L’affaire Dupont: la vidéo de Canal D

En août 2013, dans le cadre de l’émission Dossiers Mystères sur Canal D, un documentaire tentait de relancer l’affaire Dupont, mais cette fois avec un impact beaucoup plus modeste qu’en 2011 à la suite du reportage de Pierre Marceau dans le cadre de l’émission Enquête sur Radio-Canada.

Le documentaire d’août dernier, de Christian Page, se concentrait essentiellement sur la reconstitution de la découverte du corps au matin du 10 novembre 1969.  Le comédien incarnant le rôle du constable Georges Marquis[1] nous montre qu’il immobilise d’abord sa voiture patrouille pour se rendre à pied inspecter des traces de pneus.  C’est encore à pieds qu’il se dirige ensuite vers la Chevrolet Biscayne 1965 à l’intérieur de laquelle se trouvait le corps de Louis-Georges Dupont, 45 ans.  On remarquera d’ailleurs que le documentaire n’a vraisemblablement pas réussi à retrouver un modèle de voiture identique pour authentifier cette reconstitution car ce n’est pas une Biscayne 1965 que l’on voit à l’écran.

Pourtant, lors de son témoignage de 1996, George Marquis avait expliqué s’être approché de la Biscayne à bord de sa voiture de patrouille, si bien que les deux portières du côté conducteur s’étaient retrouvées l’une vis-à-vis l’autre.  C’est seulement ensuite qu’il serait descendu pour faire le tour de la Biscayne.

On dit également dans le documentaire que Marquis a été avisé par ses supérieurs de prêter une attention particulière sur la disparition de Dupont, qui remontait au 5 novembre.  Or, toujours dans son témoignage de 1996, Marquis dira que son supérieur l’avait envoyé dans ce secteur pour effectuer une opération radar.  Dans son rapport signé le 10 novembre 1969, il n’a jamais été question d’une opération radar.

Autre détail à préciser : au moment de reconstituer les événements au matin de la disparition, c’est-à-dire lorsque Dupont reconduit sa fille Johanne à l’école, le comédien qui incarne son rôle porte un chapeau.  Or, Dupont ne portait aucun chapeau ce matin-là.

Ensuite, quand on nous démontre les détectives sur la scène de la découverte, le documentaire prend pour acquis que le lieutenant-détective Jean-Marie Hubert se trouvait sur les lieux.  Hubert était l’un des principaux policiers corrompus visé par l’enquête de la Commission de Police du Québec (CPQ).  Si les témoignages entendus des années plus tard permettent effectivement de déterminer qu’Hubert s’est occupée de cette enquête, rien ne prouve cependant qu’il ait été présent sur les lieux de la découverte au matin du 10 novembre 1969.

Il faut aussi se montrer prudent lorsque le narrateur mentionne qu’Hubert a été dénoncé par Dupont lors des audiences de la CPQ, qui ont eu lieues entre le 12 août et le 19 septembre 1969.  On peut fortement le soupçonner, entre autres en raison des brèves confidences que Dupont a faites à sa femme avant de mourir, mais d’un autre côté on n’a jamais pu mettre la main sur les transcriptions sténographiques de ces audiences.  Cela nous prive donc de tous les détails concernant les témoignages entendus devant la CPQ.

Le documentaire explique aussi qu’un rapport d’autopsie a été fait le jour même de la découverte par le Dr Jean Hould de l’Institut médico-légal (IML) de Montréal.  Il faut préciser que le Dr Hould n’a jamais rempli de rapport officiel ce jour-là, se contentant plutôt de quelques notes manuscrites dans un cahier personnel.  En fait, le premier rapport protocolaire écrit de sa main apparaîtra seulement en 1987.

Est-ce que le célèbre chroniqueur Claude Poirier voit juste dans son mot de la fin lorsqu’il prétend qu’il existe encore des gens qui savent des choses?  Y a-t-il encore des personnes qui craignent de parler?

Peut-être me reprochera-t-on d’être trop pointilleux sur les détails, mais dans une telle affaire l’importance de chacun d’entre eux s’amplifie, parfois jusqu’à atteindre la démesure.  Chaque détail compte!  Et c’est particulièrement vrai dans ce cas-ci, où il y a eu débats et controverses sur des points insoupçonnés.


