Mohammed et les débuts de l’islam

Comme le dit si bien Gérald Messadié, « l’islam fut la création d’un homme seul »[1].

Au début du 7ème siècle de notre ère, la péninsule arabique contenait une multitude de tribus polythéistes[2], mais aussi des juifs et des chrétiens.  Il semble que le contexte de l’époque répondait au « besoin de dieux neufs »[3], comme cela avait déjà été le cas par le passé.

            Pour être très bref, rappelons seulement qu’au 6ème siècle avant notre ère la réforme de Zarathoustra, en Perse, créa le premier monothéisme basé sur le dieu unique Ahoura Mazda.  Les juifs, libérés de Babylone par les Perses, s’en inspirèrent par la suite.  Dans le mazdéisme, l’ange Mithra inspira ensuite un autre mouvement qui se basait sur le soleil (Sol Invictus ou jour du soleil invaincu) et les mithraïstes inspirèrent à leur tour certains éléments du christianisme, comme par exemple la date de naissance du Christ[4] et les trois jours de sa résurrection, sans compter le fameux sapin de Noël.

À l’époque de Mohammed (ou Mahomet)[5], la région de la péninsule arabique était un important centre commercial et « les sacrifices d’enfants n’étaient pas rares »[6].  Les caravaniers se réunissaient à Yathrib (future Médine)[7] et à La Mecque.  Au milieu de ces nombreux échanges, il est clair que Mohammed entendit parler de la religion des juifs et des chrétiens.  Tout le monde est d’accord sur ce point.  En fait, « il ne s’en consacrait pas moins à la méditation, à une époque où un courant d’idées juives et chrétiennes se répandait parmi les tribus arabes et exaltait la croyance en un Dieu unique, et où des réformateurs religieux, les hanifs, condamnaient le culte des idoles »[8].

            De plus, « les islamisants admettent que des zoroastriens [réforme de Zoroastre ou Zarathoustra] avaient aussi droit de cité à La Mecque, et donc les mazdéistes aussi bien, et sans doute les pratiquants d’autres religions.  […]  Il y avait alors des traductions persanes, bulgares, phéniciennes, indiennes et autres des Évangiles.  Chaque centre chrétien avait assimilé des croyances locales, et plus il était éloigné de Rome et de Byzance, plus il en avait absorbé, divergeant parfois de l’enseignement des soixante-dix archevêchés, de Carthagène à Sébastopolis, jusqu’à l’hérésie.  C’est-à-dire que le christianisme était aussi fragile que florissant »[9].

D’un point de vu historique, on est donc en droit de se demander si Mohammed ne s’est pas inspiré de tout ce qui l’entourait pour créer son empire religieux.  « On peut toutefois admettre que Mahomet n’a jamais lu les livres saints des juifs et des chrétiens.  Ceci semblerait démontré entre autres choses par les inexactitudes qu’on relève dans ses récits et citations de la Bible »[10].

            L’année de sa naissance demeure imprécise.  Si Gaston Wiet la situe vers 570[11], Messadié reste plus prudent en la plaçant entre 567 et 579[12].

            « Dès 610, après sa première vision divine, Mohammed constitua une secte »[13] et le Coran trahirait plus tard l’influence de l’Ancien Testament puisqu’il absorba de nombreux prophètes tels qu’Adam, Moïse, Jésus, etc.[14]  Les emprunts sont donc clairs, puisque le Coran « se propose d’emblée comme une révélation directe sur un fond de mythes déjà connus, essentiellement tirés du judaïsme, comme celui du Jardin d’Éden, Gan’Eden, auquel il est fait dix fois référence.  […]  Le Déluge est également mentionné en conformité avec la Genèse, à cette différence près que l’arche de Noé est une felouque et que la montagne sur laquelle elle s’échoue se trouve à Diyarbékir, en Haut-Djéziré.  L’histoire de Sodome et Gomorrhe est évoquée telle quelle »[15].

On connaît évidemment l’opinion de la logique quant aux visions des prophètes, mais Mohammed affirma avoir reçut l’ange Gabriel (autre emprunt aux chrétiens) qui lui fit ses premières révélations.  Si Messadié n’ose pas se lancer dans l’explication psychiatrique, d’autres auteurs s’y laissent entraîner.

