Le mystère entourant la mort d’Ernest Dontigny

Ernest Dontignt (1898-1966)

Depuis une quarantaine d’années qu’une rumeur persiste au sein de sa famille.  Ernest Dontigny aurait mystérieusement disparu en 1966 pour être retrouvé, quelques jours ou quelques semaines plus tard, dans les eaux du fleuve St-Laurent.  Certains croient encore que l’incident lui ayant coûté la vie se serait produit au quai de Trois-Rivières.

Que s’est-il véritablement produit?

Tandis que certains envisagent la thèse de l’accident, d’autres soulèvent celle du meurtre.  Aurait-il été violemment frappé à la tête pour ensuite basculer dans les eaux froides du fleuve?

Qui croire?

C’est la question à laquelle je voulais répondre.          Plus de quarante ans plus tard, après avoir entendu cette histoire de l’une des nièces du disparu, il me fallait tenter le coup.

La version familiale

D’après la version familiale, Ernest Dontigny aurait trouvé la mort le 21 juin 1966, après avoir soi-disant été frappé à la tête et balancé dans les eaux du Fleuve St-Laurent au quai de Trois-Rivières.  On raconte qu’il aurait été retrouvé environ deux semaines plus tard.  Le motif de cette agression serait le vol.  En effet, ce célibataire endurci avait l’habitude d’aller boire dans les bars trifluviens en ne prenant aucune précaution sur la discrétion du contenu de son porte-monnaie.

L’hypothèse de l’agression

C’est à Champlain qu’Ernest a vu le jour le 27 janvier 1898.  Il était donc âgé de 68 au moment des événements.

Il avait l’habitude de se retrouver dans des tavernes de mauvaise fréquentation au retour de ses longs voyages en mer.  Et c’est ce qui a alimenté la possibilité qu’un client mal intentionné ait observé ses liasses de billets dans son porte-monnaie lorsque vint le temps de payer ses consommations.  De plus, en état d’ivresse, Ernest devait être affaibli pour assurer sa propre défense.

Les rumeurs peuvent s’élargir facilement, et l’une d’elles prétend justement qu’un (ou plusieurs) marin étranger aurait pu l’attaquer avant de retourner dans son pays.  Le crime parfait, quoi!

Cette version, toutefois, ne repose sur rien de concret.

Ce qu’en disent les journaux

Le 27 juin 1966 on retrouve une première trace de la tragédie dans les pages du quotidien trifluvien Le Nouvelliste.  Sous le titre de « Un noyé retrouvé » on peut lire : « Le corps de M. Ernest Dontigny, de Champlain, a été retrouvé dans la rivière Ste-Croix, près du quai de Ste-Croix, dans le comté de Lotbinière, hier après-midi.  Plusieurs coupures marquaient la tête de la victime.  M. Ernest Dontigny, 66 ans, de Champlain, a été trouvé près du quai Ste-Croix, dans la rivière portant le même nom.  M. Dontigny était disparu de chez lui depuis environ cinq jours. »

Aucun mot sur la possible agression survenue au quai de Trois-Rivières, ni autre détails sur la nature de ces « coupures » à la tête.

L’article faisait erreur quant à l’âge puisqu’au jour de sa mort Ernest était âgé de « 68 ans et 5 mois ».

Au sein de la famille, on se transmet encore l’idée qu’il n’y avait pas d’eau dans les poumons au moment de sa découverte, ce qui exclurait la noyade.  Pourtant, l’article s’intitulait justement « Un noyé retrouvé ».  Le titre avait-il été choisi trop hâtivement ou alors y avait-il un détail permettant d’y croire?

Bien qu’une autre rumeur veuille que la famille ait refusé l’autopsie, il importait de retrouver le rapport de l’enquête du coroner.

Malheureusement, après avoir vérifié aux archives de Trois-Rivières, la seule conclusion à laquelle je peux en venir c’est qu’il n’existe aucune enquête de coroner en 1966 concernant un dénommé Ernest Dontigny.  Doit-on en déduire qu’à l’époque il n’y avait pas matière à enquêter?

Sans document à l’appui, il faut donc avouer que le mystère reste complet.

Autres hypothèses

Que dire des marques à la tête, confirmées par Le Nouvelliste?  Est-il possible que ces blessures aient été causées après le décès, lorsque le corps se heurtait au rivage au gré des flots?

Bien sûr, on ne le saura jamais.  Il faudrait connaître la nature exacte de ces blessures, ou alors un commentaire précis d’un coroner ou d’un médecin légiste, ce qui n’a jamais été fait.

Quant à l’histoire concernant l’absence d’eau dans les poumons, elle ne connaît aucun fondement.  Entretenir quoi que ce soit à propos d’une agression serait donc fabulation.

