Les géants: quand on veut se moquer de l’Histoire


Pour l’esprit rationnel, les invraisemblances mythologiques et religieuses sont nombreuses.  En fait, la mythologie n’a pas besoin de logique, nous dit Jean Bottéro[1], assyriologue et historien des religions.

Toutefois, il ne faudrait pas se laisser emporter par un sentiment personnel et aborder plutôt le sujet de la mythologie comme l’intangibilité des mentalités humaines qui nous ont précédées.

Une personne de la communauté musulmane a tenté de me faire avaler l’histoire selon laquelle il y avait eu des géants sur la Terre et qu’on en avait maintenant des preuves concrètes, voir archéologiques.  L’idée ne semble pas isolée puisque, bien sûr, le Coran atteste cette « vérité ».

Même si je devine chez certains d’entre vous l’esquisse d’un sourire devant une telle évocation, il faudrait garder à l’esprit que cette histoire circule toujours et qu’on tente de s’en servir pour corrompre les esprits naïfs.

À la question, ou plutôt à cette tentative de fausser l’histoire de l’humanité, je répondis par l’affirmative, en disant que « oui, effectivement, il y a déjà eu des géants sur Terre.  On leur a donné le nom de dinosaures ».

Comme de raison, ma réponse toute rationnelle ne fut guère appréciée.

D’abord, l’invention des géants n’est pas du Coran, dont la rédaction remonte au 7ème siècle de notre ère, car on les retrouve aussi dans la Bible.  Et oui!  Comme quoi les livres sacrés ne sont pas aussi inventifs que certains aimeraient le croire.  Tout comme dans le domaine culturel, on s’inspire majoritairement de ce qui nous a précédés.

Dans la Genèse, datant du 5ème siècle avant notre ère, on peut lire ceci au début du chapitre concernant le Déluge : « En ces jours, les géants étaient sur la terre et ils y étaient encore lorsque les fils de Dieu vinrent trouver des filles d’homme et eurent d’elles des enfants.  Ce sont les héros d’autrefois, ces hommes de renom » (GN 6, 4).

On les retrouve également à l’époque de Moïse : « Et ils se mirent à décrier devant les fils d’Israël le pays qu’ils avaient exploré : « Le pays que nous avons parcouru pour l’explorer, disaient-ils, est un pays qui dévore ses habitants et tous les gens que nous y avons vus étaient des hommes de grande taille.  Et nous y avons vu ces géants, les fils de Anaq, de la race des géants; nous nous voyions comme des sauterelles et c’est bien ainsi qu’eux-mêmes nous voyaient ». (NB 13, 32-33)

Et encore dans le Deutéronome : « Les Emites y habitaient auparavant, un peuple grand, nombreux et de haute taille comme les Anaqites; ils étaient considérés aussi comme des Refaïtes, à la manière des Anaqites, mais les Moabites les appelaient Emites » (DT 2, 10-11).

Précisons ici que le terme Refaïtes désignait l’ancienne population du pays de Canaan, ce qui correspond aujourd’hui à peu près à la Palestine.

Dans le livre Siracide on les mentionne en ces termes : « Il n’a pas pardonné aux antiques géants, qui s’étaient révoltés à cause de leur force » (SI 16, 7).

En hébreu le mot géant signifiait prince, ce qui pourrait bien nous amener à voir le mot comme un adjectif, en l’utilisant au deuxième degré donc.  Car là se situe souvent une bonne part du problème : nombre de fanatiques religieux ne voient que le premier degré.

La dernière mention biblique des géants apparaît dans le livre de Baruch : « C’est là que furent engendrés les fameux géants, ceux du commencement, de haute stature et versé dans l’art de la guerre.  Ce n’est pas eux que Dieu a choisis, ni à eux qu’il a indiqué le chemin de la science; et ils périrent, car ils n’avaient pas de discernement; ils périrent à cause de leur irréflexion » (BA 3, 26-28).

Si le terme symbolise réellement les princes, on comprend déjà mieux que ces versets pourraient peut-être les dénoncer pour leur arrogance, leur richesse et autres défauts étroitement liés aux puissants.  Or, un simple adjectif de la sorte aurait-il pu être seulement interprété au premier degré par Mahomet, plusieurs siècles plus tard?

D’un point de vu historique, on sait que chaque nouvelle religion n’est qu’une absorption ou une réinterprétation des précédentes.  Pour attirer à lui un plus grand nombre d’adeptes, Mahomet intégra certains éléments des deux groupes religieux les plus puissants de l’époque : les juifs et les chrétiens.  Et ainsi les géants ne sont qu’une idée parmi tant d’autres.

De plus, les amateurs de mythologie grecque auront déjà compris qu’on pourrait remonter plus loin dans le temps afin de retrouver les origines de ces fameux géants, où on les connaissait sous le nom de Titans, eux qui avaient précédés les Dieux de l’Olympe.  Ils furent cependant vaincus par Zeus et enchaînés dans les profondeurs de la Terre (prélude à l’enfer?).  Ainsi, des dieux venaient d’être déclassés par d’autres.  Évolution de l’homme égale évolution de la divinité.

Et on peut remonter encore plus loin, car l’idée circulait déjà en Mésopotamie.  En effet, la déesse Tiamat aurait engendré des géants.  « Les Mésopotamiens semblent avoir eu de la propension à construire de tels monstres, terrifiants et composites […] », explique Jean Bottéro[2].

