Billy the Kid, pensionnaire chez Belle Starr?

Selon l'auteur Glenn Shirley, cette photo de Myra Maybelle Shirley aurait été prise à l'époque de son mariage avec Jim Reed en 1866.
Selon l’auteur Glenn Shirley, cette photo de Myra Maybelle Shirley aurait été prise à l’époque de son mariage avec Jim Reed en 1866.

C’est par une voix non-officielle de l’Histoire que cette idée apparut pour la première fois, par la bouche d’un vieil homme du nom de William H. « Brushy Bill » Roberts.  En 1949, celui-ci prétendait être le célèbre hors-la-loi Billy the Kid alors que l’histoire populaire le disait mort depuis 1881.

Roberts, qui aurait pu se contenter de répéter les vieilles histoires déjà assimilées par l’ensemble de la population, étonna en affirmant des choses que personne n’avait encore pu imaginer jusque-là.

Faut-il le croire quand il affirme avoir connu des célébrités du Far West comme Belle Starr, ainsi que les frères James et Younger?

Plus de six décennies après la mort de Roberts, je ne connais aucun auteur sérieux qui ait pris la peine de s’attaquer objectivement à cette question dans le but d’en vérifier l’authenticité.  Alors je me suis dit qu’il était temps d’ouvrir une enquête historique et d’étudier cette affirmation d’un peu plus près.

En racontant son enfance, il dira avoir séjourné chez son père, qui lui montra à dresser des chevaux.  Mais la relation tourna au vinaigre, au point où le garçon de 14 ans fut violemment battu par ce père caractériel.  Rétabli de ses blessures, il prit la fuite pour ne plus jamais le revoir.  C’était en mai 1874, dira-t-il.

À partir de là, Roberts dit s’être rendu sur le Territoire Indien (Oklahoma) en empruntant la « Chittem Trail » tout en accompagnant un troupeau de bétail qu’il aurait quitté dans un village du nom de Briartown.  Voici comment il détaillait son aventure :

« J’ai quitté ce troupeau à Briartown.  Comme je me pressais le long de la route, un gros bonhomme sombre et distingué sur un cheval bai est venu en lançant subitement : « où vas-tu, garçon? »  J’ai pu voir qu’il ne fallait pas que je lui raconte des mensonges, alors je lui ai dis très brusquement : « Je me suis sauvé de chez moi. »  Et je lui ai expliqué pourquoi.  Il a dit : « grimpes, mon gars, tu peux venir rester avec moi. »  Mais je pensais que c’était la prison qui m’attendait.  […]  Vous pouvez être certain que le reste de cette nuit-là je pensais que j’irais en prison le jour suivant. »

« Mais tôt le lendemain matin, à ma très grande surprise, j’ai découvert que je me retrouvais entre les mains de Belle Reed, plus tard connue comme Belle Starr, la grande hors-la-loi.  Elle m’a dit très clairement ce que j’avais à faire.  Je devais aller en haut d’une montagne sur laquelle on avait une vue sur les environs, avec une paire de jumelles, et être une sentinelle ou un garde pour elle.  Mes instructions étaient que si je voyais un homme ou un cavalier s’approcher, je soufflais un coup dans un clairon.  Ou si deux hommes approchaient, je soufflais deux coups, et ainsi de suite.  Et elle, Belle, se chargerait du reste. »

« Mon travail était en général celui de garçon de corvée autour de la propriété.  Ils étaient partis la plupart du temps, ne laissant personne d’autre sur place que Tante Ann, la cuisinière de race noire, et moi.  Je prenais un cheval de bât et j’allais au village pour les provisions et leurs munitions.  Durant le temps que j’étais là, j’ai rencontré tous les hors-la-loi du territoire.  Ça semblait être un refuge pour les hors-la-loi.  J’ai fait connaissance avec les frères James et Younger, la bande de Joe Shaw, Rube Burrow et Jim Burrow et leur bande.  Je les ai vu ramener des sacs d’argent et les jeter sur le lit et Belle faisait le compte en disant : « Voici votre part et voici ma part. »  Deux hommes étaient assis juste là en tenant leurs revolvers [pour monter la garde].  Une fois, un hors-la-loi m’a ordonné de seller son cheval en me parlant très durement, et Belle l’a surpris.  Elle lui a dit que j’étais son gamin et qu’elle me protégerait.  Elle lui a dit de seller son cheval lui-même et qu’il devait partir par le chemin le plus court, qu’elle inscrirait son nom sur sa liste.  Elle a dit : « Blackie, tiens-toi loin de ce garçon ou je te ferai éclater le crâne. » »

