Le Massacre de Sand Creek, 3ème partie


Le Major Edward « Ned » Wynkoop

Le Massacre de Sand Creek eut un impact tel que des vieux montagnards d’expérience comme Kit Carson et Jim Bridger le dénoncèrent publiquement, eux qui connaissaient les Indiens pour les avoir côtoyé pratiquement toute leur vie.

Sur les plaines, on assista à une alliance entre les Lakota, les Arapaho et les Cheyenne.  Durant quelques mois, la région se transforma en une véritable zone de guerre.  Le Fort de Julesburg fut attaqué et rasé par les flammes.

En décembre 1866 se déroula un autre massacre, mais cette fois les victimes furent environ 80 soldats.  Crazy Horse et sa bande massacrèrent carrément les troupes du Lieutenant Colonel William J. Fetterman à quelques pas seulement du Fort Kearny.  Il n’y eut aucun survivant.  Les soldats furent sauvagement mutilés en souvenir du Massacre de Sand Creek.

Comme si les atrocités commises à Sand Creek n’étaient pas suffisantes, les hommes de Chivington défilèrent dans les rues de Denver pour célébrer leur « victoire ».  Sous les acclamations, certains des volontaires n’hésitèrent même pas à brandir les parties humaines qu’ils avaient si sauvagement prélevées sur certaines de leurs victimes.

L’histoire ne dit pas comment le Major Ned Wynkoop réagit en apprenant la nouvelle, mais on sait cependant ce qu’il fit par la suite.  Contre toute attente, il parvint à entrer en contact avec Black Kettle et en dépit de tout ce qui venait de se produire leur amitié demeura intacte.  En décembre 1864, Wynkoop témoigna lors d’une commission d’enquête à Washington et il ne mâcha pas ses mots à l’endroit de Chivington.

Le 10 janvier 1865, la Maison des Représentants ordonna la mise sur pied d’un comité dont le but serait d’étudier la conduite du 3ème régiment des volontaires du Colorado.  Le Général Samuel Curtis tenta de contourner l’autorité du comité en appelant Chivington devant la cour martiale, mais sa stratégie s’avéra un échec puisque le service militaire de Chivington était expiré, c’est-à-dire qu’il était redevenu un simple civil.

Le Major Wynkoop fut restauré à son poste de commandant du Fort Lyon et on lui confia également la tâche de compiler un rapport d’enquête qui se révéla fort incriminant à l’endroit de Chivington.

Le comité entendit ses premiers témoignages officiels le 13 mars 1865.  Les paroles du Capitaine Silas S. Soule furent parmi les plus accablantes.  Chivington se défendit en affirmant ignorer que le village de Black Kettle était sous la protection du gouvernement et qu’il avait trouvé 19 scalps de blancs sur les lieux; ce dernier détail n’ayant jamais pu être confirmé.

Deux autres enquêtes furent conduite et on alla jusqu’à consulter le célèbre Kit Carson.  Bien entendu, aucun Indien ne siégea sur le comité ni ne fut entendu à titre de témoin expert.

Le 23 avril, le Capitaine Soule, qui travaillait également comme représentant de l’ordre à Denver, fut tué en pleine rue par un autre soldat du nom de Charles Squiers lors d’une intervention.  Une fois Soule au sol, Squiers prit la fuite dans le noir.

Soule était considéré comme un homme d’une grande intégrité et sa mort fit soudainement changer la vague de sympathie des gens de Denver, qui, jusque-là, avait penché en faveur de Chivington.  La mort de ce témoin important parut fort étrange.

Le 30 mai 1865, la commission ajourna ses travaux, incapable d’arriver à une conclusion ou de faire des recommandations.  Chivington soutint jusqu’à sa mort que Sand Creek avait été un combat loyal.

En juillet 1865, Squiers fut arrêté au Nouveau-Mexique par le Lieutenant James Cannon.  Le 14 juillet, Cannon était retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel dans des circonstances mystérieuses.  Peu après, Squiers s’évadait pour disparaître des livres d’histoire.  Une version décrit sa fuite vers la Californie.

Quatre ans après le Massacre de Sand Creek, Black Kettle se retrouva au cœur d’une autre attaque surprise, cette fois sur la rivière Washita.  Les troupes américaines étaient sous les ordres du célèbre George A. Custer.  Black Kettle et son épouse auraient été tués ensemble alors qu’ils fuyaient sur le dos du même cheval.

Le Massacre de Sand Creek eut raison de la carrière politique de John Evans, mais ce dernier créa son empire ferroviaire.  Au moment de son décès le 2 juillet 1897, il était un homme riche.

John Chivington alla s’installer en Californie, où il se présenta comme candidat républicain en 1883.  Lorsque son rival politique ramena sur le tapis le sujet de Sand Creek, il se vit dans l’obligation de se retirer de la course.  Il revint cependant à Denver pour y devenir shérif adjoint.  Il succomba à un cancer le 4 octobre 1894.

Dégoûté par la bêtise humaine, Ned Wynkoop retourna dans sa Pennsylvanie natale où il se lança en affaires.  En 1874, il retourna dans l’ouest afin de participer à la ruée vers l’or des Black Hills.  Il se retrouva ensuite directeur de pénitencier au Nouveau-Mexique.  Il s’éteignit d’une maladie de rein le 11 septembre 1891.

Le site du Massacre de Sand Creek fut autorisé à devenir lieu national historique par la loi 106-465 adoptée le 7 novembre 2000[1].

Lors de sa comparution devant la Commission Indienne à Washington, le 23 décembre 1864, Wynkoop avait dit ceci à propos de son ami Black Kettle :

Sa dignité et sa fière allure, combinées à sa sagacité et son intelligence, avaient cet effet moral qui le plaçait dans la position d’un potentat.  Toute la force de sa nature était concentrée dans la seule idée de savoir ce qui serait le mieux à faire pour son peuple; il connaissait la puissance de l’homme blanc, et il était conscient que de cela pourrait sortir la plupart des démons risquant de causer la chute de son peuple, et conséquemment la totalité de ses efforts furent dirigés en vu de se concilier avec les blancs, ainsi que ses plus hautes tentatives à préserver la paix et l’amitié entre sa race et leurs oppresseurs[2].

Bibliographie :

Hatch, Thom.  Black Kettle, the Cheyenne Chief who sought peace but found war.  Wiley, 2004, 308 p.

Lamar, Howard R, dir.  The New Encylopedia of the American West.  Yale University Press, 1998, 1324 p.

McCune, B.F. et Louis Hart.  « The fatal Fetterman Fight ».  Wild West Magazine, décembre 1997, vol. 10 no. 4, p. 36-42, 90.


[2] Traduction libre, EV., Hatch, op. cit., p. 263.

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