Revue de presse: Jacques Mesrine au Québec (1/3)


Jeanne Schneider et Jacques Mesrine à l’époque de leur détention au Québec.

Au Québec, le nom de Jacques Mesrine demeure encore bien présent.  Dans mon entourage immédiat il m’est difficile, voire impossible, de trouver quelqu’un qui n’ait jamais entendu parler du « Grand », comme le surnommaient les policiers français.

En 2008, je me trouvais à Paris au moment de la sortie du film L’Instinct de Mort de Jean-François Richet, mettant en vedette Vincent Cassel dans le rôle de l’inoubliable criminel.  La partie québécoise du film ne manqua pas d’intéresser un jeune employé d’une pizzeria de Lagny-sur-Marne lorsqu’il reconnut mon accent d’outre-mer.  En discutant avec lui, j’ai compris à quel point la mémoire de Mesrine n’avait pas fini de mettre des étoiles dans les yeux de plusieurs personnes.

Justement!  N’est-ce pas un peu inquiétant d’admirer ce genre de personnalité?  Et ceux qui l’admirent, le connaissent-ils vraiment?

En effet, il peut être tentant de sourire devant un refus de l’autorité, ou devant un personnage qui a l’habileté de se faufiler entre les mailles du filet pour baiser un système qu’on réprouve.  Malgré ce déni de société, les criminels d’envergures ne se gênent pas pour profiter des plaisirs que leur apporte cette même société.

Mais attention!  Mesrine a laissé des cicatrices profondes dans l’histoire québécoise.  À l’évocation de certains de ses crimes, des regards s’allument et d’autres s’inclinent.

Dans son excellent film Richet consacre une cinquantaine de minutes à la présence de Mesrine au Québec, où on le voit former un duo criminel avec le braqueur québécois Jean-Paul Mercier.  Mais qu’en est-il dans la réalité?  Une revue de presse peut-elle nous dépeindre une vérité aussi spectaculaire?

On ignore la date exacte, mais c’est quelque part en 1968 que Jacques Mesrine débarquait à Montréal en compagnie de sa maîtresse Jeanne « Janou » Schneider.  Le célèbre criminel restera en sol québécois durant un peu plus de quatre ans.

Kidnapping!

Les deux amants se firent d’abord engager comme domestiques chez le millionnaire Georges Deslauriers, qu’ils kidnappèrent le 12 janvier 1969, toujours selon Wikipédia.  D’autres sources tentent à dé montrer, comme nous le verrons, que l’enlèvement eut plutôt lieu en juin suivant.

Finalement, l’enlèvement se solda par un échec lorsque Deslauriers parvint à se sauver.  Mesrine avouera lui-même dans son livre de 1977 que « je n’étais pas fait pour ce genre de travail.  Le chantage à la vie humaine n’était pas dans mes cordes. »  Il se donnait une belle image pour tenter de démontrer son côté humain, mais il mentait.  En effet, il se lança à nouveau dans le kidnapping en 1979, cette fois en France, en enlevant un millionnaire de plus de 80 ans nommé Lelièvre.

Faut-il s’étonner d’une telle distorsion de la vérité, qui est d’ailleurs le lot de bon nombre d’autobiographies?

Meurtre à Percé

Le 30 juin 1969, le corps d’Éveline Leboutillier[1], la patronne du Motel Les Trois Sœurs à Percé, en Gaspésie, était retrouvé.  Selon toute vraisemblance, elle avait été étranglée.  Wikipédia affirme qu’elle aurait été retrouvée à sa résidence de Percé, mais La Presse du mercredi 2 juillet 1969 mentionne plutôt que « les enquêteurs de l’Escouade des homicides de la Sûreté du Québec ont été dépêchés en Gaspésie où le corps d’une femme étranglée a été découvert lundi matin.  La victime, Mme Eveline Leboutillier, âgée de 58 ans, gisait sur le sol, un tablier autour du cou, dans le salon de l’hôtel-motel Les Trois Sœurs, dont elle est propriétaire, à Percé.  Le cadavre était recouvert d’une couverture.  La police croit que le vol est le mobile du crime. »

Dans son livre de 2002, Lucien Aimé-Blanc, Commissaire divisionnaire qui traqua Mesrine en 1979, prouvait qu’il n’avait jamais mis les pieds au Québec en écrivant : « le meurtre d’une vieille dame, aubergiste à Percé, dans le Nord canadien. »

Wikipédia prétend que le 17 août 1969, Mesrine et Schneider s’évadaient de la prison de Percé pour être repris le lendemain.  Mesrine lui-même nous raconte cette folle escapade à travers les bois.

Finalement, Jacques Mesrine fut condamné à 10 ans pour l’enlèvement et un an de plus pour évasion.  « J’étais donc pour onze ans l’invité des pénitenciers canadiens », écrira-t-il.  Quant à Jeanne Schneider, elle écopa de 5 ans et demi.

Le procès de Montmagny

Dans Le Soleil du 16 janvier 1971, on annonçait l’ouverture du procès de Mesrine et Schneider pour le 18 janvier.  Le juge désigné pour présider était Paul Miquelon.  Quant aux procureurs de la couronne on mentionnait Maurice Lagacé, de Québec, et Bertrand Laforêt, de Rivière-du-Loup.  Pour la défense, il s’agirait de Raymond Daoust, de Montréal, et Lucien Grenier, de Gaspé.

On pouvait d’ailleurs lire que « Jacques Mesrine, 25 ans, et Jeanne Schneider, 28 ans, ayant domicile au 3645 Sherbrooke E., Montréal, sont accusés du meurtre de Mlle Evelyne Lebouthillier, propriétaire du Motel Les Trois Sœurs de Percé, perpétré à Percé même, le 30 juillet 1969. »

On remarque l’erreur de la date, car le meurtre a eu lieu dans la nuit du 29 au 30 juin.  Erreur aussi sur l’âge, car Mesrine est né le 28 décembre 1936, ce qui faisait de lui un homme de 34 ans en janvier 1971.

