Vol inusité à la banque de Thetford Mines

Banque Thetford Mines - mars 1966Le 19 avril 1966 se déroulait l’enquête préliminaire de Jacques Tourigny, accusé de vol par effraction à la Banque de Montréal de Thetford Mines.  En fait, la première accusation concernait un montant de 6,929.92$ en argent et chèques, et une seconde accusation de possession illégale d’une arme à feu.

L’accusé se présenta seul face à l’honorable juge Paul E. Baillargeon.  Le procureur de la Couronne était Me Édouard Houde, substitut du Procureur Général.

Quant aux détails concernant cette affaire, je vous laisse découvrir le tout en même temps que se déroule l’interrogatoire du premier témoin, le gérant de la banque, Jean-Marc Dupont, 46 ans.  Rappelons-nous seulement qu’à l’époque les guichets automatiques informatisés n’existaient pas et que pour permettre les dépôts hors des heures d’ouverture on utilisait une trappe dans le mur de l’institution qui donnait accès à une chute conduisant directement à un coffre-fort.

[1]HOUDE : Vous rappelez-vous des événements du 12 mars 1966 à la Banque?

DUPONT : Le 12 mars, dans l’après-midi, je me suis adonné à aller au bureau, il était environ 15h00 et puis je parlais avec l’assistant de différentes choses et puis un client de l’Hôtel LaSalle, Monsieur Langlois, nous a prévenu qu’il avait fait un dépôt et puis que l’enveloppe qu’il avait jeté dans la boîte, n’avait pas fait le bruit habituel.

HOUDE : Où est-ce qu’il avait fait ce dépôt-là?

DUPONT : Dans la boîte de sûreté à côté de la boîte aux lettres.

HOUDE : C’est un guichet à l’extérieur ça?

DUPONT : Exactement.

HOUDE : Est-ce que la banque avait ouvert ses portes ce matin-là?

DUPONT : Non.

HOUDE : La banque était fermée?

DUPONT : La banque était fermée.

HOUDE : Et puis, ils sont faits de quelle façon ces dépôts-là?

DUPONT : Dans un coffret de dépôt de nuit qui peut être ouvert avec une clef, pour ces guichets là de nuit, on fourni une clef et de l’autre côté, il y a une boîte à lettre, une chute et puis les clients jettent…

HOUDE : Qu’est-ce qu’ils mettent dans ça?

DUPONT : Des chèques et de l’argent.

HOUDE : Des livres de banque aussi?

DUPONT : Oui.

HOUDE : Monsieur Langlois vous a dit quoi?

DUPONT : Il a dit : « c’est curieux, c’est comique, habituellement on entend l’enveloppe tomber ».

HOUDE : Maintenant, quand on glisse un dépôt dans le guichet ou la chute, si vous voulez, dans quoi le dépôt se trouve-t-il à tomber?

DUPONT : Dans un coffre-fort, dans la cave.

HOUDE : Est-ce que ça descend à partir du guichet jusqu’au coffre-fort?

DUPONT : Oui, il y a une chute de 180 degrés.

HOUDE : Dans une boîte, ça?

DUPONT : Dans un Safe.

HOUDE : Dans un coffre-fort?

DUPONT : Exactement.

HOUDE : Et puis là, quand on vous a dit ça, qu’est-ce que vous avez fait?

DUPONT : Là, je suis sorti avec l’assistant et puis après vérification, on a trouvé une trappe.

HOUDE : Où ça?

DUPONT : Dehors.

HOUDE : À l’extérieur?

DUPONT : Oui.

HOUDE : Là, qu’est-ce que vous avez vu?

DUPONT : Là, on a vu deux petits crochets dans le coin, dans chaque coin du guichet.

HOUDE : C’était pris [fixé] après quoi ça?

DUPONT : Une corde et puis deux petits crochets.

HOUDE : Oui, mais c’était pris après quoi, c’était accroché où?

DUPONT : Dans chaque coin de l’ouverture.

HOUDE : Avez-vous tiré là-dessus pour voir qu’est-ce que c’était?

