Revue de presse: Jacques Mesrine au Québec (2/3)

L’un des quatre miradors de l’ancien pénitencier St-Vincent-de-Paul.

L’évasion de Saint-Vincent-de-Paul

Bien qu’il venait d’être acquitté au procès de Montmagny, Jacques Mesrine avait dû reprendre le chemin des cellules afin de purger sa peine pour l’enlèvement du millionnaire Georges Deslauriers.  En 1972, donc, il se retrouvait à l’Unité Spécial de Correction (USC) du pénitencier de St-Vincent-de-Paul à Laval, en banlieue de Montréal.  Dans son livre de 1977, Mesrine écrivait lui-même que « l’unité spéciale de correction, c’était l’enfer et l’impossibilité d’évasion, d’après les rumeurs ».  Bien sûr, rehausser l’invulnérabilité d’un pénitencier pour ensuite raconter son évasion rapportait un certain prestige.  Toutefois, dès janvier 1971, le quotidien de la ville de Québec Le Soleil qualifiait le pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul de véritable « passoire ».  À croire que les rumeurs citées par Mesrine n’étaient pas très fiables!

Malgré tout, ce qu’il s’apprêtait à faire demeure un des plus grands exploits criminels de l’histoire du Québec.

Le 21 août 1972, Jacques Mesrine s’évadait du pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul en compagnie de cinq autres complices, dont Jean-Paul Mercier.

Le film de Jean-François Richet prétend que les deux hommes se sont connus en liberté, avant l’enlèvement de Deslauriers, mais la réalité fut tout autre.  Leur première rencontre se déroula dans l’enceinte du « vieux pen », au cours de l’hiver 1972[1].  Mesrine écrirait à propos de Mercier que « c’était un type solide, n’ayant peur de rien dans l’action.  Il allait dans l’avenir devenir mon ami, mon inséparable frère de risque […] »  Ajoutant également que « tout de suite, Jean-Paul Mercier devint un inséparable.  Nous avions les mêmes visions des choses.  Je le savais capable d’aller à la limite de l’incroyable.  Je le savais prêt à risquer l’impossible. »

Le lendemain de l’évasion, en première page, La Presse rapportait l’exploit en ces termes : « […] Le solliciteur général du Canada s’est dit surpris, hier après-midi, qu’on puisse s’évader sous le nez de gardes dans des tours de guet, d’un pénitencier à sécurité maximum. »[2]

Après être monté dans les miradors et avoir vérifié lui-même les trous dans les deux clôtures pratiqués par des pinces coupantes, Jean-Pierre Goyer, le solliciteur général du Canada, aurait aussi déclaré : « Il est clair et évident que nous donnons des carabines aux gardiens pour qu’ils s’en servent.  Nous ne pouvons pas accepter qu’un détenu s’évade. »[3]

On précisait que Goyer « a ajouté que lorsqu’un individu tente de s’évader, le gardien doit tirer un coup de semonce et, si le détenu continue sa course, il doit faire feu dans sa direction. »

Le Soleil du 22 août 1972 affirmait même que Goyer « reproche aux gardiens de n’avoir pas fait usage de leurs armes. »  Ce qui semble d’ailleurs rejoindre les propos de Mesrine, qui écrivait que Goyer aurait dit « mes gardes auraient dû tirer! »

Au moment de cette visite, Goyer était accompagné d’Aubert Laferrière, directeur régional des prisons, ainsi que du directeur de l’unité spéciale de correction Pierre Goulen.

Six hommes se sont évadés, mais l’un d’entre eux, Pierre Vincent, 26 ans, fut repris le jour même.  Les cinq autres étaient « Michel Lafleur, 21 ans, André Ouellette, 33 ans, Robert Imbeault, 23 ans, Jacques Mesrine, 37 ans et Jean-Paul Mercier, 28 ans. »[4]

Les recherches furent de grande envergure car « une trentaine de policiers de la Sûreté du Québec […] ont répondu à tous les appels provenant de personnes disant avoir vu les évadés à différents endroits, tels la montée Saint-François et le boulevard Saint-Elzéar.  Aidés de l’hélicoptère et armés de puissantes armes, ils ont même, durant une couple d’heures, ratissé un bois en bordure de la route no. 18. »

Au moment de l’évasion, les détenus étaient au nombre de 23 dans la cour, où la récréation débuta à 9h00.  On ignorait cependant l’heure exacte de la fuite des six fugitifs, qui fut constatée seulement à 10h30.  Décidément, la compétence des gardiens en prit pour son rhume.