Le Soleil rapporte donc les nombreuses remises de date du procès, tout en stipulant que l’enquête préliminaire s’était déroulée à Percé le « 24 août dernier ».  L’enquête fut interrompue subitement lorsque le procureur Anatole Corriveau[2] avait dû être hospitalisé d’urgence.  Le 28 septembre 1970, la décision fut prise de transférer le procès de Percé jusqu’à Québec.  « On se souvient qu’en mai 1970, une commission rogatoire s’est rendu à Paris, dans le cadre de l’enquête préliminaire, pour y interroger un parent de Jacques Mesrine, bijoutier sur la rue du Caire susceptible de savoir quelque chose en rapport avec des bijoux que possédait Mlle Lebouthillier.  La Sûreté provinciale aurait retrouvé de ces bijoux dans les bagages du couple Mesrine-Schneider, dans un aéroport du Texas, peu après le meurtre. »

Le 19 janvier 1971, toujours dans Le Soleil, on rapportait du procès de Montmagny qu’un médecin légiste avait témoigné à l’effet que Mlle Lebouthillier était « morte d’hémorragie par strangulation, dans la nuit du 29 au 30 juin 1969. »  Le médecin en question était le Dr Richard Authier, de Québec.  « Troisième des quelque trente témoins que doit faire entendre la Couronne durant ce procès, le Dr Authier a déclaré que Mlle Lebouthillier a vraisemblablement été étranglée avec un tablier, trouvé enroulé autour de son cou. »  Authier s’était lui-même rendu à Percé au moment des événements pour voir la scène de crime de ses yeux.

Authier « a relevé de nombreuses pétéchies au visage, sous la chevelure et même à l’intérieur des poumons : les pétéchies, ressemblant aux taches cutanées provoquées par la rougeole, sont un indice de mort par strangulation, a-t-il expliqué. »

On releva aussi une fracture d’un os du cou, de multiples ecchymoses et « lésions des tissus mous du cou, de la muqueuse du larynx. »

Le choix des jurés ne dura à peine qu’une heure.  Les procureurs expliquèrent être en mesure de prouver que du 21 au 25 juin 1969 Mesrine et Schneider ont habités au Motel Les Trois Sœurs.  Le couple aurait quitté Percé dans l’après-midi du 25, laissant leur chat noir à la garde d’une voisine, ce qui signifie leur intention de revenir.  « Ils seraient parti pour Montréal, à bord du train.  Ils se seraient rendus jusqu’à Windsor, Ontario, où ils auraient loué une voiture puis ils seraient revenus vers la Gaspésie en automobile.  On les aurait vus à Saint-Fabien de Rimouski, le 28 juin.  Ils seraient entrés dans la discothèque de l’Hôtel Pic de l’Aurore, le 29 juin, soir du meurtre.  Le lendemain, ils auraient été aperçus à Carleton, puis, alors qu’ils faisaient route vers Québec, puis Montréal et Windsor.  De cet endroit, le couple se serait rendu à Détroit; ayant expédié ses bagages à Dallas, au Texas.  Il aurait loué une voiture pour visiter les États-Unis, moment auquel il fut intercepté par la police. »

Dans la boîte des accusés, Le Soleil décrivait Mesrine et Schneider « tout à la joie de se revoir après plusieurs mois de séparation, [ils] ont assisté au début du procès sans la moindre nervosité, ni la moindre gêne.  Ils se sont laissés, à loisir, photographier, auprès de leur procureur, Me Raymond Daoust, en dehors des heures d’audience.  Un gros cahier en main, M. Mesrine, collige des notes qu’il transmet ensuite à son procureur. »

Curieusement, Mesrine admettait dans son livre qu’en arrivant « dans le box, nous nous assîmes.  Jane m’avait pris la main.  Elle tremblait, je la sentais nerveuse. »

On précise que Daoust aurait peu de témoins à faire entendre et qu’il « puisera sa défense dans les faiblesses éventuelles de la preuve. »  Entre autres, on le disait prêt à contester les empreintes digitales retrouvées sur les lieux du crime et qui reliaient les deux accusés au meurtre de la pauvre femme de 58 ans.

Dans Le Soleil du 21 janvier 1971 on apprend que l’expert en empreintes digitales de la GRC, Denis Léveillée, « peut jurer hors de tout doute raisonnable que les empreintes relevées sur un verre ainsi que sur le bord d’un guéridon servant de support à un cendrier, sont respectivement celles de Jacques Mesrine et de Jeanne Schneider, un couple d’origine française. »

Léveillée déclara que les empreintes « ne pouvaient pas remonter à plus de 24 heures, selon son expérience personnelle. »  Alors, « Me Daoust l’a invité à revenir de nouveau dans la boîte aux témoins, aujourd’hui, pour être confronté avec un autre spécialiste en empreintes digitales qui doit témoigner pour le compte de la défense.  Cette phase du procès semble toucher, à toute fin utile, le nerf vital de l’ensemble du procès. »

Léveillée disait, toujours selon Le Soleil, que les empreintes retrouvées sur le verre correspondaient à une « quinzaine de points caractéristiques identiques à celles de Jacques Mesrine ».  Quant aux empreintes sur le guéridon, elles collaient en douze points à celles de Janou Schneider.