DUPONT : On s’est aperçu que c’était une trappe.

HOUDE : Une trappe… un[e] espèce de sac, vous voulez dire?

DUPONT : Un[e] espèce de sac, oui.

HOUDE : Un sac de quoi?

DUPONT : En toile.

Quelqu’un s’était donc amusé à installer un sac à l’intérieur de la voûte du guichet et dans lequel s’accumuleraient les dépôts.  On vient aussi d’apprendre que les commerçants utilisaient une clé afin d’ouvrir la trappe.  C’est donc que l’installateur de ce système possédait une clé?

Malheureusement, cette question, qui ne fut jamais soulevée lors de cette enquête, restera sans réponse.

Restait à savoir combien de temps cet individu avait prévu y laisser son piège et aussi depuis quand il s’y trouvait.  De toute évidence, ce dernier n’avait pas prévu la vigilance de Monsieur Langlois en raison de cette absence de bruit au moment d’y jeter son dépôt.

Me Houde montra alors au témoin le sac en question, qu’il identifia clairement comme étant celui installé dans la voûte.  Le sac fut donc produit comme pièce à conviction (exhibit) P-1.

Après son arrestation du 13 mars 1966, Jacques Tourigny raconta aux policiers dans sa déposition être né le 12 décembre 1941, décrivant son occupation comme chômeur, résident au 290 rue Marcoux, Thetford Mines.  Il y avoua avoir fabriqué le sac et être le propriétaire d’une « carabine coupée modèle 22 ».  Malgré ces aveux, il plaida ensuite non coupable, ce qui nous amène donc à l’enquête préliminaire, qui devait désigner s’il y aura procès ou non.

Après avoir retiré le sac et ce qui le maintenait en place, Dupont racontait la suite :

DUPONT : Ensuite, je suis rentré dans le bureau et on a appelé la police, et puis là j’ai remis le même sac au sergent Paradis.

[…]

HOUDE : Maintenant, est-ce que le sac contenait quelque chose?

DUPONT : Pas quand on l’a retiré la première fois.

[…]

HOUDE : Là, qu’est-ce que vous avez décidé de faire?

DUPONT : Après constatations avec le Sergent Paradis, on a décidé de remettre le sac à l’extérieur à l’heure du souper.

HOUDE : À la place où il était?

DUPONT : Exactement.

[…]

HOUDE : Et c’est vers 18h00 ou 19h00 que vous l’avez replacé, tendu de nouveau?

DUPONT : Exactement.

HOUDE : De la même façon?

DUPONT : Nous l’avons replacé de la même façon, oui.

Décidément, pour pouvoir identifier l’auteur de cette installation et aussi pour tenter de l’attraper la main dans le sac (c’est le cas de le dire), il fallait replacer le tout, mais en trafiquant le piège de sorte que les dépôts suivants glisseraient convenablement jusqu’à la voûte de sûreté.

Puisque l’accusé assurait lui-même sa défense, le juge Baillargeon se tourna vers lui afin de lui demander s’il avait des questions pour le témoin.  Il n’en avait aucune.  Alors, Monsieur Dupont fut remercié.

La Couronne appela donc le témoin suivant, Léon Carbonneau, 22 ans, banquier de profession demeurant à Sainte-Marguerite, Comté de Dorchester.  Celui-ci corrobora les dires de Dupont, à savoir la manière dont avait été découvert le sac et l’appel logée à la police.

Encore une fois, Jacques Tourigny affirma n’avoir aucune question pour le témoin.  D’ailleurs, il n’en aura jamais pour tous les autres témoins qui allaient suivre.  Un avocat aurait-il pu changer les choses?  S’attaquer aux détails, par exemple?

Bien sûr, l’enquête préliminaire n’avait toujours pas prouvé le lien entre l’installation frauduleuse et l’accusé.

On appela alors à la barre Robert Lambert, 41 ans, photographe de profession, demeurant au 226 rue Notre-Dame Sud à Thetford Mines.