Puisque c’est en Mésopotamie qu’on retrouve les plus anciens écrits de l’histoire humaine, impossible donc de savoir précisément jusqu’où pouvait remonter le mythe des géants dans la tradition orale.

Certains prétendent que dans le Coran on les désigne comme le peuple d’Aad.  Si Mahomet avait entendu parler d’eux selon le terme de géants, et nom par le mot hébreu qui désigne des princes, cela pourrait bien expliquer pourquoi il aurait reprit cette erreur, que ses fidèles amplifieraient avec le temps, jusqu’à aboutir à cette histoire récente de la prétendue découverte d’un squelette de géant.

Dans le monde réel, on connait l’histoire des Mycéniens, qui ont construis des forteresses vers 1600 ans avant notre ère.  « Ces gens avaient le goût du colossal, à coup sûr : les Grecs crurent voir l’œuvre de géants dans ces amoncellements de blocs de deux mètres de long et d’un mètre d’épaisseur qui s’élevaient jusqu’à vingt mètres », nous rappelle Gérald Messadié[3].  Or, si les constructions et les portes sont gigantesques, cela ne prouve évidemment pas qu’il y ait eu des géants.  Pour cela, il aurait fallu découvrir de la poterie ou autres objets d’usage quotidien à la démesure de ces soi-disant gigantesques personnages.

Or, il n’en fut rien.

Il ne faudrait donc pas prendre ses rêves pour des réalités, comme les mystiques en ont l’habitude.  Car celle-là, c’est une réalité : une trop grande proportion de gens veut croire en ce qui n’existe pas, au point où ils arrivent véritablement à se croire eux-mêmes.  Phénomène que pourrait peut-être expliquer la psychologie, mais ici n’est pas le but.  La croyance est une chose personnelle, alors il serait triste de la voir prendre l’Histoire pour une science naïve.

Voyons tout de même ces fameuses « preuves ».

Mon premier contact avec cette histoire fut une vidéo sur le site Youtube[4]; vidéo qui, faut le dire, est composée uniquement d’un défilement de photos.  En effet, on y voit le squelette d’un géant au sol déterré par de prétendus archéologues.

Seconde puce à l’oreille : la vidéo se termine par l’annonce « paranormal.biz ».  Non, mais laissez-moi rire!  J’ai nettement eu l’impression qu’on me prenait pour un imbécile, donc qu’on me manquait de respect.

En fait, la rumeur prend ses racines dans un poisson d’avril lancé en 2006 sur un blog Internet[5].

Voilà donc un exemple de polémique que peut entraîner un simple truquage photographique.  Comme on l’a vu en 2010 dans le scandale entourant la pétrolière BP suite au déversement de pétrole dans le golfe du Mexique, le fantastique logiciel Photoshop peut être utilisé à différentes fins, autant à de bonnes qu’à de mauvaises.  Le problème, c’est que le mysticisme de certains musulmans, aveuglés par leur foi, ont répliqués sur le blog ci-haut mentionné, transformant un banal poisson d’avril en véritable débat religieux.  Ironiquement, sur certains sites coraniques on retrouve d’autres interprètes qui alimentent ce mythe et pour y parvenir ils se servent aussi de citations bibliques.  Décidément, on se sert du livre sacré du voisin lorsque cela fait bien son affaire.

Plusieurs musulmans prétendent d’ailleurs que Stonehenge est l’œuvre des géants, tout comme les pyramides d’Égypte.

Et pour la pyramide de l’empire de Teotihuacan, en Amérique centrale?  On en fait quoi?

Laissons seulement le mot de la fin à Jean Bottéro : « Les mythes représentent une forme inférieure et naïve de l’explication : dans un domaine où l’on n’avait pas de moyens scientifiques et assurés d’enquête à propos des grands mystères du monde et de notre destin, renonçant (inconsciemment, ça va de soi) à atteindre le vrai, on recherchait seulement le vraisemblable, en recourant à l’imagination »[6].


[1] Jean Bottéro, Babylone et la Bible, 1994, p. 138.

[2] Jean Bottéro, Babylone et la Bible, 1994, p. 155.

[3] Gérald Messadié, Histoire générale de Dieu, …

[6] Bottéro, op. cit., p. 137.

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2 thoughts on “Les géants: quand on veut se moquer de l’Histoire

  1. Demandez aux genie civil de construire une pyramide avec les moyens de l époque et de construire des temples dans la roche avec des bloc de plus de 10 tonnes
    .quand aux mhytes ces justement une vérité dissimulé

    .vous avez oubliez les histoires de geant hindou chinois japoné kenia perouvien mexicain equateur amazonie.presque tout les pays on rencontré ces etres .cela est ancré dans leur croyance comme une religion.
    Donc d apres vous tous ces peuples sont des fabulateur de vieux contes.!!!
    Vos connaissance sur l existence de l homme doiventetre bien scolaire.

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  2. et oui, les œuvres sont la !!! les pyramides ….avez vous remarqué la symétrie quasi parfaite des statues ( géantes !) a coté des pyramides.

    et tout cela avec des outils rudimentaires !

    reproduisez donc ( avec les outils de l’époque ) les magnifiques vases ou même la directrice du muséum du Caire « ne peut expliquer comment il ont été fabriqué …

    et avant les dynasties y avait quoi ?

    des dieux !

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