Lee Harvey Oswald, en mission au Japon


Oswald lors de ses deux jours de détention au poste de police de Dallas, Texas, en novembre 1963.
Oswald lors de ses deux jours de détention au poste de police de Dallas, Texas, en novembre 1963.

Qui était réellement Lee Harvey Oswald?

C’est la question à laquelle tenta de répondre Jim Garrison dans son livre de 1988.  Le procureur de la Nouvelle-Orléans, dont la carrière fit l’objet du film JFK d’Oliver Stone en 1991, avait découvert plusieurs personnalités au présumé assassin du président John F. Kennedy.

Son nom s’est gravé dans la tête de millions de personnes en moins de quelques minutes.  Un nom qu’on n’ose jamais associer à autre chose qu’au plus célèbre assassinat du 20ème siècle.

Mais qui était réellement Lee Harvey Oswald?  Fut-il le plus grand et brillant assassin de tous les temps ou simplement un bouc émissaire?  Était-il « le plus féroce communiste depuis Lénine »[1], comme le soulignait Garrison avec sarcasme?  Ou alors fut-il un agent de la CIA ayant fini comme victime des hautes instances gouvernementales?

En août 1939, Robert Lee Oswald résidait sur Alvar Street à la Nouvelle-Orléans avec sa petite famille lorsqu’il mourut subitement d’une crise cardiaque.  Son épouse, Marguerite Claverie, attendait alors son troisième fils, qui vit le jour le 18 octobre.  Il fut baptisé Lee Harvey Oswald.  Marguerite avait eu un premier fils, nommé John Pic, suite à un précédent mariage.  En plus de ce demi-frère, Lee avait aussi un frère de 3 ans son aîné, Robert.

Le rapport Warren, produit en 1964, est assez peu élogieux à l’endroit de Marguerite et de l’enfance de Lee.  Les auteurs du rapport semblent avoir mis beaucoup d’énergie à démontrer les nombreux déplacements du jeune garçon, de même que son comportement problématique à l’école.  Toutefois, le chercheur et auteur Jim Marrs[2] écrivait en 1989 qu’Oswald n’avait pas eu une enfance bien différente des autres enfants américains de sa génération.  Là où le rapport Warren parle d’orphelinat, dans lequel sa mère l’aurait soi-disant abandonné durant un temps, fut plus tard identifié comme une sorte de garderie.  L’image de la mère monoparentale fut donc exploitée pour mieux cadrer avec le scénario de l’enfance perturbée du tireur fou solitaire.

Voilà pourquoi les chercheurs et lecteurs plus alertes ont compris depuis longtemps qu’il est nécessaire de demeurer excessivement prudent devant les informations véhiculées par le rapport Warren, que ce soit à propos de la biographie d’Oswald ou des autres personnes impliquées dans l’affaire.

On sait cependant que le jeune homme a habité dans plusieurs villes.  À titre d’exemple, il s’installait à New York avec sa mère chez son demi-frère John Pic en 1952.  À cette époque, John faisait partie de la Garde Côtière.

Jim Marrs croit que c’est à cette époque que Lee commença à s’isoler quelque peu en raison de son accent texan.  Par dépit, le garçon s’est donc mis à fréquenter la bibliothèque et le zoo.  Comme de raison, tous les intellectuels traînant dans les bibliothèques n’assassinent pas leur président.  L’isolement d’un jeune adolescent n’est jamais égal à un comportement problématique, bien au contraire.

Le rapport Warren le voyait autrement.

D’ailleurs, on ne lui connaît aucun problème sérieux de délinquance.  Il devint plutôt un lecteur avisé se renseignant sur de nombreux sujets comme l’astronomie, la vie animale, les grands classiques de la littérature et plus tard la politique.

Selon le rapport Warren, c’est à New York, à 15 ans, qu’Oswald aurait appris pour la première fois ce qu’était le communisme lorsqu’une vieille femme lui remit un dépliant.  Selon son frère Robert, c’est aussi à cette époque qu’il regardait passionnément une série télévisée racontant l’histoire d’un informateur du FBI agissant comme espion communiste.  Curieusement, c’est un rôle qu’il aurait pu jouer quelques années plus tard dans la vraie vie, selon ce qu’a révélé l’enquête menée par Jim Garrison.