Le Soleil ajoute aussi que « mardi, une étudiante de 18 ans, Mlle Irène Lebouthillier, embauchée comme employée d’été au Motel « Les Trois Sœurs », a raconté les circonstances dans lesquelles elle a découvert le cadavre de sa tante et dans lesquelles aussi la police fut alertée.  Elle a affirmé ne rien avoir entendu de ce qui a pu se passer au rez-de-chaussée du logis, pendant la nuit du 29 au 30 juin 1969, mais elle a dit avoir remarqué, le lendemain du drame, dans le salon, la présence d’une tasse qu’elle avait personnellement lavée et rangée dans l’armoire; la présence sur le divan du salon, de la clef de l’unité de « motel » numéro 9 (le seul qui n’était pas loué), qu’elle avait déposée sur l’armoire de la cuisine, la veille; la présence sur cette armoire d’une bouteille d’eau minérale et d’une boîte de lait concentré, ouvertes; elles n’étaient pas à cet endroit lorsqu’elle est montée se coucher dans sa chambre. »  (à lire: Procès Mesrine-Schneider: le témoignage d’Irène LeBouthillier)

Comme preuves, Le Soleil stipule que la poursuite déposa les valises des accusés, la carte de crédit Shell[3] de Mesrine et deux contrats relatifs à la location des voitures, à Windsor et à Détroit.

Le chat noir

Le 22 janvier 1971, c’est Jean-Claude Rivard qui signait l’article dans Le Soleil.  Cette fois, on le titrait « un chat noir prend la vedette au procès du duo Mesrine-Schneider ».  C’est Mme Ernest Warren qui assuma la garde du chat après le départ du couple le 25 juin 1969, et elle expliqua au juge Miquelon qu’elle prenait toujours soin de l’animal.

Mme Warren arriva au motel le 24 juin pour y faire du ménage.  « Mme Warren a déclaré que le jour du 25 juin, elle a été témoin d’une conversation intervenue, dans le corps du logis principal de l’hôtellerie, entre Jacques Mesrine, un certain Michel Dupont (qu’elle a identifié) et Mlle Lebouthillier. »

Selon elle, ils auraient demandé à Mlle Lebouthillier qu’elle garde leur chat « pendant la période d’un voyage à Gaspé ne devant durer que quelques jours.  Mlle Lebouthillier qui possédait déjà quatre chats, aurait demandé à Mme Warren d’en assumer elle-même la garde… Mesrine qui portait alors cheveux longs, moustache et favoris, lui aurait donné le chat en disant ne pas savoir « comment annoncer la chose à sa femme ».  Il se serait décrit comme étant un membre de la Société protectrice des animaux qui casse la gueule et envoie en prison ceux qui font du mal aux animaux. »

Voilà qui ressemble bien à la personnalité fanfaronne de Mesrine.

Le motel de la victime possédait onze chambres.  Mme André Blondin, autre employée des lieux, témoigna avoir vu le couple Mesrine – Schneider arriver le 21 juin et quitter le 25, précisant que Mesrine « avait un accent français. »

Le couple aurait dit à Mlle Lebouthillier qu’ils allaient bientôt revenir et qu’ils communiqueraient avec elle pour s’assurer d’avoir une chambre.

« À son avis, les membres du trio semblaient avoir un comportement normal.  Mme Blondin a dit avoir vu les époux Mesrine – Schneider aller se baigner au moins une fois ensemble. »

De plus, on apprend qu’un « épicier de Percé, M. André Méthot, a déclaré que Mesrine est venu acheter des provisions de bouche à quelques reprises, dans son établissement.  Il a aussi révélé avoir personnellement téléphoné à la gare de Percé, le mercredi (24 juin) pour s’enquérir de l’heure des trains se dirigeant vers Montréal, à la demande de Mesrine. »

Le chef de gare, Adrien Plourde, confirma à la cour avoir reçu une réservation le 24 juin pour un trajet de Percé vers Montréal d’une personne « ayant un accent français » qui se serait identifié sous le nom de Robert Martin, réservant pour le lendemain, 25 juin.  Dans la salle d’audiences, Plourde identifia clairement Robert Martin comme étant Jacques Mesrine.

Deux étudiantes, Micheline Bourget, 17 ans, et Louise Duvernay, 18 ans, racontèrent avoir fait le voyage Montréal – Percé en train le 21 juin dans un banc situé près de celui du couple Mesrine – Schneider.

Le biologiste Roland Gosselin vint à la barre dire que du sang retrouvé sur un coussin du motel était de type « A » avec rh positif.

Encore les empreintes!

L’article stipule aussi que Raymond Daoust aurait réussi à faire avouer à l’expert Léveillée qu’il est « excessivement difficile de déterminer avec certitude l’âge exact d’empreintes fraîches.  Il a soutenu, mercredi, d’une façon formelle que, ce qu’il considère une empreinte fraîche, ne peut remonter à plus de 24 heures. »

Mais Roland Turcotte, autre expert de la GRC en matière d’empreintes, avec 22 ans d’expérience, confirma les dires de Léveillée concernant la correspondance entre la scène de crime et les empreintes des accusés.

La nuit du crime

Dans Le Soleil du 23 janvier 1971, Jean-Claude Rivard écrivait que plusieurs témoins sont venus confirmer le fait que Mesrine et Schneider ont passé la nuit du 29 au 30 juin 1969 à Percé.  Vers 22h00 au soir du 29, c’est Henri Motte, un gardien de nuit de la discothèque « Pic-de-l’Aurore » qui a vu le couple dans son établissement.  Il affirma devant le juge avoir discuté avec Mesrine durant une trentaine de minutes, précisant que ce dernier avait un accent typiquement parisien.  C’est que Motte s’y connaissait, car il était lui-même d’origine française.  Et le témoin de dire aussi que la discothèque se trouve à « cinq minutes de marche du motel « Les Trois Sœurs ». »

Quant à elle, Lucille Alain aurait servi un repas au couple à 4h00 dans la nuit du 29 au 30 juin au restaurant « Le Héron » de Carleton.  Elle a dit « que l’homme et la femme semblaient pressés et nerveux, qu’ils ont prestement quitté le restaurant en lui laissant deux dollars de pourboire. »

Un adolescent témoigna avoir trouvé des coffrets sous le pont d’une route reliant Percé et Carleton et dans lesquels se trouvaient des papiers d’assurance au nom de Mlle Lebouthillier.  Agathe Biard, d’Ottawa, sœur de la victime, identifia ces coffrets comme étant ceux de sa sœur.

