James Madison Brown

(Illustration: E. Veillette 2008)
(Illustration: E. Veillette 2008)

Au Far West, la ligne séparant la loi de la criminalité pouvait s’avérer être très mince, et parfois même inexistante.  L’un des personnages qui représente sans doute le mieux cette situation est James Madison Brown, une personnalité parfois difficile à cerner et qui, malheureusement, n’a laissé aucune photo connue de son apparence physique.

Né vers 1838, Brown occupa le poste de shérif du Lee County, au Texas, du 15 février 1876 jusqu’au 4 novembre 1884.  Au cours de ces huit années il eut l’opportunité de confronter plus d’un criminel et de commettre quelques meurtres au nom de la loi, ce qui était souvent considéré à l’époque comme une nécessité.  Son expérience au cours de la Guerre de Sécession n’était pas à dédaigner, d’autant plus qu’il avait aussi travaillé comme policier d’État et milicien dans le Washington County.  Avec un tel bagage il bénéficiait d’une bonne réputation.  Reste à voir ce qu’il allait en faire.

Sa première victime en devoir fut Hugh McKeown, le marshal de la ville de Giddings, siège social du Lee County, Texas.  Le 4 mai 1877, c’est à bout portant que le Shérif Brown lui aurait tiré une décharge de fusil de chasse en pleine tête.  Malheureusement, le motif exact de l’affrontement demeure inconnu.  McKeown se trouvait avec son fils sur la galerie d’une boutique lorsque Brown s’est approché pour lui demander calmement d’écarter son fils.  Lorsque le jeune garçon fit quelques pas pour sortir du champ de vision de Brown, ce dernier pressa froidement la détente.  Les journaux parlèrent de cette exécution comme étant le résultat d’une vieille querelle.  Le Shérif Brown eut évidemment droit à un procès au terme duquel il fut acquitté, probablement en raison de la peur qu’il entretenait face aux jurés.

Le 21 mai 1878, à l’intérieur même du palais de justice du San Saba County, le procureur Thomas G. T. Kendall tua William A. Brown, le frère du Shérif Brown.  À une époque où les avocats se présentaient parfois devant les tribunaux avec un revolver sous leur veste, Kendall aurait agis par une certaine forme de légitime défense puisque William Brown aurait eut l’intention d’abattre un autre procureur nommé S. S. Brooks.  Bien entendu, James Madison Brown jura de venger la mémoire de son frère.

Puisque Thomas Kendall fut arrêté par les Texas Rangers en lien avec l’incident du 21 mai, Brown décida de concentrer sa colère vers Brooks.  Le 18 septembre 1878, 13 jours après son acquittement pour le meurtre de McKeown, Brown passa de nouveau à l’action.  Trois hommes à cheval débarquèrent chez Brooks, qui fut abattu en essayant de prendre la fuite.  Toutefois, avant de succomber à ses blessures, il parvint à identifier l’un de ses agresseurs : le Shérif Brown.  Malgré cela, la justice considéra qu’on manquait de preuve et aucune accusation ne fut déposée contre Brown.

Bill Longley, le tueur notoire du Texas qui affirmait avoir refroidi 32 hommes, fut arrêté en Louisiane le 13 juin 1877.  Ce sera cependant au Texas qu’il sera jugé et condamné à la pendaison.  Le 11 octobre, ce fut le Shérif Brown lui-même qui se fit un malin plaisir d’ajuster le nœud autour du cou de Longley, en plus d’actionner la manette ouvrant la trappe sous les pieds du condamné.  Brown se chargea également de l’enterrer au cimetière de Giddings avant d’envoyer sa facture à l’administration du comté.

Dans notre société contemporaine qui se fait beaucoup plus critique sur le comportement humain on pourrait évidemment s’étonner devant la confiance que les citoyens du Lee County éprouvaient pour le Shérif Brown car ceux-ci votèrent encore pour lui le 20 novembre 1878, lui ouvrant les portes d’un second mandat.