            « Nous ne savons rien de sa formation ni de son éducation.  […] Mais il est donc certain qu’il écouta beaucoup »[16], au point de se demander s’il n’avait pas mémorisé de nombreux passages de la Bible pour ensuite les transmettre à sa façon, puisque le Coran ne fut mis par écrit qu’un quart de siècle après sa mort, ce qui fait même douter de l’alphabétisation de Mohammed.

            En 613, Mohammed commença à prêcher au nom d’Allah, qu’il n’a d’ailleurs pas inventé puisqu’à cette époque « Allah existe déjà : il est le symétrique ou parèdre masculin d’El Uzza, l’une (et la plus importante) des trois grandes déesses que Mohammed cite dans le Coran : El Uzza, El Lât et Manât.  Les deux autres sont parfois désignés comme les « filles d’Allah ».  Ces déesses se partagent les dévotions de certains groupes de tribus.  Allah, al Ilâh, est un nom composite, formé de l’accadien Il et du cananéen El »[17].

Autrement dit, le personnage d’Allah provient directement du polythéisme qui est pourtant si farouchement dénoncé par le Coran.  On retrouve là une importante similitude avec la réforme que Zarathoustra avait réalisée chez les Perses au 6ème siècle avant notre ère, à savoir qu’il avait entendu « l’appel mystique; il s’isole dans le désert où vers sa trentième année, et dans une extase, il est investi par le Dieu unique, Ahura Mazda, qui le charge d’épurer les croyances »[18].

            La Kaa’ba, un immense cube noir contenant une pierre sacrée, où se donnent rendez-vous d’innombrables musulmans chaque année, semblait exister avant l’islam, car « dès avant Mohammed, les gens pieux sont tenus de faire un pèlerinage à La Mecque et de faire sept fois[19] le tour de la Kaa’ba »[20].

            L’influence du judaïsme et du christianisme est si présente que Messadié parle même de la « dépendance à l’égard de l’Ancien Testament […] »[21].  La force de Mohammed fut donc d’adapter un dieu unique à l’image de son peuple.  Toutefois, il ne semble pas avoir été le premier à vouloir renforcir le peuple arabe car « un effort d’unification des tribus avait été tenté au centre même de l’Arabie, vers la fin du 5ème siècle »[22].

            Le Prophète originaire de La Mecque ne réussit cependant pas à convaincre ses riches concitoyens d’adhérer à l’islam, c’est-à-dire la soumission à Allah.  À son époque, rien ne semblait facile puisque « tout était prétexte à désunion, tous les groupes se détestaient : les nomades méprisaient les sédentaires, qui le leur rendaient bien, et la même acrimonie dressait les uns contre les autres agriculteurs et négociants »[23].

Si en ce début de 7ème siècle la région contenait largement des juifs et des chrétiens, « en dix-neuf ans, entre la première vision divine qui annonce à Mohammed qu’il est investi d’une mission, en 610, et la prise de La Mecque en 629, c’est-à-dire au terme d’une double aventure mystique et militaire, une religion théoriquement issue en droite ligne du Pentateuque va s’affirmer comme intégralement différente et hostile aux deux autres religions du Livre [Bible] »[24].

            Orphelin dès l’âge de 6 ans, dit-on, Mohammed fut « un fils unique élevé par des vieillards, donc sensible et réfléchi »[25].  L’un de ses oncles, Abou Talib, voyageait pour le commerce, d’où le garçon apprit beaucoup de choses sur l’influence et la puissance des deux grandes religions monothéistes d’alors.  Il semble que son attirance pour le monothéisme s’explique aussi par le fait que « l’historien Tabarri rapporte que, sur le chemin de Bosra, Abou Talib et Mohammed se seraient arrêtés dans un ermitage où vivait un moine, Bahira ou Sergius, très versé dans la religion chrétienne […] »[26].  D’ailleurs, « la Route de la soie a suffisamment démontré que les idées voyagent aussi bien que les marchandises »[27].

            Messadié souligne brillamment deux éléments expliquant ce qu’il appelle la révolution de Mohammed, à savoir que lui et son oncle « souffrirent à la fois de l’arrogance des riches et du spectacle d’une injustice qui détruisait une société traditionnelle », sans compter que les « deux empires voisins connaissaient trop bien et la richesse et la désorganisation des populations de la péninsule [arabique].  Ces empires finiraient par céder à la tentation d’envahir l’Arabie »[28].

