Jesse James a-t-il été assassiné?

Le corps de Jesse James.  Le célèbre hors-la-loi a été tué le 3 avril 1882 par un jeune homme qu'on désigna par la suite comme un "sale petit lâche", mais ce terme est-il réellement approprié?
Le corps de Jesse James. Le célèbre hors-la-loi a été tué le 3 avril 1882 par un jeune homme qu’on désigna par la suite comme un « sale petit lâche », mais ce terme est-il réellement approprié?

Le célèbre hors-la-loi Jesse James est mort le 3 avril 1882, tiré d’une balle à la tête par un membre de son propre gang.  Ma question ne consiste pas à remettre en cause ce fait historique, mais plutôt de savoir si le terme « assassinat » est vraiment approprié dans les circonstances.

Je m’explique.

En 2007, le film d’Andrew Dominik The Assassination of Jesse James by the coward Robert Ford (L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford), et mettant en vedette Brad Pitt dans le rôle du célèbre desperado, en disait long sur le traitement qu’on réserve encore à cette légende.  Il suffisait de lire le titre pour comprendre.  On ne peut cependant blâmer le cinéaste puisque cette tendance à glorifier un tel bandit perdure depuis 1882, et même au-delà.

Le simple fait de désigner la mort de Jesse James comme un assassinat revient à lui affubler l’étiquette de victime.  Est-ce vraiment le cas?

Une série de braquages débuta en février 1866 sans toutefois qu’on puisse identifier clairement les membres du gang.  Leurs succès se multiplièrent, jusqu’au fiasco de Northfield en 1876, qui conduisit à l’arrestation des trois frères Younger.  Par la suite, le gang ne sera plus jamais le même, ce qui fournit un indice selon lequel les Younger représentaient peut-être le véritable noyau dur du gang.

Frank James, le frère aîné de Jesse, décida d’ailleurs de se ranger à la suite du drame de Northfield.  En 1879, Jesse reformait un gang dont l’efficacité laissa à désirer.  En juillet 1881, ils attaquaient un train à Winston, puis un second en septembre à Blue Cut.  Ces deux braquages survenus au Missouri furent les derniers forfaits du gang.  Selon certains auteurs, il est possible que Frank James ait repris du service, mais uniquement pour ces deux derniers vols.  La fougue de son jeune frère semblait avoir attiré sur lui l’attention des autorités, ce qui l’avait obligé à reprendre les armes.

Après l’attaque de Blue Cut, Frank et sa petite famille mirent le plus de distance possible entre eux et Jesse.  Les choses semblaient ne plus aller entre les deux frères.  Ce n’était d’ailleurs pas la première fois qu’ils se disputaient.  Peu après Blue Cut, d’ailleurs, ils ne devaient plus jamais se revoir.

Les braquages de Winston et de Blue Cut n’avaient rapporté que quelques centaines de dollars, sans oublier qu’à Winston deux employés du chemin de fer avaient été sauvagement abattus.  Déjà là, on serait tenté d’en déduire que Jesse n’était pas un grand leader.  Suite à toutes ces victimes gratuites laissées dans son sillage (je vous épargne les braquages précédents), faudrait-il voir dans sa mort un assassinat?  Or, ce mot semble suggérer une trahison ou une mise à mort injuste.  Fut-ce vraiment le cas?

Le film de Dominik a d’ailleurs respecté l’histoire populaire en cataloguant Robert « Bob » Ford de « sale petit lâche » (little dirty coward).  Bien sûr, un jeune inconnu qui tir sur un célèbre hors-la-loi derrière la tête ne pouvait être qualifié de héros[1].  Mais devait-on le désigner de lâche pour autant?

Le manque d’impartialité de plusieurs auteurs ainsi qu’un refus, conscient ou non, de développer des hypothèses objectives d’après les faits connus ont-ils permis d’entretenir cette idée préconçue qui fausse les interprétations historiques?

En fait, il est probable que Jesse James n’ait jamais été victime d’un assassinat, tout comme Bob Ford ne fut jamais un lâche.  Mais pour comprendre le contexte de cette affaire, il faut se donner la peine de revenir quelques mois en arrière.

Au cours de la première semaine de décembre 1881, Dick Liddil, un membre du gang, arrivait à la résidence que les frères Charlie et Bob Ford partageaient avec leur sœur Martha Bolton, à quelques kilomètres de Richmond, Missouri.  Liddil y passa la nuit.  Le lendemain matin, en descendant de sa chambre pour venir prendre le petit déjeuner, il découvrit la présence de Wood Hite, un autre membre du gang, avec lequel il s’était disputé quelques semaines plus tôt.

