Julie Surprenant: affaire classée ou non résolue?


Julie Surprenant 02Julie Surprenant, fille de Francine Desautels et de Michel Surprenant, a vu le jour le 31 mars 1983.  En 1999, elle habitait au 463[1] de la rue Castille, à Terrebonne, avec son père[2].  Ce dernier était séparé depuis peu et avant de s’installer dans cet immeuble il même avait pris la peine de se renseigner auprès du propriétaire à savoir si le voisinage était sécuritaire.

Au soir du 15 novembre 1999, Julie, tranquille et disciplinée, passa sa soirée à une maison pour jeunes située sur la rue Hauteville, comme elle le faisait régulièrement.  Pleine de projets, Julie participait aussi à une ligue d’improvisation et se préparait à s’occuper d’un stand d’emballage aux Galeries Terrebonne pour la période des Fêtes.

Le lendemain matin, 16 novembre, c’est en quittant le lit que son père constata que Julie n’était pas là.  Peut-être avait-elle décidé de se rendre directement à l’école?  Pourtant, elle avait l’habitude de prévenir son père de ses moindres déplacements.  Aucune note dans la cuisine ni message sur le répondeur.  Rien!

Tandis qu’il téléphonait à la polyvalente Armand-Corbeil de Terrebonne pour vérifier si sa fille s’y trouvait, Michel fixa un instant cet abribus qui surplombait l’autoroute 25 et dans lequel sa fille aînée avait l’habitude d’attendre l’autobus lors de ses déplacements.  Finalement, l’inquiétude monta d’un autre cran lorsque son interlocutrice lui apprit que Julie n’était pas à l’école.

Michel contacta alors le petit ami de sa fille, qui lui expliqua que Julie devait lui téléphoner la veille dès son retour pour qu’il puisse aller la récupérer.  Après avoir tenté de lui téléphoner à deux reprises, le jeune homme était allé se recoucher en croyant que Julie avait fait la même chose de son côté.  Selon ces premières constatations, la disparition remonterait donc au soir du 15 novembre.

Officiellement, la disparition fut signalée à 17h45 le 16 novembre.  Rapidement, la police considéra l’affaire comme un enlèvement et des battues furent organisés.  On scruta même les berges de la rivière des Mille Îles et un avis de disparition fut publié à travers tout le Québec.  L’enquête déterminera que Julie avait quitté le centre des jeunes à 20h30 avec une amie qui l’avait finalement laissé à l’arrêt des Galeries Terrebonne.  Julie était assise à l’avant de l’autobus, ce qui lui permettait de discuter avec le chauffeur, qui fut d’ailleurs la dernière personne à l’avoir vu.  Il se souvenait d’avoir vu l’adolescente descendre devant l’abribus à 20h56 au soir du 15 novembre.  Voyant un jeune homme aux vêtements foncés qui se tenait dans l’abribus, le conducteur lui demanda s’il voulait monter, mais celui-ci répondit « non ».  D’autres témoins déclareront avoir vu deux silhouettes se diriger vers l’immeuble où demeurait la jeune fille, à moins de 50 mètres de là.  Était-ce Julie et son agresseur?

Si l’adolescente de 16 ans s’était volatilisée entre ces quelques pas séparant l’abribus du logement de son père, pouvait-on déjà soupçonner la possibilité que l’agresseur ait été un résident du secteur?

Un an plus tard, alors que l’enquête piétinait, Richard Bouillon, un voisin de pallier, vint soudainement à la rencontre de Michel Surprenant pour lui dire qu’au cours de sa vie il s’était rendu coupable de bien des choses mais qu’il n’était pas responsable de l’enlèvement de sa fille.  Michel l’ignorait à ce moment-là, mais Bouillon avait un casier judiciaire bien garni, entre autres pour des gestes indécents commis en 1977, vol et possession de drogue en 1979, encore pour vol en 1985 et 1986, méfaits et menaces en 1989 et agression sexuelles en 1990.  Bouillon était alors considéré par la police comme le principal suspect, mais les preuves solides n’étaient toujours pas au rendez-vous.

