Un musée ridiculisé

Intérieur de la vieille prison de Trois-Rivières (photo: E. Veillette)

Les organisateurs du musée de la Vieille prison de Trois-Rivières annonçaient ces jours-ci un projet selon lequel on transformera les lieux en asile de fous pour les soirées d’octobre 2011.  On y présentera un parcours de 45 minutes « inspiré du jeu vidéo Arkham Asylum », peut-on lire sur une page web consacrée au projet et sur laquelle il est d’ailleurs impossible de poster un commentaire.

Or, ce jeu vidéo est basé sur l’asile fictive du même nom qu’on retrouve dans le film The Dark Knight (Batman) de Christopher Nolan, et plus particulièrement sur le troublant personnage du Joker si brillamment interprété par le regretté Heath Ledger.  Donc, on s’inspire d’une fiction reconnue pour promouvoir un site historique.

Car les guides qui nous accueillent favorisent la mythologie et l’exagération.  En Mauricie, au pays fantastique de Brian Perro et des lutins de Pèllerin, assiste-t-on à un dérapage qui nous éloignerait tranquillement des faits historiques, de la rationalité donc?

Lors de ma visite des lieux, en avril dernier, le guide de la Vieille prison se faisait un plaisir d’impressionner avec quelques détails croustillants, comme celui d’un homme qui aurait été pendu pour le simple vol d’un cheval.  Toutefois, quand on essaie d’obtenir des précisions à propos de certaines dates, ça se gâte rapidement.  Pourtant, en Histoire, on a besoin de références pour appuyer des faits.  Or, il s’avère que personne ne fut jamais pendu à Trois-Rivières pour le vol d’un cheval.  Du moins, on ne peut le prouver ni avancer quelque preuve que ce soit.

Dans toute l’histoire de la vieille prison trifluvienne on compte 7 pendus et tous le furent pour meurtre.  Un amérindien du nom de Noël François fut le premier en 1825 et Ildège Blais le dernier en 1934.  De plus, la vieille prison est une ancienne scène de crime puisqu’au cours des années 1850, dans l’une des cellules, un détenu tua l’un de ses camarades à coups de hache.  Les archives nous permettent d’ailleurs d’éclaircir un peu mieux les circonstances de ce drame.

N’oublions pas que l’engouement pour la légende est aussi attribuable au public.  À la fin de cette même visite en avril tout ce qu’un couple trouva d’intelligent à demander au guide fut de savoir s’il y avait des fantômes dans le musée!  Décidément, on ne s’en sort pas!

Gardons alors notre esprit critique plutôt que de se laisser attirer par des maquillages ridicules plagiés sur les grands succès du cinéma.  Car lorsque la prison servait encore, avant 1986, personne n’avait envie de rire à l’intérieur de ses murs.

La question se pose : doit-on succomber au ridicule pour attirer plus de touristes dans les musées au détriment de la rigueur qu’imposent ces institutions qui servent normalement à transmettre l’histoire « véridique » d’une région?

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