La viande halal, c’est pas banal

Quoiqu’on en dise, le sujet est controversé.  Depuis la sortie publique du Parti Québécois, les médias jonglent tant bien que mal avec le dossier de la viande halal.  Personne n’ose remettre en question les accommodements raisonnables, et pourtant!  Nombreux sont ceux qui regrettent encore les reculs du peuple québécois face aux avancées de la mondialisation.

Au cours des derniers jours, la télévision nous renvoyait d’ailleurs les avis de soi-disant experts provenant du milieu de l’abattage ou de l’agro-alimentaire.  Belle preuve d’impartialité!

François Legault, le chef de la CAQ, a d’ailleurs rappelé qu’au Québec la présence de la viande halal devrait être une exception et non la norme.

L’aspect historique de la chose est souvent négligé, mais un regard sur le passé nous permet souvent de revenir dans un cadre plus rationnel.

C’est au 7ème siècle de notre ère, à l’époque de Mahomet, que remontent les premières recommandations halal, mot qui signifie « licite ».  On s’en doute, la pratique d’égorgement à froid des bêtes d’élevage se pratiquait bien avant, mais c’est au cours de ce siècle qu’une certaine partie du monde la classa soudainement sous le sceau du sacré.

Les armes à feu apparurent six ou sept siècle plus tard, et avec elles d’autres façons d’abattre le gibier.  Le rayon d’action de l’homme en territoire de chasse s’élargissait considérablement.  Voilà une invention qui remit en perspective l’utilisation singulière de la lame, qui ne s’applique généralement qu’aux animaux d’élevage.  En effet, pour abattre un gibier en liberté il faudrait une dextérité inouïe.  Parmi les peuples dit primitifs, comme les Amérindiens, on avait compris que pour une question de survie il fallait développer des armes à plus longue portée, comme l’arc par exemple.  Pas question pour eux de développer une croyance se rapprochant de celle imposée par Mahomet.  L’important était de ramener de la nourriture pour la famille.

On serait alors en droit de se demander si une pratique halal n’est pas plutôt attribuable à certaines mœurs plutôt qu’à certaines croyances, puisqu’elle ne pouvait s’appliquer qu’à une région du monde où l’homme pratiquait déjà l’élevage depuis des générations.

On imagine aussi à quel rythme aurait pu se développer l’Occident, en particulier l’Amérique, si les colons n’avaient pu se servir de leurs armes à feu pour chasser, sous prétexte que cela ne convenait pas à un quelconque rite religieux.

Et lorsqu’on veut défendre la tradition, il faudrait sans doute rappeler que chez les sikhs le port du kirpan remonte seulement vers la fin du 17ème siècle.  C’est également à cette époque que nombre de nos ancêtres commençaient le défrichement de la Nouvelle-France.  En suivant le délire logique de certaines croyances, faudrait-il permettre à nos enfants d’aller à l’école avec leur hache à la main sous prétexte que leurs ancêtres ont traditionnellement utilisés cet outil indispensable pour leur survie?

Il existe aussi différents débats sur la viande halal et les techniques d’abattage, mais laissons cet aspect aux scientifiques.  On peut cependant détecter plusieurs opportunistes ou pseudo scientifiques qui tentent parfois de nous faire avaler bien des concepts.  Et pour ceux qui prétendent que le halal est meilleur pour la santé, faudrait-il en déduire que tous les êtres humains ayant vécus avant le 7ème siècle souffraient d’une condition physique médiocre?  Ce n’est pourtant pas ce que démontrent les recherches archéologiques.

Et après le 7ème siècle?  A-t-on enrayé le cancer pour autant?

Cette semaine, plusieurs citoyens s’offusquaient d’une vidéo sur Youtube démontrant un chien ayant été abattu d’un coup de carabine.  On monte vite aux barricades lorsqu’il s’agit de cruauté animale, mais dès qu’on mentionne l’abattage, les voix s’éteignent bien rapidement.  Pourtant, si on se porte à la défense des animaux, ne faudrait-il pas le faire pour tous les mammifères?  Sommes-nous plus attachés à un chien ou un chat simplement parce que nous pouvons en posséder un dans notre salon?

L’être humain est-il hypocrite à ce point qu’il se défile devant les conditions d’un animal qu’il a jugé correct à sa propre consommation?  Et n’y a-t-il pas un autre motif caché derrière tout cela : celui de la peur de se prononcer en défaveur d’une religion envahissante?

Après tout, il est beaucoup plus facile, par exemple, de s’en prendre aux chasseurs de phoques qu’aux abattoirs halals.

L’Islam, qui condamnait les vieilles religions polythéistes, ne répète que de vieux rituels pratiqués par des croyances anciennes et tribales : le sacrifice animal.  Étonnement, Zarathustra, inventeur du dieu unique chez les Perse au 6ème siècle avant notre ère, a fondé sa réforme, du moins en partie, sur son dégoût face aux sacrifices de ce genre.  À son époque, ces rituels sanglants étaient trop nombreux.

Assistons-nous à un malheureux retour en arrière?

L’Histoire donne parfois l’impression d’être comme la mode, c’est-à-dire cyclique.  Certaines pratiques tendent à disparaître avant de revenir au goût du jour.

L’animal ne souffre pas, nous dit-on!?  Et bien, qui sommes-nous pour nous mettre à leur place?  Un condamné à la guillotine a-t-il récemment donné son avis sur le sujet?

Bien sûr, l’homme, cet indomptable preneur qui ramène toujours tout à lui-même, en a décidé ainsi, au point de se substituer à l’animal et de décider pour lui!

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