En 1950, William H. "Brushy Bill" Roberts sortait de l'ombre pour affirmer être Billy the Kid, que tout le monde croyait mort depuis 1881.  Plutôt que de s'en tenir aux versions officielles, il fit quelques révélations surprenantes qui, plus de 60 ans plus tard, continuent de mystifier les historiens.
En 1950, William H. « Brushy Bill » Roberts sortait de l’ombre pour affirmer être Billy the Kid, que tout le monde croyait mort depuis 1881. Plutôt que de s’en tenir aux versions officielles, il fit quelques révélations surprenantes qui, plus de 60 ans plus tard, continuent de mystifier les historiens.

« Dans ma pratique, Belle a découvert que j’étais un bon tireur avec une carabine ou un revolver et elle m’a offert d’être son bras droit.  J’ai refusé cette offre car je lui ai dit que je ne voulais pas devenir un hors-la-loi.  Elle a vu qu’elle ne pouvait pas faire de moi un hors-la-loi alors elle m’a dit que quand je serais prêt je pourrais partir.  Après trois mois, elle m’a donné de beaux vêtements et cinquante dollars en argent, en me disant : « Texas Kid, tu peux revenir en tout temps, tu as une maison avec moi. »  Elle m’a transporté à environ un mile du village et m’a laissé là. »

Devant un récit aussi riche, devrait-on pencher en faveur d’une histoire vraie ou d’une imagination fertile?

Pour le savoir, il est important de revisiter chaque détail de cette déclaration.

Tout d’abord, ce qui apparaît comme la « Chittem Trail » dans le livre publié en 1955[1] sur les propos de Roberts devait certainement être la Chisholm Trail, une piste empruntée par les convois de bétail de l’époque et qui traversait le Territoire Indien depuis le Kansas jusqu’au cœur du Texas.  Cette erreur d’orthographe peut venir du fait que les propos de Roberts rapportés dans ce livre prenaient leur source principalement de bandes magnétiques ayant immortalisés la voix du vieil homme.  Ainsi, toute transcription contient sa marge d’erreur sur la prononciation versus l’orthographe.

Si un imposteur avait voulu se faire passer pour Billy the Kid, n’aurait-il pas versé dans la facilité en désignant son hôte comme Belle Starr, c’est-à-dire le nom sous lequel elle était devenue une légende?  Plutôt que de tomber dans ce piège, Roberts se montra précis en la désignant sous le véritable nom qu’elle portait en 1874.

Jusqu’ici, sa théorie tient donc la route.

Selon l’auteur Glenn Shirley[2], Myra Maybelle Shirley a vu le jour le 5 février 1848 au Missouri.  Quelques années plus tard, son père vendait la ferme familiale pour aller s’occuper d’un hôtel à Carthage.  La jeune fille, qu’on appelait à l’époque Myra, développa son talent musical grâce au piano installé dans l’hôtel.  En juin 1864, son frère aîné Bud était tué à Sarcoxie par des miliciens nordistes.  Peu après, la famille s’installait près de la ville de Scyene, au Texas, pour tenter de fuir les atrocités de la Guerre de Sécession.  Vers la même époque, la famille Reed, que les Shirley avaient connus au Missouri, les rejoignait près de Scyene.  Jim Reed, qui s’était battu en tant que guérillero sudiste au côté de certains hommes comme les James et les Younger, épousa Myra en 1866.  Le couple eut deux enfants, une fille et un garçon.

Mais en 1868 et 1869 Jim Reed se montra de plus en plus absent, au point de commencer à fréquenter Tom Starr, un Indien Cherokee au passé violent dont le ranch était reconnu comme refuge pour les criminels.  En novembre 1873, Reed vola 30,000$ à un vieil homme du nom de Grayson qui cachait sa fortune dans son sous-sol.  En février 1874, il séduisait une jeune fille du nom de Rosa McCommas, avec qui il partit s’installer à San Antonio.  C’est avec deux complices qu’il attaqua ensuite une diligence le 7 avril.  Jim Reed fut finalement abattu le 6 août 1874 en résistant à son arrestation.  À cette date, selon les propos de Roberts, Billy avait quitté le ranch de Belle Reed depuis quelques semaines.

