La mort violente de Richard J. Veillette

            Le 11 septembre 1957, le coroner André Poisson, de Grand-Mère, fut appelé à se rendre dans la région de Sainte-Thècle afin de faire enquête sur une mort violente.  Dans son rapport, il identifia lui-même la victime comme étant Richard J. Veillette, 42 ans, un habitant de Sainte-Thècle.

            Poisson écrit dans son rapport en rapportant le témoignage de M. Richard Magny, 42 ans, cultivateur de la place, qui raconte que :

Ma maison est située à environ cinq arpents de la traverse à niveau du C.N.R.[1] au millage 24.35, à environ une/sic/ mille et demie/sic/ [1,6 km] du village de Ste-Thècle.  J’étais dehors vers 5.20 a.m. lorsque j’ai vu venir le train de passagers du C.N.R.  J’ai entendu lasirène/sic/ et la cloche du train avant le bruit d’une collision.  Je me suis rendu immédiatement sur les lieux; le train était arrêté.  La voiture de la victime était en feu, il était impossible de l’approcher.  Le conducteur qui était descendu du train, sortit le corps de M. Veillette des débris de l’auto.  Nous avons demandé un prêtre et un médecin, ce dernier constata la mort.

Le coroner Poisson, M.D., en arriva à la conclusion que la mort avait été causée par une « commotion cérébrale, fracture du crâne région occipito-temporale droite, et hémorragie secondaire.  Fractures multiples membres supérieurs & inférieurs. »

            Son rapport renferme également le témoignage du conducteur du train, J. W. Thellen, 45 ans, ingénieur, Garneau Jct. :

Le 11 sept. 1957 à 4.20 a.m. heure solaire, j’étais en s ervice/sic/ sur le train No.115 circulant de Hervey Jct. à Ste-Thècle.  En arrivant au millage 24.35 à l’approche de la traverse à niveau, j’ai fait entendre le sifflet de la locomotive selon les signaux règlementaires.  J’ai constaté, à ce moment, qu’une voiture automobile approchait de la traverse à niveau, j’ai continué le signal du sifflet.  Voyant que l’automobiliste continuait lentement vers la voie, j’ai fait sonner la cloche.

            Malheureusement, ni le sifflet ni la cloche de la locomotive ne suffirent à capter l’attention de Veillette.  Comment peut-on l’expliquer?  Par une intention suicidaire?

            Toutefois, Thellen continuait en expliquant que « je me suis alors aoerçu/sic/ que lavoiture/sic n’arrêtait pas.  J’avais déjà mis les freins pour l’arrêt à la gare de Ste-Thècle; j’ai immédiatement appliqué les freins d&urgence/sic/ pour immobiliser le train aussitôt que possible.  Nous avons frappé la voiture avec l’avant du train, sur le côté gauche.  Au moment de la collision, le train circulait à une vitesse d’environ trente-cinq milles à l’heure [56,3 km/h]; l’auto fut projetée à une distance de cent pieds environ, à gauche de la voie ferrée. »

Alfred De La Sablonnière, le chauffeur, un homme de Chicoutimi, précisa quant à lui que « l’automobiliste qui s’avançait lentement vers la traverse à niveau, a semblé s’arrêter, d’après moi, car il allait très lentement.  Contrairement à ce que je croyais, il s’est engagé sur la voie ferrée.  Je corrobore entièrement le témoignage de mon confrère M.Thellen. »

            Bien qu’hasardeuse, l’hypothèse de l’intention suicidaire pourrait expliquer ce soi-disant arrêt directement sur les rails du chemin de fer.

Le rapport du coroner nous permet également d’apprendre que c’est le maire de Sainte-Thècle, M. Bernard St-Arneault, qui vint identifier le corps.  « Je n’ai pas eu connaissance de l’accident », aurait-il dit, « j’ai identifié Mon/sic/ Richard J. Veillette de Ste-Thècle, mon beau-frère, par ses traits, ses vêtements.  Il était blessé et brûlé dans l’incendie de sa voiture. »

            En fait, la victime avait beaucoup plus qu’un lien de parenté avec lui, comme nous l’apprend un article publié le lendemain de la tragédie dans Le Nouvelliste, car les deux hommes siégeaient ensemble au conseil municipal.  Veillette était un « conseiller municipal et citoyen bien en vue de la municipalité »[2].  Le quotidien de Trois-Rivières rapportait cependant que la victime était âgée de 40 ans, et non 42 comme le mentionne le rapport du coroner.

            Le journaliste Charles Magnan précisait aussi que « le Dr Jean-Claude Marchand, accouru sur les lieux, n’a pu que constater le décès tandis que M. l’abbé Joseph Mongrain, curé de la paroisse, administrait les derniers sacrements sous conditions. »  Il confirmait également la distance de cent pieds (30,4 m) sur laquelle la voiture fut projetée pour « ensuite rouler quelques cinquante pieds plus loin.  L’auto, une Buick 1955, a aussitôt pris feu et une explosion s’en suivit.  La victime fut retrouvée couchée sur la chaussée, le dos horriblement brûlé…  La montre de M. Veillette fut retrouvée sortie de son boîtier. »

            Petite contradiction ici, puisque le rapport du coroner mentionne plutôt que le conducteur du train a dû sortir le corps de la voiture, tandis que Le Nouvelliste laisse entendre que Veillette a été éjecté de son véhicule.

            Le Nouvelliste peut faire sourire en précisant que « l’identification de la victime a été rendue difficile par suite du fait que les lunettes que M. Veillette portait depuis son enfance, était/sic/ introuvable/sic/ ».  Certes, il avait certainement changé de monture depuis sa tendre enfance, d’autant plus qu’une photo publié dans le journal nous montre Veillette avec des lunettes robustes.

« Il a fallu confronter la plaque matricule de l’automobile à Québec ainsi que les papiers de la voiture pour être sûr qu’il s’agissait du marchand général du village », reprend Magnan, nous apprenant donc le gagne-pain de la victime.  Et, mœurs de l’époque oblige, le journaliste ajouta que « en plus d’être conseiller municipal, M. Veillette avait été pendant plusieurs années grand chevalier du conseil local des Chevaliers de Colomb ».

            Richard J. Veillette laissait dans le deuil sa femme Gilberte Périgny et sept filles.  La veuve avait également perdu son père un mois plus tôt.

–          Magnan, Charles.  « Tragédie à un passage à niveau près de Sainte-Thècle – un mort ».  Le Nouvelliste, 12 septembre 1957.

–          Banq, TP12, S3, SS26, SSS1; 1983-11-001/866.


[1] Canadian National Railway, aujourd’hui simplement connu comme le CN.

[2] Charles Magnan, « Tragédie à un passage à niveau près de Sainte-Thècle – un mort », Le Nouvelliste, 12 septembre 1957.

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