Mais comment l’évasion s’est-elle produite?

Si ce que dit Mesrine est vrai, il raconte d’abord que Mercier a mis une dizaine de minutes à pratiquer un trou dans la première clôture, et on peut certainement en déduire qu’il en mit autant pour la seconde.  « Nous étions d’accord avec les amis pour partir deux par deux », écrit Mesrine.  Se faufilant entre la surveillance des gardes, lui et Mercier ont rampés avant de courir.  Les autres sortirent quelques minutes plus tard.

En compagnie de Mercier, Mesrine précise ensuite avoir traversé une autoroute en courant, qui se trouve être la 25, avant de forcer des automobilistes à les conduire jusqu’à Montréal, où ils se retrouvèrent dans un petit restaurant à l’intérieur duquel la première annonce de l’évasion se fit entendre à la radio.  « Cela faisait quarante-cinq minutes que nous avions quittés l’USC », écrivit Mesrine.  En supposant que ce soit vrai, tout en considérant que l’annonce ait été faite peu après 10h30, lors de la constatation des faits, on pourrait supposer que Mesrine et Mercier se soient faufilés à travers les deux clôtures de broche vers 9h45.

Un photographe de La Presse eut le temps de prendre un cliché, publié le 22 août, représentant des policiers fonçant vers lui avant que ceux-ci l’immobilisent pour le fouiller.  Décidément, la tension planait dans l’air.

En page 3 de La Presse, on s’attardait un peu plus longuement sur le pedigree des six évadés.  « À part le fait de s’être évadés ensemble de l’annexe à sécurité « super maximum » du pénitencier Saint-Vincent-de-Paul, hier, les six bagnards ont un autre point en commun : ils sont TRES dangereux et ce n’était pas leur première évasion. »

Ce texte n’était pas alarmiste.  La dangerosité de Mesrine et de Mercier se confirma allégrement au cours des semaines suivantes.

À propos du plus audacieux de ces évadés, on précisait que « Jacques Mesrine est un ressortissant français qui a commencé à faire parler de lui au cours de l’été de 1969, lorsqu’on le recherchait pour le kidnapping du millionnaire Georges Deslauriers, de Saint-Hilaire, et pour vol qualifié au domicile de ce dernier.  Mesrine et sa copine, Jeanne Schneider, avaient pris la fuite lorsque M. Deslauriers, un infirme, avait réussi à s’enfuir avant qu’on paie la forte rançon exigée.  Les malfaiteurs, ses ex-employés, s’étaient dirigés vers Percé, en Gaspésie, où ils ont été accusés du meurtre de l’aubergiste Evelyne LeBouthillier.  Ils ont d’ailleurs été acquittés au cours d’un retentissant procès qui a eu lieu à Montmagny, et à la fin duquel Mesrine avait administré un solide coup de poing à un agent de la SQ.  De la Gaspésie, ils s’étaient dirigés vers Windsor, en Ontario, et de là, ils étaient entrés illégalement aux États-Unis, en traversant à Détroit dans une petite embarcation.  De Détroit, ils avaient ensuite visité Cap Kennedy, où ils avaient assisté au lancement d’une capsule Apollo vers la lune.  Finalement, leur voyage s’était terminé à Texarkana, en Arkansas, près de la frontière du Texas.  De retour au Québec, ils s’étaient évadés de la prison de Percé pour être repris quelques jours plus tard.  Mesrine, qui s’est distingué comme parachutiste-commando pendant la guerre d’Algérie et a été décoré personnellement par le général de Gaulle, est le fils d’un important industriel de la haute couture, en France. »

Quant à son complice québécois, La Presse mentionnait que Jean-Paul « Mercier, qui n’en est pas à sa première évasion, était emprisonné pour vol à main armée et pour escroquerie.  Il est considéré comme un des plus dangereux du groupe.  Mercier et Lafleur s’étaient échappés ensemble, en août dernier, de l’Institut Archambault et avaient été repris le lendemain. »

Il semble que Mesrine et Mercier aient aussi bénéficié d’une aide extérieure car dès leur arrivée à Montréal un appartement rempli d’armes et d’équipements les attendait.  Leur premier contact aurait été une jeune femme que Mesrine nomme simplement Lizon et qui « le soir même, elle devint la maîtresse de Jean-Paul […] »[5].

