Le décès controversé de Billy the Kid

Le 6 juillet 1950, William H. « Brushy Bill » Roberts posait, à Fort Sumner, N.-M., devant ce qui devait être sa tombe depuis 1881.

Le 20 juillet 1881, le New York Times publiait un article rapporté de Las Vegas, Nouveau-Mexique, expliquant que « le jury du coroner sur le corps de « Billy the Kid » a rendu un verdict d’homicide justifiable, en plus d’affirmer que Pat Garrett a obtenu les mercis de toute la communauté pour avoir débarrassé le pays de tous les desperados.  Le « Kid » était un jeune imberbe de 21 ans et était né à New York.  Sa vantardise était qu’il a tué un homme pour chaque année de son âge, ce qui était probablement vrai.  Le Shérif Garrett a reçu la récompense de 500$ du Territoire [du Nouveau-Mexique] et 200$ seront recueillis pour lui par les gens qui se réjouissent. »

À première vue, rien ne pourrait ébranler ce fait historique diffusé par l’un des plus grands quotidiens de la planète.  Et pourtant!  Il se trouve bien peu de vérité dans cet article.  Depuis, aucune preuve d’une quelconque enquête du coroner n’a survécue.  On sait aussi que le Kid n’est pas né à New York, pas plus qu’il ne se soit vanté du nombre de ses victimes, et que Garrett n’a jamais touché la prime de 500$ par manque de preuve concernant l’identité de sa victime.

Le décès du jeune hors-la-loi reste aujourd’hui l’une des plus grandes controverses historiques américaines.  A-t-il été tué par le Shérif Pat Garrett au cours de la nuit du 14 au 15 juillet 1881 ou a-t-il plutôt succombé à une crise cardiaque le 27 décembre 1950 à l’âge de 90 ans?

L’Histoire peut-elle se tromper à ce point?

En fait, la question qui s’impose est sans doute de savoir qui a fait l’Histoire dans ce cas précis.  Par exemple, on sait qu’il a fallu beaucoup de temps pour que des auteurs sérieux s’y intéressent.  Les historiens ne seraient donc pas à blâmer, si ce n’est du fait qu’ils ont mis beaucoup de temps à se pencher sur l’affaire.  En raison de ce manque, on a donc eu droit à des livres qui étaient loin d’être académiques, comme celui de Garrett publié dès 1882.

En cavale

En décembre 1880, Pat Garrett, shérif du Comté de Lincoln, procéda à l’arrestation de Billy the Kid dans la région de Fort Sumner, là où ce dernier avait de nombreux amis.  Suite à un procès expéditif, qui n’a laissé pratiquement aucune trace dans les archives, on le condamna à être pendu le 13 mai dans le village de Lincoln pour le meurtre du Shérif Brady.  Or, le 28 avril, tandis que Garrett était absent pour acheter le bois destiné à la construction de la potence, le Kid s’évadait en un claquement de doigts, tuant les deux gardiens chargés de le surveiller.[1]

Ensuite, ce fut la cavale la plus totale et les rumeurs reprirent à son sujet.

Le berger Francisco « Frank » Lobato raconta plus tard que le Kid était venu le voir pour que ce dernier l’aide à se cacher dans son camp, ce qui corrobore parfaitement l’une des affirmations de Roberts.

Rendez-vous à Fort Sumner?

Garrett ne semblait pas croire que son fugitif ait été assez stupide pour retourner dans la région de Fort Sumner, expliquant que « c’était ma croyance que le Kid était resté dans le pays et se cachait dans la région de Fort Sumner », mais disant plus loin que « […] Ça semblait incroyable qu’il puisse encore traîner dans le Territoire [du Nouveau-Mexique] ».

Pour sa part, Roberts affirma avoir envoyé une note à Garrett pour l’inviter à venir régler ses comptes.

En juillet, Garrett décida d’y aller.  Qu’est-ce qui l’a soudainement persuadé?  La note que Roberts prétendait lui avoir envoyée?

En 1926, Walter N. Burns, un auteur à sensation, racontait dans son livre que George Graham, un ivrogne de White Oaks, aurait entendu Sam et Dan Dedrick tenir une conversation secrète.  Graham serait allé en informer John W. Poe, l’adjoint de Garrett, qui se trouvait alors à White Oaks pour lui dire que « Billy the Kid est à Fort Sumner! »

Est-ce Poe qui a informé Garrett?

