Wild Bill Hickok

Wild Bill à l’époque où il travaillait en tant qu’éclaireur. À noter la position particulière qu’il avait de porter ses revolvers, les crosses pointées vers l’avant. Et pourtant, on le disait imbattable sur le plan de la vitesse.

Le 27 mai prochain marquera le 175ème anniversaire de naissance de l’un des plus respectés représentants de l’ordre de toute l’histoire américaine du 19ème siècle.  Cet incorruptible au corps athlétique de 6 pieds et un pouce était aussi reconnu pour sa nonchalance et son intransigeance.  Il détestait la publicité et pourtant son nom s’est gravé à jamais au sommet de l’époque du Far West.

Né à Troy Grove, en Illinois, le 27 mai 1837, c’est de son père que James Butler Hickok aurait appris le respect de la justice.  Avant même la Guerre de Sécession, son père aurait contribué à la libération de plusieurs esclaves noirs par sa participation à un réseau clandestin.  Pour lui, la liberté n’avait pas de couleur de peau.

À 18 ans, après la mort de son paternel, James B. Hickok quitta son État natal pour l’Ouest.  Rapidement, on le retrouva à travailler comme camionneur sur les plaines, une région contrôlées en partie par de nombreuses tribus indiennes.  C’est d’ailleurs dans un campement de camionneurs, un soir, que Hickok aurait rencontré pour la première fois celui qui allait devenir son ami de toujours : William F. « Buffalo Bill » Cody.

Cody était son cadet de 9 ans.  Lorsqu’un grossier camionneur vint importuner le jeune Cody en raison de son jeune âge, Hickok prit sa défense en terrassant l’agresseur d’un solide coup de poing.

Quelques années plus tard, Hickok conduisait un chariot de marchandises lorsqu’il connut un combat contre un grizzly.  Il acheva l’animal à coups de revolver mais seulement après avoir été sérieusement blessé.  En guise de convalescence, son patron de la Wells, Fargo & Co l’envoya s’occuper de l’entretien de la station Rock Creek dans le Nebraska.  Il s’agissait d’un relais utilisé par les immigrants traversant le pays ainsi que par le service postal du Pony Express.

David McCanless venait à peine de vendre la station à la compagnie de transport Wells, Fargo & Co et lorsque celle-ci retarda les délais de paiement, il se mit en colère.  Or, le nouveau propriétaire, Horace Wellman, venait de s’installer dans les bâtiments avec sa jeune famille.  C’est contre lui que McCanless tourna sa fureur.

En juillet 1861, lorsque McCanless se présenta devant la demeure armé d’un fusil de chasse et de deux acolytes, eux aussi armés jusqu’aux dents, il se retrouva devant l’impassible Hickok.  Devant l’agressivité de l’ancien propriétaire et aussi un soi-disant geste de trop, Hickok dégaina et l’abattit sur place devant les yeux de la famille Wellman.  Sans hésiter, Hickok sortit par la porte de devant pour abattre les deux amis de McCanless.  Trois morts en quelques secondes.  L’événement marqua à ce point l’imaginaire que les récits s’amplifièrent rapidement, de même que le nombre des victimes.  Encore aujourd’hui, les historiens sérieux doivent faire un travail de démystification afin de ramener l’incident dans une meilleure contextualité.  Une fois les contes de fée écartés, il n’en reste pas moins que trois victimes en quelques secondes demeure un fait d’arme assez exceptionnel.

Dans les faits, Hickok se livra ensuite à des avocats en leur déclarant sèchement qu’il venait simplement de tuer trois hommes.  Peu après, il fut acquitté pour légitime défense.

Suite à l’incident de la Station de Rock Creek, qui fit de lui un homme célèbre, Hickok aurait participé d’une manière quelconque à la Guerre de Sécession, qui s’était déclenchée quelques mois plus tôt avec les premiers coups de canons tirés sur le Fort Sumter en Caroline du Sud.  En réalité, cette période de la guerre civile américaine possède encore ses secrets bien gardés pour les historiens désireux d’en apprendre davantage sur le héros de l’Ouest.  Certains ont prétendu qu’il avait agis à titre d’espion ou de tireur d’élite pour le compte de l’armée nordiste.  D’autres le placent même à la célèbre Bataille de Wilson’s Creek.  Quoiqu’il en soit, il semble en être revenu avec son célèbre surnom de Wild Bill.

Après la fin de la guerre, on le retrouve à Springfield, dans le Missouri, où il s’adonne au jeu.  C’est là, le 21 juillet 1865, qu’il tue Dave Tutt lors d’un duel.  On a longtemps prétendu que l’incident était le résultat d’un trio amoureux mais la découverte de documents d’archives dans les années 1990 démontre qu’il en fut tout autrement.  Dans un article antérieur d’Historiquement Logique on a d’ailleurs approfondi la question.