À 16 ans, Oswald était de retour à la Nouvelle Orléans avec sa mère.  C’est là qu’il rejoignit la Civil Air Patrol (CAP), dont le capitaine était David W. Ferrie, un homme d’âge mûr quelque peu excentrique.  Suite à une curieuse maladie l’ayant rendu imberbe, Ferrie portait une perruque et se dessinait des sourcils grotesques.

Étrangement, alors que sa famille ne l’avait jamais entendu parler de ce sujet, c’est à cette époque qu’Oswald commença à se donner l’image d’un communiste.  Or, Ferrie, son nouveau mentor, était tout sauf communiste.  En fait, il vouait une haine viscérale à cette idéologie.  Ferrie était pilote d’avion et investigateur privé, en plus d’avoir des connections avec la mafia auprès de Carlos Marcello, le parrain de la Nouvelles-Orléans.  Il fréquentait également certains cubains anticastristes et l’ancien agent du FBI Guy Banister, qui avait son bureau au 544 Camp Street, à la Nouvelle-Orléans.  Plus tard, au cours de l’été 1963, certains tracts pro-castristes distribués par Oswald étaient estampés de l’adresse 544 Camp Street.

De plus, Ferrie utilisait sa position au sein du CAP pour obtenir des relations homosexuelles avec les cadets.  Serait-il pour quelque chose dans le fait qu’Oswald commença alors à se créer une sorte de personnage de couverture aux tendances communistes dans le but éventuel de devenir un agent gouvernemental?  C’est l’une des questions que se posent toujours les chercheurs rationnels.

Si les autorités ont longtemps niés l’existence de liens quelconques entre Oswald et Ferrie, en 2007 l’auteure Joan Mellen, qui a repris l’enquête de Jim Garrison après la mort de ce dernier, publiait une photo sur laquelle on aperçoit clairement les deux individus lors de ce qui semble être un camp organisé par le CAP[3].

Le jeune Oswald a-t-il été influencé au point de se laisser entraîner dans le milieu de l’espionnage?

Après tout, on sait que la CIA peut recruter des gens de tous les milieux.  Bien sûr, la création de ce personnage ne prévoyait pas encore en arriver jusqu’à un assassinat présidentiel, puisque Kennedy n’avait pas encore été élu.

Les irrégularités débutent avec l’entrée d’Oswald dans les Marines, le 26 octobre 1956.  Le jeune homme se dévoile être un très mauvais tireur.  Nelson Delgado, l’un de ses compagnons au sein de la Marines, tenta d’expliquer aux agents du FBI après l’assassinat du président ce qu’il savait, mais ceux-ci remirent en questions ses capacités d’évaluation.  Delgado se sentit tellement intimidé qu’il s’exila avec sa famille en Grande-Bretagne.

Le 20 janvier 1957, Oswald compléta son entraînement de base et fut alors expédié au Camp Pendleton en Californie pour un entraînement plus poussé au combat.  Si le rapport Warren prétendit plus tard qu’au cours de cette période le jeune homme ne cessait de parler en faveur du communisme, il ne fut pourtant jamais réprimandé par ses supérieurs.

En mars, il débarquait au Naval Air Technical Training Center de Jacksonville, en Floride, pour y devenir un contrôleur de radar aérien.  Or, cette formation était réservée aux hommes d’une intelligence au-dessus de la moyenne et soumise à la confidentialité.  Aurait-on vraiment accepté au sein de cette formation un jeune Marines qui déblatérait autant de conneries communistes en pleine guerre froide?

Oswald laissait entendre qu’il retournait chaque fin de semaine auprès de sa famille à la Nouvelle-Orléans, mais à cette époque sa mère habitait au Texas.  Alors, pourquoi la Nouvelle-Orléans?  Pour aller y parfaire son entraînement psychologique auprès de David Ferrie?

Après avoir fait de lui un spécialiste des radars, on l’expédia au Japon en août 1957.  Sur place, on l’affecta à Atsugi, l’une des deux bases américaines abritant l’avion de reconnaissance espion U-2.  Jim Marrs ne manque pas de mentionner que cette base était aussi munie d’un regroupement de bâtiments étranges connu comme Joint Technical Advisory Group, qui était en réalité l’une des principales bases d’opération de la CIA.

