Adam et Ève face à l’Histoire

Toile par Gustave Courbet, 1866

Comme toute bonne science, l’un des devoirs de l’histoire est de remonter aux sources afin de mieux comprendre certains phénomènes de l’humanité.  Depuis longtemps, les religions monothéistes prétendent faire de l’histoire en nous racontant comment le monde s’est formé.  Il s’agit probablement plus d’un réflexe inné de vouloir tout expliquer par un commencement absolu, à une époque où les sciences ne le pouvaient pas.  Rappelons que les livres du Pentateuque ont été rassemblés au 5ème siècle avant notre ère; les autres constituant la Bible quelques siècles plus tard; et finalement le Coran créé au 7ème siècle de notre ère.

Ces livres que l’on dit sacrés et qui cautionnent tous la version d’Adam et Ève peuvent-ils prétendre faire de l’Histoire?

Pas au sens où on l’entend aujourd’hui.  L’histoire d’Adam et Ève, par exemple, ne repose évidemment sur aucune tangibilité, ni le moindre indice concret.  Aucun artéfact.  Aucun lieu.  Rien.

En fait, il n’y a que les écrits, qui ont d’ailleurs été rédigés longtemps après la prétendue date de la Création, que la religion place il y a environ 6,000 ans.  Sans ces écrits, le récit du premier couple de l’humanité n’aurait sans doute jamais survécu jusqu’au 21ème siècle.

Soucieux de vouloir obtenir des preuves, les religieux rappellent qu’au début du 20ème siècle des voyageurs ont mentionnés la présence d’un tombeau d’Ève à Djeddah, en Arabie Saoudite.  Le site archéologique a été scellé en 1975 par les autorités, qui craignaient apparemment que l’endroit devienne un lieu de prière.  On l’a recouvert de béton.

Une autre façon d’entretenir le mystère?

Probablement.  S’il s’agissait du véritable tombeau de la première femme de l’humanité, n’aurait-on pas faite preuve de fierté devant cette découverte?  N’aurait-on pas choisi de l’exposer au grand public afin de « prouver » les prétentions monothéistes?

Plusieurs chercheurs pensent qu’un tel refus pourrait porter à croire à cette tendance religieuse à aimer les légendes, à un tel point qu’on souhaite éviter de les détruire par des découvertes scientifiques.  Donc, le mysticisme face à la réalité.

Plusieurs occidentaux en sont eux-mêmes venus à cette constatation de l’absurdité des personnages de la Création, et cela sans se consulter.  Simple logique, fiers héritiers de Platon!?

Et vous?  Que pensez-vous d’Adam et Ève?  Vous y croyez?

Pensez-vous qu’on puisse utiliser l’Histoire pour étudier leur récit?

Comme de raison, quand on ne possède aucune preuve archéologique d’une existence quelconque, on doit inévitablement étudier l’affaire sous un autre angle, dans ce cas-ci comme un mythe.  Donc, le seul outil historique disponible est l’analyse des textes anciens, une méthode à la portée de tous.  C’est ce genre d’analyse qui a d’ailleurs permis à Alban Gautier, spécialiste du monde médiévale, de conclure que le roi Arthur, personnage pourtant plus récent, n’avait existé que dans la littérature.

Approbation de l’inceste?

La première question qui nous traverse l’esprit est de se demander comment peut-on descendre d’un seul homme et d’une seule femme?  En admettant cette théorie comme véridique, tout en y réfléchissant de manière rationnelle, il y a forcément eu de l’inceste.  Donc, la Torah, la Bible et le Coran prêchent-ils l’inceste?

Si l’inceste existait chez ces personnages, qualifiés de prophètes par certains, alors pourquoi serait-ce un crime chez les mortels?

Vous voyez la perversité qui s’installe?

Ce crime n’est pas inscrit parmi les dix commandements.  Que doit-on en déduire?  Que l’inceste est un comportement normal?

Après tout, Dieu ne s’est jamais manifesté sur la question.

