
  • Est-ce que sa vitre était baissée?
  • Je l’ai pas vue.
  • Sa portière est-ce qu’elle était ouverte, la porte de l’automobile?
  • Je ne peux pas dire.
  • Avez-vous de quoi dans ses mains?
  • J’ai pas vu l’homme.
  • Vous ne l’avez pas vu du tout?
  • Non, monsieur.
  • Est-ce que votre frère pendant ce temps-là s’approchait de l’automobile?
  • Je ne le sais pas, je ne le voyais plus.
  • Vous étiez occupé à pointer votre arme sur le conducteur de la petite automobile bleue?
  • Oui, je pointais mais moi je pointais vers le bas.
  • Est-ce que vous étiez assez près de lui à ce moment-là, la distance?
  • L’automobile ou l’homme?
  • La personne qui était dans l’automobile à ce moment-là, quelle distance pouvait vous séparer à ce moment-là?
  • Une dizaine de pieds à peu près.
  • Une dizaine de pieds?
  • Oui.
  • Et est-ce que c’était éclairé?
  • Oui, il y avait les phares, il y avait les lumières de l’Envoy qui éclairaient.
  • Et c’est à ce moment-là précis que vous avez entendu : tire pas, tire pas?
  • J’ai dit aussi haut les mains avant.
  • C’est vous qui avez dit : haut les mains?
  • Oui.
  • Et puis tout de suite une voix s’est fait entendre en vous suppliant de ne pas tirer?
  • J’ai entendu : tire pas tire pas. Et j’ai répondu : c’est correct, je tirerai pas.
  • Et votre frère lui vous dites que vous ne le voyiez pas du tout à ce moment-là, savez-vous qu’est-ce qu’il faisait?
  • Non.
  • Il est assez grand votre frère?
  • Michel, à peu près de ma grandeur.
  • Puis là qu’est-ce qu’il est arrivé?
  • J’ai dit : tire pas tire pas. Et puis là j’ai entendu deux coups de feu.
  • Vous n’aviez pas encore rechargé votre arme à ce moment-là?
  • Non.
  • Vous en avez retiré d’autres coups de feu par la suite?
  • Oui.
  • Vous l’avez retiré après avoir rechargé votre revolver?
  • Bien quand j’étais dans le fond de l’automobile.
  • Pour la deuxième fois?
  • Oui.
  • En quelle direction avez-vous tiré encore à ce moment-là?
  • Vers les pneus, j’ai sorti de l’automobile et puis j’ai vu Michel étendu à terre là et puis je voyais le derrière de l’automobile, j’ai tiré un coup puis j’ai laissé tomber le fusil et j’ai couru vers mon frère.
  • C’était encore en direction des pneus que vous avez tiré cette fois-là?
  • On pourrait dire à portée.
  • La position des véhicules, lorsque vous avez intercepté le petit véhicule bleu, l’automobile de votre frère Michel était en avant, en coupant sur la route?
  • De biais.
  • Et l’automobile l’Envoy était-elle parallèle?
  • De biais.
  • Quand vous avez passé à la hauteur de l’automobile là est-ce qu’il n’y a pas eu quelque chose de crié au conducteur de l’Envoy par vous ou votre frère, ou que votre frère aurait crié quelque chose?
  • Non.
  • Il n’y en a pas un qui a crié arrête mon tabac?
  • Non.
  • Vous n’avez pas entendu d’autres de vos frères dire ça?
  • Non.
  • Et en aucun moment vous avez pensé d’aller vous rendre au village de St-Célestin pour aller téléphoner à la police?
  • Non.
  • C’est Michel qui conduisait l’automobile et il était anxieux il était intéressé, il voulait l’arrêter absolument?
  • C’est moi qui avait le fusil. Mais seulement que Michel m’a dit : vise pas l’homme, vise les pneus et puis ça il l’a répété cinq ou six fois.
  • Mais jamais ça vous est venu à l’idée d’appeler la police?
  • On voulait arrêter le voleur puis prendre notre bien.
  • Savez-vous qu’il y a des gens spécialement appointés par la province pour arrêter les voleurs, savez-vous ça, vous dites que vous avez 17 ans, à votre âge vous êtes assez vieux pour savoir qu’il y a des gens spécialement chargés de ça, vous n’avez pas pensé à ces choses-là?
  • Moi je n’ai pas l’expérience, je suis peut-être assez vieux mais j’ai pas l’expérience de ça.

Sans doute pour minimiser les contrecoups de ce contre-interrogatoire, Me Laniel s’approcha à nouveau du témoin pour quelques questions supplémentaires.

  • Quand vous tirez un coup avec cette arme-là est-ce que vous pouvez tirer un autre coup après?, interrogea Me Laniel.
  • Non, il faut le recharger.
  • Il faut le recharger?
  • Oui.
  • Qu’est-ce qu’il faut faire pour le recharger?
  • Bien vous ouvrez ça ici et puis il y a la cartouche vide il faut la prendre avec le bout des ongles la sortir et ensuite mettre l’autre balle dedans.
  • Puis là il est correct?
  • Il est correct, il est prêt à tirer.
  • Puis ensuite?
  • Ensuite en pesant sur ça, il part.
  • Est-ce qu’il y avait une autre arme à votre connaissance dans le véhicule à part de l’arme que vous aviez vue?
  • Non.
  • Lorsque Michel est sorti de l’automobile?
  • Non, il n’avait pas d’autre arme.
  • Alors je peux conclure que Michel n’était pas armé à ce moment-là?
  • Michel était pas armé, il m’avait donné son revolver.

Pour la dernière fois, Me Grégoire eut à son tour une dernière question pour André Prince.

  • En tout combien avez-vous tiré de coups de feu?, demanda l’avocat de Marcel St-Louis.
  • Il y en a eu un de tiré dans le rang 7 et moi j’en ai fait deux.
  • Alors ça fait trois coups?
  • Trois coups, oui.