Robert "Bob" Ford
Robert « Bob » Ford

En fait, Hite soupçonnait Liddil d’entretenir une liaison avec la jeune épouse de son père.  Selon le propre témoignage que Liddil ferait plus tard, il aurait dit à Hite au cours de ce petit déjeuner de ne pas lui adresser la parole en plus de lui remettre sur le nez cette fausse accusation d’avoir volé 100$ au moment de la répartition du magot récolté à Blue Cut.  Au moment où Hite nia, les deux hommes sortirent leurs revolvers pour ouvrir le feu, l’un sur l’autre.  Hite tira à quatre reprises et Liddil cinq.  Le premier fut touché au bras droit et le second à la cuisse droite.

Liddil était sur le point de sortir son second revolver lorsque Bob Ford intervint en sa faveur, mettant une balle dans la tête de Wood Hite.  Ce dernier agonisa durant une vingtaine de minutes avant de rendre l’âme.  Sa dépouille fut conduite à l’étage pour être enveloppée dans des couvertures à chevaux et enterrée à la hâte près d’un petit ruisseau, à quelques pas de la maison.

Cette affaire comportait cependant un problème majeur : Wood Hite était le cousin de Jesse James.

Bob Ford et Dick Liddil connaissaient le risque encouru si la nouvelle parvenait jusqu’aux oreilles du célèbre hors-la-loi.  En fait, dans un passé récent, Jesse semblait s’être débarrassé d’Ed Miller, un autre membre du groupe, pour des raisons inexpliquées.  De plus, Liddil avait perdu confiance en Jesse James et la réaction de Wood Hite semblait lui donner raison.

Quant à lui, Bob Ford expliquera que le leadership de Jesse était devenu pratiquement inexistant et que les membres de son gang avaient perdu confiance en lui, en particulier pour son attitude tyrannique.  Les frères Ford connaissaient aussi Jim Cummins, dont la sœur Artella avait épousé leur oncle Bill Ford.  Or, Cummins avait apparemment osé remettre en question les raisons données par Jesse concernant la mort d’Ed Miller.  Pour cette bravade, Cummins avait dû fuir pour éviter la mort.

Tout cela fit dire à Bob Ford que les jours de grand banditisme de Jesse James étaient devenus choses du passé.

À la fin de décembre 1881, Jesse James se retrouva à la maison des Ford afin de tenter d’y convaincre Dick Liddil de le suivre dans la planification d’un nouveau hold-up.   Mais Liddil, croyant plutôt que Jesse était en train de lui tendre un piège destiné à lui faire la peau, trouva un prétexte pour ne pas le suivre.

Le 13 janvier 1882, c’est au Saint James Hotel de Kansas City que Bob Ford rencontrait secrètement le Gouverneur du Missouri Thomas T. Crittenden et le Shérif Henry Timberlake du Clay County.  Cette rencontre a-t-elle eu lieu à l’initiative de Ford ou de Crittenden?  On l’Ignore.

Bob Ford devait certainement être motivé par ce risque qui planait au-dessus de sa tête pour avoir refroidi Wood Hite.  Il semble vraisemblable que Crittenden lui ait alors demandé d’assister les hommes de loi à capturer les membres du gang.  Selon Bob Ford lui-même, le gouverneur aurait dit être en mesure d’offrir 10,000$ pour la capture, mort ou vif, des membres du gang.

Dick Liddil
Dick Liddil

Pendant ce temps, Jesse écrivait à son autre cousin Clarence Hite, qui habitait au Kentucky, pour lui annoncer que Liddil était sur le point de les trahir.  Se doutant peut-être de quelque chose, Jesse suggéra à Clarence de quitter sa demeure pour aller se réfugier quelque part.  Souffrant d’une tuberculose qui allait l’emporter l’année suivante, Clarence préféra cependant demeurer chez lui.

Le 24 janvier 1882, Dick Liddil se rendait volontairement aux autorités.  Le 11 février, trois hommes de loi, dont Enos Craig et Henry Timberlake, se présentèrent chez Clarence Hite en compagnie de Liddil.  Ils fouillèrent la résidence avant de repartir avec Clarence, les menottes aux poings.  Sans autorisation d’extradition, on l’amena à Kansas City pour l’accuser de vol.

Une rumeur voulut alors que Jesse ait manifesté le souhait d’adopter un rythme de vie honnête, mais Charlie Ford témoignera l’avoir entendu parler de son désir de mener une vie de bandit
jusqu’à sa mort.  George T. Hite, un autre cousin, expliqua pour sa part que Jesse souhaitait changer mais, croyant que personne ne lui donnerait sa chance dans un domaine respectable, il s’était résigné à sa destinée de criminel.  Bref, à ce stade, on ne croyait plus en sa réhabilitation.