Moins de deux ans plus tard, le 10 janvier 1880, un dénommé Sam Sparks, dont le frère aurait participé à un attentat contre Brown en 1876, fut mystérieusement assassiné dans une rue de Giddings.  Selon toute vraisemblance, Brown n’était pas présent sur les lieux du meurtre de Sparks, mais on croit qu’il aurait engagé John Carlisle et Ed Myers pour exécuter la sale besogne.  Bref, d’une manière ou d’une autre, James Madison Brown semblait être le genre d’homme qui finissait toujours par régler ses comptes.

En avril 1881, c’est dans un contexte « plus respectable » de son travail que Brown et ses adjoints durent abattre un homme en fuite du nom de Wessen qui avait tenté de tuer son ex-femme et l’amant de celle-ci lors d’une violente crise de rage.  La scène se déroula dans un champ de maïs, où Wessen refusa de se rendre tout en ouvrant le feu sur les représentants de l’ordre.  Brown et ses compagnons ripostèrent aussitôt pour le trouer de cinq projectiles.

En 1884, Lucy, la fille de 15 ans de Brown, tomba amoureuse d’un garçon nommé Owens.  Bien entendu, le shérif désapprouva cette relation.  Comme dans certaines histoires d’amour, le jeune couple planifia sa fuite tandis que Brown se trouvait hors de la ville.  Ce que les jeunes inséparables n’avaient cependant pas prévu, c’est que la mère de Lucy envoya un télégramme à son dangereux mari pour lui signaler de revenir à la maison le plus tôt possible.  Peu de temps après, Brown revenait chez lui pour abattre Owens de cinq projectiles.  Le shérif expérimenté sur les deux côtés de la ligne séparant l’ordre de la criminalité, expliqua plus tard qu’en rentrant chez lui il s’était dirigé vers sa grange pour y vérifier un bruit suspect.  Lorsqu’un tir provenant de l’intérieur lui avait effleuré le côté, il avait alors riposté en tirant à cinq reprises.  La question était de savoir s’il s’agissait d’une mise en scène ou d’un acte réel de légitime défense.  Quoi qu’il en soit, la Justice préféra sa version et aucune accusation ne fut portée.

Lorsque son quatrième mandat prit fin en novembre 1884, James Madison Brown étonna tout le monde en décidant de changer de carrière.  Convaincu qu’il pouvait réussir dans le domaine de l’élevage des chevaux en raison de son flair pour repérer les bêtes gagnantes, on raconte qu’il aurait réussi à amasser une véritable fortune en pariant aux courses.  Avec ses propres chevaux, il fréquenta les pistes de course de Memphis, Nashville, Lexington, St. Louis et Chicago.  Cette nouvelle routine semblait indiquer qu’il avait enfin tiré un trait définitif sur son passé teinté de violence.  Le problème, cependant, c’est qu’il avait commis une erreur qui allait bientôt le rattraper.

Ike Sparks, le frère de Sam assassiné par Brown en 1880, refit surface dans le seul but d’assouvir sa vengeance.  Ike était devenu représentant de la loi mais, contrairement à l’assassin de son frère, il opta pour la méthode légale et fit une requête officielle afin d’obtenir un mandat d’arrestation contre Brown.  Ses démarches poussèrent les autorités à réagir.  Le 2 septembre 1892, le chef de la police de Chicago, un dénommé McClaughry, dirigea une descente sur la piste de course du Garfield Park.  On y procéda à l’arrestation de 33 personnes, dont des officiels, des jockeys et même des agents Pinkerton engagés pour la sécurité du site.  Le 3 septembre, une autre descente impliquant 150 policiers se déroula au même endroit.  On semblait déterminé à enrayer les actes illégaux et la corruption entourant les courses de chevaux, tout en espérant également prendre Brown dans les filets.

Le 5 septembre, ce fut une force massive composée de 500 policiers qui frappa et le lendemain une autre impliqua cette fois les 300 meilleurs policiers de la ville.  Jusque là, les opérations s’étaient bien déroulé, mais celle du 6 septembre tourna rapidement au vinaigre pour une seule raison : la présence de James Madison Brown.