Le dirigeant d’une maison de chambre de Québec témoigna à l’effet que le couple lui aurait loué une chambre du 30 juin au 7 juillet « mais qu’il ne l’a effectivement occupé que durant quatre jours. »

Ces déplacements rapides, c’était tout à fait à l’image de Mesrine.  Réputé pour être un criminel fort énergique, il ne restait pas en place très longtemps.

La défense admettait que la carte de crédit Shell avait servi à louer une voiture Ford à Windsor, et pour acheter de l’essence à St-Fabien de Rimouski dans l’après-midi du 29 juin; à Gaspé en début de soirée et dans la matinée du 30 juin à Kedgewick, au Nouveau-Brunswick.

Le chauffeur de taxi Eddy Cain témoigna avoir pris le trio Mesrine – Schneider – Dupont à la gare de Percé le 21 juin pour les conduire au motel Les Trois Sœurs.  Daoust n’a pas manqué, selon Le Soleil, de le contredire.  Et « sous cet aspect, la défense apporte au procès un élément de spectaculaire. »

On rapporte aussi que « Jacques Mesrine et Jeanne Schneider semblent confiants; ils ont le sourire facile, saluant même à l’occasion, des témoins qui viennent témoigner contre eux. »

Coup de théâtre!

Selon Le Soleil du 26 janvier 1971, la poursuite venait de prouver que les bagages du couple, expédiés depuis le Texas, contenaient des bijoux appartenant non seulement à la victime mais aussi à sa sœur, Mme Agathe Biard.  Toutefois, ce fut le coup de théâtre lorsque Mesrine accusa violemment deux témoins de se parjurer.  « Jacques Mesrine et Jeanne Schneider ont aussitôt protesté à haute voix.  Les juges les invitant à la modération, Mesrine répliqua qu’on était en train de revivre « l’affaire Coffin », mais que de son côté il entendait bien se défendre.  Jeanne Schneider ajouta : « C’est écoeurant de voir ça. »  Le juge a suspendu la cour pour une dizaine de minutes. »

Dans son livre, Mesrine ne nie pas cette montée de lait.  Au contraire!  Il en rajoute.

Lors de sa détention à Percé, il affirmait avoir clamé son innocence avec vigueur, allant jusqu’à battre un autre détenu qui le croyait coupable du meurtre.  Lors de l’enquête préliminaire « je perdis le contrôle de moi-même et me mis à traiter les témoins de tous les noms possibles.  Les policiers qui m’entouraient furent obligés de me sortir de force; il en fut de même pour Janou, qui cette fois hurlait son innocence et sa rage », écrivait Mesrine.  Et plus loin, il ajoute même, parlant de la sœur de la victime et des autres témoins qui lui étaient apparentés : « il fallait que je m’évade pour faire avouer la vérité à ces quatre salopes. »

Se sentant coincé, est-il possible que le narcissique Jacques Mesrine se soit mis en mode « rage » pour le reste des procédures afin de prouver son innocence?  Avait-il choisi ce moyen pour déstabiliser l’adversaire?

Jeffrey Williams, de Windsor, vint raconter avoir loué la voiture à Mesrine et que le 7 juillet 1969 il avait reçu une note à l’effet que le véhicule était stationnée près de la gare de Windsor.  « La note de location de la voiture se chiffrait à 476.09$.  Le millage parcouru était de 3,038 milles. [4,889 km] »  Williams dit avoir reconnut la photo de Mesrine dans le Windsor Star, après quoi il prévint la police.

C’est Loyal Blondie, de Windsor, qui loua un hors-bord au couple pour leur permettre de traverser aux États-Unis.

Les fameux bijoux

Agathe Biard reconnut les bijoux mais la défense a « tenté, de diverses façons, de lui faire admettre que l’on peut trouver plusieurs montres identiques, plusieurs colliers identiques, plusieurs bourses identiques… »

Trouver une seule montre identique, pas de problème.  Mais dans ce procès on parlait d’au moins trois bijoux – montre, collier et bourse –retrouvés dans les bagages du couple et qui ont été identifié comme ayant appartenu à la victime.  Ça fait beaucoup de coïncidences.

Il semble que Daoust bluffait, tel un bon joueur de poker, et personne ne vint l’inquiéter sur ce terrain.

« Nerveuse, Mme Biard a même été confondue en erreur lorsque le procureur de la défense lui demanda d’identifier ces imitations de boutons de manchettes produits en exhibits : elle désigna les imitations, comme étant propriété de sa sœur, pour ne réaliser son erreur que quelques secondes plus tard. »

Car il y avait mystère à savoir si les boutons de manchettes en questions portaient la lettre E, pour Evelyne, ou J, pour Jacques.  Il semble y avoir eu un débat fort complexe sur ce sujet, que seul une consultation des archives du procès pourrait éclaircir un peu mieux.

La nervosité de cette dame s’expliquait aisément par les invectives de Mesrine, dont elle avait aussi été témoin lors de l’enquête préliminaire.  Et sachant qu’il avait réussi à s’évader une fois de la prison de Percé, elle avait tous les motifs de craindre pour sa sécurité.  Bref, si Mesrine avait été boxeur, il aurait certainement eu la grande gueule de Mohammed Ali.

Si Mme Biard peut s’être trompé dans le cas de ce bouton de manchette, son erreur devrait-elle discréditer le reste de son témoignage?

Dans son édition du 27 janvier 1971, Le Soleil consacrait deux articles à l’affaire.  Dans un premier, on rappelait que le juge a séparé les accusés : « depuis hier avant-midi, ce couple qui du « banc » des accusés se présentait comme un symbole vivant de l’amour le plus tendre, a été « désuni » par ordre de la Cour.  Jacques Mesrine est seul au banc des accusés.  Jeanne Schneider partage le pupitre de son procureur, Me Raymond Daoust. »

Lorsque Thérèse Lebel expliqua avoir vendu un réveille-matin à la victime, sept ou huit ans plus tôt, qui correspondait à celui retrouvé dans les bagages des accusés, ceux-ci éclatèrent en invectivant le juge.  Encore une fois, Mesrine, rapporte Le Soleil, aurait lancé au juge : « vous avez pendu Coffin, vous ne me pendrez pas de la même manière parce que je vais me défendre. »

Quant à savoir ce que signifiait le mot « défendre » dans la bouche de Mesrine, on peut en avoir une vague idée.  En pleine audience, il accusa aussi la témoin de parjure.

