Les erreurs historiques


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Extrait du journal « Le Placoteux »

Dernièrement, un fidèle lecteur d’Historiquement Logique m’a rapporté une erreur commise dans le journal Le Placoteux, publié dans le Bas-du-Fleuve.  En y rapportant le décès du juge Yvon Mercier, 84 ans, le numéro du 23 août 2017 soulignait que Mercier s’était rendu célèbre en 1971 pour avoir appuyé Me Raymond Daoust, célèbre criminaliste en son temps, dans la « défense du célèbre Jacques Mesrine et de sa conjointe, Évelyne Le Bouthillier ».  Or, Évelyne LeBouthillier n’était pas la conjointe du truand Mesrine mais plutôt sa victime.  En réalité, Mesrine a été acquitté pour ce meurtre commis en juin 1969 mais selon l’analyse qu’en a fait Me Clément Fortin dans son livre de 2012, cette affaire aurait été « une fraude judiciaire »[1].

Notre lecteur, tout comme moi, croit qu’il est important de rectifier cette erreur, ne serait-ce que pour les descendants de la victime qui, très certainement, ne veulent pas être associés de cette façon à Jacques Mesrine.

Dans mon entourage, le sujet de conversation revient souvent car les erreurs de ce genre sont, malheureusement, fort nombreuses.  Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’Historiquement Logique rectifie des erreurs de ce genre.  Il suffit de penser à cette bourde faite par Claude Poirier en 2016 au moment d’affirmer à la télévision que Marcel Bernier, qui a assassiné Denise Therrien en 1961, n’avait jamais fait d’aveux.  Pour en savoir davantage à ce sujet, je vous invite à consulter l’article : Claude Poirier relègue les aveux de Marcel Bernier aux oubliettes!.

Mes livres, basés sur les dossiers judiciaires conservés aux archives nationales, soulignent plusieurs de ces erreurs.  Ce n’est pas une partie de plaisir que de répertorier et de rapporter ces imprécisions – c’est une franchie qui vaut parfois son lot de menace – mais cela reste un processus important de la mémorisation de notre passé.  Ce travail permet de démystifier  certaines croyances et de rendre au public une facette plus fidèle des dossiers judiciaires.

Si comme ce lecteur avisé vous dénichez des erreurs, n’hésitez pas à m’en faire part et nous les partagerons ensemble.  Personne n’est parfait, mais l’Histoire mérite qu’on l’aide un peu.

 

[1] https://historiquementlogique.com/2012/11/22/mesrine-le-tueur-de-perce-une-fraude-judiciaire/

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Mon enfant contre une bombe


Desrochers, Josée-Anne.  Mon enfant contre une bombe.  Avec la plume d’Hélène Bard, Trait d’Union, Montréal, 2002, 156 p.

Il est difficile de qualifier ce livre de manière juste.  On pourrait avoir l’impression d’une histoire inlassablement triste et sans aucune message d’espoir, mais on ne peut s’empêcher, en dépit d’un langage populaire entremêlé de quelques expressions plus recherchées, de comprendre à quel point cette femme a souffert.  On ne peut s’empêcher, aussi, de voir le problème social qu’elle pose aux lecteurs.  Devons-nous glorifier les criminels?  Et, surtout, devons-nous faire confiance aux représentants de l’autorité?

Josée-Anne Desrochers n’a pas eu la vie facile.  C’est d’un ton cru qu’elle nous raconte son passé difficile.  Un père abusif, à qui elle finira par pardonner, ainsi que d’autres épisodes peu reluisants de son passé.  Mais la naissance de Daniel, son deuxième fils, remet un peu de lumière dans sa vie.  Au soir du 8 août 1995, avant d’aller au lit, Daniel, qui n’a que 11 ans, lui dit à quel point il l’aime.  Ce sera la dernière fois qu’elle le verra vivant.  Le lendemain matin, elle doit partir très tôt pour le travail.

Certes, se rendre à l’école peut parfois s’avérer être une aventure, mais normalement les enfants doivent en revenir vivants.  Ce ne sera malheureusement pas le cas du petit Daniel.  Dans le cadre de la guerre des motards, une Jeep explose alors qu’il traverse la rue avec un ami.  Un éclat de métal se logera dans son crâne.  Daniel ne devait plus jamais reprendre conscience.