Roberts ne fait aucune mention de Jim Reed dans son témoignage et on comprend pourquoi avec cette brève chronologie historique.  De février 1874 jusqu’à sa mort le 6 août suivant, rien n’indique que Jim Reed ait revu son épouse.  Au cours de cette période, il était soit en cavale ou dans les bras de sa jeune conquête.

On comprend aussi du témoignage de Roberts qu’il aurait été hébergé sur ce ranch de mai à juillet 1874.  À cette époque précise, Belle possédait-elle vraiment un ranch à proximité d’un soi-disant village appelé Briartown?

Selon l’auteur Glenn Shirley, biographe de Belle Starr, il y a une possibilité pour que la famille Shirley ait franchi, lors de son déménagement de 1864, la Canadian River à un point connu sous le nom de Briartown-Eufaula Trail, près d’une petite localité nommée Whitefield.  En fait, le traversier se situait à 9,6 km (6 milles) seulement de la cabane habité par Tom Starr, le futur beau-père de Myra Maybelle Shirley.

Tom Starr s’était installé à cet endroit suite à un traité de paix accordé dans les années 1840 après une violente guerre ayant opposé deux factions, dont celle de la famille Starr.  Selon Glenn Shirley, Tom Starr habitait à l’ouest de l’Arkansas River près de Briartown, dans le Muskogee County.  Il avait accueilli chez lui les Younger à quelques reprises, si bien qu’il baptisa sa propriété du nom de Younger’s Bend.

ScreenHunter_01 Jan. 30 23.32De nos jours, Briartown apparaît toujours sur la carte à quelques kilomètres au nord de Whitefield, dans le Muskogee County, en Oklahoma.  L’endroit se situe à une centaine de kilomètres à l’est d’Oklahoma City.  Par conséquent, le ranch de Tom Starr, c’est-à-dire le Younger’s Bend, devient un excellent candidat à notre enquête visant à situer géographiquement le ranch sur lequel Roberts affirmait avoir été hébergé.  D’ailleurs, Tom Starr était reconnu pour être un personnage sombre et mesurant 6 pieds et 5 pouces (1,95 m).  Glenn Shirley le décrivait également comme une force de la nature.  Que dire alors de ce mystérieux « gros bonhomme sombre et distingué » qui est venu à la rencontre du jeune Roberts près de Briartown?  Après tout, ne lui avait-il pas dit « tu as un endroit pour habiter avec moi »?

Si tel était vraiment le cas, l’hypothèse la plus plausible serait qu’il ait rencontré Tom Starr en personne et que ce dernier l’aurait tout simplement conduit chez lui, à Younger’s Bend.  Après tout, Roberts n’a jamais dit que le ranch visité appartenait à Belle Reed, mais plutôt qu’il avait été confié à elle.

Reste à savoir si Belle Reed logeait chez Tom Starr entre mai et juillet 1874.

Mariée à Jim Reed le 1er novembre 1866, Myra Maybelle avait donné naissance à une fille nommée Rosie Lee (alias Pearl) avant de retourner vivre au Missouri pour aider sa belle-mère sur les travaux de la ferme.  Selon Glenn Shirley, après que son mari eut été accusé d’un meurtre, Myra dut le suivre dans sa cavale jusqu’à Los Angeles, en Californie.  C’est d’ailleurs là-bas, le 22 février 1871, qu’elle donna naissance à son deuxième et dernier enfant, un fils baptisé James Edwin Reed.  En mars, Jim fut soupçonné de contrefaçon.  L’enquête ouverte à ce sujet permit de découvrir qu’il était recherché pour meurtre au Texas.  Encore une fois, Jim plia bagages et rentra au Texas à dos de cheval, tandis que son épouse fit le trajet à bord d’une diligence en compagnie des enfants.