Le juge Miquelon menaça de poursuivre le procès sans la présence des accusés, ce qui semble avoir ramené un certain calme dans le tribunal.

Dans le second article, on s’attardait sur le mystérieux réveille-matin.  Thérèse Lebel, antiquaire, « a révélé qu’au cours de la période 1956-1963, elle a vendu cinq ou six de ces réveille-matin d’une facture originale se rapprochant de l’antique. »  Mme Ernest Warren confirma la présence de ce même appareil dans le salon de la victime.  Une sœur et une belle-sœur de la victime corroborèrent le tout.

Mme Alphonse LeBoutillier vint ensuite identifier les bijoux retrouvés dans les bagages comme « semblables à ceux qu’elle avait déjà vu porter par sa belle-sœur : une montre automatique sans chiffres; un collier avec pendentif; un collier blanc à double rang de pierres de « toc » (dont elle a subséquemment retouvé [sic] les boucles d’oreilles assorties); un pendentif doré portant l’effigie d’un oiseau prenant son vol; un collier de perles-satin; un collier de pièces de corail rouge. »

Mme John Ellias, experte joaillière de Ville Saint-Laurent, expliqua être dépositaire de bijoux de marque « Murat ».  On précisait aussi que les procureurs de la poursuite et ceux de la défense ont « eu du mal à s’entendre sur la nature polyvalente des initiales gravées sur un pendentif et des boutons de manchettes. »

Giovani Usai, barman à la discothèque « Le Pic de l’Aurore », affirma avoir rencontré « Jacques Mesrine mercredi, le 25 juin, à la discothèque : il a dit que Mesrine et son épouse ont consommé ensemble 16 « scotch » et qu’ils lui ont payé une note de $24 lui laissant un généreux pourboire d’au moins $5 ou $6.  Il a dit que Mesrine lui a alors révélé être un agent d’implantationsimmobilière [sic] venu enquêter sur les possibilités de la Gaspésie, dans ce domaine. »

Usai dit aussi avoir revu Mesrine au soir du 29 juin 1969, celui-ci étant venu lui dire au revoir.

L’article se terminait ainsi : « la Cour est actuellement saisie d’une preuve de voire-dire qui doit se poursuivre aujourd’hui, relativement à des aveux spontanés qu’auraient faits les accusés à des gardiens, le 7 août 1969 alors qu’ils étaient conduits de Québec à Percé pour y être mis en état d’accusation de meurtre. »

Tentative d’évasion

Dans son édition du 28 janvier 1971, en première page cette fois, Le Soleil confirmait ce que Mesrine écrirait 6 ans plus tard dans son livre, c’est-à-dire une tentative d’évasion par incendie à la prison de Montmagny.  « Les dommages causés à l’immeuble s’élèvent par quelque $30,000.  […]  Les neuf détenus, y compris le couple Mesrine-Schneider, ont été transférés aux cellules de la police de Montmagny, au quartier général de la Sûreté à Québec et à la prison de Charlesbourg-Ouest. »

L’article soupçonnait les détenus Michel-Henri Dupont, Pierre Vincent et Albert Thibault, tous trois de St-Vincent-de-Paul.  Ils avaient été appelé à témoigner au procès, par une faveur de Mesrine.  On écrivait d’ailleurs que Dupont « connaissait bien les deux Français.  Il avait été appréhendé, une quinzaine de jours avant le meurtre, relativement à l’enlèvement du millionnaire J. Desrosiers, de Beloeil. »

Erreur.  Il s’agissait plutôt de Georges Deslauriers.

Toutefois, Le Soleil confirmait que le procès se déroulait normalement.  Le feu a été « découvert vers 12h15, hier soir », ce qui laisse entendre que la nuit fut probablement courte pour les accusés.  « C’est un garde qui a constaté la fumée et a aperçu le feu.  Les flammes jaillissaient sous une douche, attenante à la salle de séjour, au troisième étage de la maison de détention.  Une dizaine de pompiers de Montmagny et une vingtaine d’agents de la Sûreté du Québec sont accourus. »

Le feu fut maîtrisé à ses débuts, mais les dommages concernaient surtout l’eau et les trous pratiqués par les pompiers, qui sont demeurés sur place environ 3 heures.

Mesrine, suicidaire?

Toujours dans cette édition du 28 janvier 1971, le lieutenant Léo Caron et le caporal Ross Blinco, tous deux nommés dans le livre de Mesrine, entraient en scène, de même que « la matrone, Monique Martel » qui était chargée de surveiller Janou.  Ces policiers vinrent témoigner à l’effet que durant le vol du 7 août 1969, Mesrine aurait dit « pour cette affaire-là, on s’en tire à « perpet » (détention à perpétuité); si l’avion s’écrasait, nous aurions notre compte et il y aurait deux flics de moins! »

Ces trois témoins étaient d’accord sur le fait que Mesrine souhaitait une panne de l’avion, ce qui aurait entraîné l’écrasement.  Mesrine leur aurait même déclaré à propos des bijoux : « que diriez-vous si je vous disais qu’elle nous les a vendu? »

Mesrine semblait être le seul pouvant démêler ces innombrables scénarios virevoltant dans son cerveau.  Semer continuellement le doute chez l’adversaire était devenu son sport national, semble-t-il.

Le juge admit cette preuve, mais le couple nia, bien sûr.  Caron et Blinco avouèrent cependant « ne pas avoir fait immédiatement les démarches réclamées par les deux prévenus », à savoir que ceux-ci voulaient un avocat.  Les deux partis ne s’entendaient pas non plus sur la durée des interrogatoires, qui se seraient déroulées le 24 juillet 1969.