Et pourquoi n’avoir fourni aucune précision sur l’inceste?  Par simple omission ou alors parce que sa pratique était courante à l’époque?  Ou encore, les prophètes et autres auteurs ne voulaient pas perdre ce « privilège » de pouvoir baiser avec de la chair fraîche?

Encore aujourd’hui, les femmes, et surtout les jeunes filles, sont loin d’être à l’abri de l’inceste.  C’est un problème mondial; qui ne connaît pas les frontières.

Et que dire du fait que Mahomet, âgé d’environ 53 ans, a épousé Aïcha alors que celle-ci n’était âgée que de 9 ans?  Dans la Hadith 114, on retrouve le témoignage même de la jeune fille, où elle raconte sa nervosité avant de conclure : « […] l’Envoyé d’Allah [Mahomet] entra, lorsqu’il était encore le matin.  Alors on me remit entre ses mains. »

Adam, modèle de fidélité par forfait

Autre détail qu’on oublie souvent est celui du message caché de la fidélité.  Quand les religieux enseignent l’histoire d’Adam et Ève, on laisse évidemment sous-entendre qu’ils sont ensemble pour la vie.  Après tout, avec qui Adam aurait pu tromper sa femme?  Avec une chèvre?

Certes, il aurait préféré jouer sous la jupe de sa secrétaire mais personne n’a dit qu’Adam était homme d’affaire ou fonctionnaire!

Dès le début, donc, on excluait l’infidélité, qu’on reprendrait plus tard comme un épouvantable péché.  On verra d’ailleurs cette loi s’ajouter aux dix commandements.  Grotesques, d’ailleurs.  Comme on le sait, en Occident, l’infidélité n’est passible d’aucune peine, à part celui de perdre sa maison peut-être, tandis que des crimes graves comme l’inceste et la fraude, pour ne nommer que ceux-là, ne se retrouvent en aucun cas sur les fameuses tablettes de Moïse!

Dieu, créateur du paradis et de l’idolâtrie

Plusieurs femmes, autant réelles que fictives, ont jouées des rôles importants dans l’histoire réelle et mythique, alors pourquoi ne pas les nommer?  Car, comme on le sait, le seul nom féminin mentionné dans le Coran est celui de la mère du Christ.

En construisant d’abord son Coran oralement, est-ce de manière involontaire que Mahomet a oublié ces noms de femmes?

Probablement pas, car il parle d’elles de manière indirecte; signe qu’il ne les a pas oublié.

La Bible nous présente donc l’histoire suivante : « Un fleuve sortait d’Eden pour irriguer le jardin; de là se partageait pour former quatre bras.  L’un d’eux s’appelait Pishôn : c’est lui qui entoure tout le pays de Hawila où se trouve l’or – et l’or de ce pays est bon – ainsi que le bdellium et la pierre d’onyx. » (GN, 2 : 10-12).

Il est intéressant de constater dans cet extrait que l’or est déjà considéré comme précieux.

À cette étape du récit, Adam est seul.  Or, pour qu’un objet soit précieux il aurait fallu un marché quelconque, une demande créé par un attrait ou un besoin.  Une demande impliquerait alors d’autres humains.  Donc, la solitude d’Adam est remise en question avant même qu’apparaisse la première femme.

Historiquement, l’or est utilisé par l’être humain depuis la période dite Chalcolithique, vers la fin de la préhistoire, ce qui ne contredit pas la prétention religieuse, qui place la Création 4,000 ans avant notre ère.  Évidemment, on sait aujourd’hui que l’homo sapiens, l’homme moderne donc, est sur la terre depuis plus de 100,000 ans, alors que la vie animale remonte à environ 600 millions d’années.

Pire encore : en supposant que l’or était déjà précieux à la génération d’Adam, cela signifiait la présence du matérialisme.  Dieu avait donc créé un monde idolâtre?