Pour faire simple, il se révolta à la fois contre l’inégalité des richesses et sentit le besoin de réunir les Arabes sous une seule motivation afin de se lancer dans une guerre préventive, donc haineuse.

            Pour expliquer ce dégoût à l’endroit des riches, Gaston Wiet racontait que « rien n’était plus solidement établi que la réputation d’opulence des commerçants mecquois.  Leur âpreté au gain avait excité les sarcasmes et l’ironie de leurs congénères agriculteurs, autres sédentaires, parmi lesquels il faut compter ceux qui exploitaient les florissantes palmerais des environs de Médine, principalement des Juifs »[29].

            Mohammed finit par épouser Khadidja, une riche veuve plus âgée que lui, ce qui eut pour avantage de le sécuriser financièrement et sans doute de lui offrir l’occasion de vaquer encore davantage à ses méditations.

            En 620, la jeune Aïcha fut promise en mariage à Mohammed alors qu’elle n’était âgée que de 6 ans.  Deux ans plus tard, celui-ci prit la fuite pour Médine, événement qui marqua l’hégire ou le début de l’ère musulmane.  Exilé, « il parvint à faire dans les villes voisines d’assez nombreux prosélytes, et souleva contre lui la persécution »[30].

            L’année suivante, Aïcha n’avait que 9 ans lorsqu’elle devint la troisième épouse de Mohammed.

            En 624, alors qu’il comptait de plus en plus d’adeptes, Mohammed déclencha la guerre sainte.

            La bataille d’Uhud se déroula le 23 mars 625[31].  La stratégie de combat ayant été élaborée par Mohammed lui-même, il fut cependant trahi par ses archers qui, pas tout à fait convaincus, ne respectèrent pas les consignes.  Ceux-ci choisirent plutôt de s’emparer du butin, entraînant ainsi une défaite qui faillit être fatale à l’islam.

            Mohammed créa d’ailleurs quelques passages à ce sujet dans son Coran[32].  C’est donc dire à quel point il réajustait son discours au fil des événements.  Il décrivit le comportement de ceux qui avaient désobéis, mais en précisant qu’Allah leur pardonnait.  Pas étonnant, car pour fortifier sa nouvelle religion il avait besoin de tous.  Autrement dit, il ne pouvait pas encore se permettre de les exclure ou de les condamner violemment.

            À la sourate 3, verset 157, il fut encore plus explicite : « Si vous êtes tués sur le sentier d’Allah ou si vous mourrez, c’est une absolution d’Allah, matriciel, meilleure que ce que d’autres amassent »[33].  Mohammed semblait avoir compris que les meilleurs hommes étaient ceux prêts à mourir pour la cause, leur promettant ainsi le paradis.  On n’apprendra rien à quiconque en disant qu’une certaine forme de l’Islam adore les martyrs.  D’un autre côté, il fallut des hommes, une population donc, prêts à accepter cette idée.  Et comme me faisait remarquer un ami à la blague : quand avons-nous vu pour la dernière fois lors d’un bulletin de nouvelles un Inuit suicidaire déguisé d’une ceinture d’explosifs?

Cette question légitime pourrait bien nous conduire vers une certaine mentalité associée à un peuple en particulier.  Mais évitons de nous égarer dans des thèses sociologiques qui risqueraient également de devenir xénophobes.

            En août 625, la tribu juive de Banû Nadhîr fut expulsée de Médine[34].  Deux ans plus tard, les Mekkois échouèrent devant Médine qui était alors protégé par un fossé[35].  La même année, on assista à l’ « extermination de la tribu juive médinoise des Banù Qurayza »[36], confirmant la haine historique envers le peuple juif, qui occupe encore aujourd’hui une part du problème qui persiste en Palestine.

