La Création: et l’imaginaire de l’homme créa…


D’où venons-nous?

Voilà une question innée qui fascine depuis toujours.

Dans son besoin de tout expliquer, incapable d’assumer sa part de mystère, l’homme doit-il pour autant accepter n’importe quelle réponse?

Comme le dit si bien Gérald Messadié, les scientifiques s’arrêtent de parler quand ils ne savent pas, tandis que les religieux parlent avant même de savoir.

À une époque où la science n’existait pas, ou du moins pas sous sa forme actuelle, des hommes ayant développé l’écriture ont immortalisé dans des livres, ou des codex, les opinions sur la provenance de l’humanité.  Le problème, c’est que les religions monothéistes continuent de croire en ces livres rédigés selon des mythes et des théories archaïques.  C’est d’ailleurs l’un des problèmes de ces grandes religions : leurs adeptes confondent les personnages mythiques avec les personnages historiques.

Un Dieu raciste

Bien avant que l’humanité puisse envisager la théorie de l’évolution, il fallait trouver une explication à la fameuse Création.  Il faut un début à toute cette aventure, s’est-on dit un jour.  Il nous fallait une mémoire collective.  Alors, pourquoi ne pas commencer avec un homme et une femme?

Le premier couple, quoi!

Bien sur, étant donné la race de ces auteurs[1], Dieu ne pouvait pas avoir la peau noire ni jaune, mais bien blanche.  On sait cependant que les Éthiopiens voyaient leur dieu avec la peau noire et les Thraces avec les cheveux roux.

Déjà, on renifle les premières odeurs du racisme.

Nombreux sont les débats en ce moment sur ce qu’on a classé avec le temps sous l’appellation des « saintes écritures », que ce soit la Torah[2], la Bible ou le Coran.  Avant de plonger dans ces trois grands livres sacrés, il est intéressant de voir que d’autres mentalités ont aussi eu leur conception de la dite Création.  Dans la complexité hindouiste, par exemple, à l’époque où la Grèce naissait, le sage Aruni se demandait : « Au commencement, très charmant, ce monde n’était qu’Être sans dualité.  Certains, il est vrai, affirment qu’au commencement ce monde n’était que non-Être sans dualité, que l’Être sortit du non-Être.  Mais comment cela serait-il possible?  Comment l’Être pourrait-il sortir du non-Être?  Au commencement ce monde doit avoir été l’Être pur, unique et sans second. »

La réflexion prime sur la précision, tel un poète.  Après tout, on pourrait bien classifier les prophètes sous la bannière des poètes, eux qui savent si bien mettre des mots sur l’abstrait.  Et les livres qu’ils ont laissés sont d’ailleurs empreints de poésie.  Après tout, le Coran n’est-il pas une sorte de poème récité à voix haute?

La Genèse 

Ce qui frappe, dès les premières phrases de la Genèse, c’est que Dieu semble avoir été là dès le début, c’est-à-dire avant l’apparition de l’homme sur Terre : « Lorsque Dieu commença la création du ciel et de la terre, la terre était déserte et vide, et la ténèbre à la surface de l’abîme; le souffle de Dieu planait à la surface des eaux, » (Gn 1 : 1,2).

Dieu était donc là depuis le début?

Notez aussi l’absence de précisions quant à la forme de la Terre, son mouvement dans l’espace et tous ces détails auxquels on aurait dû avoir droit.

Bien que Platon parlait déjà d’une planète sphérique[3], il fallut attendre plusieurs siècles avant que Nicolas Coppernic, mort en 1543, démontre que la Terre n’était pas le centre de l’univers, mais qu’elle tournait plutôt autour du soleil.  C’est ce qu’on appelle l’héliocentrisme.

Selon d’autres, comme les Mormons, c’est plutôt Jésus Christ qui a créé le monde.  Mais bon.  Passons!

Quand il commença la création de la terre, « la terre était déserte et vide ».  C’est donc dire qu’elle était déjà là, la terre?  Simple confusion dans l’imaginaire des auteurs?

Gerald Messadié nous rappelle que « l’idée actuelle d’une religion, c’est-à-dire d’un système de croyances définies, sinon structurées, se situe entre 1000 et 500 avant notre ère (exactement, selon les données actuelles, entre 850 et 450), […] »  Pas étonnant, donc, que la plupart des écrits bibliques datent de cette période, une époque où les hommes ont senti le besoin d’immortaliser leurs croyances sur papier, sachant que la transmission orale était une méthode peu fiable.