Gerald Messadié nous rappelle que l’Orient a toujours été fasciné par ces mythes et légendes, « et l’Éden n’est d’ailleurs pas une invention des Hébreux : le mot est sumérien et remonte aux 3ème – 2ème millénaire avant notre ère; il dérive de l’akkadien ednu, qui signifie tout aussi bien « paradis ».  Il semble que ce lieu n’ai été ni hébreu ni intemporel, car les archéologues pensent que les « quatre rivières » dérivées d’un seul fleuve qui arrosent l’edenu de la Genèse, le Pishôn, le Guilhôn, le Hidéquel et le Perat, se sont déversées dans le golfe Persique.  Ç’auraient été le Tigre et L’Euphrate actuels et deux de leurs bras principaux.  Bref, le Paradis se serait autrefois situé en Irak. »

Cette notion de vouloir à tout prix trouver un meilleur endroit ailleurs n’est pas nouvelle et ne s’est pas éteinte non plus.  L’herbe est toujours plus verte chez le voisin, dit-on.  Ce dicton traduit probablement l’un des sentiments les plus innés chez l’humain.  On cherche toujours quelque chose de mieux.  Bref, on cherche le bonheur.

Ironiquement, le paradis que décrivait Mahomet au 7ème siècle, avec des fleuves et des fruits, les Européens le découvriraient à la fin du 15ème siècle en Amérique, terre remarquablement fertile et abondante s’il en est une.  À elle seule, par exemple, la province de Québec regorge de lacs et de rivières d’eaux douces.

Cette recherche du paradis se traduit même au cinéma, dans des films comme « Mad Max », « Un monde sans terre », « Je suis une légende », et « 2012 », pour ne nommer que ceux-là, tous des films apocalyptiques d’ailleurs.  Cette bonne vieille idée de la peur fonctionne toujours, tout comme cette quête inlassable du paradis.

Le rôle de la femme : sois belle et tais-toi!

Au moment de l’arrivée de la femme, la Bible nous dit textuellement : « Le Seigneur Dieu fit tomber dans une torpeur l’homme qui s’endormit; il prit l’une de ses côtes et referma les chairs à sa place.  Le Seigneur Dieu transforma la côte qu’il avait prise à l’homme en une femme qu’il lui amena.  L’homme s’écria : « Voici cette fois l’os de mes os et la chair de ma chair, celle-ci, on l’appellera femme car c’est de l’homme qu’elle a été prise. »  Aussi l’homme laisse-t-il son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et ils deviennent une seule chair. » (GN, 2 : 21-24)

Telle était la froideur avec laquelle on décrivait l’union d’un homme et d’une femme.  Après tout, pourquoi serait-ce tabou?  La vie ne prend-t-elle pas forme par l’acte sexuelle?

C’est le rappel que nous faisait le peintre Gustave Courbet en 1866 avec son célèbre tableau « l’Origine du monde », qui démontrait les parties génitales d’une femme étendue sur le dos.  Une façon, je pense, de rendre à la femme l’importance que lui avaient enlevés les religions monothéistes depuis plusieurs siècles.

Évidemment, qu’Adam ait été son genre d’homme ou non, Ève devait se soumettre et écarter les cuisses.  Pas question pour elle de magasiner un homme sur Internet.  Autre concept macho qui reste en sous-entendu dans la Genèse.  Subtilement, on implantait alors l’idée de la femme soumise.

Si Dieu peut créer l’homme à partir de rien, alors pourquoi créer la femme à partir d’un élément biologique du corps de l’homme, en l’occurrence un vulgaire os?  Cela cacherait-il cette tendance déjà marquée au sexisme dégradant qu’on connaîtra durant des siècles, et qu’on connaît encore beaucoup trop dans plusieurs parties du monde?

Et pourquoi l’os?  L’auteur inconnu référait-il à un rite ancien et tribal absorbé par le judaïsme?

Comme on le sait, toutes les religions ont d’abord absorbé certaines idées de celles qui les ont précédées.  Par exemple, le judaïsme s’est inspiré du mazdéisme des Perses afin de fonder la première grande religion monothéiste, tout comme le christianisme a absorbé ensuite le Pentateuque pour y ajouter d’autres livres, et comme le Coran s’est, à son tour, inspiré de la Bible.

Quand on retrouve la suite en ces termes : « Tous deux étaient nus, l’homme et sa femme, sans se faire mutuellement honte », c’est donc dire que l’image qu’on se fait du paradis est d’y vivre nu.  Le Coran reprend aussi cette idée : « Quand ils goûtent de l’Arbre, leur sexe, à tous deux, leur apparaît, et, vite, tous deux, le recouvrent des feuilles du Jardin ».