Le « devoir » de s’évader!

Dans son édition du 23 août 1972, La Presse se moquait ouvertement de l’incompétence policière par une caricature, ne manquant pas de souligner la rudesse utilisée à l’endroit de son photographe.  On y annonçait également que le « gouvernement fédéral a confié à une commission d’enquête la tâche de mener une enquête pleine et entière sur toutes les circonstances entourant l’évasion des six détenus, […] »  Me L. P. Landry, directeur régional et procureur en chef du ministère de la Justice, fut choisi pour présider cette commission.

On était toujours sans nouvelle des évadés, bien qu’une rumeur circulait à l’effet que Mesrine et Imbeault aient été aperçu dans le hall de l’hôtel LaSapinière à Val David.  On installa d’ailleurs des barrages policiers sur la route 11 et toutes les voitures furent minutieusement fouillées.  Ça semble donner raison à Mesrine quand il écrivait « on nous signalait partout à la fois. »

L’article précisait aussi que « Mesrine, Imbeault, Jean-Paul Mercier, Pierre Vincent, André Ouellette et Michel Lafleur purgeaient des peines de 15 à 25 ans pour vols à main armée et autres méfaits. »[6]

En ce qui concernait Michel Lafleur, La Presse stipulait qu’il avait été arrêté en septembre 1971 « en compagnie de Pierre Boucher et de Gérard Pelletier, à la suite d’un vol à main armée perpétré à une succursale de la Banque Royale, 2100 est, rue Bélanger, à Montréal. Leur capture avait été ponctuée de nombreux coups de feu et un agent de la police de Montréal, M. Jacques Chartrand, avait été blessé d’une balle dans le dos. »

Dans la même édition de La Presse, Me Pierre Cloutier commentait en ces termes: « Les six bagnards qui se sont évadés, lundi, du bunker à sécurité maximum du pénitencier Saint-Vincent-de-Paul avaient le devoir moral de s’évader d’un pareil enfer; ces mêmes bagnards doivent se défendre si des policiers décident, demain, de les tirer à bout portant; je pense, de plus, que les déclarations faites, hier, par le solliciteur général du Canada, M. Jean-Pierre Goyer, sont celles d’un ministre irresponsable qui raisonne comme un chef de police sans envergure; enfin, je réclame une enquête publique sur le fonctionnement de l’unité spéciale de correction du pénitencier Saint-Vincent-de-Paul, et je suggère que les journalistes soient autorisés à interviewer tous les individus qui y sont détenus. »

Trois ans plus tard, c’est le criminel québécois Richard Blass qui aura gain de cause sur ce point en parvenant à faire ouvrir les portes des pénitenciers aux journalistes à l’aide de ses menaces publiques.

En 2002, Lucien Aimé-Blanc écrivait plutôt que durant sa détention Jacques Mesrine « commence à essayer d’alerter l’opinion sur le régime de la prison.  Il faut dire qu’ils ont l’habitude d’y gazer les prisonniers pour les rendre plus malléables.  […]  Évidemment, personne ne s’intéresse à ses protestations.  Alors il s’évade. »

À l’époque de Mesrine, c’est l’annexe à sécurité « super-maximum », ou l’USC, qui causait problème.  Cloutier, qui comptait parmi ses clients André Ouellette et Michel Lafleur, la qualifiait « d’usine à fabriquer des monstres.  Les conditions physiques, psychologiques et morales de détention y sont inhumaines.  Ce bunker pour super-brutes possède même sa chambre à gaz.  Je défie le solliciteur général de me prouver le contraire. »

La chambre à gaz fut confirmée.  « Tout était vrai : scandale dans la presse, fermeture de la chambre à gaz, le directeur est viré…, etc », écrit Aimé-Blanc.  Toutefois, le pénitencier Saint-Vincent-de-Paul ne sera fermé qu’en 1989.

Le film de Jean-François Richet nous donne, dans une scène assez brève, une idée globale de ces conditions de détention.  À savoir si Mesrine a été « fabriqué » par ce que Cloutier qualifiait d’usine à monstres, on pourrait certainement en discuter.  Ce qui est certain, toutefois, c’est que quelques semaines plus tard il prouverait sa monstruosité.