Mesrine se plaignait de menaces et de banalités, comme le fait qu’on lui aurait interdit de fumer et de lire les journaux.  Son narcissisme avait encore parlé!

Caron maintenait que l’interrogatoire avec Janou avait duré moins d’une heure, tandis que celle-ci prétendait plutôt à 7 ou 8 heures.

Le 29 janvier 1971, Le Soleil annonçait que, la veille, la couronne en avait terminé.  « La preuve de la défense doit se poursuivre, aujourd’hui, et vraisemblablement se terminer ce soir.  Lundi, le procès Mesrine – Schneider, qui en sera à sa quinzième journée d’audience, entrera dans la phase des plaidoiries.  On s’attend à ce que l’adresse du juge Paul Miquelon suivie de l’entrée en délibération du jury, aient lieu durant la journée de mardi. »

Au tour de la défense

Daoust fit témoigner Mlle Marcelle Raymond, qui disait avoir bien connu le couple au moment de travailler pour Deslauriers, de mars à juin 1969, et qu’elle les avait alors vu en possession de ces bijoux.  « Sans le voir, elle a décrit le coffret et sa finition intérieure. »  C’était pour le moins contradictoire.

Elle contredit aussi l’affaire du réveille-matin, qui, selon elle, appartenait au couple.

Armand Morin, expert en identité judiciaire, en venait à la conclusion que les bijoux présentés en preuve et ceux que Schneider portait sur la photo étaient identiques et que des empreintes digitales peuvent rester fraîches durant quinze jours, dans des « conditions idéales de conservation ».

On aborda également les antécédents de Mesrine, car il admit avoir été condamné en 1962 pour port et transfert d’armes à l’époque de la guerre d’Algérie, alors qu’il était commando de l’OAS, mais qu’il avait été amnistié « qu’en même temps, il eut à purger une peine analogue et concurrente pour le vol de documents politiques et d’argent chez un ancien officier nazi réfugié en France.  Il a dit qu’en vertu d’un accord franco-hispanique, il a été condamné à la peine symbolique d’un sursis de sentence de six mois, à la suite du vol de documents politiques au bureau d’un gouverneur militaire, en Espagne. »

Le 1er février 1971, Le Soleil rapportait que la défense présentait le témoin Pierre Migault, coiffeur pour homme dans une boutique située en face du Parc Lafontaine, à Montréal, qui vint affirmer avoir coupé la moustache de Mesrine au matin du 26 juin 1969.  Ce détail ne prouvait cependant rien pour les témoins qui disaient avoir vu Mesrine à Percé avec la moustache, car il revenait justement de Gaspésie le 26 juin.

Au contraire, se serait-il fait couper ou raser la moustache?  Et pourquoi?  Pour changer son apparence avant de revenir à Percé?

Malheureusement, la poursuite ne semble pas avoir questionner ce point.

La serveuse Lucille Alain fut rappelée par Daoust, qui lui fit admettre, qu’en dépit de leur nervosité, le couple resta au restaurant « Le Héron » durant environ 45 minutes.

Décidément, Daoust s’attaquait à tous les détails, sans être ennuyé, semble-t-il, par les procureurs de la poursuite.

Et qu’est-ce que prouve 45 minutes passées dans un restaurant?  Interpréter autrement, on pourrait tout aussi bien y voir le besoin de souffler un peu après la commission d’un crime.  Après tout, en bien d’autres occasions, Mesrine ne se sentait pas pressé par le temps.

Morin souleva le doute sur le fait que les seules empreintes relevées sur la scène du crime aient été celle des accusés.

Cette autre journée de procès semble avoir été elle aussi marquée par la tension, puisque Raymond Daoust fit la promesse que ses clients resteraient tranquilles.  Heureusement pour lui, le juge « Miquelon a décidé de suspendre l’application de l’article 557 du Code criminel faisant que le procès s’instruise « in absentia » ».

Le détecteur de mensonge

Lorsque le sujet du test de détecteur de mensonge fut abordé, la poursuite s’objecta.  C’est que la défense voulait produire en Cour les tests apparemment « réussis » par les deux accusés, ce qui prouverait leur innocence.  Le juge refusa cependant l’admission de ces preuves.

Le polygraphe, comme on le sait, n’a pas une efficacité parfaite, surtout pour les criminels narcissiques et psychopathes qui ont eu le temps de mûrir leurs crimes.  C’est le cas de plusieurs tueurs en série par exemple.

Surprise!  Mesrine ne semblait pas être le seul capable de coups de théâtre.  « Le criminaliste montréalais [Daoust] a menacé de s’asseoir pour protester contre l’attitude et les interventions du juge dans le déroulement de son interrogatoire. »  Il aurait même « demandé au juge de changer de place s’il veut agir comme procureur de la Couronne, plutôt qu’en président du tribunal. »

Hors cours, Mesrine se serait encore plaint de mauvais traitements, « qu’on l’ait gardé à demi-nu durant la fin de semaine, qu’on lui a confisqué le dossier se rapportant à son procès de même que son crayon, qu’il a été injurié et insulté par les policiers qui veillaient à l’entrée de sa cellule. »  Si ces mauvais traitements étaient aussi graves qu’il le prétendait en 1971, pourquoi ne pas en avoir parlé dans son livre, 6 ans plus tard?  Après tout, ne cherchait-il pas la sympathie du public?

Concernant ces plaintes, Daoust aurait assuré à son client « qu’il effectuerait les démarches nécessaires, auprès du sous-ministre ou du ministre de la Justice ou même au premier ministre, si nécessaire. »  Faire intervenir le premier ministre du Canada dans une affaire semblable?

Décidément, on pourrait croire que la stratégie choisie par l’avocat et son célèbre client était celle de faire le plus de bruit possible.