En 2001, un journaliste mit de la pression sur Bouillon en révélant à la télévision que la SQ avait réalisé une perquisition chez lui et que des tests au Luminol avaient permis de retrouver des traces de sang dans son appartement.  Bouillon mettra la faute sur un ancien chambreur.  Il se montra si paniqué lors de la visite impromptue du journaliste qu’il tenta de partir à bord de son véhicule en refermant sa portière sur le bras de ce dernier.  Le reportage aura pour effet de pousser d’anciennes victimes à se manifester, dont la fille d’une ex-conjointe qui dira avoir été violée par Bouillon, ce qui le fera condamner à une peine d’emprisonnement.

En 2004, Michel Surprenant mit sur pied l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD) avec l’aide de Pierre-Hughes Boisvenu.  On comprend que c’était pour lui une façon de combattre ce deuil qu’il ne pouvait faire en raison du mystère qui planait toujours.

En juin 2006, l’aumônier du pénitencier de Drummondville[3] fit des démarches pour que Bouillon, alors en phase terminale de cancer, puisse être transféré à la Cité-de-la-Santé de Laval, question de le rapprocher de sa vieille mère.  Le transfert s’effectuera le 13 juin.  Quant à lui, Claude Poirier écrira dans son livre de 2013 que « je crois que cet aumônier a reçu des confidences de Bouillon, mais n’a jamais trahi le secret de la confession si cher aux religieux.  Je pense cela, car, quand on se parlait, il me posait des questions tellement précises, tellement pertinentes que j’en ai déduit que Bouillon devait s’être ouvert à lui ».

Au moment d’apprendre que Bouillon n’en avait plus pour longtemps, Poirier admettra avoir commis l’erreur de téléphoner à la Cité-de-la-Santé plutôt qu’aux enquêteurs de la SQ.  « J’aurais dû communiquer avec les détectives Michel Tanguay et Roberto Bergeron, qui étaient chargés de l’enquête sur la disparition de Julie Surprenant, ou encore avec leur patron de l’époque, Martin Prud’homme.  J’aurais sûrement obtenu la permission de voir Richard Bouillon ».

Peu de temps après, en janvier 2011, une émission d’une heure produite sur l’affaire fut diffusée sur les ondes de Canal D, où on racontait toute l’histoire, incluant celle de Bouillon.  C’est après avoir vu cette émission qu’une infirmière de la Cité-de-la-Santé téléphona à Claude Poirier.  « L’infirmière m’a révélé que, cinq ans auparavant, alors qu’il était à l’article de la mort, Bouillon voulait me rencontrer.  Tout le personnel de son étage était au courant.  Il leur avait parlé de la disparition de Julie Surprenant et ils avaient tous l’impression que j’avais depuis longtemps reçu ses confidences et que la Sûreté du Québec avait été avisée.  Ce n’était pas le cas, et c’est pourquoi l’affaire a traîné jusqu’à ce que la coroner Catherine Rudel-Tessier tienne une enquête publique, onze ans [sic] après la disparition de Julie, pour jeter un peu de lumière sur cette affaire ».

En juillet 2011, le Bureau du coroner ordonna qu’une enquête soit réalisée sur cette affaire sans toutefois fixer de date précise.  Le 28 septembre 2011, des policiers de la SQ, incluant des plongeurs, fouillèrent les abords de la rivière des Mille Îles suite à aux informations reçues en janvier.  Selon l’infirmière qui avait contacté Poirier, Bouillon lui aurait dit avoir mis les restes de sa victime dans un sac de sport qu’il aurait ensuite jeté dans la rivière à la hauteur du pont de l’autoroute 25.  La SQ prétendait avoir attendu jusqu’à l’automne pour fouiller les berges car il s’agit d’une période de l’année où le débit d’eau est beaucoup moins important.  Les recherches furent cependant abandonnées après deux jours.

Michel Surprenant dénonça de son côté « que ces informations aient été cachées si longtemps.  Il estime que dans les dédales de l’enquête, les délais causés par la dissimulation de cette piste représentent une perte de cinq années d’investigations.  Il soutient que les chances de trouver quelque chose dans le lit de la rivière auraient peut-être été plus grandes si les fouilles s’étaient amorcées plus rapidement »[4].  Il souhaitait également qu’on puisse modifier les lois sur le secret professionnel afin qu’on évite de nuire à des enquêtes, ajoutant qu’il avait l’intention de se faire représenter par Me Marc Bellemare durant les comparutions de l’enquête publique du coroner.