Décidément, même ce détail reste à éclaircir.  D’un côté on a Garrett qui prétend être allé à Fort Sumner presque par instinct; puis on a Roberts qui prétend lui avoir envoyé une invitation; et finalement Poe qui parle d’un informateur.

Le beau-frère de Garrett

En 1880, Pat Garrett avait épousé Apolonaria Gutierrez, la sœur de Celsa Gutierrez.  Or, bien que le shérif ne mentionnait ni le nom de sa femme ni celui de sa belle-sœur, l’existence de Celsa réapparut dans le livre de Burns en 1926.  Et l’historien Frederick Nolan confirmait à nouveau son existence en 1998.

« Je connaissais Celsa et la femme de Pat, qui étaient les sœurs de Saval Gutierrez, bien avant que Pat arrive dans ce pays », affirmait Roberts en 1950.  « Celsa était l’une de mes amies de cœur quand j’étais à Fort Sumner.  […]  Elle voulait aller au Mexique avec moi, mais je ne voulais pas me marier avant que Garrett soit parti [mort?]. »

Si on en croit les propos de Roberts, c’est donc dire qu’au moment de sa cavale Billy était presque le beau-frère par alliance de l’homme chargé de le pourchasser.  Mais il n’était pas le premier à l’affirmer.  Un quart de siècle plus tôt, Burns écrivait clairement être au courant que Saval Gutierrez était le beau-frère de Garrett.

Il ne manquait donc qu’un mariage entre Billy et Celsa pour confirmer le tout.  Et dans cette dernière phrase de Roberts on comprend que le seul obstacle empêchant son mariage avec Celsa était justement la présence de Garrett.

Or, si les deux sœurs étaient toujours en communications à cette époque, est-il possible d’envisager que l’une ait informé la seconde?

C’est ce que prétendit Roberts en expliquant que Mme Garrett avait passé l’information par l’entremise de son frère Saval, chez qui le Kid se réfugiait fréquemment.

En approche de Fort Sumner

Finalement, Garrett se retrouva tout près du village de Fort Sumner au soir du 13 juillet 1881 en compagnie de ses deux adjoints, Thomas K. McKinney et John W. Poe, deux hommes qui ne connaissaient pas Billy the Kid, ni en personne ni sur photo.

Après un rendez-vous manqué avec un informateur, Garrett envoya Poe récolter des informations au cours de la journée du 14 juillet, mais sans succès.  Ce soir-là, donc, ils décidèrent d’entrer au village à travers un verger.  Garrett voulait tenter une dernière chance : interroger l’éleveur Pete Maxwell.

Dans son livre, publié plus de 30 ans plus tard, Poe affirmait plutôt que Garrett disait connaître une femme qui pourrait certainement les renseigner.  Il écrivait aussi qu’avec ses deux compagnons ils ont attendu dans le verger de 21h00 à 23h00 avant de pénétrer dans le village.

Là, observant des silhouettes à distance, alors que les voix sont à peine des murmures, dira Garrett, il reconnaît pourtant la silhouette du Kid.

Poe ne fit jamais mention de cette observation.

« Il faisait noir cette nuit-là », expliqua Roberts, « […] Moi, mon partenaire, Billy Barlow[2], et les filles nous sommes revenus au village et nous nous sommes arrêté chez Jesus Silva.  […]  La rumeur courait partout que Pat Garrett et une équipe étaient après moi.  La femme de Pat était la sœur de mon ami Saval Gutierrez, et Saval m’a dit que Pat était à mes trousses – il l’avait entendu de sa sœur.  […]  Nous avons caché nos chevaux dans l’étable et nous avons marché jusqu’à la porte de chez Jesus [Silva].  Barlow était nerveux d’être à Fort Sumner avec moi et je ne pouvais pas le blâmer beaucoup. »

De la viande, s’il vous plaît!

Selon Garrett, Billy s’était rendu chez un ami mexicain où il avait retiré son chapeau et ses bottes avant de s’allonger pour lire un journal, après quoi il aurait demandé à son ami de lui faire du café et de lui donner un couteau pour aller se trancher de la viande chez Maxwell.  Ensuite, « le Kid, sans chapeau et les pieds nus, est parti en direction de chez Maxwell, qui était à quelques pas de là ».