Jean-Pierre Goyer

Né le 17 janvier 1932, Goyer fut élu à la Chambre des communes du Canada en 1965, réélu en 1968 et encore en 1970, après quoi il fut nommé solliciteur général du Canada par le premier ministre Pierre Trudeau.  Goyer guida la GRC après la crise d’octobre de 1970.  Le Soleil du 4 janvier 1971 annonçait d’ailleurs son arrivée au poste de solliciteur général du Canada.  Ce journal de Québec le disait partisan inconditionnel de Trudeau et de la ligne dure.

Goyer quitta le cabinet en novembre 1978 lors d’un remaniement ministériel.  Depuis, il s’est retiré de la vie publique.

Au moment des événements, cependant, on peut envisager la possibilité que ses principales préoccupations se tournaient davantage vers la politique car des élections eurent lieu le 30 octobre 1972 et au terme desquelles Trudeau lui confia le portefeuille ministériel de ministre des approvisionnements et services.  La victoire fut cependant mince pour le Parti libéral de Trudeau, qui remporta 109 sièges contre 107 pour les conservateurs.

Les évadés et le FLQ[7]

Le 24 août 1972, Le Petit Journal, sans doute dans l’intention de vouloir ajouter une saveur politique à l’événement, publiait l’annonce de l’évasion sous le titre de « Trois membres du FLQ au large ».  L’article, qui n’était pas signé, se concentrait surtout sur les évadés Michel Lafleur, André Ouellette et Jean-Paul Mercier.  Aucune mention de Mesrine.

Incontestablement, c’est Mesrine qui, aujourd’hui, retient l’attention, mais à cette époque il semble que sa renommée ne s’était pas encore propagée de manière équilibrée sur le territoire québécois ni dans la mémoire collective.

Le Petit Journal racontait donc que « voilà qu’après avoir sursauté à l’annonce que six prisonniers s’étaient évadés lundi après-midi de l’unité spéciale de correction du pénitencier « à sécurité maximum » de Saint-Vincent-de-Paul, on s’est mis à s’inquiéter de nouveau en apprenant que, sur les six évadés, trois étaient de présumés felquistes! »[8]

Le ton se confirme dans le second paragraphe de l’article : « Allons-nous assister à une nouvelle flambée de violence?  Les hold-up sanglants perpétrés au nom d’un soi-disant idéal révolutionnaire referont-ils la manchette des journaux?  On aura encore de la misère à dormir jusqu’à la capture de ces trois individus dangereux qui, au moment où ces lignes ont été écrites, semblaient avoir réussi à échapper à leurs poursuivants. »

Sur ces trois présumés membres du FLQ, on s’attardera évidemment sur Jean-Paul Mercier.  Et le temps indiquera que le FLQ n’avait rien à voir dans tout ça.  D’ailleurs, La Presse n’est pas tombé dans ce piège.

Le Petit Journal disait à son sujet que le jeune homme âgé de 27 ans (La Presse prétendait 28) était « lui aussi un présumé felquiste, il avait fait parler de lui en septembre dernier quand il s’est évadé de l’Institut Archambault en même temps que … Michel Lafleur.  Il purgeait alors une peine de 24 années de prison pour vol à main armée et tentative de meurtre.  Il avait été repris rapidement par la police mais pas avant d’avoir réussi à entrer en possession de tout un arsenal : 4 armes à feu, un millier de balles de calibre .22, 25 balles de calibre .12, une cagoule, deux perruques, des jumelles, une lampe de poche, un attirail complet de cambrioleur et, évidemment, une voiture volée!  Jean-Paul Mercier est un homme dangereux. »[9]

Une évasion qui fait bouger les choses

Le 24 août 1972, La Presse continuait de parler du dossier dans un article nommé « Goyer accusé d’être responsable de l’évasion des six prisonniers. »  Cette fois c’était « le secrétaire-trésorier de l’Alliance de la Fonction publique du Canada » d’accuser « le Solliciteur général, M. Jean-Pierre Goyer, d’être responsable de l’évasion de six détenus du pénitencier Saint-Vincent-de-Paul, lundi, en ne prenant pas les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des institutions. »

De plus, Paul Gascon disait ne « pas croire l’objectivité des commissions d’enquête instituées par le Solliciteur général pour éclaircir les circonstances qui ont entouré de tels incidents, comme c’est le cas présentement. »

Pour répondre à Goyer, qui avait déclaré la présence de 65 agents pour surveiller 63 détenus, Gascon répliquait que « M. Goyer a oublié de mentionner que les 65 agents de correction de l’unité spéciale de correction à Saint-Vincent-de-Paul étaient répartis sur les trois quarts de travail, et ce, sept jours par semaine. »

De plus, « M. Gascon a exprimé « la consternation de constater que le ministre ne peut comprendre que des criminels ne peuvent être gardés dans des cours de récréation entourées d’une clôture de broche, comme dans les écoles maternelles. » »

Évidemment, le syndicat que représentait Gascon refusait que les employés du service correctionnel servent de boucs émissaires « pour couvrir l’échec lamentable de la réforme du système pénitentiaire […] ».