Vers le 10 ou 12 mars, Jesse James et Charlie Ford explorèrent la région de l’est du Kansas dans le but de planifier un braquage.  C’est au cours de cette expédition que Jesse aurait demandé à Charlie s’il connaissait quelqu’un pour compléter l’équipe, et ce dernier proposa son frère cadet.  Jesse en était donc réduit à recruter des inconnus au potentiel non-évalué.  Car il ne faut pas se leurrer; avant le fiasco de 1876 les membres du gang, selon toute vraisemblance, avaient tous été d’anciens guérilleros sudistes qui avaient appris à combattre ensemble durant la Guerre de Sécession.  Les vétérans de toutes les guerres vous le diront : ces combats créent des liens uniques entre les soldats.  Pour ceux-ci, cela avait fini par leur servir au retour de leur vie civil pour braquer des banques et des trains.

Jesse James était-il devenu mégalomane à ce point de recruter n’importe qui pour continuer à jouir de l’attention des journaux?

À leur retour du Kansas, Jesse et Charlie prirent Bob Ford avec eux, après quoi le trio se dirigea vers la ferme James-Samuel près de Kearney, là où Jesse avait vu le jour en 1847.  D’ailleurs, sa mère Zerelda y vivait toujours avec son troisième mari, le Dr Samuel.

Selon l’auteur Ted P. Yeatman, une sommité en la matière, Bob Ford s’était entendu avec le Shérif Timberlake pour que ce dernier jouisse d’une vue imprenable sur la ferme, question de préparer une intervention policière visant à arrêter Jesse James une bonne fois pour toute.  Malheureusement, la température tourna au vinaigre et le shérif dut quitter sa position juste avant l’arrivée de Jesse et des frères Ford.

Cette tactique, bien qu’elle ait échouée, est fascinante en soit car elle démontre qu’un plan avait été préparé dans le seul but de procéder à l’arrestation de Jesse James.  Quelle qu’ait été l’entente entre Ford et le gouverneur, on avait donc tenté à au moins une reprise de planifier une arrestation.  Par conséquent, l’utilisation du terme « assassinat » pour ce qui allait suivre perd soudainement de sa légitimité.  Ce qui est sûr, c’est que le plan initial ne prévoyait pas un assassinat, d’autant plus que le gouverneur autorisait le paiement d’une récompense pour un criminel « mort ou vif ».

Avant de quitter la ferme James-Samuel, Bob Ford aurait réussi à transmettre un message à sa sœur, disant que si personne n’entendait parler de lui après dix jours on devrait le considérer mort.  C’est donc dire que Ford sentait la pression monter au sein de sa mission secrète.

Tout indique que Jesse n’avait toujours pas été mis au courant de la mort de son cousin Wood Hite ni de l’arrestation de Dick Liddil.  Mais ce n’était qu’une question de temps.  Les frères Ford le savaient.  Chaque journée supplémentaire passée en compagnie de Jesse devenait pour eux une situation de plus en plus lourde.  Quand auraient-ils une autre occasion de contacter le Shérif Timberlake ou un autre homme de loi pour planifier une arrestation sécuritaire?  Et quelles étaient exactement les clauses de l’entente conclue avec le Gouverneur Crittenden?

Wood Hite
Wood Hite

Juste avant le départ de son fils, Zerelda lui aurait partagé son sentiment selon lequel elle n’aimait pas l’allure des frères Ford.  Elle conseilla à son fils de faire attention.  Malgré cela, elle ne devait plus jamais le revoir vivant.  Même averti par sa mère, Jesse fut incapable de prévoir ce qui l’attendait.

Le 2 avril 1882, dans la maison que possédait Jesse à St-Joseph, Missouri, Bob Ford lui lut un article de journal prédisant sa capture imminente.  Le hors-la-loi rigola avant d’ajouter qu’il finirait bien par disparaître mais pas avant de faire trembler le pays encore une ou deux fois.

Au matin du 3 avril, Jesse remarqua dans le journal la présence d’un article annonçant enfin l’arrestation de Dick Liddil.  Zee James, son épouse, racontera plus tard que son mari s’était alors exclamée en disant que Dick était un traître et qu’on devait le pendre.  On devine assez facilement la nervosité ressenti par les frères Ford.