Burns, qui avait interrogé quelques personnes du coin avant de rédiger son livre, se permit de jouer sa carte de romancier en fournissant une description beaucoup plus détaillée, mais sans fondement, de ce qui s’était produit pour que le Kid prenne la décision de sortir imprudemment.

À ce moment-là, Garrett venait à peine d’entrer dans la chambre de Pete Maxwell, alors que ses deux adjoints montaient la garde dehors, près de la porte.

Roberts disait que son partenaire, Billy Barlow, avait bu et qu’il aurait insisté pour avoir de la viande.  Connaissant le danger, Billy the Kid aurait choisi de se contenter de ce qu’il y avait à l’intérieur.  Roberts affirmait donc que Silva avait informé Celsa que Garrett se trouvait dans les environs et que « vers minuit, les filles sont parties et j’ai commencé à le questionner à propos de Garrett ».

Mais Barlow n’en fit qu’à sa tête et sortit avec le couteau de boucherie à la main.  Il tenait absolument à manger de la viande.

Dans la chambre de Pete Maxwell

Pendant que Garrett s’approchait aveuglément du lit de Maxwell, Poe et McKinney, postés devant l’entrée, virent un jeune homme s’approcher d’eux et qu’ils crurent être le Kid.  Ce dernier, en les apercevant, aurait, toujours selon le livre de Garrett, dégainé un revolver en demandant en espagnol « quien es? » (qui est-ce?).

En principe, s’il s’agissait du Kid, c’est à ce moment qu’il aurait prit la fuite par prudence.  Au lieu de ça, la légende populaire, créée par Garrett, le fit entrer dans la chambre de Maxwell.  Garrett se trouvait alors à la tête du lit de Maxwell quand le Kid est entré.  Il faisait tellement noir que le shérif le reconnut seulement à sa voix, lorsqu’il répéta encore « quien es? ».  Garrett tira deux coups de feu, dont l’un toucha le jeune hors-la-loi en plein cœur.  Selon cette version, celle du shérif du comté de Lincoln, le corps s’est donc effondré définitivement à l’intérieur de la chambre.

Y a-t-il eu fusillade?

Qu’on s’entende ou non sur l’identité de la victime, c’est une chose.  Mais de Garrett à Burns, en passant par Poe et tous les autres auteurs qui s’en remettent à la version dite « officielle », comme celle de l’article du New York Times qui apparaît plus haut, tout le monde s’entend à propos de ces deux coups de feu.  Personne n’a jamais mentionné de fusillade.

Or, en 1950, Roberts vint bouleverser cette idée préconçue.  Après la sortie de Barlow, « j’ai regardé Jesus allumer un feu dans le poêle.  Je ne pensais plus à Barlow ou à quoi que ce soit d’autre, me reposant contre le mur de la cuisine.  Soudainement, il y a eu un coup de feu.  Je me suis redressé et me suis éloigné du mur.  Le coup provenait de chez Pete Maxwell.  J’ai sorti l’un de mes .44 et j’ai couru à travers la porte, essayant de voir dans le noir.  Deux autres coups de feu sont venus d’une ombre au côté de la maison de Maxwell.  Je n’ai pu trouver une cible sur laquelle tirer.  C’était trop sombre pour voir. »

Si on en croit Roberts, le premier coup de feu l’ayant sorti de sa léthargie fut celui décrit par Garrett pour abattre la sombre silhouette.  Mais Roberts mentionnait d’emblée deux autres tirs.  Est-ce donc dire que les trois hommes de loi ont menti ou alors est-ce l’erreur d’une mémoire vieille de 70 ans?

Roberts aurait effectivement pu se tromper sur le nombre de coups de feu, mais il alla encore plus loin.  Suivant son instinct, il fonça carrément sur la maison de Maxwell pour déclencher une fusillade, probablement pour tenter de sauver son partenaire.  D’ailleurs, un premier projectile l’atteignit à la mâchoire, mais il continua de courir tout en ripostant avec ses deux revolvers à mécanisme simple action[3].  En passant près de la maison, « du coin de l’œil, j’ai vu un corps gisant sur la galerie arrière.  Je savais que c’était Barlow. »

Ici, autre contradiction.  Selon Roberts, la victime ne s’était pas effondrée à l’intérieur de la chambre mais plutôt à l’extérieur, sur la « galerie arrière ».  La question qui peut alors se poser serait de savoir qu’est-ce Roberts avait à gagner en contredisant ainsi une légende bien établie depuis sept décennies?