            « L’hostilité contre les deux religions du Livre […] est essentielle à la compréhension du Dieu de l’islam; elle est également essentielle au jeune islam, parce qu’elle va lui permettre d’établir une identité distincte des chrétiens, déjà constitués en puissance politique, et des Juifs.  La première hostilité qui se manifeste est à l’égard des Juifs.  Elle s’exprime à deux reprises, la première lors du siège de Médine, où est enfermé Mohammed, par les armées de La Mecque : plusieurs centaines des Juifs de la ville furent amenés sur la place du marché, où l’on avait creusé des fosses; les partisans de Mohammed les y jetèrent après les avoir décapités.  […]  Cette discrimination religieuse est un fait alors relativement nouveau dans l’histoire des civilisations […] »[37].

            Une importante déchirure se produisit du vivant de Mohammed.  Au départ, les Juifs respectaient son idée puisqu’il reprenait les grandes lignes de l’Ancien Testament, mais ceux-ci déchantèrent en constatant les différences entre leur enseignement et la nouvelle Révélation de Mohammed.  La réaction juive fut alors de tourner Mohammed au ridicule.  « Celui-ci riposta en accusant les Israélites d’avoir falsifié leurs Écritures.  Certes l’idée religieuse domina ce conflit, mais il y a aussi un fait économique, s’assurer la possession des riches palmeraies; la prise de l’oasis de Khaibar est un des épisodes les plus sanglants de cette guerre d’extermination »[38].

            C’est aussi en 627 que survint « l’affaire du collier ».  Au retour d’une expédition militaire, Aïcha s’éloigna du camp pour chercher un collier qu’elle avait perdu en faisant ses ablutions.  À son retour, le convoi avait repris sa route sans même remarquer son absence.  Un homme la trouva par hasard et la ramena à Médine.  Les apparences jouèrent contre elle.  Un rival de Mohammed, jaloux de son autorité, profita de l’occasion pour accuser Aïcha d’adultère.  Le gendre de Mohammed, Ali, lui conseilla de répudier sa jeune épouse.  Affectée par le manque de confiance de son mari, Aïcha se retira chez ses parents[39].

            Finalement, Mohammed se dit « divinement informé » de l’innocence de son épouse, une conclusion qu’il immortalisera dans le Coran par la sourate 24.  Il s’en inspira pour créer la loi islamique évitant la calomnie, entre autres en expliquant que « ceux qui dénoncent des femmes vertueuses, sans produire quatre témoins, sont fouettés de quatre-vingt coups de fouet.  Leur témoignage sera à jamais irrecevable, les voilà, les dévoyés »[40].

Exiger quatre témoins avant de se prononcer sur un fait, voilà un exemple que devraient suivre les extrémistes contemporains qui ont l’accusation facile envers tout ce qui représente l’Occident.

            En 628, les mekkois s’opposèrent au pèlerinage de Muhammed à La Mecque.  Mais ce n’était que partie remise, car en mars 629 se déroula un pèlerinage mineur des musulmans à La Mecque puis les personnalités mekkoises se rallièrent à l’Islam.

            Quelques mois plus tard, en septembre 629, les musulmans connurent la défaite devant les Byzantins à Mu’ta.

            Le 11 janvier 630 marqua l’entrée de Mohammed à La Mecque, et ce fut alors la « destruction des idoles de la Ka’bat »[41] afin d’éliminer les croyances polythéistes.  À ce titre, le christianisme démontra la même haine du polythéisme quelques siècles plus tard en tentant de soumettre les Amérindiens; puis encore les chrétiens et les musulmans à l’endroit des Africains.

Un traité fut également signé avec les chrétiens de Nedjrân.  Mohammed avait donc obtenu ce qu’il désirait : la soumission des mekkois.

            À sa mort, le 11 juin 632[42], son tour de force aura été de transformer une société faite de multiples tribus en un État organisé.  Ceux qui osent encore dire que la religion n’a pas de lien avec la politique n’ont qu’à refaire leurs devoirs.

            Le corps de Mohammed, dit-on, fut enterré dans l’appartement même de son épouse préférée : Aïcha.  L’endroit devint lieu saint de l’islam.

Âgée de 18 ans, Aïcha n’eut pas le droit de se remarier.  Bien que sans enfant, elle reçut le titre de « mère des croyants ».

Ce que ce pan de l’histoire laissa en héritage demeure encore un sujet de controverse.  Et pour cause!