Depuis longtemps existait des croyances polythéistes, dont les premiers dieux furent des femmes.  Après tout, dans des peuplades dites primitives on accordait beaucoup d’importance aux femmes car c’est d’elles que dépendait la fécondité, et par conséquent l’avenir de la tribu.

Les origines du monothéisme

Les historiens et les ethnologues nous disent que le premier dieu monothéiste, Ahura Mazda, celui des Perses, apparut vers le 6ème siècle avant notre ère.  À la même époque donc, à un siècle près, que les livres du Pentateuque.  En l’an 586 avant notre ère, c’est la chute de Jérusalem et les juifs se retrouvent détenus à Babylone.  Quelques décennies plus tard, en 539, les Perses de Cyrus le Grand envahissent Babylone et libèrent les juifs.  Durant toutes ces années, il est clair que ceux-ci ont été influencés par les croyances de leurs persécuteurs, et aussi de leurs libérateurs, avec lesquels ils ont entretenus de bons rapports.  Car les Perses, tolérants envers les croyances d’autrui, emmenaient avec eux l’idée du monothéisme.  Une fois rentrés chez eux, les juifs se sont appropriés quelques éléments pour ensuite écrire les livres du Pentateuque.

Déjà, on peut dire que les premiers livres de la Bible ont été écrits sous l’influence du judaïsme, du mithraïsme, du mazdéisme et du zoroastrisme.

Selon certains pseudo-spécialistes, ainsi que les religieux en général, la Création daterait du 4ème millénaire avant notre ère.  On ne pouvait donc pas s’imaginer qu’il y ait eu de la vie sur terre avant cela.  Nombrilisme oblige!

La Création selon le Coran

Quant au Coran, on peut lire ceci à la sourate 3, verset 96 : « Voici, la Première Maison manifestée aux humains, celle de Bakkat, est bénie, guidance des univers. »

Ce qu’on appelle ici la « Première Maison » est en fait La Mecque et selon la tradition musulmane sa construction remonterait à Adam, sans compter qu’Abraham l’aurait reconstruite.  Autant dire qu’elle remonte au début de la Création et qu’elle aurait même survécue au déluge.  La Mecque construite par Adam, donc?

Dans l’islam, tout est ramené à La Mecque et à la Ka’bat, qu’on prétend même le centre de l’univers.  Des pseudo-scientifiques islamiques tentent de trafiquer maladroitement des informations de la NASA pour donner crédit à cette fable voulant qu’un rayon quelconque parte de la Ka’bat pour traverser l’univers vers une destination inconnue mais qu’on peut facilement imaginer.

En Occident, on aura compris depuis longtemps que le scientifique et le religieux s’amalgament assez mal.  Alors, faudrait pas revenir en arrière.

Où sont les astronautes musulmans à la NASA?  Et pourquoi refuse-t-on les fouilles archéologiques à La Mecque?

Trafiquer maladroitement des données sérieuses pour ensuite regrouper autour de soi des adeptes n’est pas un phénomène nouveau et surtout pas en voie de disparition.  De nos jours, on a droit à toutes sortes de théories du complot, les plus récentes concernant les événements du 11 septembres 2001.  Malgré des preuves et une logique sérieuse à l’appui, plusieurs continuent de croire que certaines explosions ont été planifiées par le gouvernement américain, un entêtement comparable à la foi religieuse, disent certains.

Contrairement à la Bible, le Coran ne s’aventure pas sur le terrain de la datation.  Toutefois, en reprenant la version d’Adam, on en présume logiquement son approbation envers l’interprétation du mythe.  Sinon, en prétendant à une correction, il faut préciser les points de la réforme.

La préhistoire, étude anti-religieuse

Évidemment, le monde n’a pas été créé il y a 6,000 ans ni en 7 jours.  La préhistoire, période que l’on situe entre l’apparition de l’homme sur terre et les premiers documents écrits, s’est échelonnée sur plusieurs milliers d’années.  Pour les mystiques religieux qui refusent toujours de croire en la science, ou du moins la science occidentale, les archéologues ont collectionnés des millions de preuves.  L’Homo rudolfensis et l’Homo habilis sont apparus il y a maintenant plus de deux millions d’années.  Et que dire de la fameuse Lucy, dont les ossements, découverts en Éthiopie en 1974, datent d’environ 3,2 millions d’années?