Or, comment expliquer la raison selon laquelle les missionnaires chrétiens se sont montrés si farouchement offusqués lors de la découverte des Amériques et de l’Afrique, où de nombreux indigènes vivaient nus ou partiellement nus?

Pourtant, avant l’arrivée de l’homme Blanc, ces peuples vivaient en parfaite harmonie avec leurs croyances polythéistes.  Et voilà que les missionnaires les traitaient de sauvages!

Les Européens n’ont-ils pas su reconnaître le paradis terrestre?

De manière symbolique, c’est en effet ce qui semble s’être produit.  On connaît l’histoire.  Les Amérindiens n’ont jamais pu retrouver une qualité de vie égale à ce qu’ils avaient.  Leurs problèmes d’adaptation sont encore nombreux et les gouvernements n’ont toujours pas accepté de tenter un seul instant de se mettre dans leur peau, bien que certaines tribus semblent avoir mieux réussis que d’autres.  Mais ici, le mot réussir prend un sens occidental.  Pour un Amérindien du 15ème siècle, réussir sa vie se rapprochait sans doute plus d’une chasse fructueuse, de jouir d’une femme travaillante et avoir des enfants.  Loin de lui l’idée de faire carrière dans une tour à bureaux pour se payer la voiture de l’année.

Puis se présente la fameuse tentation, la première de la Bible.  « Or le serpent était la plus astucieuse de toutes les bêtes des champs que le Seigneur Dieu avait faites.  Il dit à la femme : « Vraiment!  Dieu vous a dit : « Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin… »  La femme répondit au serpent : « Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin, mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : « Vous n’en mangerez pas et vous n’y toucherez pas afin de ne pas mourir. »  Le serpent dit à la femme : « Non, vous ne mourrez pas, mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux possédant la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. »  La femme vit que l’arbre était bon à manger, séduisant à regarder, précieux pour agir avec clairvoyance.  Elle en prit un fruit dont elle mangea, elle en donna aussi à son mari qui était avec elle et il en mangea.  Leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils surent qu’ils étaient nus.  Ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des pagnes.  Or, ils entendirent la voix du Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin au souffle du jour.  L’homme et la femme se cachèrent devant le Seigneur Dieu au milieu des arbres du jardin.  Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui dit : « Où es-tu? »  Il répondit : « J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur car j’étais nu, et je me suis caché. » – « Qui t’a révélé, dit-il, que tu étais nu?  Est-ce que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais prescrit de ne pas manger? »  L’homme répondit : « La femme que tu as mise auprès de moi, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre et j’en ai mangé. » » (GN, 3 : 1-12)

Dans le Coran, la tentation se passe bien au Jardin d’Eden, tout comme dans la Genèse, se servant d’ailleurs du mot « Jardin » pour désigner le paradis, sauf qu’Ève n’est pas impliquée.

La Bible et le Coran sont en accord sur ce point : Dieu crée, dès le départ, un homme faible.

Ce qui frappe d’abord c’est qu’on admet que le serpent, image précurseur évidente du Diable, a été créé par Dieu comme on l’a vu à l’extrait : « Or le serpent était la plus astucieuse de toutes les bêtes des champs que le Seigneur Dieu avait faites. ».

Difficile de nier.

Pourquoi Dieu a-t-il créé le Diable?  C’est une question à laquelle l’Église chrétienne n’a jamais pu répondre malgré une multitude de conciles et de synodes, si ce n’est que Satan avait été un ange déchu.  Oui, je veux bien, mais déchu comment?  Et à la base, c’est encore Dieu qui l’a créé, qui a donc permis qu’il existe.  Donc, Dieu créateur du mal!

Comme de raison, on aura compris que le personnage du Diable est indispensable au Dieu unique car il est là pour expliquer ses erreurs, comme les enfants handicapés, la maladie, les cataclysmes, et les malheurs de toutes sortes.  Dans les croyances polythéistes, on n’avait guère besoin du Diable car d’autres dieux avaient cette fonction d’expliquer les défauts de la vie, si on peut les désigner ainsi.