Et la présence du corps à l’extérieur signifierait-elle l’implication de l’un des adjoints?  Après tout, McKinney aurait plus tard confié à l’un de ses proches être celui qui avait refroidi la victime cette nuit-là!

Le problème réside encore dans le fait que l’histoire ait été mal rapportée depuis le départ, car tous les historiens sérieux savent maintenant que les erreurs sont nombreuses dans le livre de Garrett.

Après juillet 1881, les rumeurs n’ont jamais cessé.  On a même procédé à des arrestations, croyant avoir à faire au Kid.  Mais ces rumeurs sont seulement à l’image d’un phénomène qui, semble-t-il, est vieux comme le monde.  On a, par exemple, douté de la mort de l’empereur Néron.  Plus récemment, on a vu le même phénomène avec Adolph Hitler, Elvis Presley et maintenant on semble parfois l’appliquer à Ben Laden.  Et quand verra-t-on une première affirmation concernant Michael Jackson?

On ne peut évidemment pas prendre ces quelques rumeurs au sérieux.  Faudra attendre 1950 avant que Roberts apporte des faits et des arguments plus solides.

La réponse de Garrett, une fois sortie de la chambre de Maxwell, est toute aussi étrange : « Je leur [mes adjoints] ai dit que je n’avais fait aucune bévue; que je connaissais trop bien la voix du Kid pour être dans l’erreur.  Le Kid leur était entièrement inconnu. »

Pourquoi parler de bévue?  Et pourquoi avoir choisi deux adjoints qui ne connaissaient pas l’homme recherché?  Garrett avait-il prévu quelque chose à l’avance ou alors rien ne fut prémédité?

Le cadavre

Garrett prétendait être retourné dans la chambre pour vérifier le corps, se permettant même de jouer au médecin légiste en affirmant que « la balle l’a frappé juste sous le cœur, et a dû couper à travers les ventricules ».

Autre invraisemblance, celle où Garrett écrivait que Poe lui aurait demandé combien de coups de feu il venait de tirer.  Pourtant, Poe se trouvait sur la galerie, à quelques pas seulement du lit de Maxwell.  Certes, il n’avait aucunement besoin de demander au shérif combien de coups de feu avaient été tirés.

Une victime désarmée?

L’un des détails les plus controversé de cette nuit-là est de savoir si la victime était armée ou non.     Cela aurait pour effet, bien sûr, d’expliquer le ton justificateur du livre de Garrett.  Pourtant, il prétendait que l’arme était « un double action, calibre .41 ».  Selon lui, on y retrouvait cinq cartouches et une douille vide.  Rien ne prouve cependant la présence de cette arme.

Par exemple, si l’arme confisquée sur le Kid lors de son arrestation en décembre 1880 est bien répertoriée comme étant un simple action de calibre .44, avec numéro de série compris, on n’a rien dans ce cas-ci.

Concernant la douille vide, il faut aussi préciser que, pour éviter un tir accidentel résultant d’un choc quelconque, plusieurs hommes n’inséraient que cinq cartouches dans leurs six-coups, laissant ainsi le marteau de la détente vis-à-vis une douille vide.  De plus, on connaît également la préférence du Kid pour les revolvers simple action de calibre .44.  D’ailleurs, à ce titre, Roberts en possédait toujours un de ce même type en 1950.

Des funérailles bidons?

 

            Toujours selon Garrett, le corps fut nettoyé et enterré le 15 juillet 1881 dans le cimetière de Fort Sumner.  À travers le temps, toutefois, des témoignages vinrent s’accumuler à l’effet que les funérailles furent expéditives, sans la moindre cérémonie et surtout sans que le cercueil ne fut ouvert.  Un journaliste itinérant aurait même vu le corps avant qu’on l’enferme entre quatre planches, notant la forte pilosité du visage du défunt.  Or, quelques mois seulement auparavant, un autre journaliste avait rencontré Billy the Kid en prison et nota clairement qu’il avait l’air d’un enfant avec son duvet au visage.