Le Coran nous dit à la sourate 2, verset 29 : « Il a créé pour vous tout ce qui est sur terre, puis Il s’est élevé aux ciels harmonisés par Lui en sept ciels, Il sait tout, Lui. »  On y reconnaît bien l’égocentrisme d’un dieu monothéiste, en plus du chiffre sept.  Justement, si Allah savait tout, lui, il aurait dû savoir d’où provenait la symbolique du 7, que nous verrons dans un autre article.

C’est vers le 10ème millénaire avant notre ère qu’apparut l’agriculture.  L’homme se sédentarisait.  On sait aussi que les premières divinités furent des femmes, mais, plus tard, les dieux masculins prirent le dessus avec le développement des communautés et des guerres.  Les premiers dieux masculins apparaissent au 8ème millénaire avant notre ère.  C’était le début de la fin pour les divinités féminines.  Pour sa part, quelques 9,000 ans plus tard, le Coran enfonça les derniers clous du cercueil des déesses : « Allah ne tolérera pas l’idolâtrie : ce sont les païens qui prient des femelles. »  Et encore une fois au verset 117 de la sourate 4 : « Oui, ils n’implorent, hors de Lui, que des femelles, oui, ils n’implorent qu’un Shaïtân [Satan] rebelle. »

L’homme créa Dieu à son image

 

Dans son idée simpliste de la Création, la Genèse finit évidemment par créer l’homme, comme on le sait par la célèbre citation : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa; mâle et femelle il les créa. » (Gn 1 : 27).

Quelle image?  Celle des Noirs?  Des caucasiens?  Des Amérindiens?

Puis il y a aussi le deuxième degré, c’est-à-dire l’image mentale, psychologique.  Une image criminelle, méchante, malhonnête, rancunière, orgueilleuse, etc?  Après tout, l’homme est tout cela, et bien plus!

On aura compris que c’est plutôt l’homme qui créa Dieu à son image.

Et si ce concept avait été emprunté?  En effet, c’est l’idée que nous soumet Messadié en nous rappelant les écrits de Platon, décédé en 347 ou 346 avant notre ère : « Et plus loin, il [Platon] en déduit que « notre monde doit de toute nécessité être l’image de quelque chose ».  En d’autres termes, Dieu a créé le monde à son image.  Cette proposition évoque évidemment là, à peu de chose près, le discours de la Genèse […] »

Les chrétiens ont-ils plagiés les Grecs?

Pire encore, dans un extrait de Sophocle, mort en 406 ou 405 avant notre ère, on peut lire « Ô Zeus!  La torture, la torture, c’est tout ce que tu me donnes! »  Invocation qui ressemble à s’y méprendre à la célèbre phrase apparemment sortie de la bouche de Jésus : « Eli, Eli, pourquoi m’as-tu abandonné? »  Et Messadié d’ajouter « on n’en finirait pas d’énumérer les comparaisons qui s’imposent avec les autres dieux. »

On ne se surprend plus de savoir que l’inspiration, que ce soit dans le domaine artistique ou autre, nous provient de ce que nous connaissons déjà, donc de ce qui est venu avant nous.

Ce qui frappe dans la lecture du Coran est son absence totale de chronologie, outil important s’il en est un pour faire de l’histoire.  Par exemple, on peut arriver à démentir un événement ou une idée en prouvant qu’une autre s’est présentée avant.

Dans la Bible, on construit des récits porteurs de messages et qu’ensuite on peut utiliser comme exemple en disant : « ne faites pas ceci, car il vous arrivera la même chose que tel personnage biblique. »  Les messages sont donc subtils; indirects.  Or, avec le Coran, il en va autrement.  C’est Napoléon qui a déjà dit : « La religion du Christ est trop subtile pour les Orientaux, il leur fallait des opinions plus politiques.  À leurs yeux, Mahomet est supérieur à Jésus, on le voit agir. »

Plutôt que de construire des récits, l’auteur est direct et met beaucoup d’énergie à dénoncer ceux qui ne croient pas en Allah, que l’on surnomme souvent les « effaceurs » ou les « fraudeurs ».  L’ennemi est donc clairement pointé du doigt.  Pas de récit, donc, mais beaucoup d’acharnement à répéter, entre autres choses, le nom d’Allah.  Le lecteur occidental serait ainsi porté à voir Mahomet non pas comme un raconteur mais un marteleur.