Le monde s’écroule autour de Josée-Anne.  Un tel drame devrait normalement susciter l’appui ou l’aide d’autrui, mais là aussi son monde s’écroule.  Une soirée bénéfice organisée par des policiers tourne au vinaigre.  Non seulement on ne lui versera jamais l’argent promis, mais Josée-Anne et une amie se réveillent le lendemain toutes nues, au côté d’un policier qui a abusé d’elles.

Elle étonne également en livrant son opinion sur deux hommes qui écriront eux aussi sur les motards : le détective Guy Ouellette et le journaliste Claude Poirier.  Du premier, elle racontera une anecdote peu reluisante : « […] M. Guy Ouellette, toujours policier de la SQ, m’invite avec Sylvie à souper dans un restaurant de la Rive-Sud afin que nous préparions ensemble le déroulement du tournoi.  Voyant ma copine chaussée de bottes hautes et habillée d’un manteau noir, il lui dit qu’elle a l’air d’une salope.  Puis, regardant ma tête dégarnie [Josée-Anne s’était rasé les cheveux pour éviter d’être reconnue dans la rue], il parle de mon « innocence », ajoutant que j’aurais mieux fait de garder mes cheveux longs et blonds.  « Tu aurais pu obtenir des renseignements en échange de faveurs sexuelles », dit-il.  « Comme ça, tu n’es pas belle ».  La soirée est longue et pénible.  Le policier semble bien décidé à se montrer cruel.  Comment arrive-t-on à dire à une mère qui a violemment perdu son fils que le crime est correct tant qu’il fait rouler l’économie? ».

Voilà le problème social qu’elle pose : selon elle, les autorités n’ont aucune intention d’enrayer complètement le crime puisque celui-ci profite à la société, à l’économie.  Après avoir assisté à la destruction d’une partie d’argent « sale » à Nicolet, elle laissera clairement entendre que le reste de ces magots saisis aux trafiquants sont réinvestis dans les coffres du gouvernement.

Après avoir traité Claude Poirier de menteur pour sa couverture de la fameuse trêve éphémère et artificiel entre les Hells Angels et les Rock Machine au tournant du millénaire, elle dénonce également cette glorification que font certaines personnes envers ces princes du crime.  Au passage, elle ne manquera pas non plus d’écorcher les commentaires idiots d’un Jean-Pierre Ferland et d’une Ginette Renaud, deux artistes qui se défendaient maladroitement de leur participation au mariage d’un criminel.

Josée-Anne Desrochers était une femme en colère, et avec raison.  Mais pour appuyer certaines de ces affirmations, le lecteur aurait certainement apprécié un peu plus de faits ou d’anecdotes précises.  Quoi qu’il en soit, c’est un lègue peu commun qu’elle nous laisse, car les victimes – et je parle ici aussi bien des victimes réelles de meurtres que des membres de leur entourage – n’ont pas souvent l’occasion de livrer un tel réquisitoire.

Quant à savoir si les autorités devraient accorder ou non une aide plus généreuse aux proches des victimes, je ne peux m’empêcher de faire un parallèle entre une victime de la route et une victime de meurtre.  Pour certaines victimes de la route, les proches auront droit à une indemnisation de la SAAQ, mais pas les victimes de meurtre.  Loin de moi l’intention de me mettre à la place de qui que ce soit, mais les victimes de la route meurent – exception faite des causes impliquant des chauffards ivres – par accident.  C’est triste de perdre un proche, en particulier un enfant, mais on se dit que c’est un accident.  On n’y peut rien.  On ne peut pas tourner sa colère vers un tas de ferraille.

Pour une victime de meurtre, les proches se disent que cela aurait pu être évité, qu’on aurait pu combattre mieux le crime pour l’enrayer; qu’on peut faire mieux à l’avenir pour éviter la redondance.  Le deuil est-il plus difficile?  Est-ce utopique de croire qu’on arrivera un jour à enrayer la violence alors qu’elle navigue dans les veines des êtres humaines depuis des milliers d’années?

