Louis de Funès nous quittait il y a 30 ans

le-tatoue-louis-de-funes                Les habitués d’Historiquement Logique le savent déjà : peu importe le sujet traité, je m’efforce continuellement de combattre la tentation de verser dans la partialité.  Mais pour souligner le 30ème anniversaire de la disparition de ce grand comique, je dois l’avouer bien humblement, il m’est impossible d’être complètement impartial.  Les mimiques, les cafouillages et autres marques de commerce de Louis de Funès ne cessent de me faire rire.

Je sais que certains auteurs l’ont fait beaucoup mieux que moi, mais je ne pouvais passer sous silence cette date historique.

Le 27 janvier 2013 marquera donc le 30ème anniversaire de son décès.  Ce petit bonhomme chauve au regard intense est né le 31 juillet 1914 à Courbevoie.  Il était le troisième enfant de parents espagnols.  En fait, son père aurait littéralement enlevé sa mère en 1904 pour venir s’installer en France.  Ce père, Carlos Luis de Funès de Galarza, dut renoncer à son métier d’avocat dans ce nouveau pays pour s’improviser diamantaire.  Il ira au Venezuela durant plusieurs années dans l’espoir de faire fructifier ses affaires mais reviendra atteint de tuberculose.  Il s’éteignit en 1934.

Renvoyé pour son indiscipline d’une école de fourrure et pour incendie volontaire d’une école de cinéma, Louis de Funès tentera plusieurs petits boulots, tel que pianiste.  Bien qu’il ne sut jamais lire la musique, il jouissait d’un talent naturel et d’un charisme dont il estimait encore mal la portée.

C’est finalement en 1942, en pleine guerre mondiale, que Louis s’inscrit à un cours dans l’espoir de devenir comédien.  Il était alors âgé de 28 ans.  Rapidement, il apparaît comme figurant ou dans de très modestes rôles, ce qui l’oblige à travailler comme pianiste pour gagner sa vie.  Il doit attendre 1945 pour qu’on lui permette de dire sa première réplique dans le film La Tentation de Barbizon.

À partir de 1950, il connaît une autre petite ascension lorsque Sacha Guitry lui offre plusieurs petits rôles.  C’est à cette époque qu’on l’associe à la comédienne Claude Gensac, celle qui deviendra célèbre à ses côtés, entre autre dans le rôle de sa femme dans la série des gendarmes; celle qu’il appelait si souvent « ma biche ».

En 1953, un premier succès de groupe l’attend avec la pièce Ah! Les belles bacchantes, qui connaît une tournée de deux ans et qui sera porté au cinéma en 1954.  Ce sera là son premier film en couleur.  Déjà, on sentait qu’il perfectionnait son côté comique et ses principaux traits.

Peu après, il se retrouve à jouer avec Bourvil pour la première fois.  Il s’illustre devant Jean Gabin en 1956 et l’année suivante il obtient son premier rôle principal dans Comme un cheveu sur la soupe.  Ce rôle lui vaudra le Grand Prix du Rire de 1957.  La même année, il campe le rôle d’un braconnier espiègle dans Ni vu Ni connu.  C’est sans doute dans ce dernier film qu’il se démarque davantage avec un rôle à part entière qui lui donne beaucoup plus de présence à l’écran.  Bien qu’en noir et blanc, Ni vu Ni connu met de l’avant certaines de ses mimiques et habitudes physiques qu’on lui connaîtra jusqu’à la fin de sa carrière.

Ce sera toutefois au théâtre qu’il connaîtra ses premiers grands succès.  En 1959, il se retrouvait à la tête de la pièce Oscar, qui part en tournée en France mais aussi dans le Maghreb.  Cette pièce sera reprise à Paris en 1961, dans laquelle il se surpasse littéralement sur le plan physique.  Au cours de chaque représentation, il se donne tellement que lors de ses rares disparitions en coulisse il s’effondrait de fatigue au point où, paraît-il, on lui donnait quelques carrés de sucre pour le relancer sur les planches.  Son sens de l’improvisation apportera aussi au personnage des répliques de plus en plus élaborées.  L’auteur de la pièce louangera d’ailleurs son talent en déclarant que Louis avait amélioré le rôle d’Oscar.

Finalement, la pièce Oscar sera adaptée pour le cinéma en 1967, permettant ainsi à un public encore plus large de découvrir son immense talent.  Si le théâtre est plus difficilement exportable, le cinéma fit de Louis un icône pour les cinéphiles québécois de l’époque.

Louis privilégiait la gestuelle au texte, ce qui devient évident dans plusieurs scènes.  Il s’inspirait donc du cinéma muet, en particulier de Buster Keaton.  Lorsqu’il était possible de faire comprendre une réplique autrement que par les paroles, le choix de Louis était facile.  Plusieurs de ses gestes sont d’ailleurs devenus célèbres et inimitables, au point où sa gestuelle était souvent plus explicite que ses paroles.