Marteler!  Un concept utilisé par de nombreuses sectes modernes.  Il n’y a qu’à penser à la fameuse secte de David Koresh[4] qui est à l’origine du massacre survenu en 1993 à Waco, au Texas.  Il affamait ses disciples pour ensuite mieux leur bourrer le crâne.

Récité en arabe, le Coran représente une fascination, mais ici, on parle de contenu et non de beauté mélodieuse.  Après tout, n’est-ce pas le contenu qui compte?

Bref, il ne faudrait pas s’arrêter aux apparences, en quoi que ce soit.

En ce qui concerne la couleur de peau de Dieu, l’islam semble l’avoir compris très tôt, car elle interdit toute représentation d’Allah, ce qui a d’ailleurs empêché un certain développement des arts figuratifs dans les pays arabes, et qui a conduit à la renversante controverse concernant les caricatures de Mahomet, publiés le 30 septembre 2005.   La polémique donna lieu à une véritable saga médiatique.

Mon dieu est plus fort que le tien!  On croirait entendre une querelle enfantine.  Manque de maturité?

Pour la Création, le Coran propose l’idée suivante dans la sourate 95 : « Par le figuier, par l’olivier, par le mont Sinaï, par ce pays de l’amen, ainsi créons-nous l’humain en la plus merveilleuse des formes, puis nous le ramenons au fond de toute bassesse, sauf ceux qui adhèrent et sont intègres : ils auront une récompense sans faille.  Qui te fera renier la Créance?  Allah n’est-il pas le plus Sage des sages? »

Évidemment, Allah, dieu du désert arabique, se devait de créer l’homme à partir d’un figuier ou d’un olivier.  Comme l’Amérindien adorait des ours, des bisons et des aigles, incapable de s’imaginer que le tigre, l’éléphant ou le chameau pouvait seulement exister ailleurs dans le monde.

Un dieu incapable d’imaginer la vie animale et végétale sur les autres continents?  N’est-ce pas là une autre preuve que la religion est une création de l’homme?

Un homme faible

Curieusement, dans la Création, autant biblique que coranique, l’homme se révèle rapidement faible.  Avant d’accomplir quoi que ce soit d’utile, Adam s’empresse de mordre dans l’interdit, pour confirmer la fameuse faute originelle et ainsi jeter le blâme sur tous les humains.

Est-ce donc dire que la Création humaine de Dieu est un travail bâclé?  Dieu serait-il un médiocre fabriquant?  Aurait-il dû prendre exemple sur GM et Ford, et ainsi lancer un rappel pour réparer les erreurs de son jouet?

« Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-là.  Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre. » (Gn 1 : 28).

Fécondité et prolifération.  L’Église chrétienne se servit longtemps de ces deux mots pour convaincre les familles d’avoir de nombreux enfants.   Plus d’enfants, plus de fidèles, donc plus de dîmes, et ainsi plus de profits pour l’Église.  La fameuse loi du nombre.  À une époque où le nombre de soldats, par exemple, faisait nettement la différence pour mener à une victoire, on peut comprendre que cette loi ait été prédominante.  « Venez!  C’est ma religion qui compte le plus d’adeptes!  Donc, c’est nous qui avons raison! »

Et pourquoi les animaux auraient-ils été créés lors d’une journée différente?  Pour différencier l’homme de la bête?

Depuis Charles Darwin, on connaît cette tendance voulant que nous soyons des animaux, concept difficile à avaler pour les croyants, à qui Dieu a dit « soumettez » les animaux.  Ce n’est pas pour rien qu’on interdit l’enseignement de Darwin dans les écoles islamiques.  Il se trouve même certains chrétiens illuminés qui la refusent encore aux États-Unis.

Et pourquoi soumettre les animaux?

À l’époque de ces écrits, il y avait au moins 9,000 ans que l’homme s’adonnait à l’agriculture, et par conséquent à l’élevage.  La domestication du chien bats tous les record, remontant à environ 13,500 ou 12,000 ans avant notre ère, alors que celui de la chèvre remonte vers 9,500 ans avant notre ère, le porc et le bœuf viennent ensuite, vers 8,000.  Car, en sous-entendu, il est clair que dans le mot « soumettez » on entend ici ce droit à se servir des animaux pour l’élevage et la boucherie, et même à les employer dans les sacrifices.

De même, on put se servir de cet argument pour traiter les Africains d’animaux et ainsi se donner le droit de les soumettre.