En 1962, la Nouvelle Encyclopédie du Monde écrivait que « le Coran étant à la fois le code religieux, politique, civil et pénal des croyants, et ce code étant en une immobilité relative, et pendant douze siècles elle n’accomplit guère de progrès intérieur »[43].

Quelques décennies plus tard, Gérald Messadié renchérissait en expliquant que « la Révélation ayant été faite, il ne peut rien se produire de nouveau dans le domaine de la connaissance.  La représentation musulmane du monde, ou Weltanschauung pour user du terme consacré, est absolument statique : il n’y a rien à apprendre, et c’est la raison pour laquelle, quelque trois siècles après la révolution industrielle, il n’existe toujours pas de science arabe, pas d’astrophysique, de cosmologie, d’astronomie, de physique, de chimie, de mathématique ou de biologie arabes (j’entends dans les pays arabes), en dépit d’une alphabétisation sans cesse en progrès […]  Il n’existe même pas d’histoire arabe au sens occidental […] »[44].

            Car « l’islam ne se réforme pas et il ne semble pas non plus près de disparaître.  […]  Chaque fois qu’il y a eu changement dans une société spécifiquement musulmane, il a été dans le sens d’un rigorisme accru.  […] La Révélation venue avec l’islam a créé un cadre qui devient plus rigide chaque fois qu’il s’estime menacé.  Or, ce cadre peut perdurer dix siècles de plus.  Telle est la raison pour laquelle la quasi-totalité des pays musulman qui veulent présenter au monde un visage « moderne » vit sous des régimes quasiment dictatoriaux, Syrie, Iran, Irak, Libye, Algérie, Soudan, Indonésie, ou bien sous des monarchies autoritaires, Jordanie, Maroc, Arabie Saoudite… »[45].

            Farida Fawzia Charfi, physicienne et professeur à l’université de Tunis est assez explicite sur ce point en disant que « les islamistes n’admettent que ce qui ne risque pas de remettre en cause les affirmations contenues dans les interprétations classiques des textes religieux »[46].  Elle ajoute même qu’on n’a pas à enseigner la théorie de l’évolution développée par Darwin car les intégristes « veulent gérer la société avec les idées du passé »[47].  Et Messadié de conclure de manière aussi tranchante en soulignant que « l’islam intégriste nous renvoie, en effet, un miroir cruel de ce que fut le savoir en Occident avant la Révolution française : très exactement un non-savoir »[48].

            Messadié fait aussi remarquer que l’islam finit par se refermer sur lui-même, si bien qu’au « 20ème siècle, le mot autrefois révéré de falsafah, philosophie, est devenu synonyme de « falsification » »[49].  Les musulmans exclurent aussi « tout ce que des non-musulmans pourraient écrire sur les livres sacrés […]  L’islam avait donc rompu une fois pour toutes avec l’Occident, et lui et le christianisme avaient ensemble rompu avec l’héritage gréco-latin »[50].

            De plus, « la tradition arabe, dont le rôle consisterait à compléter l’information que nous fournit ce livre sacré [Coran], est une des moins critiques et des moins sûres qui soient au monde »[51].

            Mentionnons également que l’islam connut ses propres schismes et revers, comme avec Mohammed Houssein Mansour el Hallâj (858-922), célèbre soûfis et poète qui, entre autres, écrivit : « J’ai médité sur les croyances en m’efforçant de les comprendre : Je les ai trouvées telles une base unique à multiples ramifications.  Ne va point exiger de quiconque qu’il adopte telle ou telle croyance; Cela empêcherait toute entente solide »[52].

Pour d’aussi intelligentes réflexions Hallâj fut cruellement mutilé puis crucifié pour ses idées, « son crime avait été de nier l’unicité de l’islam »[53].

En Occident, l’islam fait peur, le terrorisme ayant atteint des proportions qu’on aimerait bien voir s’estomper.  La tragédie du 11 septembre 2001, dont le 10ème anniversaire est souligné aujourd’hui, y est pour beaucoup dans cette peur collective, de même que l’incompréhension, si bien qu’aujourd’hui nombre de gens ne peuvent dissocier terrorisme d’islamisme, et vice versa.  Et les arguments sont nombreux pour appuyer cette logique.  « Beaucoup d’Occidentaux ne peuvent lire le Coran sans partager l’avis de Voltaire qui trouvait que « ce livre incroyable donnait le frisson à la saine raison » »[54].