Lors de cette enquête, qui se déroula en mars 2012, l’infirmière auxiliaire Annick Prud’homme et la préposée aux bénéficiaires Johanne Dubois témoignèrent à l’effet d’avoir entendu Bouillon avouer être l’assassin de Julie Surprenant au moins à quatre reprises.  Il aurait même précisé, deux jours avant de rendre l’âme, avoir déposé le corps dans un sac de hockey qu’il avait jeté dans la rivière des Mille-Îles, devant l’église de Terrebonne.  Cette enquête du coroner permit également d’apprendre que le personnel parlait ouvertement de ces confidences, sans toutefois croire que ces informations auraient pu être primordiales pour l’enquête policière.  « Mme Prudhomme a gardé le silence parce qu’elle pensait que M. Bouillon avait pu rencontrer Claude Poirier finalement.  Elle n’a pas expliqué ce qui avait pu lui laisser croire qu’une telle rencontre avait eu lieu.  En janvier 2011, elle a réalisé que Claude Poirier n’avait pas parlé à M. Bouillon.  Elle a décidé de laisser un message à l’animateur.  Celui-ci l’a rappelée, et l’affaire a fait boule de neige »[5].

En 2013, dans son livre Claude Poirier 10-4 écris en collaboration avec Bernard Tétrault, le célèbre chroniqueur judiciaire Claude Poirier dira qu’à ses yeux cette affaire avait débuté lorsque le nom de Richard Bouillon, suspect numéro un, était sorti publiquement dans les médias.  La mère de Julie avait alors communiqué avec lui pour organiser une rencontre.  « La réunion, à laquelle Bouillon a assisté, s’est déroulée dans un restaurant de la rue Beaubien, coin d’Iberville, dans le nord de Montréal », écrit Poirier.  « Il avait juré sur la tête de sa mère qu’il n’avait rien à voir avec la disparition de Julie Surprenant ».

Par la suite, Bouillon téléphonera régulièrement à Poirier, et ce dernier de préciser que « on a eu l’occasion de se parler à d’innombrables reprises, même quand, arrêté dans une autre affaire, il a été incarcéré au pénitencier de Drummondville.  Il m’a toujours répété qu’il n’avait rien à voir avec l’affaire Surprenant ».

Cette affaire est-elle classée ou demeurera-t-elle un mystère à tout jamais?  Faudrait-il nécessairement la tenue d’un procès pour trancher la question ou disposons-nous de suffisamment d’éléments pour en juger par nous-mêmes?

Laissons plutôt le dernier mot à Claude Poirier : « je reste convaincu qu’il [Bouillon] m’aurait livré ce secret si j’avais pu le voir dans sa chambre-cellule de la Cité-de-la-Santé de Laval, car, lors des nombreuses discussions que j’ai eues avec lui, je le savais tracassé.  Il ne voulait pas faire de peine à sa vieille maman, qui, pendant toute cette affaire, l’a toujours défendu bec et ongles. »

 

 


[1] Dans Les crimes du Québec, livre sans auteur précis publié en 2013, on mentionne l’adresse civique comme étant le 467 alors que dans La Presse du 19 novembre 1999 on souligne qu’il s’agit plutôt du 463.

[2] Dans Les crimes du Québec (2013) il est mentionné de manière erronée que Julie est l’aînée, mais c’est plutôt l’inverse.  La sœur aînée de Julie, Andréanne, était alors âgée de 17 ans et habitait avec son copain à La Plaine.