 

Aperçu de la région de Briartown, Oklahoma (photo: Google Earth)
Aperçu de la région de Briartown, Oklahoma (photo: Google Earth)

Cole Younger écrivit dans son autobiographie qu’en 1871 il conduisait lui-même du bétail au Texas lorsque le couple Reed, accompagné de leurs deux enfants, était revenu dans la région de Scyene, à quelques pas de Dallas.  Cole expliqua que la mère de Belle lui avait demandé de plaider auprès de son mari, John Shirley, pour que ce dernier accepte de céder au jeune couple une partie de sa terre afin de les aider à s’installer.  Cole aurait réussi à convaincre John Shirley de leur céder cette portion de terre.  De plus, Younger dira avoir donné au couple Reed les bouvillons d’un de ses troupeaux afin de leur offrir un coup de pouce à démarrer leur propre élevage.

Selon le Dallas Commercial du 10 août 1874, le ranch des Reed était situé sur Coon Creek, dans le Bosque County, Texas.  Coïncidence ou pas, la frontière de ce comté est située, encore aujourd’hui, à quelques pas seulement de la ville de Hico, là où Brushy Bill Roberts s’est éteint le 27 décembre 1950.

De 1871 jusqu’à ce qu’elle vende la propriété vers 1876, Belle habitait donc près de Scyene.  Or, cette propriété était située à 200 km au sud-ouest de Briartown, ce qui en fait automatiquement un choix beaucoup moins intéressant pour corroborer la version de Roberts.  D’ailleurs, rien ne prouve que ce ranch de Scyene ou de Coon Creek ait servi à accueillir des criminels de tout acabit.  Avec ses parents comme voisins, il aurait pu être gênant pour elle d’héberger des voyous.

Selon certains auteurs peu crédibles, Belle Reed aurait commencé à chevaucher avec des bandes de hors-la-loi comme les frères James et Younger au début des années 1870.  Toutefois, rien ne corrobore ces récits loufoques.  La vérité se rapprocherait davantage du fait qu’elle mena plutôt une vie paisible, du moins avant 1880.  En revanche, une vie paisible n’empêche pas de fréquenter des personnages peu recommandables.  Comme elle le dira elle-même dans une lettre écrite quelques années plus tard, Belle détestait le fait de se retrouver dans des cercles sociaux féminins, un milieu qu’elle considérait particulièrement ennuyeux.  Bref, elle préférait la compagnie masculine.

Si le ranch des Reed près de Scyene était situé trop loin de Briartown pour être un candidat intéressant, se pourrait-il alors que Belle se soit retrouvée chez Tom Starr en mai 1874?  Après tout, son mari l’avait abandonné depuis février.  Peut-être faut-il envisager la possibilité qu’elle se soit alors transporté jusqu’à Younger’s Bend pour s’y sentir moins seul malgré son envie d’isolement.  Si l’Histoire ne confirme pas sa présence à Younger’s Bend pour cette période, on est tout aussi incapable de la placer à Scyene.

Le 23 mai 1874, Jim Reed et ses complices échappaient de peu à leur arrestation dans le Collin County.  Le 13 juillet, ils s’introduisirent chez un certain William Harnage, un résidant de la Nation Cherokee, pour lui dérober quelques milliers de dollars.  Dans une lettre daté du 16 juillet 1874, l’agent aux affaires indiennes John B. Jones suggéra au marshal fédéral de Fort Gibson d’envoyer « une autre troupe à Briartown pour les attraper là car c’est là qu’ils doivent aller.  On croit qu’ils se réfugient chez Tom Starr et son fils Tuckey ».

Officiellement, cette maison, qui faisait partie du ranch surnommé Younger's Bend, fut habitée par Belle Starr à partir de 1880.  Il se pourrait bien qu'elle l'air cependant habitée en 1874.  À gauche, on constate la présence d'une cuisine d'été et à droite une rallonge accommodant les criminels qu'elle avait l'habitude de recueillir chez elle.  On ignore cependant la date de cette photo.
Officiellement, cette maison, qui faisait partie du ranch surnommé Younger’s Bend, fut habitée par Belle Starr à partir de 1880. Il se pourrait bien qu’elle l’air cependant habitée en 1874. À gauche, on constate la présence d’une cuisine d’été et à droite une rallonge accommodant les criminels qu’elle avait l’habitude de recueillir chez elle. On ignore cependant la date de cette photo.