Celsa Gutierrez

Vers le milieu des années 1920, Walter N. Burns rôda quelque peu au Nouveau-Mexique afin de récolter quelques informations et rencontrer des gens qui avaient connu les protagonistes de cette affaire.  Bien que son livre publié en 1926 reprenait en grande partie la légende créée par Garrett, il avait fourni un certain effort documentaire, ce qui lui permit de rendre public le nom de Celsa Gutierrez.  Officiellement, il fut le premier à le faire.  Le peu de considération historique qu’on porte à son œuvre fit en sorte qu’on rejeta longtemps l’existence même de la jeune femme.

Or, Roberts la nomma clairement comme étant sa petite amie de l’époque.  De plus, il évita plusieurs pièges tendus par le livre de Burns.  Et ces faits furent confirmés une dizaine d’années plus tard avec le livre de Ramon F. Adams.

Bien sûr, Garrett ne pouvait pas admettre que sa belle-sœur fréquentait le fugitif qu’il était chargé de ramener en justice.  Qu’aurait-on pensé de lui si ce fait avait été publiquement révélé?

La version de Roberts

Bien que dénigrée par la plupart des historiens américains, qui manquent souvent d’objectivité, la version de Brushy Bill Roberts donne une explication valable, bien qu’invérifiable, de ce qui aurait pu se produire cette nuit-là.  Après avoir été blessé à la mâchoire, comme on l’a vu, il prétendait avoir couru dans le noir pour s’éloigner de l’arrière de la maison de Maxwell.  Il reçut alors une deuxième blessure à l’épaule et une troisième qui ricocha au sommet de son front, ce qui lui fit perdre conscience en plus de le faire basculer par-dessus une petite clôture en bois.

À son réveil, désorienté, il marcha vers la première lumière qu’il repéra, une porte ouverte où une mexicaine se tenait avec une lampe.  Cette dernière, qui ne fut malheureusement jamais identifiée, l’accueillit et le prit en charge.  Roberts affirma avoir perdu conscience une nouvelle fois à l’intérieur de la maison.  Ensuite, cependant, la belle Celsa se retrouva auprès de lui.  Nerveux, le Kid lui aurait demandé de recharger ses armes, ce à quoi Celsa se mit à rire en expliquant que Garrett et ses deux adjoints se tairaient chez Maxwell en raison de l’hostilité des villageois.  N’oublions pas que la majorité des habitants du secteur de Fort Sumner étaient des amis du Kid.  De plus, Celsa lui expliqua que Garrett affirmait que le cadavre de Barlow était le sien.

Encore sous le choc et avec un bandage autour de la tête, c’est vers 3h00 de la nuit que le Kid, accompagné de Frank Lobato, se glissa en douce hors du village pour ne plus jamais y remettre les pieds, du moins pas avant juillet 1950, lorsque Roberts revint visiter les lieux avec son avocat William V. Morrison.  Les deux hommes effectuaient alors des recherches dans le but d’amasser des preuves historiques afin d’obtenir le pardon que le Gouverneur Lew Wallace avait promis à Billy the Kid en 1879.

Controverse historique

Évidemment, faire une sortie publique avec une affirmation aussi lourde de sens ne peut qu’attirer la controverse, comme ce fut le cas en 1950.  Bien sûr, ce n’est pas dans un aussi bref article qu’on pourra éclaircir tous les détails de cette affaire, car ils sont nombreux.  Mais retenons tout de même qu’en dépit de quelques trous de mémoires et de légères imperfections, Roberts a révélé des choses étonnantes qui souvent laissaient croire que seul un homme personnellement impliqué dans toutes ces affaires pouvaient savoir.  Or, le seul homme pouvant être impliqué à la fois dans toutes ces affaires était Billy the Kid lui-même.

Retenons également, en guise de conclusion, un phénomène important d’historisation concernant particulièrement les personnages célèbres du Far West.  Vers la fin du 19ème siècle, ces hommes étaient considérés comme des rustres boudés par les auteurs sérieux.  Les premiers à écrire sur eux étaient souvent des auteurs dont le seul but était la sensation et le nombre d’exemplaires vendus.  Dans le cas de Jesse James, par exemple, plus médiatisé que le Kid, un mystérieux auteur du nom de Frank Triplett a clairement agit en fonction de ces objectifs, avec un souci médiocre de l’Histoire.