Ensuite, la femme répond au serpent que Dieu lui avait dit de ne pas toucher à l’arbre défendu sous menace de mourir.  Donc, Dieu était un menteur?  Un menaçant?

La menace de mort est un crime passible d’emprisonnement selon les lois occidentales.  Peut-on ironiser sur le fait que Dieu pourrait se retrouver derrière les barreaux au 21ème siècle et ainsi s’exposer au risque d’être sodomisé dans les douches, lui qui a pourtant solidement condamné l’homosexualité?

Ce serait sans doute verser dans la dérision, mais on ne peut s’empêcher de sourire parfois devant certaines irrégularités.

Selon le récit biblique, Ève a été condamnée à se vêtir et à enfanter dans la douleur, mais jamais elle n’est morte des conséquences de cette croquée!  Dieu lui avait menti.  Il avait menacé une femme.  Allah ne fut donc pas le premier dieu menaçant.  Le Dieu des chrétiens le fut donc bien avant.

On m’a fait remarquer qu’il s’agissait sans doute d’une condamnation à mort par retrait de ce cadeau de l’immortalité.  N’empêche que mourir maintenant ou dans quelques décennies, ça reste une condamnation à mort prononcée par Dieu lui-même.  Une mort lente, donc, ce qui nous laisse soupçonner un Dieu cruel, voire sadique.  Mourir à petit feu.  Franchement, ce n’est guère mieux.

La logique que Dieu nous aurait donnée, car il nous a créé à son image, peut-elle nous permettre tout ce questionnement?  Ce serait tourner en rond, je pense.  Voilà pourquoi l’homme, dans sa recherche constante de la stabilité, a finalement besoin d’arrêter ses positions sur une idée toute faite; déjà mâchée et digérée, diront certains.

Autre preuve de la misogynie biblique : on remet la faute sur la femme.  En fait, son seul rôle dans ce chapitre est celui d’expliquer tous les maux de la terre.  Et en ce qui concerne le Coran sur cette question, Messadié décrit Mahomet comme : « Discours inévitable de la part d’un prophète né dans un monde patriarcal. »

Mahomet dénonçait les religions polythéistes qui dominaient alors les Arabes, et parmi lesquelles on adorait encore des déesses, images incontestables de la fertilité.  Or, Messadié a consacré un livre sur le sujet pour nous montrer que les premières divinités de l’humanité avaient été des femmes.  On sent aussi le dédain pour les croyances des païens, donc les paysans.

Le mariage selon la Genèse

 

Un autre mot qui heurte la conscience est celui de « mari ».  En effet, sommes-nous en droit de nous demander comment se fait-il qu’Adam et Ève soient mariés dès le troisième chapitre de la Genèse, alors qu’ils sont seuls sur la planète?  Qui aurait célébré leur mariage?  Certainement pas un prêtre.  Dieu, diront les religieux.  Mais alors, cela reviendrait à dire qu’on peut se marier devant Dieu sans avoir recours à un prêtre, annihilant ainsi le besoin aux ministres du culte.  Donc, les couples vivant d’unions de faits ne vivent pas dans le péché.

Votre copine ou copain souhaite absolument se marier à l’église et vous ignorez quel argument fournir pour votre défense?  Et bien, voilà!

Le Coran reprend aussi cet erreur : « Ô Adam, habite le Jardin, avec ton épouse, mangez de ce que vous voudrez, mais n’approchez pas de cet Arbre, vous seriez, tous deux, des fraudeurs! »  (7. 19)

Ce verset pose un autre problème.  Le Coran utilise le mot « fraudeur » à plusieurs reprises afin de désigner les incroyants, ceux qui refusent d’adhérer à l’islam.  Et plus d’une fois il condamne ces fraudeurs, allant même jusqu’à dire par moment qu’il ne leur pardonnera jamais, lui « l’Intransigeant ».  Prenant cette menace à la lettre, cela voudrait donc dire qu’Adam est devenu un fraudeur en mordant dans le fruit défendu.  Alors, comment se fait-il que l’islam considère Adam comme un prophète?  Un prophète fraudeur?  Par conséquent, un prophète incroyant?