[1] George Marquis est décédé le 5 mars 2014.  Pour en savoir plus : https://historiquementlogique.com/2014/03/07/lex-policier-georges-marquis-seteint-a-76-ans/

Publicités

2 thoughts on “L’affaire Dupont: la vidéo de Canal D

  1. Merci pour le vido provenant de canal D. Je ne l’ai pas cout encore, cependant j’ai rcout l’mission de radio de Pilote. On ne peut pas dire qu’il y a des dclarations intressantes part un tas de suppositions. Corbin et Jacques Dupont laissent sous-entendre des choses, mais il n’y a rien de substantiel, une chose me revenait l’esprit lorsque je les coutais, ridicule! Autre chose, tu cris que selon l’mission de Canal D plusieurs dtails avaient t modifis, dont celui-ci, lorsque la voiture de L.G.D. aurait t dcouverte, le policier Marquis ce serait rendu vers le v.a. de L.G.D. en marchant. Alors que Marquis dclare s’tre approch de l’auto de L.G.D. avec la sienne et s’tre stationn portire portire. Je retiens la version de Marquis 100%, car c’est la faon de faire de la part d’un patrouilleur. Tu ne descends pas de l’auto pour rien, surtout pas un matin de novembre. Tant qu’ faire une mission sur ce sujet faudrait s’efforcer d’tre pointilleux sur les dtails. Maintenant, et je ne me souviens pas si je t’avais mentionn une aventure d’une journe 3 R. La date tait vers le mois de novembre 1966, il faisait froid, mais il n’avait pas encore de neige au sol. Dans le temps je travaillais aux .U. et je venais de lcher mon travail, car j’avais amass quelques centaines de dollars et j’avais le got d’en profiter. Toujours est-il que j’tais revenu chez mes parents Thetford pour une courte priode. Je passais mes journes niaiser et mes soires courailler. Un soir j’avais rencontr un type qui cherchait quelqu’un pour l’accompagner 3 R, car me disait-il on lui avait du travail dans un entrept dans le secteur du port. La job consistait dcharger ou charger des poches d’amiante. Toujours est-il que le lendemain, j’avais stationn mon auto derrire la maison de mes parents (un falcon futura 66 flambant neuf) et nous tions parti avec un camionneur de Thetford Transport direction 3 R. Dans le temps le pont n’existait pas et rendu T.R. on s’tait pris une chambre l’htel en face de la traverse, la moins chre possible. Puis nos quelques bagages classs nous tions descendu au bar. Imagine j’avais 20 ans et en rentrant dans le bar la premire chose qui m’avait frappe tait qu’il y avait de belles filles assises pour la plupart chacune des tables. Je n’avais jamais vu a avant. Nous avions pris rapidement quelques bires dans le but de se dgner et aprs quelques bires mon copain avait quitt pour sa chambre. Enfin j’tais all m’asseoir avec l’une de ces filles et je lui avais pos un tas de questions. Elle semblait amuser en raison de mon ge et elle rpondait aux question que je lui demandais. Elle m’avait dit tre une prostitue, elle chargeait 20.00$ minimum. Elle se dplaait en taxi pour se rendre dans un motel. Qu’elles taient arrtes par la police une ou deux fois par anne, payaient une amende, subissaient un examen mdical dans le but d’viter la propagation de maladies vnriennes et recommenaient leur travail. Pas plus compliqu que cela.

    Si nous suivons la chane : les bars laissaient les filles travailler parce qu’elles attiraient des clients, les policiers taient au courant et arrtaient les filles pour la forme une couple de fois par anne. Le juge municipal donnait des amendes pour la forme, les filles devaient obligatoirement se faire examiner *par des mdecins*, les taxis dplaaient les filles etc. Imagine Eric, si un jeunot de 20 ans sans exprience de la vie, apprenait en quelques heures seulement comment le systme de prostitution fonctionnait T.R. Il est plus que probable que la majorit des gens : de la police, la magistrature, les compagnies de taxis, les gens de bars, en dfinitive que tous taient au courant et tous semblaient faire du profit quelque part. C’tait un secret de polichinelle. Que L.G.D. aille rapporter ces choses que tous savaient dj cela m’tonne, possible qu’ils avaient t mis au courant de secrets plus importants, mais quoi ? Bonne semaine. Claude Gagn

    Le 9 mars 2014 22:04, Historiquement Logique!

    J'aime

    1. Vous avez tout à fait raison, Claude. Jean-Pierre Corbin n’a rien apporté de solide jusqu’à maintenant, mis à part un kilométrage correspondant. Il en faut évidemment beaucoup plus pour prouver qu’il y ait eu meurtre. La piste du chalet de Champlain s’effondre donc d’elle-même, et à ce compte-là on pourrait en déduire que la SQ avait certainement ses raisons de se désintéresser de cette avenue en 2011.

      Je vous remercie également d’avoir partagé votre expérience des années 1960, qui, comme vous dites, démontre qu’il n’y a pas de mystère à faire sur l’époque. Si Louis-Georges Dupont avait témoigné devant la CPQ à cet effet, alors c’est qu’il savait la même chose que tous les autres.

      J'aime

Postez votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s