Il se dessine aussi alors les principaux traits de la majorité des personnages qu’il jouera par la suite, à savoir l’homme qui s’incline devant un caractère imposant mais qui s’affirme à la manière d’un tyran devant les plus faibles.

Il retrouve un second rôle devant Jean Gabin, mais le talent de Louis s’imposera davantage, ce qui n’était pas sans faire de jaloux.  Son talent incontournable lui vaut un autre rôle principal dans Pouic-Pouic en 1963.  Cette fois, la célébrité monte en flèche et ne redescendra jamais, un phénomène plutôt rare dans le milieu du cinéma.

Le Gendarme à Saint-Tropez est le premier d’une série de six films qui le propulse encore plus haut et entre au box-office.  La même année, il s’illustre dans Fantomas, qui donnera lieu à une trilogie.  Il était prévu que Jean Marais en soit la vedette, mais Louis éclipsa aisément les autres comédiens de par son talent maintenant reconnu.

En 1966, il revient dans Le Grand Restaurant et ensuite fait à nouveau équipe avec Bourvil dans La Grande Vadrouille, un film si populaire que, encore aujourd’hui, il détient le cinquième plus grand nombre de spectateurs derrière des superproductions comme Titanic et Bienvenue chez les Ch’tis.

Si Bourvil devait encore le retrouver dans La Folie des Grandeurs, la mort de celui-ci obligea Oury à se tourner vers Yves Montand afin de camper le rôle du valet Blass.  Louis s’y illustre dans le rôle d’un ministre des finances du Moyen Âge qui se voit ruiner par un faux scandale.  C’est aussi l’occasion de critiquer subtilement le monde politique.

Après avoir rejoué Oscar au théâtre, Louis investit beaucoup d’effort dans le tournage de Les Aventures de Rabbi Jacob, un film culte non seulement pour les cinéphiles français mais aussi québécois.  Bien que l’humour y soit à l’avant plan, ce film dénonce aussi subtilement les hostilités qui subsistent depuis toujours entre le peuple juif et arabe.  La scène de l’usine à gomme à mâcher restera particulièrement inoubliable.

Après avoir joué dans sa dernière pièce de théâtre en 1974, Louis de Funès se repose au château de Clermont, que sa femme Jeanne avait hérité de sa tante quelques années auparavant.  L’un de ses passe-temps favoris est le jardinage.

Le 21 mars 1975, alors qu’il joue sur scène, Louis est atteint de son premier véritable malaise.  Le verdict n’est pas rose : infarctus.  Obligé de ralentir son rythme de travail, il cesse de monter sur scène et le tournage du film Le Crocodile est annulé.  Les assureurs refusent même de s’impliquer pour le couvrir lors d’un éventuel tournage.  On craint alors que sa destinée de faire rire soit terminée.

Toutefois, on accepte de prendre un risque et le tournage de L’Aile ou la Cuisse débute.  Louis y apparaît d’ailleurs amaigri au côté de Coluche.  Si son rythme diminuait dans sa vie quotidienne, il en allait autrement lorsque les caméras se mettaient à tourner.  Dès qu’il entrait dans la peau d’un personnage il en oubliait ses problèmes pour se donner à fond.

Suite à La Zizanie avec Annie Girardot en 1978, il marquera un autre classique du comique dans Le Gendarme et les Extra-terrestres en 1979, dans lequel il est tout à fait tordant.  À cette époque, son médecin personnel et une ambulance l’accompagnaient continuellement sur les plateaux de tournage.

L’année suivante, il se fait un plaisir énorme de jouer L’Avare de Molière au grand écran. Le succès sera malheureusement modeste.  La même année, ce sera la consécration internationale puisqu’il reçoit alors un prix César des mains de Jerry Lewis pour l’ensemble de sa carrière.

En 1981, il nous laisse sans doute l’un de ses plus beaux cadeaux en tant qu’artiste en jouant le rôle de Claude Ratinier dit Le Glaude dans La Soupe aux Choux, au côté de Jacques Villeret et de Jean Carmet.  Cette histoire, adaptée du roman de René Fallet, est celle de deux vieux amis campagnards qui attirent un extra-terrestre pas trop futé en pétant sous les étoiles est aussi un clin d’œil à l’amitié et à ceux qui savent profiter des bonnes choses de la vie.  Ce sera également un succès au box-office.

Sa toute dernière apparition sera pour Le Gendarme et les Gendarmettes, en 1982.  En décembre, il se retire chez lui.  Au soir du 27 janvier 1983, se sentant épuisé, il monte se coucher mais c’est un autre infarctus.  Il s’éteint finalement à son arrivée d’urgence dans un centre hospitalier de Nantes.  Sa dépouille sera inhumée au cimetière Cellier.

Mais sacré nom dé diou, il nous manquera ce cher bonhomme!

 

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