Débat sur la laicité à St-Paulin


Cette année, un nouveau débat sur la laïcité s’est ouvert dans le village de St-Paulin, au Québec, là où la mairesse Brigitte Gagnon continue d’utiliser la prière lors des assemblées.  Or, Stéphane Fafard est l’un des villageois qui s’oppose farouchement à cette pratique.  Récemment, il s’est manifesté radicalement dans le quotidien Le Nouvelliste de Trois-Rivières suite à la lettre d’une lectrice à propos du surnaturel[1].

Le 28 juillet 2011, quelques personnes de la région réagissaient aux propos de Fafard dans la section « opinion » du quotidien Le Nouvelliste.

Lyse Maurais y rappelle l’idée que le corps humain est une « création complexe »[2].  Pourquoi n’appliquerait-on pas le même principe à l’intellect, c’est-à-dire au nombre incalculable de manières de voir les choses.  Il faudrait être aveugle pour ne pas le voir : il existe plus qu’une façon de penser à travers le monde.  En d’autres termes, tous ceux qui optent pour le « Bien » ne sont pas blancs comme neige (pour verser dans la facilité pensons aux ecclésiastes pédophiles), tout comme les mécréants ne sont pas tous sans valeurs humaines.  Vouloir nous faire avaler qu’il n’existe que deux choix, soit le Bien ou le Mal, serait verser dans le dogme, et aussi prétendre naïvement qu’il n’y a que deux types de personnalité sur le plan universel, ce qui équivaudrait alors à revenir à des concepts arriérés, tout comme le craignait Claude Rompré[3].

Quant à prétendre que le concept sphérique de la Terre arriva soudainement avec Galilée, comme l’affirme le couple Fernand et Guylaine Montplaisir, c’est bien mal connaître l’Histoire.  Il faudrait peut-être rappeler qu’Aristote en avait eu l’idée, de même que Platon.  Si les Montplaisir avancent que la Bible avait déjà mentionné la rondeur de notre planète, on voit bien maintenant que les auteurs inconnus du livre sacré ont pu s’inspirer des grecs.

N’oublions pas que l’histoire de l’humanité ne se résume pas uniquement à l’évolution technologique : le feu, la roue, les outils, et le iPod.  On a également connu une évolution des mentalités, et par conséquent des cultes.  Si les dieux furent d’abord féminins, puisque la vie tribale devait alors sa survie à la fécondité de la femme, on se dirigea progressivement vers un monothéisme totalitaire et politique.  Si le premier dieu unique (Ahura Mazda) fit son apparition au 6ème siècle avant notre ère, l’évolution se poursuivit et les religions absorbèrent certains concepts de leurs rivaux.  Voilà comment, par exemple, « la date de naissance de Mithra est ainsi devenue celle de Jésus et le jeune arbre que plantaient les mithraïstes pour célébrer le renouveau de la lumière après le solstice d’hiver est devenu le sapin de Noël, etc. »[4].

Le couple Montplaisir prétend faire de la science avec quelques passages bibliques, mais les musulmans, avec leur Coran, sont les champions à ce titre, allant jusqu’à prétendre corriger les « erreurs » de la Bible.  Mais comment affirmer corriger les erreurs d’un livre mythologique?  Ce serait alors refaire le remake de Batman en affirmant avoir corrigé les versions précédentes.  Il n’en resterait pas moins qu’il s’agirait d’un film de fiction.

Au sein de tout ce qu’on retrouve dans de tels livres sacrés, pas étonnant qu’il y ait tout de même un peu de vérité, mais les invraisemblances sont également nombreuses.  Car ni le Talmud, ni la Bible et ni le Coran ne sont des livres historiques.  Il serait donc vain et probablement haineux de se taper sur la gueule à grands coups de citations sacrées.

Ceci dit, il ne faudrait pas croire que les sciences sont sans tache pour autant.  De nos jours, Newton serait probablement l’un des patients du Doc Mailloux (à moins d’être son collègue de travail, tout dépends de l’opinion qu’on garde du controversé psychiatre) avec ses délires et son obsession pour l’alchimie.  On retrouve aussi des scientifiques sérieux qui cherchent la preuve de Dieu à travers des idées loufoques.  À cet égard, on pourrait dire que ceux-ci entament une recherche avec une idée préconçue, sans impartialité donc, à l’image de ces émissions télé qui fondent leur capitale sur l’idée préconçue, selon certains, que les fantômes existent.  Le génie frôle la folie, d’après ce qu’on dit!