Le fameux serpent

Comme on le sait, Dieu condamne ensuite le serpent à errer en rampant, faisant de lui la première image diabolique, selon la Bible bien sûr.  Le Coran ne prend pas cette image reptilienne, se contentant de l’appeler tout simplement Shaïtân (Satan).

Si le serpent peut être considéré comme répugnant dans certaines cultures, il ne l’est pas forcément pour d’autres.  D’ailleurs, chez les égyptiens il signifie, sous les traits du Serpent primordial Irto, celui qui fait la terre.  De lui sort la terre nourricière[1].  C’est donc dire que l’image qu’on se fait du serpent n’est pas universelle.  Bref, on aurait tout aussi bien pu voir le mal dans une souris, un cerf, ou une limace.  Mais ici, dans la Genèse, les auteurs s’inspiraient naturellement d’un animal qui les dégoûtait.

Souffrir pour gagner son Ciel

Évidemment, comme on le sait, Dieu châtie ensuite l’homme, toujours à cause de la décision de sa femme.  Il devra donc travailler pour vivre et souffrir aussi, une conception ancienne qui, malheureusement, a encore des répercussions de nos jours, même dans les sociétés laïques.  Par exemple, les femmes sont encore nombreuses à refuser quelconque médication lors d’un accouchement.  Même chose pour nombre de mourants.  On en est encore avec cette idée qu’il faut souffrir pour « gagner son Ciel ».

Selon la religion, il faut donc souffrir; être privé de sa liberté.

Profiter de la vie sainement est donc une perversion?

Le pain, preuve de datation

Un extrait intéressant est celui-ci : « à la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes au sol car c’est de lui que tu as été pris.  Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras. » (GN, 3 : 19)

Messadié a relevé la présence étrange du pain.  On sait maintenant que l’agriculture a débuté vers le 10ème millénaire avant notre ère.  Donc, dit-il, d’un point de vu historique, la Genèse se situe après l’avènement de l’agriculture puisqu’il ne peut y avoir de pain sans agriculture.  Or, on sait que l’homme, bien sûr, était là bien avant, vivant de cueillette, mais surtout de chasse.  Messadié d’ajouter : « Mais Dieu avait au moins raison sur un point : le travail de la terre, surtout au 10ème millénaire avant notre ère, restait, aux temps où la Genèse fut écrite[2], un travail éreintant, et il le restera quasiment jusqu’à l’apparition  des machines agricoles, c’est-à-dire au 19ème siècle. »

L’Adam coranique

Selon le Coran, Adam était muslim, c’est-à-dire soumis, donc musulman, comme tous les autres prophètes d’ailleurs.

Dans les versets 30 à 39 de la sourate 2 on comprend qu’Adam est un prophète, car on lui donne comme mission d’enseigner aux Messagers, qui sont des messagers célestes ou des humains qui accomplissent la volonté d’Allah, ce que l’occidental pourrait traduire, avec un certain éloignement littéraire, par des anges.  Là où on se rapproche davantage de notre histoire, c’est au verset 35 de la sourate 2 : « Nous disons : « Ohé, Adam, habite le Jardin avec ton épouse.  Mangez à satiété, comme vous le déciderez.  Mais n’approchez pas de cet arbre : vous seriez parmi les fraudeurs. »

Mangez à satiété!  Le péché chrétien de la gourmandise disparaît totalement.  D’ailleurs, satiété rime drôlement avec excès.

Un Dieu qui doute de sa propre création

Pourquoi alors Yahvé, Dieu et Allah auraient-ils créé cet arbre?  Rien que pour tenter l’homme?  Pour tenter sa propre création?  Donc, Dieu doutait de ce qu’il avait fait lui-même?