HOUDE : Vous connaissez la succursale de la banque de Montréal à Thetford Mines?

LAMBERT : Oui, monsieur.

HOUDE : L’avez-vous photographié dernièrement?

LAMBERT : Oui.

HOUDE : Je vous montre l’exhibit P-3, est-ce que vous reconnaissez la banque, ici là?

LAMBERT : Oui, monsieur.

HOUDE : Sur quel côté se trouve la banque sur cette photographie-là?

LAMBERT : Elle se trouve à droite.

HOUDE : Et au milieu, qu’est-ce que c’est ça?

LAMBERT : C’est la rue Sainte-Anne.

HOUDE : Au moment où vous avez photographié ça, où étiez-vous?

LAMBERT : De l’autre côté de la rue Notre-Dame, face à la rue Sainte-Anne.

Le témoin suivant fut Marcel Lefebvre, 32 ans, gérant au Marché Lisée, demeurant au 63 rue Maillot à Thetford Mines.  En l’interrogeant, Me Houde souhaitait démontrer que Lefebvre avait déposé de l’argent avant la découverte du sac et qu’elle n’a pas été retrouvée dans celui-ci, ni dans le coffre-fort.  Rappelons que c’est au cours de la journée du 12 mars 1966 que le stratagème fut découvert par Langlois, Dupont et Carbonneau.  Toutefois, Marcel Lefebvre aurait fait ses dépôts la veille, le 11 mars.  Depuis quand, donc, le voleur avait installé son dispositif?

HOUDE : Le 11 mars, avez-vous fait un dépôt vous?

LEFEBVRE : J’en ai fait deux, un vers 19h00 et puis un deuxième à part de ça vers 22h00.

[…]

HOUDE : Alors, qu’est-ce que vous avez déposé?

LEFEBVRE : Sur un des dépôts, je ne sais pas lequel est le premier ou le deuxième que j’ai fait, je ne l’ai pas noté, mais un des dépôts, il y a 10 X $10.00 et puis 2 X $20.00, ce qui fait $140.00 en argent, plus $1,188.59 en chèques, pour un total de $1,328.59.  Et sur l’autre bordereau, j’ai 47 X [$]10.00 et puis 26 X $20.00, qui fait $990.00 en argent et $926.35 en chèques, pour un total de $1,916.45.

[…]

HOUDE : Où avez-vous déposé cet argent-là?

LEFEBVRE : Dans le compartiment des enveloppes à l’extérieur de la banque, dans le compartiment des dépôts, là.

On appela ensuite le témoin Ghyslain Lisée, 44 ans, co-propriétaire des épiceries boucheries Marché Lisée, demeurant au 873, 11ème avenue à Thetford Mines.  Tout comme dans le cas de Lefebvre, Houde avait l’intention de démontrer la disparition d’un certain montant d’argent, aggravant par le fait même l’accusation sur les épaules de Tourigny.

HOUDE : Le 11 mars, avez-vous fait un dépôt?

LISÉE : Oui, vendredi soir le 11 mars entre 22h00 et 22h15.

HOUDE : Où ça?

LISÉE : À la banque.

[…]

HOUDE : Combien avez-vous fait de dépôts le 11 mars entre 22h00 et 22h15?

LISÉE : J’avais quatre dépôts.

HOUDE : Les avez-vous fait ensemble?

LISÉE : Un par un.

HOUDE : Tous ensembles?

LISÉE : Oui.

HOUDE : Maintenant, voulez-vous les énumérer, donnez-nous les montants d’argent?

LISÉE : J’en ai un ici de 34 X $10.00, 40 X $20.00, un billet de $100.00 pour un total de $1,240.00 et $724.46 en chèques, total $1,964.46.

[…]

HOUDE : Et le deuxième?

LISÉE : J’avais 12 X $20.00 et 1 X $50.00, total $290.00 et $608.85 en chèques pour un total de $898.85.

[…]

HOUDE : Le troisième maintenant?

LISÉE : 6 X $5.00 et 4 X $10.00, 10 X $20.00 total $270.00 en argent, chèques, $396.67.  Total du dépôt, $666.67.