Le problème, donc, c’est que la population a d’abord appris à assimiler ces histoires à la manière déformée de ces premiers auteurs souvent dépourvus de toute forme d’objectivité.

Par exemple, si on avait fait preuve d’un esprit ouvert lorsque Roberts s’est présenté devant le Gouverneur Mabry du Nouveau-Mexique le 29 novembre 1950 dans le but d’obtenir son pardon, on aurait peut-être pas conclu à un verdict en sa faveur, mais il y aurait au moins eu une certaine forme d’écoute.  Au lieu de ça, des descendants de Garrett et autres personnages, qui n’avaient pourtant aucune notion d’histoire, ont bombardé le vieil homme de questions idiotes, provoquant un harcèlement qui lui causa un premier malaise cardiaque.

Se sentant détruis par cette rencontre, Roberts rentra chez lui déçu et complètement démoralisé.  Il succomba à une violente crise cardiaque moins d’un mois plus tard, alors qu’il se rendait poster un paquet pour sa femme.

Bibliographie :

–          Adams, Ramon F.  A Fitting Death for Billy the Kid.  Norman, University of Oklahoma Press, 1960.

–          Burns, Walter Noble.  The Saga of Billy the Kid.  New York, Grosset & Dunlap, 1926.

–          Garrett, Patrick Floyd Jarvis.  The Authentic Life of Billy the Kid.  Santa Fe, New Mexican printing and publishing Co., 1882.  110 p.

–          Jameson, W.C.  The Return of the Outlaw Billy the Kid.  Plano, Republic of Texas Press, 1998.  256 p.

–          Sonnichsen, Charles L. et William V. Morrison.  Alias Billy the Kid.  Albuquerque, University of New Mexico, 1955.  136 p.

–          Nolan, Frederick.  The West of Billy the Kid.  Norman, University of Oklahoma Press, 1998.  350 p.


[1] Les spéculations furent nombreuses, mais personne ne savait exactement comment le Kid s’y était pris pour s’évader alors qu’il était menotté aux poignets et aux chevilles, en plus d’un verrou le reliant au plancher.  En moins de quelques secondes, il avait refroidi les deux gardiens lourdement armés et s’éloignait de Lincoln sur un cheval volé en sifflotant.  Pour mieux savoir ce qui s’était produit à l’intérieur, il fallut attendre les explications de Roberts en 1950.

[2] Roberts a expliqué à son avocat Morrison en d’autres occasions que Barlow était à moitié Mexicain et qu’il travaillait alors pour Pete Maxwell.  Auparavant, ils avaient apparemment travaillé ensemble près de Muleshoe, Texas.  Roberts ne pensait pas que Barlow était son vrai nom et qu’il était à peine plus jeune que lui et environ du même gabarit.  Roberts a aussi dit que Barlow buvait beaucoup et qu’il était ivre au soir du 14 juillet 1881.  Durant la rencontre qu’il a eue avec le Gouverneur Mabry, le 29 novembre 1950, Roberts a confié que Barlow était peut-être relié à la famille Clements du Texas, à laquelle était aussi apparenté le célèbre tueur John Wesley Hardin.

[3] Le mécanisme simple action implique une seule façon de faire la mise à feu sur un revolver, c’est-à-dire de tirer le marteau de l’arme à chaque coups avant d’appuyer sur la détente.  On ne pouvait donc pas tirer de façon semi-automatique en se servant uniquement de la détente.  Cette dernière façon de faire est venue avec l’invention du mécanisme double action, majoritairement répandu de nos jours sur les armes de poing.

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24 commentaires sur “Le décès controversé de Billy the Kid

  1. Bonjour! Je me suis toujours demandé pourquoi n’a-t-on jamais effectué de tests ADN.
    Je m’explique (pt que les sources que j’ai lu sont erronées) mais il me semble avoir lu quelque part qu’on savait où était enterré la mère de Billy. Si c’est le cas, pourquoi ne pas vérifié avec le corps que Pat Garrett à enterré et celui de Roberts?

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