Brown avait déclaré un peu plus tôt que la police n’arriverait jamais à le prendre vivant et qu’il n’hésiterait pas à ouvrir le feu sur tous les agents qui oseraient tenter de l’approcher.  Malheureusement, l’ancien shérif texan tint promesse.

Lorsque la descente débuta, Brown se trouvait sur le toit d’une écurie pour observer le déroulement des courses et c’est ainsi qu’il regarda calmement les premiers mouvements des autorités.  Peu après le début de l’intervention, un policier se serait approché pour lui demander de se soumettre à son arrestation et, bien entendu, Brown refusa d’un ton nonchalant.  Aussitôt, le policier se réfugia sur le toit du hangar voisin afin de se protéger de Brown qui avait dégainé son lourd revolver de calibre .44.  À son tour, l’agent s’empara de son arme et ameuta ses collègues avec son sifflet.Avant d’être encerclé, Brown sauta du toit pour s’enfuir en courant.  Avec quelques policiers à ses trousses, il tira derrière lui et, bientôt, se retrouva poursuivit par une foule de constables en uniforme.  Powell et McDowell, deux policiers de Chicago, se rapprochèrent du fugitif, ce qui les amena en zone de danger immédiat, eux qui ignoraient la réputation texane de leur suspect.  Powell fut touché le premier par une balle qui lui traversa la main pour aller ensuite se loger dans son bras.  Un deuxième projectile le heurta à l’estomac, ce qui allait lui être fatal.

Brown tourna ensuite sa colère vers McDowell, qui fut gravement atteint.  Toutefois, avant de succomber il tenta un dernier tir vers le fugitif, qui s’écroula instantanément.  Brown avait été atteint directement au cœur.  Powell s’éteignit sur le terrain, tandis que McDowell succomba quelques heures plus tard.

James Madison Brown était âgé de 54 ans.  Malgré ses exploits d’homme de loi dans l’histoire de l’Ouest, tout indique qu’il ne s’est jamais mérité le statut de légende au sein du folklore américain; et pour cause, diront certains.  Ce qui est sûr, c’est qu’à force de déambuler sur une ligne aussi mince il a fini par trébucher.

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One thought on “James Madison Brown

  1. The newly created Lee county was a frontier area and needed strong law enforcement officials. Jim Brown was hired by James McKeown, the county’s first sheriff, as his deputy in the fall of 1875. Jim was elected Lee County Sheriff February 15, 1876. According to his biography in the Handbook of Texas Online, « He served in that office during a very lawless era and established a record for being a very energetic sheriff. But his years were not without controversity. He was involved in serveral personal feuds as well as several killings. » One episode demonstrates the hazzards of his job. On April 29, 1876 as Jim and his brother, William A. Brown approached his home assasins opened fire and Jim was struck by nine buckshot. Of the incident, the Austin Statesman wrote: « We admire the intelligence of the people of Lee County. They elect the right sort of sheriffs. Achilles was not the more invulnerable than the sheriff of Lee. The last one they created over there was shot last week and penetrated by nine buckshot, but he still lives unawed, unterrified and unkilled. His name is J. M. Brown and they can’t knock his [block off]. » This same newspaper wrote about Jim in April 1884: « Jim Brown, sheriff of Lee County, is known far and wide for his bravery, and his name has become a terror to desperadoes and violators of law in his section… Sheriff Brown is somewhat below medium height, is squarely built, wears light brown beard, and has a face exceedingly mild in its expression, being indellibly stamped upon his mind that he is a man of great nerve and absolutely devoid of fear. » Sheriff Jim Brown was re-elected four times, serving for eight years. He left office in 1884. His most notable act in office was the legal hanging of noted outlaw William P. « Wild Bill » Longley on 11 October 1878 before a crowd of thousands. Longley was reputed to have killed 32 men.

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