Les Mésopotamiens nous disent: profitez donc de la vie!


Exemple d’écriture cunéiforme.

Il y a environ 5,000 ans, il semble qu’on avait déjà compris le fait qu’il fallait profiter de la vie.  Pourquoi alors avons-nous l’impression que les siècles et millénaires suivant ont fait régresser cette idée?

On le sait maintenant, l’écriture cunéiforme est la plus ancienne ayant été découverte à ce jour.  Elle nous provient de Mésopotamie et date du 2ème ou 3ème millénaire avant notre ère.  À cette époque, aucune religion monothéiste n’exerçait encore son contrôle sur quelque population que ce soit.  Pourtant, dans une légende connue sous le nom de l’Épopée de Gilgamesh, les mésopotamiens semblaient avoir compris l’essentiel de la vie humaine.  On peut donc y lire :

« Que vagabondes-tu ainsi, Gilgamesh?  La vie sans fin que tu recherches, tu ne la trouveras jamais!  Quand les dieux ont créé les hommes, ils leur ont assigné la mort, se réservant l’immortalité, à eux seuls!  Toi, plutôt, remplis-toi la panse; demeure en gaieté, jour et nuit; fais quotidiennement la fête; danse et amuse-toi, jour et nuit; accoutre-toi d’habits bien propres; lave-toi, baigne-toi; regarde tendrement ton petit qui te tient par la main, et fais le bonheur de ta femme serrée contre toi : car elle est l’unique perspective des hommes! »[1]

À cette époque, donc, on avait l’humilité d’admettre la mortalité de l’être humain, sans avoir l’arrogance ni la prétention de pouvoir être immortel comme les dieux.  Sans paradis, profitons de la vie!

Il semble d’ailleurs qu’en perdant la notion du paradis on s’éveille à celle où on doit profiter davantage de la vie, car ainsi on cesse d’attendre après quelque chose qui ne viendra jamais.  Combien de gens souffrent moralement en silence en espérant vainement qu’ils connaîtront quelque chose de mieux au paradis?  Pire encore, certains se font martyrs en croyant mériter par leur violence une place de choix dans un monde imaginaire.

Comme l’évolution humaine ne s’effectue pas toujours dans le sens le plus profitable ni le plus logique, l’Église chrétienne changea la donne plusieurs siècles plus tard en promettant par exemple une vie après la mort.  L’idée pourtant toute humaine des mésopotamiens n’était plus à la mode.  Pourtant, il semble, selon l’assyriologue Bottéro que l’Épopée de Gilgamesh ait directement influencé un passage de la Bible :

« Car les vivants savent qu’ils mourront; mais les morts ne savent rien du tout; pour eux, il n’y a plus de rétribution, puisque leur souvenir est oublié.  Leurs amours, leurs haines, leurs jalousies ont déjà péri; ils n’auront plus jamais de part à tout ce qui se fait sous le soleil.  Va, mange avec joie ton pain et bois de bon cœur ton vin, car déjà Dieu a agréé tes œuvres.  Que tes vêtements soient toujours blancs et que l’huile ne manque pas sur ta tête!  Goûte la vie avec la femme que tu aimes durant tous les jours de ta vaine existence, puisque Dieu te donne sous le soleil tous tes jours vains; car c’est là ta part dans la vie et dans le travail que tu fais sous le soleil.  Tout ce que ta main se trouve capable de faire, fais-le par tes propres forces; car il n’y a ni œuvre, ni bilan, ni savoir, ni sagesse dans le séjour des morts où tu t’en iras. » (Ecclésiaste 9, verset 5-10)

On dirait presque un authentique copier-coller.  Étonnant d’ailleurs de retrouver dans la Bible un passage qui semble aller à l’encontre de l’existence même d’un paradis.  Bref, laissez votre culpabilité de côté et profitez de la vie!


[1] Cité par Jean Bottéro, Babylone et la Bible, Hachette, 1994, p. 265-266.

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