C’est connu; l’homme a toujours interpréter les choses à son avantage.

Un Dieu arrogant?

 

« Dieu vit tout ce qu’il avait fait.  Voilà, c’était très bon. » (Gn 1 : 31).

Est-ce donc dire qu’il qualifiait lui-même son propre travail de « très bon » ?  Un Dieu arrogant, donc?  Prétentieux?

Fier, certes, et confiant diront les croyants.  Évidemment, Dieu n’a pas de défaut et ce serait un sacrilège de l’accuser d’arrogance.  Allah a aussi cette personnalité, « Il sait tout, Lui », ou encore quand on le qualifie de savant, de sage, et tout le bataclan.  Il sait tout et pourtant ne nous apprend rien de nouveau.

L’Ancien Testament est important pour l’islam car les exégètes coraniques en interprètent plusieurs passages comme des prophéties de la venue de Mahomet et de la victoire de l’islam.  Les islamiques le considèrent comme un des textes saints que Dieu a révélés aux hommes avant le Coran et il sert à « prouver » la véracité de celui-ci.  Toutefois, le mot « preuve » perd ici tout son sens propre.  Si la Genèse est une preuve de quoi que ce soit, alors tout ce qui s’y rattache n’a pas grande valeur.

Pour faire simple, admettons que vous créez une histoire fictive et qu’une personne prétende ensuite corriger les erreurs « historiques » de votre récit.  Quelles erreurs peut-on corriger à partir d’une histoire fictive?  On en reviendrait seulement à un « remake » de Batman, Spiderman ou autre film célèbre, dont le seul but est d’attirer le plus de spectateurs possible.

La Création selon les Amérindiens

On pourrait conclure ici en effleurant les croyances africaines, qui ont été tardivement découvertes par les sociétés dites civilisées, mais rapidement contaminées par le christianisme et l’islam.  Par exemple, il est très douteux de remarquer au Kenya le dieu suprême Wélé qui se reposa le septième jour après avoir créé l’homme, la femme, les animaux et le reste.  L’influence chrétienne, arrivée dès le début du 16ème siècle avec les Portugais, est évidente.

Ce que les religions originelles de l’Afrique pensaient de la Création?

On ne le saura jamais.  Sur ce continent, le monothéisme a gagné la partie.

D’un point de vu polythéiste, on peut aussi observer ce que les Amérindiens pensaient de la Création, dans ce cas-ci les Abénakis.  Selon eux, le créateur s’appelait Tabaldak.  Il créa la terre qui devient le jardin de Tabaldak.

La vieille terre-mère donne les plantes, qui nourrissent et soignent.  Dans le concept de la terre-mère on reconnaît la divinité féminine, propre aux religions polythéistes, qui sont plus près de la nature et qui accordent plus d’importance aux femmes et à leur fécondité.  À une époque où les mouvements écologistes gagnent beaucoup de terrain à nous faire prendre conscience de la fragilité de notre planète, on se rappelle amèrement que le monothéisme, conquérant et martelant, a écrasé ces tribus dites primitives qui prêchaient pourtant l’harmonie avec la nature.

Et quand les Abénakis nous disent que le créateur ne peut être parfait parce qu’il a créé les Amérindiens imparfaits, ça prouve qu’ils n’étaient pas sans âmes ni sans morale comme les ont dépeint les premiers Européens à être débarqué sur le continent.

Quand Grand-Mère Marmotte discute directement avec Tabaldak, l’épisode rappelle cette discussion ouverte qu’on retrouve dans l’Ancien Testament entre Dieu et les hommes.  Ce dialogue devient absent du Nouveau Testament, où Dieu est en retrait.

Ce qui est triste dans ces légendes amérindiennes c’est qu’elles ont été transmises oralement, donc on commença à les répertorier longtemps après que les Européens furent installés en Amérique.  Par conséquent, il est très difficile, voire impossible, d’épurer tout cela de manière objective afin de dire précisément « cette légende est purement indienne ».  L’influence européenne y joue un grand rôle.