Un 7ème évadé

Le plus ironique c’est qu’en page A 3 de la même édition du 24 août La Presse annonçait qu’un « 7ème prisonnier s’est évadé, hier, du complexe Saint-Vincent-de-Paul, lorsqu’il a trompé la vigilance des gardes de l’Institut Leclerc, le centre de détention à sécurité minimum.  Il s’agit de Marcel Longpré, 37 ans, qui purgeait une peine de 10 ans pour vol à main armée.  Par contre, Michel Benoît, 48 ans, qui s’était évadé de l’Institut Pinel, à Montréal, le 12 août, s’est livré à la police de Moncton, au Nouveau-Brunswick.  Il purgeait une sentence à vie pour le meurtre du capitaine de police Chalifoux, de Sainte-Agathe-des-Monts, commis le 7 août 1956. »

Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’évasion était la grande mode de l’époque.  Avis aux designers!

À la page suivante, on retrouve aussi un texte de Cyrille Felteau évoquant les droits humains car « quoi qu’ils aient fait, les criminels dangereux gardés à vue dans ces institutions sont des hommes. »  Voilà un texte qui a certainement dû plaire à Mesrine et Mercier, si toutefois ils ont eu le temps de lire ces pages au cours de leur cavale.

Et Felteau d’ajouter que « sans préjuger trop des résultats de l’enquête ordonnée par le Solliciteur général, Me Jean-Pierre Goyer, il est à peu près sûr, en tout cas plus que probable qu’un ou plusieurs gardiens ont été négligents dans l’exercice de leurs fonctions.  […]  Et même dans l’hypothèse où ils auraient eu l’œil au grain comme il le fallait, devaient-ils tirer sur les fugitifs au moment même de leur tentative d’évasion? »

Felteau ajoutait même que « cela équivaut pratiquement, à laisser à des criminels le droit et le soin de se faire justice à eux-mêmes », sans savoir que sa phrase était presque prémonitoire, car quelques jours plus tard Mesrine et Mercier tenteraient de se faire justice en attaquant la prison.

Le 25 août, l’évasion demeurait encore un thème d’actualité dans les pages de La Presse.  D’abord, on pouvait y lire « obéissant aux recommandations du Solliciteur général Jean-Pierre Goyer, un garde du pénitencier de Cowansville a fait feu à cinq reprises hier matin sur trois jeunes détenus qui s’évadaient, sans toutefois les atteindre.  Cela n’a pas empêché Jean-Marc Gingras, 18 ans, Michel Godbout, 19 ans, et Denis Drouin, 22 ans, de prendre la fuite. »

Moins de trois heures plus tard, on les ramenait derrière les barreaux.  Depuis le début de l’année, 20 détenus avaient réussi à s’évader du pénitencier de Cowansville.

Pendant ce temps, Mesrine et Mercier se cachaient dans un appartement situé au cœur de Montréal, juste en face du centre commercial Maisonneuve[10].  Les deux complices ne resteraient pas inactifs très longtemps car ils avaient promis à leurs copains détenus d’attaquer la prison.  « Je me promettais de ne pas les oublier et de tenir ma promesse d’attaquer ce pénitencier pour tenter de les libérer tous », écrivait Mesrine en 1977.

Il prétendait aussi que la date et l’heure de l’assaut avait été prévu à l’avance et que les détenus restés derrière la connaissaient : le 3 septembre 1972 à 14h30.

À suivre …


[1] Selon Mesrine, L’Instinct de mort, 1977.

[2] La Presse, 22 août 1972, article signé par Jean-Paul Charbonneau.

[3] Id, p. 1.

[4] Id, p. 6.

[5] L’Instinct de mort, 1977.

[6] La Presse, 23 août 1972, p. 3.

[7] Front de Libération du Québec.

[8] Le Petit Journal, 24 août 1972, p. 2.

[9] Id.

[10] Selon Mesrine.

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