Heureusement, bon nombre de scientifiques jouissent d’une conscience élargie et impartiale.  Car bien souvent les scientifiques cessent de parler quand ils ne savent pas, tandis que les religieux parlent avant même de savoir, comme le dit Gérald Messadié.  Il faut donc rester prudent.

La prière en publique n’est certes pas anarchique, comme la qualifiait Stéphane Fafard, mais peut-être bien exhibitionniste et prosélyte.  Dans son instinct grégaire, l’homme se rassure de voir que plusieurs de ses pairs pensent comme lui.  La loi du nombre a toujours pesé lourd dans la balance.  Au cœur du Centre Bell, les émotions vécues simultanément par des milliers de spectateurs a un effet décuplant.  Tout ce qui ne peut être catalogué, donc hors du groupe, est considéré comme bizarre, dépravé et hérétique.  Bref, on en revient encore à la peur de l’autre.

Évitons finalement de généraliser en classant les athées dans le même panier, car eux non plus ne forment pas un groupe homogène.  Si certains se montrent prétentieux de tout savoir, d’autres restent observateurs tout en essayant de développer une meilleure impartialité.  Car la tolérance provient surtout des États laïques.  Les théocraties actuelles nous montrent bien une fermeture aux mentalités étrangères.  Il suffit de penser, par exemple, aux pays islamiques fondamentaux où on exécute encore des femmes infidèles et des homosexuels.  Car on y tolère mal la différence.

Qui a ou n’a pas raison?  Ce n’est évidemment pas à moi de trancher.  Toutefois, devant ces diversités que l’homme se permet de remodeler constamment depuis qu’il s’est regroupé en civilisations, ce qui lui offrit du temps pour réfléchir, admettons qu’un seul culte ne conviendra jamais pour tout le monde.  Ce serait aller à l’encontre de la diversité, de la différence.

Dans ce cas, doit-on extirper les religions et leur menu fretin symbolique hors de nos institutions publiques?

La réponse me semble assez évidente.


[2] Le Nouvelliste, 28 juillet 2011, p. 9.

[3] Ibid., « il est de bon ton, aujourd’hui, de se proclamer athée.  C’est l’affirmation du « nous, on sait » par opposition au « pauvre arriéré ».  Pourtant, nous vivons dans un monde où on ne croit plus à rien tout en croyant à n’importe quoi en s’appuyant le plus sérieusement du monde sur des écrits ou déclarations de n’importe quel « guide » autoproclamé ou bien en interprétant la science à sa façon […] ».

[4] Gérald Messadié, Histoire Générale de Dieu, Robert Laffont, 1997, p. 584.

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2 thoughts on “Débat sur la laicité à St-Paulin

  1. bonjour, si la moitié du québec a cessé la pratique de la prière avant les séances publiques des municipalités en respect pour tous (religions et croyances) pourquoi que saint-paulin ferait exception? imaginer avant les spectacles du festivois précédé d’une prière! cela voudrait dire que juste les catholiques pourrait y aller?? la prière, peut importe la religion, n’a plus sa place en publique. à saint paulin, ce n’est pas une histoire de fermer l’église ou d’imposer l’athéiste à tout le monde, mais de prendre une minute de silence avant chaque séance publique pour que tous ceux présents(environ 8 à 10 par séance), peuvent prier ou penser à quoi bon leurs semblent. merci

    Stéphane fafard

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  2. M. Fafard, merci de votre commentaire.
    Je suis entièrement d’accord avec vous sur ce point. La prière en publique peut sans doute se comparer à une vieille habitude dont on doit se départir pour l’équité de tous, comme vous le dites. À un niveau moindre, évidemment, cette pratique me donne l’impression d’une mairie gouvernant main dans la main avec une divinité, ce qui se rapproche tout de même d’une certaine théocratie (bien minuscule cependant). Mme Gagnon devrait justement respecter ses électeurs et tous ses concitoyens, qui sont tous différents à leur façon. À ce titre, bien qu’elle ne soit pas parfaite, la laïcité demeure la mieux placée pour offrir socialement une impartialité.
    Merci de votre intérêt pour mon article et bonne journée.
    Eric Veillette

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