Tutt aurait usé de sa mesquinerie pour tenter de soutirer de l’argent à son adversaire de poker.  Dans la rue, selon les témoins, il aurait même tenté de dégainer le premier mais Wild Bill fut si rapide que les deux coups de feu ne produisirent qu’une seule détonation.  (pour plus de détails sur ce duel, consulter l’article Le premier duel de Wild Bill Hickok)

Encore une fois, Hickok fut acquitté pour légitime défense.  Il se présenta aux élections de marshal à Springfield, mais perdit la course.  Néanmoins, sa renommée commençait drôlement à intéresser certaines personnes désireuses de régler des problèmes reliés à l’ordre public.

En septembre 1865, un journaliste du nom de Nichols vint à sa rencontre pour l’interroger sur ses exploits.  On ignore ce que Hickok a pu lui dire, mais Nichols a vraisemblablement gonflé la facture dans son article qui fut publié seulement en février 1868.  Du jour au lendemain, le texte fit de Wild Bill une légende nationale.

Après avoir remis l’ordre dans un fort militaire hautement indiscipliné, Wild Bill se retrouva à travailler comme éclaireur sur les plaines, parfois en compagnie de son ami Buffalo Bill Cody.

Quelques années plus tard, après la parution de l’article de Nichols, c’est à pied que Wild Bill revint auprès de ses collègues, s’appuyant sur une lance indienne qu’il avait reçu dans la jambe.  En dépit de cette blessure, la liste de ses victimes s’était allongée.  Mais cette lance semblait avoir mis un terme à sa carrière d’éclaireur puisque la blessure lui aurait enlevé une certaine souplesse, ce qui était néfaste pour la forme physique parfaite que devait posséder un bon éclaireur.

Le 23 août 1869, Hickok fut élu shérif du Ellis County, Kansas.  Dans l’exercice de ses fonctions, il tua trois autres hommes lors de duels mémorables.  Une chose semblait constamment se répéter : ses adversaires ne s’en sortaient jamais vivant.

Bien sûr, avec une telle réputation il se retrouva avec de nombreux ennemis.  Certains voulaient l’abattre par vengeance, d’autres par simple prestige.  Après quelques tentatives contre sa vie, Wild Bill se déplaça au centre même des larges rues des villes à bétail, un endroit où il était plus facile pour lui de voir venir les adversaires plutôt qu’en marchant sur les trottoirs.  Et il y avait longtemps qu’il s’assoyait constamment le dos au mur, peu importe l’endroit où il se trouvait.  Bref, il ne faisait confiance en personne.

Après l’assassinat du Marshal Tom Smith à l’automne 1869, la ville d’Abilene, au Kansas, engagea Hickok pour nettoyer les rues de ses pires éléments.  Le tenancier de saloon Ben Thompson, un tueur renommé qui semait la terreur, s’inclina pourtant devant Hickok.  Le nouveau marshal parvint à le convaincre de retirer un dessin obscène qu’il avait ajouté à son affiche de saloon, ce qu’aucun autre homme de loi n’avait réussi auparavant.

C’est aussi à Abilene que Wild Bill connut son dernier duel en carrière.  Au soir du 5 octobre 1871, il se trouvait dans un bar lorsqu’on entendit des coups de feu à l’extérieur.  Phil Coe était à l’origine de ces tirs.  Ivre, il semblait avoir décidé de s’amuser avec des copains.

Après avoir dit à son adjoint et ami Mike Williams de rester où il se trouvait, Wild Bill sortit pour aller voir ce qui se passait.

Ainsi se retrouva-t-il en face d’une foule de fêtards, dont Coe qui tenait encore son revolver en main, l’air menaçant.  Lorsque Hickok lui demanda pourquoi il avait déchargé son arme, Coe répliqua en ricanant qu’il venait de tirer sur un chien enragé.  Devant le récalcitrant qui refusait de ranger son arme, Wild Bill dégaina ses deux revolvers et les deux hommes tirèrent presque simultanément.  Coe s’écroula pour ne plus jamais se relever.

Toutefois, le véritable drame se produisit au cours des secondes suivantes.  Dans sa vision périphérique, Wild Bill, qui jouissait de reflexes aiguisés, vit un homme s’approcher en courant.  Croyant sur le coup qu’il s’agissait d’un ami de Coe venant à son secours, sa réaction instinctive le poussa à abattre la sombre silhouette.  Malheureusement, il s’avéra que le marshal venait d’abattre son ami et adjoint Mike Williams.

Pour la première fois de sa vie, Hickok semblait avoir compris que son immense talent pouvait aussi comporter de sérieux inconvénients.

Hickok ne se pardonna jamais cette erreur.  Ce fut d’ailleurs son dernier emploi en tant que représentant de l’ordre, bien qu’on réclamait ses talents dans plusieurs localités.  Certains témoins ont d’ailleurs prétendu avoir vu pleurer ce dur à cuire sur les lieux du drame.