Le fait que la bande de Jim Reed se trouvait à Younger’s Bend en juillet pourrait expliquer cet argent que Roberts aurait vu sur un lit et dont la répartition se serait fait sous la bienveillante supervision de Belle.  Cet argent dont aurait été témoin Roberts était-il celui volé à Harnage?  Et pourquoi Belle aurait-elle exigé sa part du gâteau?  Pour garantir son silence?

Peu après le signalement de John B. Jones, le ranch de Tom Starr fut encerclé par les autorités, sans qu’on parvienne toutefois à arrêter qui que ce soit.  Roberts n’a jamais parlé d’une telle intervention policière.  Peut-être a-t-il oublié de le mentionner ou alors il avait déjà quitté les lieux à ce moment-là.

Non seulement la théorie de Roberts tient toujours la route, mais les appuis semblent de plus en plus solides.

Le 26 septembre 1874, l’un des deux complices de Reed, W. D. Wilder, fut arrêté à Coon Creek, dans le Bosque County.  Lors de cette arrestation, la femme qui accompagnait Wilder donna du fil à retorde aux représentants de la loi, au point où un journal écrivit qu’elle « s’est battu avec la fureur d’une tigresse ».  Belle n’était donc pas la seule femme de l’Ouest à apprécier la compagnie des voyous, tout en détestant les hommes qui portaient l’insigne.

Le 16 décembre 1875, Myra Maybelle Reed enregistra une déclaration sous serment à l’effet qu’elle habitait toujours sur le ranch de Scyene, affirmant que son défunt mari avait séjourné, avec ses complices Wilder et Dickens, sur ce même ranch juste avant de quitter vers le 16 novembre 1873 pour aller commettre leur forfait chez Grayson.  Environ deux jours plus tard, dit-elle, les trois voleurs seraient revenus camper à proximité et Reed se serait arrangé pour faire parvenir un  message à sa femme, lui demandant de venir les retrouver.  Après les avoir rejoint dans les bois, elle fut témoin de l’existence du magot évaluée à 32,000$ qui, sous ses yeux, fut répartis en trois parts égales.  Cette déclaration ne précise cependant pas pourquoi les voleurs ont insisté pour diviser cette petite fortune en sa présence.

Par ce document, on retient qu’en novembre 1873 et en décembre 1875 Belle se trouvait sur le ranch de Scyene.  En revanche, rien ne prouve qu’entre ces deux dates elle y soit constamment demeurée.

Le 5 juin 1880, Belle épousait Sam Starr, l’un des fils de Tom Starr.  Sam était âgé de 23 ans, tandis que Belle en avait 32[3].  C’est à partir de cette date qu’elle sera affublée de son célèbre surnom en plus de s’installer en permanence sur le ranch Younger’s Bend, situé entre Briartown et Whitefield, deux villages séparés de quelques kilomètres seulement.  L’endroit n’était accessible qu’à dos de cheval via un étroit passage dans les canyons.  L’auteur Glenn Shirley parle également d’une région marquée par des collines.

C’était un endroit idéal pour cette femme qui, dégoûtée de ses fréquentations féminines, souhaitait se retirer du monde et mener une vie tranquille.  C’est d’ailleurs ce qu’elle écrivit dans une lettre qui est parvenu jusqu’à nous.  Cet isolement pourrait être à l’origine des rumeurs qui ont fait d’elle une héroïne plus grande que nature.  De plus, elle écrivit sa fierté d’avoir hébergé Jesse James durant « plusieurs semaines ».  Le fait que Sam Starr aurait appris l’identité de leur invité seulement plus tard aurait tendance à démontrer que Belle exerçait un certain contrôle de la propriété.  Malheureusement, la lettre de Belle Starr n’est pas datée, ce qui nous empêche de situer dans le temps la visite de Jesse James.

Brushy Bill Roberts affirmera être revenu dans la région du Territoire Indien vers la fin des années 1880, mais il ne dira mot à savoir s’il avait eu la chance de revoir celle qui lui avait offert un toit au cours de cette année de 1874.  Après s’être remariée une troisième fois après la mort tragique de Sam, Belle Starr fut assassinée le long de la Canadian River en février 1889 dans des circonstances qui restent encore nébuleuses.