Il est clair qu’en cet instant précis leur position devenait extrêmement délicate.  D’une minute à l’autre, Jesse pouvait faire le dernier lien du puzzle, ce qui serait pour eux une catastrophe; une condamnation à mort.  Bref, ils se retrouvaient devant un dilemme.  Après une tentative d’arrestation ratée, ils avaient perdu tout contact avec Timberlake ou tout autre homme de loi.  Devaient-ils prendre le risque de courir au bureau d’un shérif qu’ils ne connaissaient pas à St-Joseph ou alors se charger eux-mêmes de la sale besogne pour se sortir du pétrin?

Après tout, l’expression « mort ou vif » dans l’offre du gouverneur prenait tout son sens.

Après le déjeuner, les trois hommes se dirigèrent à l’écurie pour nourrir et nettoyer les chevaux.  De retour dans la maison, Jesse se plaignit de la chaleur et retira son manteau pour le déposer sur le lit, exposant ainsi les armes qu’il portait sous ses bras.  En ouvrant la porte, il s’exclama sur le fait que des passants risquaient d’apercevoir ses revolvers, alors il les retira également.

Plusieurs interprétèrent ce geste comme une résignation de la part de Jesse, ce qui voudrait dire qu’il connaissait la position de ses deux invités.  Et si tel était le cas, il faudrait donc comprendre que le hors-la-loi était devenu suicidaire.  Or, aucun indice historique ne peut appuyer cette position.

Certains de ses admirateurs auront certainement du mal à l’admettre, mais il semble que le célèbre bandit ne se soit douté de rien.

Comme le veut la version officielle, Jesse se serait ensuite dirigé vers un cadre accroché au mur pour l’épousseter, tournant ainsi le dos aux Ford.  « J’ai cligné de l’œil à mon frère et nous avons tous deux sortis nos revolvers mais lui, mon frère, fut un peu plus rapide et a tiré le premier », expliquera Charlie Ford.  « J’avais le doigt sur la détente et sur le point de tirer mais j’ai vu que son coup était fatal et je n’ai pas tiré.  Il [Jesse] nous a entendus armer nos revolvers et était sur le point de se retourner.  La balle l’a atteint à l’arrière de la tête et il s’est écroulé ».

Lorsque Zee se précipita dans la pièce après avoir entendu la détonation, les frères Ford mentirent en disant qu’il s’agissait d’un accident.  Elle n’y crut évidemment pas.  Les Ford coururent alors jusqu’au bureau du télégraphe pour communiquer la nouvelle au Gouverneur Crittenden, au Shérif Timberlake et au Commissaire Craig.  Bob et Charlie eurent également l’occasion d’utiliser cette nouvelle invention qu’on appelait le téléphone afin de transmettre l’information au marshal municipal Enos Craig.

Peut-on véritablement parler d’assassinat?

Bob Ford a-t-il été un lâche?

Évidemment, le fait que Jesse James comptait plus d’admirateurs que son assassin joua dans la balance.  Mais il faudrait aussi connaître tous les détails de l’entente entre Bob Ford et le Gouverneur Crittenden, chose devenue impossible.  En revanche, on se doute bien que l’intention première de ce qu’on pourrait appeler une infiltration n’était pas de l’assassiner mais plutôt de le capturer.  Si on avait vraiment voulu l’abattre, n’aurait-on pas déployé des moyens plus importants?  Et les frères Ford avaient également eu plus d’une occasion de l’abattre avant ce matin du 3 avril.

Avec la sortie de la nouvelle de l’arrestation de Dick Liddil ce matin-là, les frères Ford n’avaient plus beaucoup d’options.  Soit ils éliminaient le problème à la source, comme ils l’ont fait, ou alors ils prenaient le risque de s’enfuir.  Dans ce dernier cas, Jesse aurait redoublé de prudence en plus de disparaître une fois de plus aux yeux des autorités, sans compter qu’il aurait certainement tenté de les retracer pour les éliminer.

Les frères Ford furent d’abord mis en état d’arrestation et accusés de meurtre.  La controverse sur la possibilité de l’assassinat s’éveilla dès l’enquête du coroner.  Les Ford y mentionnèrent le fait que le Gouverneur Crittenden avait sanctionné l’idée d’éliminer le hors-la-loi.  En fait, il est pratiquement impossible de savoir précisément les paroles qui ont été échangées au Saint James Hotel en janvier 1882.  Crittenden maintint toute sa vie qu’il n’avait jamais promis de récompense pour la capture des frères James.  Pour sa part, alors qu’il faisait face à une accusation de meurtre, Bob Ford rappela qu’il avait agis en croyant au choix qu’il avait de le ramener « mort ou vif ».  C’est le discours qu’il tint à la fois devant le coroner et les journalistes.

