La symbolique du chiffre 7

Chiffre 7Même pour ceux qui n’ont que brièvement entendu quelques frasques bibliques ou coraniques, on sait que le chiffre 7 ne passe pas inaperçu.  À titre d’exemple, il apparaît dans la Bible dès le début de la Création.

Et dans l’Apocalypse il revient à la charge avec les 7 églises, les 7 trompettes, les 7 sceaux et tout le bataclan.  Cette symbolique numérique a été reprise d’innombrables fois à travers le temps, conscient que cela avait représenté une certaine importance dans les livres sacrés.  Et les musulmans l’ont aussi repris en effectuant 7 fois le tour de la Ka’bat à La Mecque.

Évidemment, il s’agit d’une symbolique.  Le symbolisme ne sert-il pas à simplifier les choses?  À étiqueter?

Justement, quelle est cette symbolique?  Est-il possible d’y jeter un regard historique?

De nos jours, des idées quelque peu idiotes entretiennent ce symbolisme, comme les fameuses 7 années comptées pour chaque année de la vie animale.  On connaît aussi cette superstition des 7 années de malheur après le bris d’un miroir, accidentellement soit dit en passant.  Comme si on devait mériter un quelconque châtiment pour un accident!  Si des assassins échappent à la justice, alors pourquoi se sentir coupable de briser un miroir?

Puisque le 7 paraissait si important dans l’Apocalypse, dont la rédaction remonte environ à l’an 90 ou 95 de notre ère, j’ai d’abord envisagé la possibilité qu’il puisse représenter les 7 collines de Rome, ce qui aurait été un symbole de l’oppression romaine envers les premiers chrétiens.  Mais cette idée se révéla immédiatement faible, du moins pour expliquer l’origine de son utilisation.  Les livres du Pentateuque, qui approuvent déjà le 7, ont été rassemblés vers le 5ème siècle avant notre ère.  Donc, le chiffre n’est même pas chrétien.

Quand bien même que les 7 de l’Apocalypse puissent symboliser ce pouvoir romain, il est clair que la fascination du 7 remonte à une époque plus lointaine dans l’histoire.

Dans son livre « La Bible et l’Histoire », John Romer explique que : « Les auteurs classiques avaient toujours vu dans le chiffre 7 un symbole de l’harmonie cosmique; il y avait, en effet, 7 planètes, 7 notes dans la gamme, 7 couleurs dans l’arc-en-ciel, etc.  Les chrétiens reprennent le symbole à leur compte en distinguant 7 vertus et 7 péchés et en comptant 7 âges dans la vie de l’homme.  La Genèse, déjà, avait utilisé ce nombre, car Yahvé avait créé le monde en 7 jours.  Aussi décida-t-on de célébrer dans les cathédrales 7 offices quotidiens à la gloire de Son Saint Nom.  Mais les théologiens renchérissaient encore : 7 était la somme de 3 et 4, ce qui permettait d’additionner la Sainte-Trinité et les quatre évangélistes, et d’unir les mystères de la foi et les hommes qui les avaient exprimés dans leurs écrits.  Cette arithmétique divine allait toujours plus loin : en multipliant les trois facettes de l’âme par les quatre éléments de l’univers – et en sollicitant un peu les théories d’Aristote – on obtenait le chiffre 12, soit exactement le nombre des apôtres fondateurs de l’Église universelle.  Cette symbolique des nombres, on la retrouve aussi bien dans la théologie que dans l’architecture gothique; elle est reprise à l’infini comme les paillettes de lumière d’un kaléidoscope; elle se fonde toujours sur un passage de la Bible. »

À titre d’exemple, le Coran reprend le chiffre au verset 261 de la sourate 2 : « Ceux qui prodiguent leurs biens dans le sentier d’Allah sont à l’exemple d’un grain qui fait germer sept épis, chaque épi portant cent grains.  Allah multiplie, au bénéfice de qui Il décide, Allah immense, savant. »

L’épi, mot utilisé dans le domaine floral, peut sans doute être considéré ici comme un épi de maïs, ou du moins une plante nutritionnelle.  Mahomet était-il en train de célébrer le maïs et promettre à son peuple l’abondance?

Ce serait alors reprendre des croyances tribales, donc polythéistes, qui célébraient la fertilité du sol.  N’oublions pas que les amérindiens cultivaient eux aussi le maïs, comme il apparaît en 1642 dans la Relation des Jésuites sous l’appellation « bleds d’Inde[1] ».

Pour certaines tribus, d’ailleurs, le maïs représentait le pouvoir surnaturel habitant la terre, à qui on donnait le nom d’Atira, la mère qui donne la vie.  Remarquez ici qu’on adore une divinité féminine, ce qui ne ferait sans doute pas plaisir à Allah.

Mais il y a mieux que ça.  Dans la Genèse, rédigée un millénaire environ avant le Coran, on retrouve l’histoire du Pharaon qui, après avoir rêvé de sept vaches laides qui en dévoraient sept autres, « il se rendormit et rêva une seconde fois.  Voici que sept épis montaient d’une seule tige, gras et appétissants.  Puis sept épis grêles et brûlés par le vent d’est germèrent après eux, et les épis grêles absorbèrent les sept épis gras et gonflés.  Alors le Pharaon s’éveilla : c’était un rêve. » (Gn, 41 : 5-7)

Peut-on en déduire que Mahomet, ayant compris que le chiffre sept captivait les chrétiens, l’ait repris à sa manière?

Ayant entendu l’histoire oralement, probable qu’il n’ait pu la retenir dans ses moindres détails.  Car on sait qu’il y avait des chrétiens à Médine et à La Mecque à son époque, de même que des juifs.  Selon certains historiens et auteurs, il aurait donc entendu les récits bibliques et compris aussi que pour former un empire il lui fallait rassembler ses compatriotes sous un dieu unique.

André Chouraqui, traducteur émérite du Coran, explique que « les sept ciels sont connus de la cosmologie babylonienne, le nombre sept étant le symbole de la totalité du réel. »  Ou de l’équilibre cosmique, comme dit Romer.

Le mithraïsme, religion à laquelle les chrétiens empruntèrent de nombreuses influences, comportait aussi sa symbolique du chiffre avec 7 stades d’initiation.  En Grèce et à Rome il semble qu’on pratiquait le sacrifice humain, appelant 7 vierges et 7 adolescents en Crète, à tous les 9 ans.

Donc, le Coran, le plus récent de ces livres sacrés, n’a rien inventé, pas plus que la Bible d’ailleurs.  Car les nouvelles croyances ont toujours eu cette tendance d’absorber celles des autres.  Rien de nouveau, donc!

Le plus probable, c’est que la symbolique du chiffre 7 a été ramenée de Babylone par les juifs suite à leur libération au 6ème siècle avant notre ère par Cyrus le Grand.  À leur tour, les chrétiens, eux-mêmes des juifs à l’origine, ont absorbé l’idée, et le résultat en fut le Pentateuque.

Et l’effet boule de neige s’est poursuivit.

Depuis Babylone, le chiffre 7 s’est retrouvé en d’innombrables lieux et époques.  En répertorier toutes les légendes et fabulations qui s’y rattachent représenterait un travail laborieux et interminable.

Si toutefois vous détenez vos propres exemples, n’hésitez pas à les partager ci-dessous.


[1] Blé d’Inde.  Au Québec, on a coutume de le manger bouilli, directement sur l’épi, vers la fin de l’été.

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