Le Massacre de Sand Creek, 2ème partie


John M. Chivington

À l’aube du 29 novembre 1864, le village de Black Kettle situé sur la petite rivière Sand Creek, à proximité du Fort Lyon, au Colorado, comptait un peu plus d’une centaine de tipis, ce qui représentait environ 500 individus; en plus d’une dizaine d’autres tipis abritant les quelque cinquante Arapahos du chef Left Hand.

Le village fut rapidement tiré de son paisible sommeil par l’approche de quelques centaines de soldats.  Calmement, les Cheyenne et les Arapahos se questionnèrent à propos de cette présence soudaine.  Ed Guerrier, John S. Smith et son fils Jack, ainsi que David Lauderback, qui campaient à proximité, marchèrent en direction des militaires afin d’en savoir davantage.  Pendant ce temps, Black Kettle demanda qu’on lui apporte le plus long pôle du village afin d’y fixer le drapeau américain qui lui avait été remis quatre ans plus tôt par le Commissaire aux Affaires Indiennes A. B. Greenwood et qui lui avait expliqué qu’en érigeant ce drapeau face à n’importe quelle troupe américaine le geste symboliserait la paix.

Les hommes qui encerclèrent si rapidement le campement de Black Kettle ce matin-là faisaient partie de la 1ère et 3ème Cavalerie du Colorado, donc des volontaires provenant de tous les milieux sociaux.  Ils avaient pour commandant le Colonel John M. Chivington.  On estime leur nombre entre 700 et 750.

En dépit du fait qu’il ne connaissait pas le projet de Chivington à l’endroit du campement de Sand Creek, le Général Curtis préparait de son côté une campagne contre les Indiens hostiles qu’il avait l’intention de cacher au public[1].

Certains officiers ayant travaillé au côté du Major Wynkoop quelques semaines plus tôt, tentèrent de s’interposer contre le projet de Chivington, mais sans succès.  Chivington se montra intransigeant et même violent envers ceux qui ne pensaient pas comme lui.

Plutôt que d’envoyer un quelconque avertissement, le Colonel Chivington déploya immédiatement ses troupes en formation de combat.  Certains guerriers Cheyennes se seraient précipités pour tenter de protéger leurs chevaux et le Lieutenant Luther Wilson se servit de ce prétexte pour ordonner à ses hommes d’ouvrir le feu.  Le massacre venait donc de commencer.

À ses hommes qui avancèrent à pied vers le village, Chivington aurait crié de ne faire aucun prisonnier.  Les Indiens, à qui on avait pourtant promis la paix, commencèrent à se disperser dans la confusion car les tirs provenaient de partout.  Selon George Bent, les femmes et les enfants criaient, tandis que les hommes tentaient de récupérer leurs armes dans les tipis.  Black Kettle restait quant à lui immobile devant son habitation faite de peaux de bison, brandissant son drapeau américain avec l’espoir de faire cesser cette violence gratuite.

John S. Smith, qui était pourtant vêtu comme un militaire américain, dut rebrousser chemin sous les balles avant même d’avoir pu atteindre les hommes de Chivington.

Le chef White Antelope, âgé d’environ 75 ans, marcha paisiblement au devant des oppresseurs.  Sans arme, le vieil homme s’immobilisa au bord de la rivière pour entamer son chant de la mort : « Rien ne vit longtemps, excepté la terre et les montagnes ».  Le malheureux fut aussitôt criblé de projectiles.  Les soldats, fous de rage et sans doute le crâne bourré de propagande raciste, le scalpèrent en plus de lui trancher les oreilles et le nez, sans oublier son scrotum, duquel l’un des barbares eut apparemment l’intention d’en faire une blague à tabac.

Les atrocités ne faisaient cependant que commencer.  Les hommes de Chivington tiraient sur ceux qui tentaient de fuir.  La charge fut donnée d’envahir les habitations, tuant sans relâche hommes, femmes et enfants.  Plusieurs blessés se traînèrent en direction de la rivière, laissant derrière eux des traces de sang dans le sable.

