« L’enquête inutile », selon Ginette Gagnon

Arrivée du cercueil à l'église Ste-Marguerite de Trois-Rivières, le 13 novembre 1969.
Arrivée du cercueil à l’église Ste-Marguerite de Trois-Rivières, le 13 novembre 1969.

Le 11 juin dernier, Ginette Gagnon, qui a couvert l’enquête de la CPQ de 1982 et les audiences de 1995 et de 1996 dans l’affaire Dupont, qualifiait « d’enquête inutile » le dossier défendu par les frères Dupont. Après avoir rappelé que la justice a confirmé le verdict de suicide à quatre reprises, elle ajoutait que « si on suit le raisonnement des frères Dupont, il faudrait en déduire que la mort de leur père fait l’objet d’un incroyable cover-up à tous les niveaux depuis près d’un demi-siècle. Cette thèse du complot à grande échelle pour étouffer la vérité est impossible à croire ».

La veille, les Dupont avaient défrayés la manchette dans Le Nouvelliste en surfant sur la mince vague soulevée par la sortie récente du livre Exécution, une association qui n’a certes pas aidé la cause; si cause il y a. Car Mme Gagnon en doute fortement et ne croit pas non plus à la validité d’une nouvelle enquête gouvernementale devant les révélations gratuites de l’auteur d’Exécution. Tous les témoins cruciaux sont morts et on ne voit réellement plus comment on pourrait en faire davantage.

La cause semble d’ailleurs s’essouffler, puisque les Dupont en étaient réduits dans l’article du 10 juin[1] à mentionner que leur père avait eu droit à des funérailles « civiques et catholiques ». Par là, ils souhaitent laisser entendre qu’en 1969 l’Église catholique refusait d’organiser les funérailles de personnes suicidées. Si on avait accepté de tenir ces obsèques à l’église de la paroisse Ste-Marguerite cela « prouvait » la thèse du meurtre.

Mais voilà. Ce n’était pas au curé de la paroisse ni à l’évêché de déterminer la cause d’un décès, pas plus en 1969 qu’aujourd’hui. Et d’autre part, depuis le Concile du Vatican II, qui s’est déroulé de 1962 à 1965, l’Église a élargi sa compréhension des maladies mentales. Par la suite, donc, elle s’est montrée beaucoup plus ouverte à procéder aux obsèques des suicidés.

Sans entrer dans les détails des conclusions de mon livre à paraître en septembre sous le titre L’affaire Dupont : une saga judiciaire, je tiens à ajouter que de tels arguments n’ont pas été entendus sous serment et qu’il faudrait donc se montrer excessivement prudent avant d’accuser le système judiciaire d’être « biaisé ».

Ginette Gagnon a-t-elle raison de qualifier cette affaire d’enquête inutile?

 

[1] Nancy Massicotte, Le Nouvelliste, 10 juin 2014.

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One thought on “« L’enquête inutile », selon Ginette Gagnon

  1. J’ai vraiment hâte de lire votre livre, je souhaite sincèrement qu’il jettera un éclairage nouveau sur cette affaire pour le moins troublante.

    Bien à vous, Marc Bisaillon

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