Ce qui est sûr, c’est qu’un livre comme celui de Josée-Anne Desrochers demeure un testament pour ceux et celles qui seraient tentés d’oublier le nom de son fils : Daniel Desrochers.

Malheureusement, comme si sa vie était destinée au malheur, Josée-Anne Desrochers s’est éteinte en 2005 d’une pneumonie.  Elle n’avait que 40 ans.

 

 

Ugo Fredette, l’envers de la médaille


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Cette capture d’écran démontre que les articles concernant Christiane Sirois à propos du comportement de Fredette ont été répertoriés par Google.

Au moment d’écrire ces lignes, il y a à peine quelques heures que l’alerte Amber concernant l’affaire Fredette, considérée comme la plus longue jusqu’à maintenant, s’est terminée de façon positive.  Si la poursuite policière a débuté sur une note beaucoup plus regrettable avec le meurtre de la mère, Véronique Barbe, 41 ans, les policiers ont au moins retrouvé le petit garçon sain et sauf.

Hier, Hugo Fredette, un homme de 41 ans, a pris la fuite avec son fils de 6 ans, Louka Fredette.  Les raisons de cet enlèvement demeurent inconnues pour le moment.  On appréhendait le pire, jusqu’à ce que la Sûreté du Québec annonce, au bulletin de 17h00, qu’on avait retrouvé le bambin sain et sauf et que le père, soupçonné d’avoir assassiné sa conjointe, avait été arrêté.

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Quand on clic sur le lien de l’article, toutefois, on obtient ce résultat.  J’attire votre attention sur l’adresse URL, qui indique bien la nature de l’article publié à l’origine.

Ce qui a attiré l’attention sur cette affaire ce n’est pas le fait que ce drame ait suscité une alerte Amber mais plutôt que Fredette était connu pour son implication dans des documentaires concernant des cas de meurtres non résolus, autant d’enfants que de jeunes femmes.  Entre autres choses, c’est en collaboration avec Stephan Parent qu’il avait produit le documentaire Novembre 84 en 2014.  Il en préparait un autre sur l’affaire Cédrika Provencher avant que Martin Provencher, le père de la désormais célèbre victime, bloque son projet par une mise en demeure.

Si l’attention d’Historiquement Logique a été retenue par cette affaire, c’est bien parce que l’an dernier, au moment de lancer sa série d’articles intitulée Les Faucheurs d’enfants, Fredette est soudainement intervenu auprès d’une tierce personne pour faire valoir son mécontentement face à ce projet[1].  Il s’est montré très insistant.  En fait, c’est que la série Les Faucheurs d’enfants reprenait une partie de l’enquête étudiée dans Novembre 84, mais cette fois en revisitant objectivement deux suspects et en rendant publics les détails des enquêtes de coroner concernant les meurtres reliés à cette affaire, deux avenues qui n’avaient pas été explorées dans le documentaire cinématographique.

Aujourd’hui, certains lecteurs ont constaté la présence de quelques commentaires explicites à propos du personnage Fredette.  Le tout a débuté ce matin dans le cadre de l’émission Salut Bonjour sur les ondes de TVA.  Michel Surprenant, le père de Julie Surprenant disparue en 1999, y fut le premier à questionner le comportement antérieur de Fredette, révélant que celui-ci semblait parfois perdre les pédales, sans toutefois apporter d’exemple précis.  Quelques heures plus tard, Christiane Sirois, la mère de Sébastien Métivier, ce jeune garçon disparu en 1984, parlait du fait que Fredette n’avait aucune empathie pour l’entourage des victimes.  Toutefois, il semble que l’article du Journal de Montréal ait été retiré au cours de la journée.  Après vérification, il en est de même sur le site de TVA et Facebook.

Selon ce que Historiquement Logique a appris, Mme Sirois n’est pas la seule à aller dans ce sens.  Y aurait-il donc une face cachée à cette culture du non résolu au Québec?

[1] Pour voir ou revoir Les Faucheurs d’enfants, je vous invite à consulter l’avant-propos à l’adresse suivante : https://historiquementlogique.com/2016/09/25/les-faucheurs-denfants-lavant-propos/