L’affaire Dupont: l’objectivité s’impose

Louis-Georges Dupont vers l'âge de 20 ans, donc vers 1944.  À cette époque, il travaillait comme chauffeur de taxi à Trois-Rivières.
Louis-Georges Dupont vers l’âge de 20 ans, donc vers 1944. À cette époque, il travaillait comme chauffeur de taxi à Trois-Rivières.

Mon projet de manuscrit consacré à l’affaire Dupont est pratiquement devenu un secret de polichinelle.  Je ne m’en cache d’ailleurs pas, puisque je prépare le terrain depuis plus de deux ans, entre autres avec quelques articles et une page Facebook.

À cette étape-ci, alors que le manuscrit intitulé L’affaire Dupont : une saga judiciaire est terminé et soumis à certains éditeurs, je crois qu’il est propice d’apporter quelques précisions.

D’abord, les lecteurs et lectrices intéressés pourront suivre les prochaines étapes du projet à la fois sur la page Facebook déjà mentionnée et aussi, et surtout, via mon blogue Historiquement Logique.

La façon d’aborder cette affaire représente pour moi un point très important, sinon primordial, car dans un tel cas l’auteur se doit d’être honnête envers le lecteur.  Les gens de la Mauricie le savent déjà, l’affaire Dupont suscite toute une controverse depuis quelques décennies.  On se souvient du climat de corruption des années 1960, de la Commission d’enquête de 1996 et plus récemment du reportage de Pierre Marceau sur Radio-Canada qui, en février 2011, présentait la piste du chalet de Champlain.

C’est pourquoi la seule option qui s’imposait était celle de présenter ce dossier de manière complètement objective.  Si l’impartialité est synonyme de professionnalisme pour des œuvres historiques concernant des protagonistes depuis longtemps disparus, il en va de même pour une affaire qui, justement, est en train de basculer dans l’Histoire.

En 1995, lorsque la famille Dupont fut entendue en Cour Supérieure dans une requête en mandamus visant à forcer le gouvernement à se diriger vers une commission d’enquête publique, le débat de l’objectivité s’est vite retrouvé sur le tapis.  En fait, les Dupont soupçonnaient les pathologistes de l’Institut médico-légal  (IML) de collusion.  Le pathologiste qui avait pratiqué l’autopsie originale en 1969, le Dr Jean Hould, n’avait laissé que quelques notes manuscrites derrière lui avant de produire un rapport protocolaire 18 ans plus tard, soit en 1987.  Après qu’un spécialiste américain embauché par la famille ait démoli ses déductions, les autres pathologistes de l’IML avaient signés un document pour appuyer leur collègue.  Les Dupont en déduisirent alors que le personnel de l’IML était corrompu et qu’on ne pouvait leur faire confiance.  Or, puisque l’IML détient le monopole au Québec en matière de science légal, on a eu recours à des experts provenant hors de la province.

L’objectivité se fit encore plus pointue au moment d’aborder la vision qu’on avait de l’autopsie.  L’un des deux experts embauché par la famille Dupont dira en Cour Supérieure qu’il était préférable de ne pas trop tenir compte de l’environnement de la scène de crime, et que, par conséquent, le professionnel devait s’en tenir aux constatations du corps qu’on lui présentait.  De l’autre côté, les experts ont insistés sur le fait qu’il fallait justement rechercher des compatibilités avec les éléments retrouvés sur les lieux.

Laquelle de ces écoles de pensées se rapproche-t-elle le plus de l’objectivité?

Si un tel débat fait justement partie intégrante de cette saga judiciaire, je me verrais mal être l’auteur d’un texte qui penche en faveur de l’une ou l’autre des parties.  Comme je le signale dans mon introduction actuelle, ce sera aux lecteurs et lectrices de décider et de forger leur propre conclusion après avoir pris connaissance des faits relatés dans mon livre, qui représentera d’ailleurs l’histoire la plus complète à avoir jamais été écrite sur le sujet.

Pour relater le plus fidèlement possible des événements qu’ils n’ont pas vécus eux-mêmes, les historiens et les auteurs doivent donc faire preuve d’une objectivité aussi parfaite que possible.  Ceci dit, ils ne le font pas tous, évidemment.

La meilleure image que je puisse donner concernant l’objectivité me vient d’une de mes lectures datant de quelques années.  Dans les entretiens publiés d’Hélène Monsacré avec l’assyriologue de renom Jean Bottéro, il vint un épisode où on sentit que Monsacré était sur le point de lui demander s’il croyait en Dieu, lui qui étudiait la Bible et parlait avec une telle franchise de certaines contradictions du livre sacré comparativement aux découvertes scientifiques.  Devinant la question, Bottéro eut cette sage réponse qui m’accompagne depuis :

–          Vous, je vous vois venir…  Laissez-moi vous conter quelque chose.  Lors d’un passage à Montréal où, peu après la parution de Naissance de Dieu, on m’avait demandé des conférences autour de ce livre, un journaliste, pour je ne sais quelle feuille, est venu gentiment m’interroger sur cet ouvrage.  Après quoi, prenant congé, il m’a demandé : « Et vous, en fin de compte, est-ce que, oui ou non, vous avez la foi? ».  Je lui ai rétorqué, et il a fort bien compris, sur-le-champ : « À partir du moment où, dans un sens ou dans un autre, je réponds à votre question, mon livre ne vaut plus rien.  J’ai cherché, en l’écrivant, à établir les faits, nus et incontestables, tels que nos documents, étudiés avec loyauté et impartialité, nous les montrent, sans m’occuper de ceux qui, positivement ou négativement, ont besoin d’une foi, et les laissant à leur gré, ou bien en construire une par-dessus, ou démolir celle que d’autres y ont construit.  Si je dévoile mon propre parti-pris (supposé que j’en aie un), je fausse ma démonstration et mon livre perd sa raison d’être, chacun, depuis son bord, pouvant me soupçonner de partialité … »

 

Pour plus d’informations, consultez la Boutique d’Historiquement Logique.

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