Ernest aurait-il chuté lui-même après avoir pris un verre de trop?  A-t-il été assassiné pour son argent?  S’est-il suicidé?

Évidemment, l’une de ses nièces, qui le qualifiait comme son « oncle favori », exclus immédiatement l’hypothèse du suicide.

La sœur cadette d’Ernest, Marie-Rose Dontigny, qui célébrera son centenaire en décembre 2010, demeure convaincue que son frère a été agressé.  Malheureusement, ça reste impossible à prouver.

L’article du Nouvelliste mentionnait qu’Ernest était disparu de chez lui depuis le 21 juin 1966, mais sa nièce Thérèse Toutant exclus la possibilité qu’il ait été enlevé ou agressé directement à sa résidence.  Selon elle, son oncle se rendait magasiner à Trois-Rivières le jour de sa disparition.

Finalement, on retrouve la nécrologie d’Ernest dans Le Nouvelliste en date du 28 juin 1966.  Son corps était retrouvé le 26 juin et enterré le 29.  En effet, on peut y lire : « Les funérailles auront lieu mercredi, le 29 courant [juin] à l’église paroissiale de Champlain à 9h 30 a.m.  La dépouille mortelle est exposée au salon de J. D. Garneau du Cap-de-la-Madeleine[1].  L’inhumation aura lieu au cimetière paroissial. »

En fouillant dans les pages du quotidien Le Nouvelliste, il m’a été donné de trouver les détails d’une autre agression similaire à celle véhiculée par la rumeur.  Le jour même de la disparition d’Ernest, soit le 21 juin 1966, Le Nouvelliste publiait ceci : « Un bandit armé assomme un employé de garage et s’empare d’une somme de $166.  St-Léonard d’Aston – Un bandit armé s’est emparé d’une somme de $166, vers midi, vendredi dernier [17 juin 1966], peu après avoir soudainement fait irruption dans le garage Champlain, à environ 1 mille du village de St-Léonard d’Aston, comté de Nicolet, sur la route 13.  Pour commettre son forfait, le voleur a dû assommer, à coup de revolver, un employé du garage.  M. Gilles Pellerin, 25 ans, de St Célestin […] »

La victime, Gilles Pellerin, qui a survécu à l’agression, fut retrouvé gisant par terre par un dénommé Omer Élie.  Le voleur n’avait pas encore été identifié ni retrouvé.  L’a-t-il été plus tard?

La similitude entre les deux affaires est bien mince, mais il y a ce coup porté à la tête qui pourrait soulever un léger doute.  Bien sûr, développer davantage sur le sujet ne serait que spéculation.


[1] Ville fusionnée à Trois-Rivières en 2001.

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One thought on “Le mystère entourant la mort d’Ernest Dontigny

  1. Un rapport du coroner a finalement été retrouvé dans les archives concernant la mort d’Ernest Dontigny. Le coroner évalue que la mort se serait produite « le ou vers le 21ème jour de juin 1966 ».

    On peut également y lire que les « circonstances de la mort telles que données par M. Jacques Dontigny, Norbert Dubord et Agent Dom.[inique] Amyot. Le cadavre d’un noyé a été repêché dans le fleuve St-Laurent à Ste-Croix de Lotbinière le 26 juin 1966 vers 10h30 a.m. par Mr François Boisvert. Le corps a été transporté à la morgue Drolet à Lotbinière. Des pièces d’identifications trouvés sur le cadavre indiquaient qu’il s’agit de Ernest Dontigny 66 ans, domicilié à Champlain, rang Ste-Marie – Ernest Dontigny demeurait seul sur sa ferme dans le rang Ste-Marie, à Champlain. Il était célibataire. Son beau-frère Léo Toutant l’avait vu partir à bicyclette le matin du 21 juin. Mme Ernest Duckette l’a vu prendre l’autobus de Trois-Rivières sur la route numéro 2 [138] le même matin. Il n’a pas été revu vivant. Ernest Dontigny se rendait assez souvent à l’hôtel St-Georges à Trois-Rivières et y séjournait deux ou trois jours. Il se rendait parfois à la traverse sur le quai. Il avait bonne santé et on ne lui connaissait pas d’ennemi. Personne n’a eu connaissance de sa disparition. L’identification du cadavre de Ernest Dontigny a été faite par son frère Jacques et son cousin Norbert Dubord. Les recherches faites établissent que la mort était due à asphyxie par immersion – noyade – qu’elle n’était imputable à crime à qui que ce soit, ni à la négligence de personne; qu’aucun crime ne l’avait accompagné ou précédé et qu’il n’y avait pas lieu de tenir une enquête régulière. »
    Le coroner du district de Québec ayant signé R. Lemay.

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