HOUDE : Voulez-vous produire comme P-8.  Le quatrième?

LISÉE : 9 X $5.00, 9 X $10.00, 1 X $20.00, pas de chèques cette fois-ci, total $155.00.

[…]

HOUDE : Vous avez déposé ça dans …

LISÉE : Dans le compartiment qui était marqué « enveloppes ».

Le témoin suivant fut donc Jean-Paul Paradis, 53 ans, sergent détective municipal de Thetford Mines.  Cette fois, on ferait un premier rapprochement pour identifier l’accusé.

Paradis expliqua donc son arrivée sur les lieux, de même que sa raconte avec le gérant et l’assistant de ce dernier.  Il corrobora donc ce qui avait été dit jusqu’à maintenant, c’est-à-dire la décision de remettre le sac en place, et ensuite :

HOUDE : Qu’est-ce que vous avez fait?

PARADIS : Je suis allé à la maison voisine…

HOUDE : Voulez-vous regarder la photographie P-3 et nous dire si vous voyez la banque là?

PARADIS : (le témoin s’exécute) Oui.

HOUDE : Voulez-vous indiquer au dessus de la porte là par la lettre « B » la banque et le guichet pour dépôts par la lettre « G »?

PARADIS : (le témoin s’exécute)

HOUDE : Quand on regarde la porte ici là (le procureur indique) où se trouve le guichet par rapport à la porte?

PARADIS : Sur la rue Notre-Dame, à gauche de la porte.

HOUDE : Là, vous êtes parti pour surveiller à quel endroit?

PARADIS : Dans la maison voisine, chez Madame Sirois, sur l’avenue ici (le témoin indique).

HOUDE : À gauche de la photographie?

PARADIS : C’est ça.

HOUDE : Mettez donc la lettre « F » vis-à-vis la fenêtre où vous étiez placé pour faire la surveillance?

PARADIS : (le témoin s’exécute)

HOUDE : Vous avez été là de quelle heure à quelle heure?

PARADIS : Je suis entré là avant 18h00, avant que les magasins ferment pour les dépôts et je suis resté là jusqu’à minuit.

HOUDE : Dans l’intervalle, de 18h00 à 24h00 avez-vous vu Tourigny?

PARADIS : Oui.

HOUDE : Est-ce qu’il circulait ou s’il était immobile?

PARADIS : Non, il a passé à plusieurs reprises.

HOUDE : À pied ou en automobile?

PARADIS : En automobile.

HOUDE : Connaissiez-vous son automobile?

PARADIS : Oui, monsieur.

HOUDE : Quelle sorte d’automobile était-ce?

PARADIS : Une Chrysler 1947.

HOUDE : Vous connaissiez d’avance son véhicule?

PARADIS : Oui, oui.

Malheureusement, il ne sera jamais établi pourquoi le détective Paradis connaissait déjà Tourigny et son véhicule.  Parce qu’il avait déjà eu affaire à lui auparavant?  Parce que c’était une de ses connaissances?

HOUDE : Est-ce qu’il s’est approché de cet endroit-là de 18h00 à minuit?

PARADIS : Oui, à l’endroit où j’étais, j’étais dans la fenêtre et à l’endroit où j’étais, j’ai noté à la minute que ça passait pour aller et pour revenir.

HOUDE : Sur quelle rue circulait-il?

PARADIS : Sur la rue Notre-Dame à l’exception d’une fois que j’ai noté, sur la rue Sainte-Anne.  J’ai noté ici : 18h05, 18h35, 18h40, et à 18h40 là l’assistant gérant était près de la boîte, monsieur Carbonneau, et ici j’ai, sur la rue Notre-Dame, Monsieur Tourigny a passé et est revenu sur la rue Sainte-Anne.  Par la suite, les passages de Monsieur Tourigny sont reportés à 19h25, 19h30, 19h40, 20h10, 20h15, 20h20, 20h45, 20h55, 21h10, 22h45, 22h50, 23h15 et 23h25.

