1895: Mélanie Massé

Le 13 juin, Mélanie Massé, 28 ans, habitait avec son mari Napoléon Demers au 3726 Notre-Dame Ouest dans le quartier St-Henri, à Montréal.  Hélène-Andrée Bizier, auteure de La petite histoire du crime au Québec (1981), décrira Mélanie comme gentille mais peu souriante et qui « ne fréquente que ses proches et consacre tout son temps à ses deux enfants, une fille de 5 ans et un bébé de 3 mois.  Lorsqu’un homme lui sourit, Mélanie Massé-Demers craint qu’il ne veuille la séduire.  Elle s’enferme donc à double tour dès que son mari quitte leur appartement. »[1]

Selon le journal montréalais La Patrie : « Dans la nuit de mercredi à jeudi, Mme Demers qui était reconnue comme une personne distinguée par son éducation et ses bonnes manières, avait pris soin de son bébé malade.  Hier matin, son mari, un ouvrier à l’emploi de M. Latimer, manufacturier de voitures, voyant que sa femme était fatiguée de cette longue veille, lui dit qu’il n’irait pas travailler afin de permettre à Mme Demers de prendre quelques heures de repos ».  Mélanie lui aurait répondu qu’il pouvait aller travailler l’esprit tranquille, ce qu’il fit.

Les voisins Deguise virent que ce matin-là Demers fut anormalement matinal pour aller fendre du bois dans la cour.  Avant 6h00, il installera le pot de lait à la porte pour permettre au laitier de le remplir, puis il partit travailler.

Vers midi, des témoins auraient vu Mélanie descendre dans la cour arrière de la résidence pour ramener une brassée de bois de chauffage.  Vers 13h00, Rose-Alma Sauvé se heurta à une porte verrouillée chez les Demers.  Décidée à aller voir la porte arrière, elle aperçut le corps de Mélanie par une fenêtre; elle gisait sur le plancher, dans une mare de sang.

Selon Bizier, on assista ensuite à un enchaînement d’incompétences, entre autre parce que la scène de crime ne fut jamais protégée par les policiers.  À son retour du travail, Napoléon Demers fut si bouleversé qu’il s’effondra.  Bizier ajoutera : « une paire de ciseaux découverte dans la chambre a peut-être été l’arme du crime …  Trop tard.  Lorsque l’on voudra en faire l’analyse ils auront été nettoyés et utilisés pour … ouvrir un poisson ».

Lors de l’enquête du coroner, les soupçons se tournèrent d’abord vers Charles Deguise, un voisin de 72 ans, mais il sera rapidement écarté.  Des lettres anonymes tentèrent, apparemment sans succès, de faire mauvaise réputation à la victime.  Puis le 31 août, le bébé Demers meurt alors qu’il était confié à des membres de la parenté à Saint-Charles-sur-le-Richelieu.

À en croire Bizier, un débat sur les circonstances du meurtre se joua autour de la rigidité cadavérique et des odeurs reliées à la décomposition.  On finit donc par accuser Napoléon du meurtre de sa femme.  Son procès débuta le 9 septembre au palais de justice de Montréal devant le juge Jonathan Wurtele.  Puisque le jury fut incapable de s’entendre sur un verdict unanime, un deuxième procès s’entama le 9 décembre, pendant lequel on entendit 78 témoins.  Le 30 décembre, après cinq minutes de délibérations, Demers fut acquitté.

Selon la lettre ouverte d’un médecin publiée le 3 décembre dans La Patrie, il aurait fallu s’attarder davantage à la thèse du suicide.


[1] Hélène-Andrée Bizier, La petite histoire du crime au Québec (Montréal: Stanké, 1981).

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