Glenn Shirley révéla dans son livre de 1982 l’existence d’une rumeur populaire plutôt étonnante : « Une histoire populaire s’est perpétué par les journaux à savoir comment Belle et son gang pouvaient fondre sur les colporteurs ou les voyageurs qui traversaient la Nation Cherokee.  Belle postait supposément ses desperados sur une colline dénudée à un mille [1,6 km] au sud-est de ce qui est aujourd’hui Inola, à l’endroit qu’on appel maintenant Belle’s Mound en Oklahoma.  Cette bosse sans arbre s’élevait de plusieurs centaines de pieds au-dessus de la prairie et un labyrinthe de ravins en brosse [brushy gulches].  À son sommet se trouvait une tour de pierre que le gang utilisait pour la surveillance »[4].

Au moment d’écrire ces lignes en 1982, Shirley précisait que la tour de pierre s’était effritée par le temps mais que les touristes pouvaient en retrouver certains vestiges, en plus d’apprécier la vue que ce perchoir pouvait offrir sur les environs.  Comment ne pas faire corroborer ce fait avec l’histoire de Roberts, qui se postait sur une colline à la demande de Belle pour annoncer l’approche d’intrus à l’aide d’un clairon?

Avant que Roberts ne sorte de l’ombre en 1950, l’existence de cette colline avait fait l’objet de deux articles dans le Tulsa World, une première fois le 20 août 1933 et encore le 3 février 1936.  Roberts s’était-il inspiré de ces deux articles pour embellir son souvenir?

Ça semble peu probable, d’autant plus qu’il a fourni d’autres détails étonnants prouvant qu’il connaissait la région ainsi que l’époque.  Pour donner tous ces détails, qui s’emboîtent assez bien dans les faits historiques, il lui aurait fallu réaliser une recherche très élaborée sur plusieurs plans et retenir le tout sur le bout de ses doigts.

Il ne reste plus qu’à situer dans le temps les allés et venus des hors-la-loi énumérés dans son témoignage.

Reuben "Rube" Burrow
Reuben « Rube » Burrow

S’il m’a été impossible jusqu’à maintenant de retrouver la moindre trace d’un dénommé Joe Shaw ou de ce mystérieux Blackie, il en va autrement de Burrow.  Reuben « Rube » Burrow est né le 11 décembre 1854.  En 1872, alors âgé de 17 ans, il quittait son Alabama natale pour partir vers le Texas.  Là-bas, un oncle lui aurait appris le métier de cow-boy avant d’obtenir son propre ranch dans la région de Fort Worth.  Bien qu’il semble être au Texas en 1874, aucun détail ne permet de le placer près de Briartown.  De plus, si Roberts le désignait comme un hors-la-loi, tout indique que c’est seulement à partir de janvier 1887 qu’il a commencé à défier la loi en attaquant un train au Texas.  Bien qu’aujourd’hui son nom n’atteigne pas la notoriété de certains bandits comme Jesse James, Burrow fut parmi l’un des plus grands voleurs de train avec un bilan de huit braquages.  Ce criminel qu’on disait farceur et homme fort fut abattu par les autorités en 1890.

Le fait que Roberts le désignait comme un hors-la-loi en parlant de lui en 1950 représente-t-il une erreur?  Ou alors se confondait-il seulement sur le qualificatif que Burrow a acquis plusieurs années après l’avoir rencontré?

En ce qui concerne Cole Younger, Glenn Shirley conclut qu’il n’a jamais revu Belle après lui avoir donné ce coup de main pour démarrer le ranch de Scyene en 1871.  Or, Cole Younger n’était pas aussi catégorique dans son autobiographie publiée en 1903.  Il ne mentionne pas l’avoir revu après 1871, mais il ne dit pas non plus le contraire.  On sait que Younger n’a pas tout dit dans son livre et qu’il a commis quelques mensonges, à la fois pour se protéger et aussi pour protéger son ami Frank James.