HOUDE : Vous avez compté combien de passages en comptant les deux sens?

[…]

PARADIS : Je crois que c’est 17 ou 18, il faudrait que je m’assurerais…

On appela alors Denis Dumas, 38 ans, sergent de police à Thetford Mines.  C’est lui qui avait relevé Paradis de son poste à minuit, dans la maison de Mme Sirois.

HOUDE : Alors, avez-vous surveillé la banque de Montréal, vous?

DUMAS : Oui, monsieur.

HOUDE : Dans la nuit du 12 au 13 mars?

DUMAS : Oui, monsieur.

[…]

HOUDE : Où étiez-vous pour faire cette surveillance?

DUMAS : J’étais dans le chassis/sic/ [fenêtre] ici (le témoin indique).

HOUDE : Le chassis marqué déjà par un « F »?

DUMAS : Oui, un « F ».

HOUDE : Est-ce que vous étiez dans l’obscurité?

DUMAS : Dans l’obscurité, oui.

HOUDE : Connaissiez-vous Jacques Tourigny d’avance?

DUMAS : Très bien.

HOUDE : Vous connaissiez son véhicule aussi?

DUMAS : Très bien.

Encore une fois, on ne saura jamais comment Le Sergent Dumas connaissait déjà l’accusé.

HOUDE : Savez-vous où il demeure, dans quelle partie qu’il demeurait?

DUMAS : Oui.

HOUDE : Dans quelle partie de la ville?

DUMAS : Saint Georges, sur la rue Marcoux.

HOUDE : Est-ce que c’est loin de la banque ça?

DUMAS : Oui.  Ah, je dirais deux milles [3,2 km] à peu près.

[…]

HOUDE : Maintenant, vous dites à 23h45 vous avez commencé à faire le guet?

DUMAS : La surveillance, oui.

HOUDE : Jusqu’à quelle heure?

DUMAS : Jusqu’à 4h45 – 4h50 du matin.

HOUDE : Vous étiez toujours seul?

DUMAS : Toujours seul, oui.

HOUDE : Avez-vous vu Tourigny dans cette période-là?

DUMAS : Oui, à trois ou quatre reprises.

HOUDE : Qu’est-ce qu’il faisait?

DUMAS : La première fois, à 2h29, il a passé sur la rue Notre-Dame en direction nord, dans son véhicule automobile, il était seul dans son véhicule…

HOUDE : Vous connaissiez son véhicule?

DUMAS : Très bien.

[…]

HOUDE : Il a passé combien de fois?

DUMAS : À 2h29 la première fois, et il est revenu à 2h55, et là il a repassé en direction du nord, toujours sur la rue Notre-Dame.  À 3h12, et je l’ai revu à 4h45 du matin.

HOUDE : Là, c’est là que vous l’avez arrêté cette fois-là?

DUMAS : Oui.

HOUDE : Là, est-ce qu’il commençait à faire clair, est-ce que vous voyiez bien?

[…]

DUMAS : C’était suffisamment éclairé et à sa dernière visite, à 4h45, il a passé très lentement avec son véhicule sur la rue Notre-Dame.

HOUDE : Est-ce que vous avez vu s’il regardait quelque chose?

DUMAS : Non, je ne peux pas dire s’il regardait… peut-être un peu à sa gauche et puis il a continué sa route en direction de Robertson et c’est là que je me suis levé et puis je me suis placé debout dans le châssis [fenêtre] et puis ce même véhicule est revenu après quelques instants seulement par la rue Sainte-Anne, par le bas de la rue.  […] et puis il a arrêté son véhicule tout près du châssis sur la rue Sainte-Anne…

[…]

HOUDE : Est-ce qu’il a stationné devant votre châssis?

DUMAS : Devant, oui.

HOUDE : Qu’est-ce que vous avez fait?

DUMAS : Là, il a éteindu/sic/ ses phares et fermé son moteur…

HOUDE : Il faisait encore noir?

DUMAS : Oui.