Dans le livre Légendes Amérindiennes II de Jean-Claude Dupont, publié en 2010, on retrouve la légende Hurons-Wendats qui suit à propos de la création du monde : « Ils vivaient tous heureux au-dessus des nuages, des hommes, des femmes, des animaux et des oiseaux, au milieu de lacs, de rivières et de forêts.  Mais, un jour, un vieil homme tomba malade et il fallait que sa fille se rende en forêt cueillir de l’écorce d’arbre pour préparer un breuvage qui le guérirait.  Arrivée là, un ours s’approcha d’eux et le chien de la femme se mit à courir après la bête.  L’ours tomba dans un grand trou et le chien, en voulant le rattraper, disparut lui aussi.  La femme, pour sauver son chien, se précipita à son tour vers l’ouverture, et comme elle tenta de s’accrocher à un arbre pour se retenir, l’arbre arracha et il enfila avec elle dans le grand trou, entraînant aussi les oiseaux branchés dans ses feuillages.  Ils arrivèrent tous en bas, au-dessus d’une grande étendue d’eau.  La femme tomba sur une tortue qui se trouvait sur l’eau et la tortue, étonnée de cela, demanda à un castor, à une loutre et au crapaud de charroyer de la terre sur sa carapace pour y installer la femme et planter l’arbre qui était tombé avec elle.  Puis, il fut décidé que la tortue nagerait jusqu’à la rive pour y déposer la femme et son arbre.  Une fois arrivés au bord de l’eau, le castor et le rat musqué charroyèrent de la mousse et des écorces pour construire une cabane, et la femme s’y installa et donna naissance à des jumeaux.  Lorsque les enfants eurent grandi, une mésentente s’éleva entre eux et ils durent se séparer.  L’un d’eux amena sa famille dans les forêts éloignées où il passait son temps à chasser, tandis que l’autre cultivait des champs de maïs pour se nourrir.  Quant à la mère qui était tombé du ciel, elle ne vieillit jamais et elle décida que la grosse tortue serait la protectrice de son clan. »

Ce qui frappe d’abord est la présence presque exclusive de la femme.  Le polythéisme amérindien lui accorde beaucoup d’importance.  Par contre, on croit déceler ici quelques influences monothéistes, comme la présence de l’arbre, qui rappelle étrangement l’arbre interdit de la Genèse, et cette mésentente entre les deux jumeaux, rappelant le conflit survenu entre Abel et Caïn.

Aussi jolies que soient ces légendes, on ne peut se permettre que de spéculer.  Car c’est l’homme blanc qui immortalise ces croyances par écrit, longtemps après la contamination européenne.  Malheureusement, la bêtise humaine s’est manifestée une fois de plus dans ce cas-ci, et on connaît la suite tragique des événements dans le sort réservés aux Amérindiens.

Chez les Iroquoiens du Saint-Laurent, l’anthropologue Roland Viau[5] nous confirme cette tendance polythéiste vers la femme car « dans la pensée mythique iroquoienne, la création de l’humanité constitue un événement essentiellement féminin. »  Toutefois, il existe de nombreuses versions de ce mythe, facilement explicable par le fait que les Amérindiens n’avaient aucune écriture connue.  Il fallait donc que les histoires et légendes se transmettent oralement, moyen que l’on connaît pour son embellissement graduel laissé à la discrétion du conteur et de ceux qui écoutent.


[1] Un détail qui me fascine est celui de voir les croyants adopter sans questionnement des livres rédigés par des auteurs inconnus, qui n’ont pas signés leurs textes, alors qu’en retour, lorsqu’on remet en question certains points, les religieux nous demandent nos références.

[2] La Torah est intégré à la Bible, le Pentateuque en fait, ce qui représente les livres de la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome.  Il faut retenir que ces différents livres ont été compilés vers l’an 440 avant notre ère, et peut-être même un siècle plus tôt selon Messadié.

[3] L’idée que la Terre soit ronde n’est donc pas de Magellan, car l’idée circulait depuis l’Antiquité.  C’est surtout les religions monothéistes, l’Église chrétienne en particulier, qui a fait reculer l’avancement de cette conception à l’échelle mondiale.  Toutefois, il existe encore des sectes et autres courants de pensée pour enseigner à des enfants que la Terre est plate.

[4] De son vrai nom Vernon Wayne Howell, né le 17 août 1959.  Il était le leader de la secte des Davidiens.  Il a périt avec 82 de ses membres le 19 avril 1993 lors d’un assaut donné par le FBI.

[5] Les Iroquoiens du Saint-Laurent, peuple du maïs, par Roland Tremblay, 2006.

Publicités

One thought on “La Création: et l’imaginaire de l’homme créa…

Commentaires fermés