L’Affaire Dupont: enquête criminelle ou historique?


L’enquête menée par le journaliste Pierre Marceau et diffusée lors de l’émission Enquête de Radio-Canada le 24 février dernier[1], relance une fois de plus le vieux mystère trifluvien sur l’Affaire Dupont.  Arrivera-t-on un jour à faire éclater toute la vérité?

En 1969, Louis-Georges Dupont a disparu pour être retrouvé mort dans sa voiture de service quelques jours plus tard.  En moins d’une heure, les enquêteurs de l’époque, dont Jean-Marie Hubert, concluent au suicide.  Facile de prétendre à une telle fin, d’autant plus que la lettre d’adieu retrouvée sur le tableau de bord aurait pu être signée sous la menace.

Or, les autres preuves sont beaucoup plus nombreuses en faveur de la thèse du meurtre.  Par exemple, aucune trace de sang dans la voiture, l’absence des lunettes et des cigarettes de la victime (Dupont était fumeur et myope), sans compter cette fameuse plaie d’entrée de projectile dans le dos.  Cette plaie, qui ne peut qu’être étudiée par les photos plus de 40 ans après le drame, a été l’objet de nombreuses controverses.  Pourtant, sans être un expert moi-même, il semble plutôt évident qu’il s’agisse ici d’une plaie d’entrée, ce qu’un photographe professionnel de Trois-Rivières, Robert Sauvageau, confirme.

Dans une affaire de 1972 sur laquelle j’enquête moi-même, on retrouve dans un rapport d’autopsie la mention de « collerette érosive rougeâtre » autour de plusieurs plaies d’entrée, une trace sphérique laissée autour du trou de la plaie au passage du projectile.  Cette érosion forme ensuite une certaine cavité conique vers l’intérieur du corps de la victime.  Malheureusement, dans l’affaire qui me concerne, je ne dispose d’aucune photo afin de les comparer à celle de l’Affaire Dupont, mais dans ce cas-ci les médecins légistes ayant pratiqué les autopsies n’ont jamais remis en question la trajectoire des projectiles.  Pour eux, il ne faisait aucun doute qu’il s’agissait de plaies d’entrée.  Évidemment, les mobiles étaient bien différents de ceux concernant l’Affaire Dupont, dans laquelle on soupçonne la corruption policière de l’époque et le crime organisé.

Alors pourquoi autant de brouillard dans l’Affaire Dupont?  Certainement parce que son attitude d’incorruptible dérangeait le milieu criminel trifluvien de l’époque, qui rapportait gros.  Il y a évidemment trop d’éléments étranges pour ne pas s’intéresser à l’affaire, dont la disparition de documents importants.  Et ce n’est pas terminé, car la ville de Trois-Rivières continue de faire la sourde oreille en refusant de remettre les négatifs des photos à la famille afin de permettre une étude plus poussée.

Par contre, le reportage de Pierre Marceau mentionnait que la Sûreté du Québec a de nouveau ouvert l’enquête et cette fois on parlerait de « suspect[s?] ».

Évidemment, puisque les principaux enquêteurs qui auraient été impliqués dans l’affaire (Hubert, Dallaire et Leclerc) sont décédés, la question est de savoir s’il s’agit maintenant d’une enquête criminelle ou historique.  Et que ce soient les enquêteurs policiers ou les historiens, tous travaillent pour le même but : la vérité.

Quoiqu’il en soit, on le doit bien à la famille, qui se bat depuis toutes ces décennies avec le peu de moyens dont ils disposent.

Pour plus d’informations, vous pouvez consulter le site dressé par la famille Dupont à l’adresse suivante ou alors dans la colonne des liens du blog Historiquement Logique sous la rubrique « Blogroll ».

Pour en savoir plus : http://affairedupont.8m.com/


[1] Pour voir le reportage : http://www.tou.tv/enquete/S04E16

Louis-Georges Dupont
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