En 1741, la tragédie de Voltaire Mahomet ou le fanatisme se jouait sur les planches pour la première fois et « dans laquelle il prête à Mahomet toute une série de crimes qui doivent fonder sa religion sur le mensonge.  Cette pièce à thèse est une attaque indirecte, dans l’esprit de son auteur, contre tout fanatisme religieux »[55].  C’est donc dire qu’il y a plus de deux siècles et demi on associait déjà le fanatisme à l’islam.  Peut-être ne sommes-nous pas si xénophobe après tout, si cette impression subsiste depuis si longtemps en Occident, d’autant plus que nous disposons maintenant d’arguments encore plus nombreux!

            Afin d’enrichir la grande bibliothèque d’Alexandrie, inaugurée le 16 octobre 2003, la France fit un don de 500,000 volumes aussi variés les uns que les autres, tandis que « l’Arabie Saoudite n’a offert à l’Égypte que des Corans! »[56].  Comble de l’étroitesse d’esprit, « les autorités égyptiennes, sous la pression des Frères musulmans, ont exigé que tout ce qu’elles considéraient comme pornographique fût retiré du don français […]  Si nous ne connaissons pas la liste des ouvrages censurés, on aimerait savoir si des titres comme le Mahomet ou l’intolérance de Voltaire ou le dernier roman de notre ministre de la Culture, La Mauvaise Vie, ont fait les frais de cette censure »[57].

            S’il n’est pas nouveau de voir le monde islamique accuser les occidentaux d’incompréhension, ces derniers pourraient-ils en faire autant?  Si l’un ne comprend pas le fanatisme de son voisin, le second ne semble pas bien saisir toutes les subtilités de la liberté de l’autre.

            De nos jours, on estime à un milliards le nombre de musulmans à la surface du globe.  Et comme le dit si bien Messadié, « une certaine idée de Dieu tient en otage plus d’un milliard d’être humains »[58].

            Quant à ceux qui croient en l’intégration harmonieuse des musulmans dans les États occidentaux, dont le Québec, Messadié les mets en garde en précisant que « ce qui compte pour un musulman n’est pas son appartenance à un État, mais à la nation arabe, et l’acceptation de lois étrangères à la loi musulmane (chari’ia) eût été pour lui comparable à une apostasie »[59].

            Bref, assisterons-nous éternellement à deux entités incapables de dialoguer?


[1] Gérald Messadié, Histoire générale de Dieu, Robert Laffont, 1997, p. 466.

[2] Croyance en plusieurs dieux.

[3] Messadié, op.cit.

[4] Au solstice d’hiver la progression du soleil cesse sur l’horizon durant trois jours et c’est le 25 décembre qu’elle reprend progressivement en direction de l’ouest, la durée du jour augmentant du même coup.  Les mithraïstes célébraient ce renouveau solaire en plantant un arbre.  Étant donné que le culte de Mithra était si populaire dans l’empire romain de l’époque, donc impossible à éradiquer complètement, le christianisme en absorba certains cultes, faisant ainsi du 25 décembre la date de naissance du Christ.

[5] Tout comme dans le cas de Jésus-Christ, certains remettent même en question l’existence historique de Mahomet : http://www.paperblog.fr/1200649/mahomet-serait-une-imposture-historique/

[6] Carl Grimberg, Histoire Universelle 4, au cœur du Moyen Âge, 1963, p. 22.

[7] Gaston Weit, Encyclopédie de la Pléiade, Histoire Universelle II, René Grousset et Émile G. L.onard, dir., Gallimard, 1957, p. 46 : « Yathrib, qui prendra le nom de Madinat el-Nébi, la « Ville du prophète », d’où le nom français de Médine ».

[8] Nouvelle Encylopédie du Monde, Leland, Paris, 1962, p. 3121-2123.

[9] Messadié, Histoire générale du Diable, Robert Laffont, 1993, p. 408-409.

[10] Grimberg, op. cit., p. 23.

[11] Wiet, op. cit., p. 44.

[12] Messadié, op. cit., p. 409.

[13] Messadié, Histoire général de Dieu, p. 489.