Si Tourigny avait eu un avocat, ce dernier aurait probablement remarqué ce détail, à savoir que Dumas prétendait d’abord qu’il faisait clair pour ensuite affirmer le contraire.  Certes, un détail qui n’aurait certainement pas pu empêcher le verdict final.

DUMAS : Il a éteindu/sic/ ses phares, il a fermé son moteur et puis il est débarqué très lentement pour se rendre de l’autre côté de la rue en traversant de biais au guichet de dépôts.

HOUDE : Est-ce que vous avez vu s’il avait quelque chose dans les mains?

DUMAS : Oui, quelque chose, un genre de broche si vous voulez.

HOUDE : Rendu au guichet, qu’est-ce qu’il a fait?

DUMAS : C’est là qu’il a ouvert le guichet et puis il s’est mis à fouiller dedans, alors moi j’ai couru à la porte d’en avant dans la maison de madame Sirois, j’ai ouvert la porte et j’ai avancé sur le cadre de la porte pour regarder en direction du guichet et je voyais Jacques Tourigny fouiller dans le guichet avec cette broche.

HOUDE : Vous le voyiez lui aussi?

DUMAS : Oui, oui.

HOUDE : Dans quoi travaillait-il?

DUMAS : Dans l’ouverture de ce coffret de dépôts, alors là je l’ai laissé faire quelque temps et à un moment donné il s’est tourné et je ne sais pas s’il m’a aperçu.  Enfin, il s’est sauvé en direction de la rue Sainte-Anne.

HOUDE : Dans son véhicule?

DUMAS : C’est ça et c’est à ce moment là que moi-même je suis sorti en courant…

HOUDE : A-t-il eu le temps de monter dans son véhicule?

DUMAS : Oui, lorsque je suis arrivé, il était assis au volant de son véhicule automobile alors je suis arrivé en courant…

HOUDE : Aviez-vous quelque chose dans les mains?

DUMAS : Oui, mon arme, mon revolver, pointé vers le pare-brise, là j’ai conturné/sic/ le véhicule toujours l’arme pointé/sic/ vers la vitre, j’ai ouvert la porte et je l’ai saisi par l’épaule pour le sortir en dehors du véhicule.

HOUDE : D’après vous, est-ce qu’il a eu le temps de sortir quelque chose du guichet?

DUMAS : Non, pas d’après moi.

HOUDE : Qu’est-ce que vous avez vu sur le siège de son véhicule?

DUMAS : Là, aussitôt que j’ai eu ouvert la porte pour le saisir et le sortir du véhicule, le char de patrouille est arrivé avec deux constables à l’intérieur.

HOUDE : Quels étaient leurs noms?

DUMAS : Le constable Jalbert et le constable Dusseault, là je l’ai légèrement fouillé et je l’ai remis aux constables et de là j’ai été dans son véhicule et c’est cette broche qu’il y avait sur le siège, une broche avec deux hameçons.

[…]

HOUDE : Maintenant, quand vous avez trouvé cette tige-là, à ce moment-là, le véhicule, où était-il?

DUMAS : À la même place où il l’avait laissé.

HOUDE : Vous ne l’aviez pas amené au poste encore?

DUMAS : Non.  Après ça, je suis retourné à l’intérieur de la bâtisse pour chercher mes effets.

HOUDE : Maintenant, avez-vous été voir dans le guichet pour voir ce qui s’est passé?

DUMAS : Oui justement, après avoir sorti de la maison quand j’ai été cherché mes effets, je suis allé au guichet et j’ai vérifié ce qu’il y avait, il était supposé y avoir un sac retenu avec des crochets, alors j’avais ordre d’aller chercher ce sac-là.

HOUDE : À ce moment-là, ce n’était plus vous qui s’occupiez du prisonnier?

DUMAS : Non, je l’avais remis aux deux constables.

HOUDE : Est-ce que vous reconnaissez ce sac que je vous montre?

DUMAS : Oui très bien, c’est moi qui l’a sorti du guichet avec difficulté.

HOUDE : Est-ce que c’est vous qui avez fouillé l’automobile?