Le témoin Jacques Mesrine

Le 2 février 1971, Le Soleil rapportait que Mesrine témoignait à son propre procès, comme il l’écrira lui-même plus tard.  Il prétendait donc avoir acheté le réveille-matin dans un magasin Woolworth du Centre commercial Maisonneuve de Montréal en janvier 1969 au prix de 4.25$.  L’article révèle qu’en tant que maquettiste Mesrine avait travaillé à la maquette du Pavillon français d’Expo 67 à Montréal.  On continua de le louanger en produisant une attestation signée par le Général de Gaulle lui-même, ainsi que des médailles de bravoures et le reste.

Mesrine prétendit aussi que la montre avait été achetée à Paris, au coût de 140$ chez Pietry, au 14 boulevard Saint-Michel, à Paris, vers 1965.  Bref, la provenance de tous les bijoux fut soi-disant expliquée.

Tous ces détails techniques ont-ils contribués à semer la confusion dans l’esprit des jurés?

Mesrine aurait aussi déclaré que « nous avons été obligés de quitter Montréal assez rapidement, le vendredi 21 juin 1969; je pensais être recherché par la police; ce fut la raison de mon voyage. »

Six ans plus tard, Mesrine écrira qu’il cherchait plutôt un moyen de prendre un navire pour traverser l’Atlantique.  Au motel de Percé, Mesrine raconta être resté dans la chambre No 4.

Dans un article paru dans Le Soleil, mais cette fois le 19 novembre 2008, Yvon Mercier, qui avait assisté Daoust à l’époque du procès, déclara à propos de Mesrine que « je me suis rapidement rendu compte que c’était un gars super-intelligent qui avait le pouvoir de subjuguer les gens. »

Que l’on croit Jacques Mesrine coupable ou non de ce meurtre, force est d’admettre que son témoignage avait été solide.  Il avait une explication pour tout.

Le verdict

Le 4 février 1971, Le Soleil annonçait que la défense avait terminé sa preuve.  Il ne restait donc plus que les plaidoiries.  La journée du 5 février serait donc consacrée à l’adresse du juge au jury.

L’étrange témoignage de Gérard Fyfe, nommé par Mesrine dans son livre comme « Gérard Fieffe », apporta sa dose de mystère.  Celui-ci aurait été arrêté en relation avec ce même meurtre de Percé.  Il s’agissait d’un ex-pilote d’avion condamné à « l’emprisonnement à perpétuité en rapport avec un meurtre survenu à Mont Laurier, en 1969. »

Or, Fyfe aurait été arrêté en possession d’une arme illégale le 30 juin 1969 « alors qu’il visitait la Gaspésie en touriste. »  Devant la Cour, il s’est même dit familier avec le motel Les Trois Sœurs.  Est-il possible que Fyfe ait témoigné en échange de quelque chose, puisqu’il n’avait lui-même plus rien à perdre avec une telle condamnation?

Daoust fit encore parler de lui en demandant au juge d’ordonner un outrage au tribunal envers le journal Allô Police qui prétendait que les tests de détecteurs de mensonges avaient été trafiqués.  « La requête a été prise en délibéré; le juge s’est dit peu enclin à vouloir y faire droit. »

Le 5 février 1971, Le Soleil disait que la plaidoirie de Daoust, « que l’on dit être l’un des plus grands criminalistes québécois » aurait durée 5 heures.  Bref, il conseilla surtout au jury d’éviter de condamner « des innocents sur des preuves aussi fragiles. »

Le 6 février 1971, Le Soleil disait que le sort de Mesrine et Schneider était maintenant entre les mains des jurés, les plaidoiries étant terminées.  Et le 8 février, on annonçait l’acquittement des deux accusés, « le meurtre de Mlle LeBoutillier : toute l’affaire est à reprendre. »  Le Soleil les surnommait « le couple amoureux » en raison de leurs sensuelles démonstrations au tribunal.

« Il est rare qu’on puisse connaître les motifs réels qui ont orienté le verdict d’un jury », écrivait Le Soleil, mais il semble que l’information ait transpiré.  L’une des raisons expliquant la décision du jury était noté ainsi : « nous devons accorder le bénéfice du doute : il y a trop d’inexpliqué.  On est des cultivateurs, mais pas des innocents[4]. »

On reprochait les contradictions des témoignages des employés de la discothèque, et aussi que « le juge a trop chargé les accusés; on a pas trouvé ça normal… »

Jean-Marc Simon, auteur d’une biographie sur Mesrine en deux tomes, déclara sur les ondes de France Inter à la captivante émission de Patrice Gélinet, 2000 ans d’Histoire, ne pas croire en la culpabilité de Mesrine dans l’affaire du meurtre de Mlle Lebouthillier.  Pourtant, la revue de presse de l’époque ne semble pas pouvoir nous permettre de nous fixer une opinion aussi tranchée.  Alors qu’en serait-il des archives du procès?

Après tout, ce n’était certes pas la première ni la dernière fois que la justice acquittait un accusé par manque de preuve.

Mesrine écrira lui-même dans son livre de 1977 « nous nous installâmes au motel des Trois Sœurs, sous un faux nom.  […] nous quittâmes la région le 26 juin 1969.  Le 30 juin de la même année, la patronne de ce motel était retrouvée assassinée et, bien que nous soyons loin des lieux du crime, les soupçons allaient se porter sur nous et se transformer par la suite en accusation de meurtre. »

Loin?  Mais où?

Mesrine est souvent précis concernant les faits qui sont bien répertoriés, alors que dans des moments plus ambiguë il reste vague à son tour.

Si Daoust s’était permis d’être aussi pointilleux sur certains détails, pourquoi ne le serions-nous pas à notre tour?  Dans ce cas, la phrase la plus compromettante écrite par Mesrine lui-même est celle-ci : « Nous étions aussi accusés d’un meurtre que je n’avais pas commis. »  Pourquoi passer rapidement du « nous » au « je »?

