Une Histoire de la peine de mort


peine de mortBASTIEN, Pascal.  Une Histoire de la peine de mort, bourreaux et supplices 1500-1800.  Éditions du Seuil, Paris, 2011, 339 p.

Si le premier chapitre nous fait comprendre que l’ouvrage de Bastien ne s’adresse pas nécessairement à un public très large, il n’en demeure pas moins une expérience intense qui nous permet de voir un phénomène régulièrement rencontré au cinéma et dans les romans, mais rarement avec un œil historiquement objectif.

L’auteur, qui enseigne l’histoire moderne à l’Université du Québec à Montréal, nous décrit d’abord l’ambiance de Paris et de Londres avant de nous plonger réellement dans le vif du sujet dès le second chapitre.  Bastien démystifie d’ailleurs certaines idées préconçues, entre autres à propos du bourreau, qui ne portait pas de vêtements distinctifs et sombres comme on a l’habitude de le voir au cinéma.  En fait, ce personnage intriguant mais pas nécessairement envié pouvait tout à fait passer inaperçu parmi les gentilshommes gravitant autour des potences.

Bien qu’il s’attarde rarement à entrer dans les détails, ce qui pourrait décevoir certains lecteurs, il se permet de nous éclairer sur le supplice de la roue en soulignant que « armé d’une barre de fer large de 4 à 5 centimètres, le bourreau abattait son instrument sur les membres du patient, deux coups sur chaque bras et autant sur les jambes, en terminant avec deux ou trois autres à l’estomac.  Il le détachait ensuite de la croix, puis l’installait sur une petite roue de carrosse (appelée aussi « guéridon ») pour l’y attacher, face au ciel, le corps brisé et disposé de manière à ce que les talons, ramenés sous la roue, touchent la tête ».

On ne se surprendra pas tellement d’apprendre que le classement hiérarchique de certains crimes aurait de quoi étonner de nos jours, comme par exemple de savoir qu’à une certaine époque il était considéré plus grave de voler les chaussures d’un enfant plutôt que de l’agresser sexuellement.

Bastien nous apprend beaucoup sur le métier du bourreau, sur l’infamie qui pesait sur lui, en particulier à Paris, mais aussi sur leurs identités, ainsi que leurs habitudes.  Certains d’entre eux, par exemple, disposaient des corps auprès de chirurgiens qui s’en servaient pour mieux connaître l’anatomie humaine.  D’un autre côté, on retrouvait aussi des bourreaux qui connaissaient mieux le  corps humain que certains médecins, sans compter qu’ils vendaient parfois quelques parties humaines des suppliciés à des fins de sorcellerie.

Évidemment, il arrivait que certains bourreaux eux-mêmes finissent par être exécutés, mais le mythe voulant qu’ils aient d’abord eux-mêmes été des criminels endurcis semble s’effriter au fil des pages.

C’est seulement en 1783, en Angleterre, que l’on cessa la pendaison par suffocation, c’est-à-dire par suspension, afin d’utiliser la new drop, la chute permettant la rupture de la nuque.

En plus d’aborder le fait que le système judiciaire a commencé à prendre forme vers le 13ème siècle, avant de se perfectionner en Angleterre par le système des jurés, de la jurisprudence et ainsi de suite, il fallut attendre encore un peu avant de voir apparaître les avocats de la défense.  D’ailleurs, on retiendra aussi que les premiers jurés interagissaient beaucoup plus qu’aujourd’hui et que les procès étaient beaucoup plus brefs.

Comme on pouvait s’en douter, l’auteur nous laisse avec les changements imposés par la Révolution française.  Après la prise de la Bastille le 14 juillet 1789, la procédure des condamnations se transforma, principalement avec l’apparition de la légendaire guillotine.  C’est le député Guillotin qui proposa une machine de mort plus rapide et plus efficace, si bien que les premiers spectateurs furent déçus par le spectacle, trop rapide et sans éclat.  En mars et avril 1792, c’est Tobias Schmidt qui se chargea de la fabriquer.  D’abord surnommée « louison » ou « louisette », cette machine à exécuter entrera finalement dans la légende sous le nom de guillotine.  Le premier condamné à y laisser sa tête fut Nicolas-Jacques Pelletier, le 25 avril 1792.

Si le travail de Bastien relève davantage de la thèse universitaire, il n’en reste pas moins un outil fort intéressant pour ceux et celles qui s’intéressent à l’évolution du système judiciaire, qu’il soit européen, canadien ou américain, car on peut y retrouver des idées fascinantes.

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