Selon la Commission Warren, c’est à cette époque qu’Oswald aurait prit contact avec une cellule de communistes japonais lors de ses temps libres.  Oswald prétendit à certains de ses compagnons avoir fréquenté une fille dans un club de nuit de Tokyo nommé le Queen Bee.  Selon Marrs, il s’agissait d’un club si dispendieux qu’il fallait quelques centaines de dollars pour y passer une seule soirée, et que les filles tentaient d’arracher des informations aux officiers américains.  Ce club était évidemment très au-dessus des moyens d’Oswald, qui gagnait alors 25$ par mois.  De plus, la majeure partie de ce salaire, il l’expédia aux États-Unis pour aider sa mère.

En 1959, Oswald raconta à un ami avoir été approché par une japonaise travaillant pour le KGB dans un bar japonais en 1957.  Lorsque celle-ci l’avait questionné sur ce qu’il faisait, Oswald aurait rapporté l’incident à un supérieur qui le présenta immédiatement à un homme en civil.  Ce dernier lui aurait offert de l’argent pour rôder dans les bars et démasquer quelques espions ennemis.  Voilà comment le jeune homme aurait commencé à travailler pour la CIA, du moins selon cette version[4].

Un autre ancien compagnon de l’époque corrobora le fait que c’est lors de cette affectation au Japon qu’Oswald aurait commencé à travailler comme agent du gouvernement.

James Wilcott, un ancien agent des finances de la CIA, révéla devant le House Select Committee of Assassinations (HSCA), une enquête du Congrès menée au cours des années 1970, affirma qu’Oswald travaillait pour la CIA.  Dans son rapport final, le HSCA choisit cependant de ne pas le croire.

L’une des autres hypothèses de taille concernant le passage d’Oswald au Japon le met en lien avec l’incident de l’avion U-2 piloté par Francis Gary Power.  Son avion espion fut abattu en mai 1960.  Le problème, c’est qu’Oswald avait quitté le Japon avant la fin de l’année 1957.  Toutefois, dans un livre qu’il écrivit à son retour au pays, Power mentionna que si Oswald avait transmit suffisamment d’informations aux russes en raison de son poste de contrôleur de radar, que ceux-ci auraient pu être en mesure d’abattre son avion.

En 1977, Power mentionna lors d’une émission radiophonique la possibilité qu’on ait trafiquée son appareil avec une bombe pour l’obliger à descendre à portée des missiles russes.  Peu après, Power perdit la vie dans l’écrasement de son hélicoptère qui, semble-t-il, aurait manqué d’essence.

Mais alors, pourquoi Oswald, l’agent de la CIA, aurait vendu des renseignements aux russes?  Simplement pour acheter son droit de passage en URSS afin de mieux y construire son profil de communiste endurci?  Rappelons que lors de son retour aux États-Unis il ne fut jamais incommodé par les autorités.  Pourtant, en débarquant en URSS il avait renoncé à sa citoyenneté américaine.

Est-ce logique de le voir, en 1963, distribuer des tracts pro-castristes portant l’adresse du 544 Camp Street, un immeuble appartenant à des anticastristes comme Guy Banister et Jack Martin, tous deux agents de la CIA?

Le 22 novembre 1963, il est arrêté moins de deux heures après l’assassinat du président Kennedy à Dallas.  Il se dit innocent devant les caméras de télé.  Peut-être bien que l’Amérique aurait dû le croire ce jour-là.  Par la suite, on lui mit tout sur le dos en essayant de faire avaler à la population la théorie de la balle magique piètrement défendue devant la Commission Warren en 1964 et reprise en 1978 devant le HSCA par le Dr Michael Baden.  Tout autre médecin ayant tenté d’autres explications n’ont pas été convenablement entendus.

Il est évident qu’au sein de ce dossier immensément complexe on a voulu cacher des choses afin de manipuler l’histoire que les générations à venir allaient assimiler.  Malgré tout, le sujet reste passionnant.  Et tant qu’il y aura des passionnés honnêtes, l’histoire reprendra tranquillement son dû.


[1] Jim Garrison.  JFK, affaire non classée, 1988, p.47.

[2] Jim Marrs, Crossfire : the plot that killed Kennedy, New York, 1989, 625 p.

[3] Joan Mellen, A farewell to justice, 2007, 545 p.

[4] D’après le témoignage de David Bucknell, interrogé l’auteur Mark Lane.  À noter que Bucknell n’a jamais été appelé à témoigner devant la Commission Warren.

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