Juste ou pas, Crittenden fut marqué à vie par la collusion entourant la mort de Jesse James.  Devant la presse, il ne démontra aucun regret, rappelant que les futures attaques prévues par Jesse, comme celle de Platte City, auraient pu allonger la liste des victimes.  Bref, on fit comprendre de manière indirecte qu’il fallait mettre un terme à cette trop longue carrière criminelle.

Les éditoriaux à travers le pays furent plutôt partagés.  Bref, la nouvelle alimenta la presse durant deux mois.

Le corps de Wood Hite fut exhumé et Bob Ford encore accusé de meurtre.  Cependant, un appui inattendu arriva depuis le bureau des de l’agence des détectives Pinkerton en Illinois.  La célèbre agence qualifia Bob Ford d’homme ayant « rendu un énorme service à son pays en tuant le pire hors-la-loi connu de l’histoire contemporaine ».  En fait, les Pinkerton demandaient ni plus ni moins au Gouverneur Crittenden d’accorder un pardon inconditionnel à ce « jeune et noble héros ».

Le 17 avril 1882, les deux frères furent officiellement accusés de meurtre au premier degré.  Ils plaidèrent coupables.  Le juge Sherman les condamna à être transférés à la prison de comté pour qu’on procède à leur pendaison le 19 mai.  Mais le jour même, le Gouverneur Crittenden leur accorda un pardon inconditionnel.  Bob Ford sera cependant arrêté de nouveau pour être conduit dans le Ray County afin de répondre du meurtre de Wood Hite.  Il sera libéré sur caution et, à l’automne, sera acquitté à la suite d’un procès sensationnel.

S’ils avaient cru un instant avoir droit à de la reconnaissance pour avoir débarrassé la société d’un criminel aussi redouté, les Ford auraient-ils agit autrement?  Quoi qu’il en soit, les deux frères firent une tournée des villes pour jouer sur scène le dernier acte de la vie de Jesse James.  Plusieurs virent en eux des profiteurs mal intentionnés.  Mais en considérant qu’ils n’ont touché aucun dollar de la récompense, on pourrait alors mieux comprendre qu’ils aient profité durant une brève période de cette popularité entourant la mort d’un aussi célèbre personnage.

Peu de temps après, Charlie Ford se suicida en se tirant une balle en pleine poitrine.  Encore une fois, plusieurs personnes ont vu dans ce geste un profond regret pour sa complicité à la lâcheté de son frère.  Or, Charlie souffrait plutôt d’une violente tuberculose.  La théorie la plus vraisemblable est qu’il se soit enlevé la vie pour éviter une agonie atroce.

Bob Ford trouvera la mort dans la petite ville de Creede, au Colorado, le 8 juin 1892, froidement abattu par un ivrogne armé d’un fusil tronçonné.  Encore une fois, les amoureux inconditionnels de Jesse James verront dans cette mort une vengeance ultime pour un acte de lâcheté, alors qu’en réalité ce ne fut qu’une dispute de bar.

La mort de Jesse James devint une véritable occasion d’affaire, si bien qu’on vendit plusieurs photos de son cadavre et des objets de sa maison.  Zee James et sa belle-mère Zerelda acceptèrent de collaborer au livre du mystérieux Frank Triplett intitulé The Life, Times and Treacherous Death of Jesse James, un choix qu’elles regrettèrent rapidement.  Il apparut que le contenu du livre, rassemblé en quelques semaines à peine, véhiculait de vieilles rumeurs à propos du gang.

Ce ne sera là que l’un des nombreux livres erronés permettant d’amplifier l’idée négative que l’Amérique entière allait se forger de Bob Ford.  Certes, il serait tout aussi malhonnête de voir l’action de Ford comme de la légitime défense, mais en demeurant objectif je crois que le terme d’assassinat est exagéré, tout comme celui de « sale petit lâche ».


[1] Il semble que cette tendance s’applique aussi à d’autres grands criminels dont la carrière s’est terminée de manière tragique.  Il suffit de penser à John Dellinger, Bonnie et Clyde, les Dalton, Jacques Mesrine, Jean-Paul Mercier, Richard Blass et plusieurs autres.  On se rappelle d’eux, mais certainement beaucoup moins des tireurs qui les ont mis hors d’état de nuire.

Publicités

One thought on “Jesse James a-t-il été assassiné?

  1. à noter que le film d’Andrew Dominik The Assassination of Jesse James by the coward Robert Ford (2007) reprend très exactement le titre (un brin satirique, me semble-t-il) du roman de Ron Hansen (1983), roman qui ne fait pas de Jesse James un personnage particulièrement charismatique ou même sympathique, ni de Bob Ford un traître répugnant… C’est le genre de privautés que se permettent les metteurs en scène.

    J'aime

Postez votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s