DUMAS : En partie, oui.

HOUDE : Ce n’est pas plutôt monsieur Roy?

DUMAS : Oui, monsieur Roy et monsieur Laplante.

HOUDE : Sa personne, est-ce que c’est vous qui l’avez fouillé?

DUMAS : Non, quand je suis revenu au poste, c’est moi qui a conduit le véhicule au poste et par la suite, ce sont les constables qui l’ont fouillé.

HOUDE : Très bien, monsieur.

Le constable Réal Jalbert, 32 ans, s’approcha lentement à la barre et Houde lui demanda où il se trouvait au moment où Tourigny revint sur les lieux pour récupérer son sac.

HOUDE : Où étiez-vous?

JALBERT : On patrouillais/sic/ comme à l’ordinaire.

HOUDE : Est-ce que vous surveilliez la Banque de Montréal?

JALBERT : Spécialement, oui.

HOUDE : Quand vous êtes arrivé sur les lieux, qu’est-ce qui se passait?

JALBERT : J’ai vu le sergent Dumas qui avait son revolver et Jacques Tourigny était entre lui et son véhicule stationné sur la rue Sainte-Anne.

HOUDE : Avec qui étiez-vous?

JALBERT : Le constable Dusseault.

[…]

C’est seulement au poste de police que Jalbert fouilla Tourigny et trouva ainsi sur lui « différents papiers et aussi un couteau avec une lame à ressort »[2].  On appela ensuite le constable Rémi Dusseault, 29 ans, qui vint affirmer avoir lui aussi fouillé le prévenu avec Jalbert, confirmant la présence du couteau trouvé sur Tourigny.

Le constable Denis Roy, 37 ans, vint expliquer à la barre avoir fouillé le véhicule de Tourigny au poste de police et y avoir trouvé « en arrière du coffre à gants, entre la chaufferette et le coffre à gants, j’ai trouvé un morceau de linge »[3] dans lequel se cachaient la somme de 2,990.00$ en liquide.  Dans le coffre à gants, il dénicha une boîte de cartouches de calibre .22 et sous le siège du conducteur « j’ai trouvé un[e] arme à feu »[4].  Il s’agissait d’une carabine au canon tronçonné.  Décidément, rien pour aider la cause de l’accusé.

Le dernier témoin à comparaître fut le constable Marius Laplante, 40 ans, qui corrobora la présence de l’arme.  On rappela ensuite Denis Dumas pour confirmer les liasses et le montant d’argent retrouvé dans le véhicule.

Finalement, le juge Baillargeon conclura en disant à l’accusé : « Vous êtes renvoyé à subir votre procès sur les accusations telles que portées au prochain terme des Assises criminelles à être déterminé par le Procureur Général de la Province de Québec »[5].

Le 16 février 1967, le juge Geo. René Fournier accorda le transfert de la cause de Tourigny dans le district d’Arthabaska.

En mars, ce fut le procès, présidé par le juge J. Robert Beaudoin.  Après avoir délibéré durant seulement dix minutes, les jurés revinrent pour rendre un verdict de culpabilité.  La sentence, prononcée le 16 mars 1967, « condamne l’accusé à cinq ans de pénitencier sur la première accusation à savoir celle de vol avec effraction, et à un an sur la deuxième accusation à savoir celle de possession illégale … ».

On sait que Tourigny se retrouva au pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul à Laval car c’est de cet endroit, quelques mois plus tard, qu’il écrivit au greffier pour raconter ne pas se souvenir de son enquête préliminaire ni du procès.

Bibliographie :

–       1967 – no. 12553, 12554, 12652 (Sa Majesté contre Jacques Tourigny, cause 6960); cote TP9, S11, SS1, SSS2; contenant 1999-05-001/208.


[1] Pour rendre la lecture plus harmonieuse, la ponctuation, de même que certaines erreurs du sténographe ont été améliorées ou corrigées.

[2] Selon les transcriptions de l’enquête préliminaire de 1966.

[3] Ibid.

[4] Ibid.

[5] Ibid.

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