Revue de presse: fin tragique de Monica la Mitraille


 

Monica Proietti, alias Monica la Mitraille (1940-1967)

Activement recherchée

 

Le 13 août 1967, Le Petit Journal de Montréal publiait en première page les visages de trois femmes recherchées, dont celui de Monica la Mitraille, alors soupçonnée d’avoir braqué 20 Caisses populaire Desjardins à la pointe d’une mitraillette.

« Si Al Capone avait eu une fille, il aurait peut-être voulu qu’elle ressemble à Monica Proietti, une jolie italienne de 27 ans », disait l’article, « mieux connue à Montréal sous le nom de Monica Tessier, ou « Molly la mitraillette » ».

Bien que son vrai nom ait été Monica Proietti, on la connaissait aussi sous celui de Monique Smith en raison de son mariage avec Anthony Smith, et comme Monique Tessier à cause de sa relation avec le braqueur Viateur Tessier.  Quant aux surnoms, il y eut aussi « Machine Gun Molly », qui semblait être plus utilisé par La Presse, et, bien entendu, « Monica la Mitraille ».

Le même journal ironisait en s’interrogeant : « que peut faire une pauvre femme laissée seule avec deux enfants?  Tout le  monde le sait, on se dépêche d’acheter une mitraillette. »[1]

Évidemment, on laissait clairement entendre que l’argument de la pauvreté n’était plus très à la mode pour excuser les criminels, puisque ce ne sont pas toutes les femmes dans cette situation qui décident de braquer des banques.

D’ailleurs, le même article laisse entendre que Monica aurait débuté ses vols en amenant ses enfants avec elle dans sa Mustang pour lui servir de couverture.

Le Genèse d’une héritière de Jesse James

Née dans le quartier Red Light de Montréal en 1940, on la décrivait comme ayant une silhouette féminine mais avec une « énergie d’homme »[2].  Elle a fréquenté l’école Jeanne-Mance sur la rue Montigny, qui en 1967 était devenu le boulevard Maisonneuve.  Mais l’influence des religieuses ne fut pas très salutaire pour la jeune Monica, qui, dans ses ruelles, voyait des images bien à l’opposée des saintes écritures.

À 17 ans, elle se baladait apparemment dans le quartier avec un revolver inséré dans son soutien-gorge, sortant l’arme au moindre prétexte pour faire peur aux autres adolescents.  À 18 ans, elle aurait déchargé son arme en « direction de son frère, Mario » au cours d’une dispute familiale, le blessant à une jambe.  Elle passait apparemment la plupart de ses journées au café St. John’s où elle rencontra les frères Poirier, qu’elle considéra comme ses héros.  Ceux-ci étaient des voyous qui « plus tard, devaient être impliqués dans le meurtre de la danseuse Margot Turner. »[3]

« La légende de la Main veut que Monica ait été la seule personne au monde, homme ou femme, qui n’ait jamais craint de résister au « doorman » du St. John’s, un géant d’une force herculéenne », écrivait Lamarche.

La reddition de Monica

Le 30 août 1967, c’est en compagnie de son avocat Léo Maranda qu’elle se livre à la police dans une affaire de vol d’auto.  Moyennant une caution de 950$, Monica fut libérée le lendemain, après que son enquête préliminaire ait été fixée au 6 octobre 1967.

Malheureusement, le destin allait en décider autrement.

Fin tragique ou méritée?

Le 19 septembre 1967, un peu avant 11h15, c’est en compagnie de deux complices que Monica entre, déguisée d’une perruque, dans la Caisse populaire de « St-Vital, au 11,117 boul. St-Vital à Montréal-Nord. »[4]  Rapidement, les trois voleurs s’emparent de 3,000$ avant de sortir en vitesse pour s’engouffrer dans une voiture de marque Chrysler.

L’alerte fut apparemment miraculeuse car en moins de 30 secondes deux autos-patrouilles arrivaient sur les lieux.  Comme de raison, Monica n’avait pas l’intention de leur faciliter la tâche, alors elle appuya sur le champignon et une poursuite s’engagea aussitôt dans les rues de Montréal.