[14] Messadié : « Mohammed dira d’ailleurs qu’il n’a fait que renouer avec la tradition des ancêtres en restaurant la religion abrahamique », p. 466.

[15] Messadié, Histoire générale du Diable, p. 411-412.

[16] Ibid., p. 410.

[17] Messadié, Histoire générale de Dieu, p. 468.

[18] Ibid., p. 163.

[19] Voir l’article « La symbolique du chiffre 7 », Historiquement Logique : https://invraisemblances.wordpress.com/2010/09/04/la-symbolique-du-chiffre-7/

[20] Messadié, op. cit.

[21] Ibid.

[22] Wiet, op. cit., p. 41.

[23] Ibid.

[24] Messadié, Histoire générale de Dieu, p. 469.

[25] Ibid.

[26] Ibid.

[27] Ibid., p. 470.

[28] Ibid.

[29] Wiet, op. cit., p. 39.

[30] Nouvelle Encyclopédie du Monde, Leland, Paris, 1962, p. 3121-3123.

[31] André Chouraqui, Le Coran, Robert Laffont, 1990.

[32] Sourate 3, verset 152.

[33] Chouraqui, op. cit.

[34] Ibid., p. 1423.

[35] Ibid.

[36] Ibid.

[37] Messadié, Histoire générale de Dieu, p. 474-475.

[38] Wiet, op. cit., p. 48.

[39] Jacques Marseille, dir., Les grands événements de l’histoire des femmes, Larousse, 1993, p. p. 80-81.

[40] Sourate 24, verset 4.

[41] Chouraqui, op. cit., p. 1423.

[42] Wiet parle plutôt d’une mort survenue le 8 juin 632 et causée par une « pleurésie », op. cit., p. 50.  Quelques décennies après Weit, Gérald Messadié reste plus prudent en évitant de mentionner la cause exacte du décès de Mohammed.

[43] Nouvelle Encyclopédie du Monde, p. 3121-3123.

[44] Messadié, Histoire générale de Dieu, 1997, p. 477.

[45] Ibid., p. 486.

[46] Citée par Messadié, p. 487.

[47] Ibid.

[48] Ibid.

[49] Ibid., p. 482.

[50] Ibid.

[51] Grimberg, op. cit., p. 21.

[52] Cité par Messadié, Ibid., p. 485.

[53] Ibid.

[54] Grimberg, op. cit., p. 25.

[55] Nouvelle Encyclopédie du monde, p. 3533.

[56] Richard Lebeau, « La bibliothèque illustre renaît de ses cendres », Historia, novembre 2010, no 767, p. 41-46.

[57] Ibid.

[58] Messadié, Histoire générale de Dieu, p. 487.

[59] Ibid., p. 478.

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9 thoughts on “Mohammed et les débuts de l’islam

  1. description forte , recherchée et historique qui nous indique bien comment et sur quoi se base ces gens à allégence islamique. pour eux il n’y pas d’ouverture d’esprit borné par le coran appris à fond aux risques de coups physique et mental. et que dire de leur conduite inhumaine envers les femmes soumises et privées de toute émancipation.ne tentez pas de convaincre les autres à votre pensée religieuse déviante et laissez les autres favoriser l’humanisation des peuples en mettant de coté la religion mais plûtôt de promouvoir les vrais valeurs humaines….etc. etc.

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    1. Les autres ? Quels autres ? Peut être faut il arrêter d’opposer les uns aux autres ? Ou c’est alors ajouter de l’huile sur le feu et se plaindre ensuite.

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  2. votre texte traduit une profonde ignorance de la théologie musulmane ,et de la théologie en générale,dont découle plusieurs inexactitudes et un point de vue réducteur . je vous suggère de revoir vos raisonnements ,et les sources que vous citez ainsi que la sélectivité que vous opérer sur ces mêmes sources .pour appuyer vos propres conclusions,cela trahis votre malhonnêteté intellectuelle et remet en cause votre supposé intégrité morale, je vous conseil de faire des études plus approfondi avant de vous permettre de traiter un sujet doctoral armer d’une inculture évidente .

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  3. Je n’ai pas l’habitude de répondre aux commentaires qui conduisent vers des issues improbables mais je crois que la dernière intervention offre l’occasion d’apporter quelques précisions.