Left Hand, désireux de respecter sa parole de ne jamais se battre contre l’homme blanc, resta planté devant son tipi, immobile.  Certains croient qu’il fut tué mais son corps ne fut jamais retrouvé.

Une centaine de Cheyenne parvinrent à se réfugier derrière le lit sablonneux de la Sand Creek, ce qui leur offrit une barricade d’une hauteur variant de 6 à 10 pieds (1,82 à 2,43m).  Bien que peu nombreux, quelques-uns d’entre eux assurèrent une certaine riposte avec les armes qu’ils avaient pu emporter.

Black Kettle conserva sa position jusqu’à ce que les siens aient pris la fuite, mais sa femme, Medecine Woman Later, parvint à le convaincre qu’il était temps de partir.  Durant leur course, la pauvre fut terrassée par les balles et Black Kettle dût continuer seul pour se réfugier avec le petit groupe de résistance tapi derrière la barricade de sable.  Le froid jouait également contre eux.  En dépit de son âge et de son amour pour la paix, Black Kettle accepta de recharger les armes de ses jeunes combattants.

Au village, cependant, les soldats se laissèrent aller aux pires atrocités.  Les blessés furent achevés, torturés et mutilés.  Les hommes violèrent impunément des femmes et des enfants qui hurlaient de pitié.  Smith témoigna plus tard à l’effet que des hommes utilisèrent leurs couteaux pour éventrer les femmes, achever les enfants à coups de crosse jusqu’à ce que leur cervelle se répande au sol.

D’autres tranchèrent les parties intimes de femmes pour les exhiber au sommet d’un bâton.  Une fillette de 6 ans portant un drapeau blanc fut tuée de sang froid.  D’autres furent assassinés alors qu’ils se trouvaient dans les bras de leur mère.  Robert Bent témoigna avoir vu des hommes éventrer une indienne enceinte pour lui retirer son fœtus.  Et une vieille femme scalpée vivante aurait couru dans toutes les directions, la peau de son front retombant sur ses yeux.

Les témoignages en provenance des Cheyenne confirmèrent les atrocités.  Après avoir violé les femmes, les soldats les achevaient froidement.

Le Capitaine Silas S. Soule fut le seul à tenir tête à la folie de Chivington, ordonnant à ses soldats de ne pas tirer.  En fait, Soule positionna ses hommes entre les bourreaux et les Cheyennes qui tentaient de fuir, leur ordonnant de s’asseoir et d’attendre.  Deux semaines après le massacre, Soule écrivit sa peine au Major Wynkoop, lui décrivant entre autre une indienne qui avait préféré poignarder elle-même ses propres enfants avant de se suicider pour éviter le supplice.

Comme de raison, Chivington traita Soule de lâche et de déserteur.

Le Lieutenant Joseph A. Cramer écrivit pour sa part une lettre semblable à Wynkoop, qui collectionna les preuves contre le Colonel Chivington.

Chivington affirma plus tard avoir tué entre 400 et 600 Indiens à Sand Creek.  George Bent parla plutôt de 137 victimes (28 hommes et les autres étant des femmes et des enfants).  Il réajusta plus tard son bilan à 53 hommes et 110 femmes et enfants.  Ed Guerrier, le beau-frère de Bent, parla d’un total de 148 victimes, dont 60 étaient des hommes.  Chivington aurait quant à lui perdu seulement 10 hommes, en plus de 38 blessés.  En 1998, The New Encyclopedia of the American West estimait le nombre des victimes à 200 ou plus[2].

Par miracle, Black Kettle retrouva sa femme vivante parmi les décombres.  Ensemble, accompagnés des autres survivants, ils se réfugièrent au camp des Dog Soldiers.

À suivre…


[1] Thom Hatch, Black Kettle the Cheyenne Chief who sought peace but found war, 2004, p. 149.

[2] The New Encyclopedia of the American West, 1998, p. 1007.

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