Les fuyards empruntèrent d’abord la rue Martial, « pour revenir vers le sud dans la rue London et ont emprunté la rue Fleury jusqu’au boul. Des Récollets. »[5]

Des travaux de la voirie freinèrent les braqueurs, qui en profitèrent pour s’arrêter et changer de voiture.  « Mitraillette à la main, Machine-Gun Molly s’est approché de M. Adrien Tremblay, âgé de 47 ans, un inspecteur de la Voirie de Montréal-Nord.  Lui braquant son arme sous le nez, elle est montée dans la voiture. »[6]  Selon le journaliste Lamarche, du Le Petit Journal, cette voiture était une Camaro.

Monica assomma M. Tremblay après lui avoir pris trois billets de 10$.  Ce dernier dut être traité à l’hôpital Fleury pour les coups reçus.

L’incident permit aux policiers de gagner du terrain, et « c’est sous un feu nourri des policiers que le trio a poursuivi sa route dans la rue Fleury pour ensuite se diriger vers le sud sur le boul. Pie IX. »[7]

Le journaliste Lucien Rivard estimait à plus de 25 les coups de feu tirés sur les policiers.  Des balles trouèrent les autos mais aucun policier ne fut blessé.  En revanche, un enfant de 11 mois du nom d’Antonio Marinelli fut blessé d’un projectile à la joue lors des échanges survenus sur la rue London.  Les fuyards traversèrent « presque toute la ville de Saint-Michel, où la poursuite s’est arrêtée de façon brutale à l’angle du boul. Pie IX et de la rue Dickens quand l’auto que conduisait Machine-Gun Molly heurta violemment un autobus de la ligne 99 de la CTM.  Personne n’a été blessé dans l’autobus. »[8]

Les deux complices de Monica, dont l’un était Gérard Lelièvre[9], quittèrent l’auto en vitesse, prenant la fuite à pieds et, du même coup, abandonnant la belle cambrioleuse derrière eux.  Le véhicule fut encerclé et c’est à travers le pare-brise que Monica aurait braqué un pistolet de calibre .45 sur les policiers, « s’apprêtant à vendre chèrement sa peau »[10].

Un policier se servit alors de sa mitraillette pour mettre fin à la scène, l’atteignant d’une balle à la tête et de deux autres aux seins.

L’un des deux fugitifs fut rattrapé et arrêté dans un cabanon.  Au moment de la publication de l’article de Rivard, il refusait toujours de s’identifier.

La descente à l’appartement de Monica, situé au 4255 de la rue Garnier, s’effectua le même jour vers 14h30.  On y retrouva 1,100$ en argent liquide.

Dans Le Petit Journal du 24 septembre 1967, on avait droit à une photo du cadavre de Monica sur les lieux des la fusillade.

Au moment de la mort de Monica, le père de ses enfants, Anthony Smith, se trouvait derrière les barreaux du pénitencier St-Vincent-de-Paul, à partir duquel s’évadera Jacques Mesrine cinq ans plus tard.  Viateur Tessier, autre amant de la belle braqueuse. purgeait quant à lui une peine de 15 ans pour vol à main armée.

C’est le père de Monica qui se rendit à la morgue pour identifier le corps.

Bibliographie

–          Le Petit Journal, 13 août 1967.

–          Le Petit Journal, 24 septembre 1967.

–          Rivard, Lucien, La Presse, 20 septembre 1967.


Le Petit Journal, 13 août 1967.

[2] Le Petit Journal, 24 septembre 1967.

[3] Id.

[4] Rivard, Lucien, « Machine-Gun Molly tombe sous les balles de la police », La Presse, 20 septembre 1967.

[5] Id.

[6] Id.

[7] Id.

[8] Id.

[9] Identifié par Le Petit Journal du 24 septembre 1967.  Le 20 septembre, au lendemain de la fusillade, La Presse ignorait toujours son identité.

[10] Id.

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4 thoughts on “Revue de presse: fin tragique de Monica la Mitraille

  1. Re Monica la Mitraille

    Je me demandais si vous aviez le nom du Doorman du St.-John’s sur la Main

    Mon incle était Georges Fichaud, un des doorman les plus « though » de Mtl à cette époque apparemment… Je tente d’en savoir plus sur lui…
    Merci
    Éric Fichaud

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  2. Bonjour . Je suis la fille de Monique . Tous les personnes qui aurait pu vous répondre sont mort . J’aurais bien voulu vous aider.

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Commentaires fermés