Au verset 36 de la sourate 2 du Coran les choses se précipitent : « Alors le Shaïtân [Satan] les précipite et les expulse de là où ils étaient.  Nous disons : « Descendez en ennemis, parti contre parti.  Vous n’aurez, sur terre, séjour et jouissance que pour un temps. » »

Étrangement, le Coran fait un rapprochement entre Jésus et Adam.  Dans la sourate 3, verset 59 : « Voici : ‘Issa [Jésus], chez Allah, est à l’exemple d’Adam.  Il l’a créé de terre, puis Il lui a dit : « Sois. »  Et il est. »  Ce qui implique donc, comme le remarque André Chouraqui, traducteur émérite du Coran, que le verset « nie ainsi l’éternité du Fils, créé, et non consubstantiel à Allah, son créateur.  Mais il a été créé sans l’intervention d’un homme dans le sein vierge de sa mère, ayant ainsi une place unique parmi les fils de l’homme. »

Belle façon d’absorber le héros des chrétiens tout en lui faisant perdre un grade.

À la sourate 4, verset 1 : « Ohé, les humains, frémissez de votre Rabb : il vous a créés d’un seul être et, de lui, il a créé son épouse suscitant, des deux, femmes et hommes nombreux.  Frémissez d’Allah que vous sollicitez tous, et des matrices.  Voici, Allah vous observe. »

Il est clairement question d’Adam et Ève.  Encore une fois, la femme n’est pas nommée.  Ensuite, on constate aussi l’utilisation à deux reprises du mot « frémissez », une tendance coranique qu’on peut interpréter comme une obstination à vouloir créer un climat de peur.  On ne doit pas adorer son Dieu, mais le craindre.

Mais si on craint quelqu’un, alors c’est qu’il est en mesure de pouvoir nous faire du mal?

L’idée biblique d’avoir créé la femme à partir de l’homme est aussi reprise, « de lui, il a créé son épouse […] », un aspect misogyne qui devait certainement plaire à l’auteur.  Et finalement, on retrouve aussi cette même notion chrétienne de « Dieu est partout », adapté par « Allah vous observe. »  Bel exercice, encore une fois, pour entretenir la crainte.  N’est-ce pas là un terme récurrent utilisé par de nombreuses sectes?

La peur.  Toujours la peur!

Croire ou non?

Devant l’histoire d’Adam et Ève, quelqu’un ne vous dira jamais « j’y crois, sauf que tel détail ne fait pas de sens. »

On y croit ou on n’y croit pas.  En fait, il s’agit là d’une histoire tellement immense qu’on ne peut être confronté qu’à deux choix : soit on l’accepte ou on la rejette.

L’homme a été soumis à un long processus d’évolution au cours de la préhistoire et il ne faudrait pas à tout prix trouver un début à l’Histoire de l’humanité, à une époque où l’écriture n’avait toujours pas été inventée.  Il faut parfois accepter une part du mystère de la vie, et non se laisser berner par cette phrase qu’on a déjà trop entendue « les mystères de Dieu sont impénétrables. »

On remarque un fait curieux dans le verset 116 de la sourate 20 : « Quand nous avons dit aux Messagers : « Prosternez-vous devant Adam », ils se sont prosternés, sauf Iblîs [autre nom pour Satan], qui refusa de le faire! »  Or, les Messagers, nous dit Chouraqui, sont des êtres célestes ou des humains qui accomplissent la volonté d’Allah.  Comment se fait-il qu’ils se soient prosternés devant Adam?  Ce dernier n’était-il pas sensé être le premier homme sur terre?

Si c’est bien ce que Mahomet voulait signifier, il ne fut pas le premier.  En effet, au cours de ses premiers siècles d’existence l’Église chrétienne a connu certains schismes, dont celui des préadamites, qui « professaient qu’il avait existé des humains avant Adam », précise Messadié.

Il y a près de 2,000 ans donc, on doutait déjà de la véracité du récit.

Adam et Ève ont leur utilité symbolique, certes, mais sans plus.  Ne pensez-vous pas qu’il faudrait justement éviter de mêler les personnages de la mythologie avec la réalité terrestre et historique?


[1]Selon des textes d’époque romaine retrouvés à Coptos.

[2] Les livres du Pentateuque, incluant la Genèse, ont été rassemblés vers 440 avant notre ère.

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