Peu de temps après l’attaque du train de Gads Hill en janvier 1874, les frères James et Younger furent aperçus par un témoin crédible dans la maison du Général Jo Shelby, dans le Lafayette County, au Missouri.  Le 11 mars 1874, cette fois dans le Clay County, Joseph W. Whicher, un détective à la solde de l’Agence Pinkerton qui espérait pouvoir se faire engager directement sur la ferme des James, fut retrouvé mort à 4 milles (6,4 km) d’Independence, Missouri.  Puisqu’on s’accorde généralement pour dire que les James, ou à tout le moins l’un d’eux, ait été impliqué dans ce meurtre, on pourrait en déduire que ceux-ci se trouvaient toujours au Missouri à la mi-mars 1874.

Le 17 mars 1874, cette fois dans le Saint Clair County, toujours dans le Missouri, c’était au tour de John et Jim Younger d’affronter deux autres détectives Pinkerton.  La fusillade coûta la vie à John Younger, mais aussi aux deux détectives.  Rien ne permet cependant de situer les déplacements exacts de Cole Younger à cette époque.

Selon l’auteur Ted P. Yeatman, qui a produit l’un des ouvrages les plus respectés sur l’histoire du gang des frères James, Jesse a épousé sa cousine Zee le 24 avril 1874.  La cérémonie aurait eu lieu clandestinement dans la maison de l’une des sœurs de Zee, près de Kearney, dans le Clay County.  Le soir même, le couple disparaissait pour quelques mois.  En fait, le seul endroit où on peut le situer par la suite c’est le 30 août 1874, lors de l’attaque d’une diligence survenu près de Lexington, au Missouri.  Entre ces deux dates, Jesse pouvait se trouver à peu près n’importe où.  Et pourquoi pas au Texas?

Quant à Frank, l’étude de ses déplacements réserve une petite surprise.

Toujours selon Yeatman, Annie Ralston, la future épouse de Frank James, aurait annoncé à son père en juin 1874 qu’elle partait visiter des amis à Kansas City et à Omaha.  En réalité, elle partit à bord d’un train partant d’Independence afin de retrouver son amoureux.  Yeatman écrit ensuite que « suivant leur lune de miel Frank et Annie auraient rejoint Jesse et Zee à la maison de leur sœur Susan [James] au Texas »[5].

Si parmi les auteurs les plus sérieux on arrive à établir la possibilité que les frères James aient pu se retrouver au Texas au cours de la période de mai à juillet 1874, on se rapproche d’un autre point en faveur de Roberts.  Si on ne peut placer hors de tout doute raisonnable les James et les Younger à Briartown à cette époque-là, il est impossible, en revanche, de prendre Roberts en défaut.

Si la possibilité est bien là, alors que les autres détails s’emboîtent assez bien selon les preuves d’archives, pourquoi dans ce cas ne pas lui accorder le bénéfice du doute?  Faudrait-il revoir l’Histoire et prendre en considération cette possibilité plus que probable que Belle Reed, Billy the Kid, les frères James, les frères Younger et Tom Starr se soient un jour retrouvé en un seul et même endroit?

En faisant preuve d’une meilleure objectivité, peut-être arriverions-nous à mieux servir les intérêts de l’Histoire, comme dans ce cas-ci.

Ce n’est là qu’un exemple de ce que je réserve pour mon prochain ouvrage sur Billy the Kid.  Si une majorité d’auteurs refuse encore d’accorder la moindre importance à William H. Roberts ce n’est que par pure malhonnêteté historique.  Sans pour autant prouver ni exclure le fait qu’il ait vraiment été le Kid, il n’en demeure pas moins qu’il continue de mystifier les chercheurs, qui sont incapables de le rejeter hors de tout doute raisonnable.

 

Pour en savoir plus :

VEILLETTE, Eric, Billy, 2008.


[1] C. L. Sonnichsen et William V. Morrison, Alias Billy the Kid, p. 17.

[2] Glenn Shirley, Belle Starr and her times, University of Oklahoma Press, 1982, 324 p.

[3] Selon le document légal de ce mariage, préservé aux archives, on stipulait que Belle était âgée de 27 ans.  Était-ce une erreur administrative ou Belle cherchait-elle à se rajeunir?

[4] Ibid., p. 149.

[5] Ted P. Yeatman, Frank and Jesse James, the story behind the legend, 2000, p. 121

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