    Par définition, la théologie fait l’étude du divin, donc de la mythologie. Et il n’y a aucune logique dans le mythe, affirme l’assyriologue d’expérience Jean Bottéro. Et à ce compte-là, il n’est pas le seul à entretenir cette réflexion.

    Ensuite, on aura sans doute remarqué que le présent blogue est consacré à l’histoire et non à la théologie. L’histoire, à mon avis, se doit de démontrer toute impartialité, et en particulier en regard des croyances, qu’elles soient religieuses ou autres. Pour ce faire, l’histoire doit donc prendre un certain recul et se détacher de toute influence mystique. De plus, nombreux sont ceux qui voient la théologie comme une simple étude de la fiction. Et je suis de ceux-là!
    L’histoire se base sur des documents tangibles et un questionnement critique de certains faits, mais aussi d’événements que l’on veut faire croire comme étant des faits. Dans ce sens, il suffit de penser au roi Arthur qui, en réalité, comme l’a démontré Alban Gautier, n’est qu’un personnage de littérature sans fondement historique.

    Quant à mes raisonnements, je les assume entièrement, d’autant plus qu’en Occident cette compréhension est fort répandue dans les chaumières. Avant de vous attaquer à mon intégrité morale, M. Assekour, sachez également que mon approche se résume de manière identique face à toutes les religions. Par conséquent, je vous incite à la prudence avant d’interpréter mes propos dans un cadre trop obtus.

    Quant au sujet de l’inculture, me permettez-vous de vous souhaiter également une meilleure ouverture? Car ce serait là mettre des milliers d’occidentaux dans le même panier. La généralisation comporte ses dangers, mais, je vous l’accorde, on ne peut parfois l’éviter. L’inculture existe aussi envers la compréhension que font certaines personnes de la liberté d’expression, de la liberté d’esprit et de la liberté tout court.

    Finalement, loin de moi l’intention de jouer les prosélytes. Je suis pleinement conscient du besoin religieux à travers le monde, comme le démontre justement l’histoire sur l’échelle du temps. Je n’ai donc pas la prétention de changer quoi que ce soit. Car le besoin du mysticisme est là pour demeurer. Toutefois, pour ceux et celles qui peuvent se permettre une réflexion critique, permettons-leur de voir les deux côtés de cette médaille avant qu’ils puissent décider de la glisser à leur cou ou non.

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    1. Réponse, très mesurée.
      En effet il ne faut pas mélanger histoire et théologie.

      Cependant il ne faut pas également oublier que l’ histoire en tant que science humaine implique un exercice de la subjectivité, laissant transparaître une croyance propre, une éducation, des sentiments etc

      Ce que je critiquerai dans votre analyse c’est le fait que vous n’insistiez peut être pas suffisamment sur l’originalité du Coran et de l’islam, de l’accent mis sur la soumission à un dieu unique etc

      Mais cela n’est t’il pas lié à votre subjectivité, comme ma remarque à la mienne ?

      Enfin une dernière remarque, parler de « nation arabe » pour désigner les musulmans est un contre sens à mon avis.
      Un musulman est soumis à Dieu et non à une nation quelconque, un Indonésien dans l’islam ne doit pas faire allégeance aux arabes mais à Dieu.

      C’est peut être aussi oublier que les migrants du Maghreb ne sont pas arabes peut être ?
      La plupart des « musulmans » vivant dans des pays européens n’ont aucune intention d’appliquer la charia, faut arrêter ce fantasme.

      Chaque idéologie à sa part dans les troubles que nous connaissons actuellement. Le libéralisme n’est il pas plus dangereux et sournois que l’islamisme ?

      Mais bon je suis d’accord toutes les religions ne sont très probablement que des inventions humaines, et il faut respecter ces inventions pour respecter les hommes. Il est meilleur de dialoguer avec des « salafistes » (j’en connais) que des les prendre pour des imbéciles (ce qu’ils ne sont pas pour la plupart d’entre eux).

      Très bon article en tout cas, car vous apportez des arguments interessants qui permettent la contradiction, le débat, la réflexion.

      Bien cordialement,
      Que la paix soit sur vous -)
      Khaled

      ps : je ne suis ni « croyant » ni historien

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