Si c’est le « nous » qui est accusé, alors ce devrait aussi être le « nous » qui soit acquitté.  La question est aussi de savoir si cette phrase n’est pas une simple erreur de syntaxe ou alors une erreur inconsciente découlant d’une image que lui seul pouvait avoir en tête.

La plupart des Québécois vous diront que Percé est un lieu touristique fort paisible et que le mot coïncidence semble tout à fait absurde pour décrire un meurtre se déroulant au moment où l’un des plus grands criminels du 20ème siècle traverse la région.

Bien que Me Raymond Daoust a toujours défendu l’innocence de Mesrine, il en va autrement pour nombre de Québécois qui se souviennent encore de l’affaire.  En dépit d’une décision de justice, le mystère plane toujours.

Bien sûr, si on suppose qu’il soit coupable, le principal intéressé se devait de nier.  Et on le comprend.  Le meurtre d’une femme sans défense de 58 ans ne fait pas très reluisant pour la biographie d’un « Grand » criminel!  Ni auprès des détenus, d’ailleurs, qui avaient des mères de cet âge.

Intelligent, Mesrine savait qu’il ne servait à rien nier ne jamais avoir mis les pieds dans ce motel, car les empreintes, ainsi que nombre de témoins, prouvaient le contraire.  Sa version est qu’il se serait dirigé vers la Gaspésie en croyant pouvoir s’embarquer sur un navire le conduisant en Europe, « n’ayant trouvé aucun passage sur des bateaux étrangers, nous quittâmes la région le 26 juin 1969 », écrivit-il.  Ça ne semble évidemment qu’un bluff monumental puisque les preuves sont à l’effet que le couple laissa un chat sur place et qu’il soit revenu dans la région peu après.  Quatre ou cinq jours suffisaient pour apprendre qu’aucun transatlantique ne partait de Percé.

Alors, pourquoi y être retourné?

La cavale vers les États-Unis semble d’ailleurs appuyer l’empressement de fuir un crime grave.  Curieusement, après l’enlèvement raté de Montréal, le couple n’avait pas décidé de fuir vers les États-Unis, beaucoup plus proche que Percé.

Lucien Aimé-Blanc écrira d’ailleurs qu’au moment d’écrire son livre Mesrine se croyait condamné à mort en France.  « […] Il raconte sa vie de voyou en exagérant ses exploits », écrit Aimé-Blanc.  « Il revendique un certain nombre de meurtres, d’exécutions, de hold-up, dont on sait pertinemment que ce sont des affabulations.  C’est quand même bizarre de publier son propre réquisitoire, deux mois avant un procès aux assises!  Mesrine s’est tellement chargé dans son livre que le procureur a passé son temps à essayer de démêler le vrai du faux.  Malin!  En s’accusant de méfaits qu’il n’a pas commis, il sème le doute sur ceux dont on l’accuse. »

Et vice versa!

À suivre …


[1] Selon Wikipédia : Évelyne LeBouthillier.  Le nom fut écrit de différentes façons à travers les journaux et autres ouvrages consultés.

[2] Mesrine écrivait maladroitement son nom « Cauriveau » en 1977, en plus d’ajouter qu’à le voir subir ce malaise « le sourire qui se dessina sur mes lèvres n’échappa à personne. »

[3] Compagnie pétrolière.

[4] Dans le langage québécois, le mot « innocent » veut aussi dire « imbécile ».

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3 thoughts on “Revue de presse: Jacques Mesrine au Québec (1/3)

  1. toute facon moi meme si je ne le connais pas et qu il as tuer des perssonne je l aime bien et derriere se visage de gangster c etait surement un gentil garcon et on ne sais pas comment il vivait en vie privée

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    1. Mesrine n’était pas un tueur de sang froid, mais ce jour là, si c’est bien lui qui a étranglée cette dame, il l’aurait commis(peut-être) par peur d’être dénoncé, ce qui n’ôte rien à la gravité du crime, mais qui dans ce cas, serait un crime de nécessité. Etant déjà poursuivi pour le rapt Il ne pensait pas pouvoir faire autrement pour s’en sortir. Les questions à se poser sont : Quel rôle a jouée sa compagne dans ce meurtre ? (si ce sont eux), pourquoi Mesrine n’envoyait plus d’argent à sa femme emprisonnée ? (dixit Ardouin porte-avion ),elle aurait avouée ce meurtre peu avant de décéder. Très intelligent et bien éduqué, quel dommage qu’un fils de famille de famille se soit fourvoyé dans la criminalité( peut être la Guerre d ‘Algérie),en quête de célébrité . Il se définissait comme un exemple, mais un mauvais exemple(donc il avait une conscience et sans doute des regrets ) ,c’est un personnage extrêmement complexe, doté d’un esprit fécond( capable d’écrire de beaux poèmes à son avocate ), faire preuve de bravoure et de persévérance, débordant d’imagination et réactif en toutes situations,ce sont des gens comme lui qui réussissait à s’évader des camps nazis et à gagner des combats durant la guerre,je pense que certains prisonniers ( de droit commun )lui doive une forme de reconnaissance pour ce qu’il a fait sur les conditions de détention,enfin chez chaque individu, rien est tout noir ou tout blanc, mais nuancé…Il est important de bien s’informer pour connaître un semblant de vérité et se faire une idée plus précise de ce qui anime les gens, l’article est bien renseigné sur ce sujet et permet de mieux cerner le personnage, personnage qui est définitivement entré dans le panthéon des truands célèbres en partie à cause de ses frasques qui ont mis toutes les polices en échec ainsi que son exécution programmée

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  2. La sortie prochaine du livre de Me Clément Fortin « Jacques Mesrine, le tueur de Percé » risque de remettre à jour l’un des épisodes les plus marquants de la criminalité au Québec. Me Fortin a longuement étudié les transcriptions du procès de Montmagny et seul le titre de son ouvrage révèle une partie de ses conclusions. Pour lire son avant-propos: http://fortinclement.blogspot.com/2011/08/jacques-mesrine-le-tueur-de-perce-par.html

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