[3] Si Claude Poirier ne le nomme pas, il s’agit sans doute de l’aumônier Ronald Baulne, car un article de 2008 disait de lui qu’il était l’aumônier de ce pénitencier depuis plusieurs années déjà.  « La Justice réparatrice : pour une meilleure place au pardon », L’Express, 28 novembre 2008, consulté le 16 décembre 2013 : http://www.journalexpress.ca/Faits-divers/2008-11-28/article-1262204/La-Justice-reparatrice-pour-une-meilleure-place-au-pardon/1

[4] Lise Millette, « Marc Bellemare entre dans le dossier Surprenant, des modifications souhaitées aux principes du secret professionnel », Le Nouvelliste, 1-2 octobre 2011.

[5] Christiane Desjardins, « Enquête du coroner sur la mort de Julie Surprenant, Bouillon aurait avoué quatre fois le meurtre », Le Nouvelliste, 14 mars 2012.

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6 thoughts on “Julie Surprenant: affaire classée ou non résolue?

  1. Chaque fois que je vois une photo ou lis un article sur Julie surprenant….ça me ramene à mai 1995….Richard bouillon déménageait en haut…j j’habitais l appartement que Julie et son père ont habités …j étais enceinte….j’ai eu mon bébé 3 semaines après l arrivé de Bouillon…mais le soir de son arrivé… À minuit ou aux alentours de…Lui…il décidait de piocher pour installer un système d alarme….moi..qui dormait déjà presque plus due à ma grossesse…j ouvre ma porte et lui dit avec toute l attitude d une jeune de 20 ans….Heille tu trouve pas qui est assez tard pour cogner de même?…LUI….il me répond…..moi à ta place je rentrerais chez nous pis je fermerait ma gueule.. À cette époque c’était la guerre des motard….et lui Bouillon à cette époque…rien à voir avec l image montré à la télé…il était beau bonhomme…une moto Harley Davidson bourgogne…il partait « travailler » tous les jours chemise et cravate….parcontre en arrivant…transformation…jeans et bandanna sur la tete….mon CHUM de l époque avait fait connaissance avec bouillon…à calmé mon conflic avec lui bref..ça allait…un soir…Bouillon arrive au Shell ou je travaillais….il était venu me chercher pour me ramener chez moi…..et chaque fois…je repense à cette histoire…ça aurait pu être moi….l histoire de Julie me connecté à elle…je ne l’ai pas connu…mais je suis liée à son histoire…

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  2. Avoir écrit mon petit lien avec Julie…je croyais que de cette façon je me serais libére d un poids…un doute…un restant de peur..?ou..je sais pas comment dire….on ne peut pas dire…Fiou…ça m est pas arrive…ça aurait jamais du arriver à Julie non plus…à cause de la charte des droits et libertés…un criminel à droit de vivre en communauté sans avoir à exposer ses crimes surtout ceux à caractères sexuels nul part…il faut que change…et je crois que je vais rester avec ce sentiment de chagrin d avoir quitter cet appartement…je me dis que rien ne serait arrivé…à Julie en tout cas…

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    1. Très touchant votre témoignage. Avoir côtoyer Bouillon d’aussi près doit certainement être assez troublant. En effet, une telle tragédie n’aurait jamais dû arriver à Julie, ni à aucune autre jeune femme, comme c’est pourtant le cas chaque année à travers le monde. En effet, les criminels qui ont purgé leur sentence ont droit, selon notre système, à vivre en toute quiétude et avec le bénéfice du doute. Car notre système est basé sur la croyance en la réhabilitation, ce qui n’empêche toutefois pas, comme on le sait, certains dérapages.

      D’autre part, j’espère que vous ne porterez pas éternellement ce sentiment de culpabilité. Ce n’est certes pas de votre faute. J’ai discuté avec certains proches de victimes, et c’est un sentiment répandu. Pourtant, ces tueurs, quand ils décident de frapper, l’entourage n’y peut rien.

      Je ne connais pas votre prénom pour mieux personnaliser mon message, mais gardez le courage.

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    2. Merci !..en fait..je ne sais pas comment définir mon sentiment dans cette histoire…et après toutes ces années…je croyais qu en écrivant ce que je perçois ou ressent quand on parle de Julie m aurait fait enlever une impression de …doute je crois…vous savez…quand on se répète… Et si j’avais…et si j étais…etc…mais finalement…je crois que ce n’est qu au jour ou Julie sera retrouvée que le point final sera mis à mon lien avec Julie…

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