Au cours de l’été 1873, Buffalo Bill vint lui faire une offre de 500$ par semaine pour monter sur scène avec lui.  C’est que depuis peu, ce dernier connaissait un succès impressionnant depuis qu’un auteur l’avait rendu célèbre avec quelques romans.  Pour répondre à l’engouement, le jeune éclaireur montait donc sur scène dans l’est du pays pour raconter aux citadins des histoires typiques de l’Ouest.

Fauché, Hickok accepta malgré lui en dépit de son absence de talent pour le spectacle.  En fait, Wild Bill était d’une personnalité sauvage et authentique incapable de jouer la comédie, que ce soit sur scène ou sur les plaines.  Il s’adapta difficilement à ce jeu artificiel, au point de tirer trop prêt les comédiens avec les armes chargées à blanc, leur occasionnant ainsi des brûlures.

Un soir, après l’avoir averti de s’avancer davantage sur la scène pour être vu par le public, les techniciens braquèrent de gros projecteurs dans sa direction.  N’en faisant qu’à sa tête, Wild Bill se rendit en coulisse pour charger ses revolvers avec de vraies cartouches et revint pour démolir les projecteurs en pleine représentation.

Durant les quelques mois de sa participation à la troupe de Cody, il s’amusa néanmoins avec quelques beautés citadines, attirant la gente féminine telle une rock star.  Il ne manqua pas non plus de se battre dans les hôtels avec ces citadins qui se moquaient des habits de son ami Buffalo Bill.

De retour dans l’Ouest, Hickok traîna dans les maisons de jeu pour tenter de se refaire financièrement.  Certains ont tenté d’expliquer son retrait de l’action par un problème oculaire, mais rien de concret ne vient appuyer cette thèse.  Il pourrait être davantage vraisemblable qu’après une vie aussi intense il connaissait tout simplement ce « coup d’âge » de la fin trentaine.

Le 5 mars 1876, c’est à Cheyenne qu’il épousa Agnès T. Lake, une veuve plus âgée que lui qui avait œuvré dans le milieu du spectacle.  À l’aube de ses 39 ans, probable qu’il pensait à réorganiser sa vie autrement et à se ranger pour de bon.  Souhaitant probablement donner un coup de pouce financier à son mariage, Wild Bill répondit à l’appel de la ville champignon de Deadwood, dans le Dakota.  Peu après son arrivée, au soir du 2 août 1876, il s’assied avec des amis pour une partie de poker au Number Ten, un saloon appartenant à un dénommé Carl Mann.  Pour la première fois, il dérogea à sa règle de s’asseoir le dos au mur, acceptant plutôt de prendre la dernière place disponible, celle où il tournait le dos à la porte arrière de l’établissement.

Et c’est ainsi que Hickok ne vit jamais la quarantaine.  Ce soir-là, un dénommé Jack McCall, un jeune homme accusant des troubles de comportement, entra pour lui tirer froidement une balle dans la tête.

En dépit de ce caractère tranchant, Wild Bill Hickok fut l’un des rares représentants de l’ordre du 19ème siècle à mettre sa personnalité rebelle et sans peur au service de la justice.

          En 1930, un mémorial fut inauguré dans sa ville natale de Troy Grove, en Illinois.  Bien que ses méthodes intransigeantes ne correspondent plus aux standards du maintien de l’ordre que nous connaissons aujourd’hui, il n’en reste pas moins que Wild Bill est toujours considéré comme le premier représentant de l’ordre à s’être démarqué pour sa bravoure dans l’histoire américaine.

En 2008, Barack Obama, alors candidat démocrate aux élections présidentielles, affirma dans un discours prononcé à Springfield, Missouri, être le cousin éloigné de 6ème génération de Wild Bill Hickok.  Les historiens se mirent aussitôt à l’œuvre.  Après vérification, il s’avéra que l’affirmation était véridique.  Quelques mois plus tard, Obama était élu 44ème président des États-Unis.

La même année, la ville de Mendota, Illinois, érigea une statue de bronze grandeur nature en l’honneur de Hickok.  Le 27 mai 2009, la municipalité de Troy Grove lui emboîta le pas avec un nouveau bronze.

En 1995, l’excellent Jeff Bridges s’introduisit dans la peau de Wild Bill pour le cinéma.  Sa ressemblance avec le justicier du 19ème siècle pouvait étonner, de même que son interprétation laissant transparente la personnalité robuste de Hickok, mais le scénario laissait à désirer sur le plan historique.  Le film lui prêtait une relation avec Calamity Jane, tandis que dans la réalité il ne lui avait jamais adressé la parole.

Aujourd’hui, une partie du musée de Buffalo Bill situé à Cody dans le Wyoming est consacré à Wild Bill Hickok.

Bibliographie

ROSA, Joseph G.  They called him Wild Bill, the life and adventures of James Butler Hickok.  Norman, Oklahoma, 1964, 278 p.

ROSA, Joseph G.  Wild Bill Hickok, the man and his myth.  University Press of Kansas, 1996, 276 p.

CARTER, Robert A.  Buffalo Bill Cody, the man behind the legend.  John Wiley & Son, New York, 496 p.

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