Un pardon pour le Kid?

Après avoir été gouverneur du Nouveau-Mexique, Lewis Wallace s'est surtout fait connaître comme étant l'auteur du roman Ben Hur.  Son œuvre fut porté à l'écran et en 1959 remporta 11 Oscar.
Après avoir été gouverneur du Nouveau-Mexique, Lewis Wallace s’est surtout fait connaître comme étant l’auteur du roman Ben Hur. Son œuvre fut porté à l’écran et en 1959 remporta 11 Oscar.

Lorsqu’on écrit sur le célèbre hors-la-loi Billy the Kid, on parle assez peu de la période où il a démontré un désir sincère de réhabilitation, en particulier en offrant son aide à Lewis « Lew » Wallace, alors gouverneur du Territoire du Nouveau-Mexique. Et dépit des actes de violence que la plupart des auteurs aiment lui attribuer, il a réellement démontré son souhait de donner un coup de pouce au système judiciaire en 1879.

En fait, l’attitude qu’il a eue au cours du printemps 1879 pourrait bien révéler une facette méconnue de sa personnalité.

On sait qu’à la suite de l’assassinat de son ami et employeur John Tunstall, en février 1878, le Kid s’est lancé dans une croisade vengeresse en compagnie de quelques ouvriers agricoles qui se sont eux-mêmes surnommés Les Régulateurs. Rapidement, ces jeunes hommes ont semés quelques cadavres sur leur route. Il suffit de penser à Morton et Baker, ainsi qu’au Shérif Brady.

La fusillade du 19 juillet 1878, survenue au cœur du le village de Lincoln, mit un terme à ce qu’on désigne encore aujourd’hui sous le nom de la Guerre du Comté de Lincoln. (Lincoln County War). D’autres atrocités furent commises au cours des mois suivants, mais l’arrivée en poste du vétéran de la Guerre de Sécession Lewis Wallace au capitole de Santa Fe en tant que gouverneur a fait bouger les choses.

Rapidement, il rédigea une proclamation d’amnistie pour les participants de cette guerre de comté. C’était la seule façon, semble-t-il, de remettre les pendules à l’heure et d’espérer que certains témoins se manifestent afin d’éclaircir les événements. En réalité, les vrais témoins ont été rares à se présenter. Ceux qui le firent ne pouvaient témoigner de tous les détails, du cœur du problème.

Susan McSween, dont le mari avait été froidement abattu lors du dernier affrontement armé du 19 juillet, engagea un avocat du nom de Chapman afin de déposer des accusations contre le colonel Dudley. Lors de la fusillade, Dudley aurait refusé d’intervenir entre les deux clans, ce qui avait causé la mort d’Alex McSween et de quelques-uns de ses jeunes protégés. Mais voilà! Dans ce climat étrange de corruption, Chapman fut assassiné gratuitement en février 1879. Les circonstances firent en sorte que l’un des témoins de la scène fut nul autre que William H. Bonney, alias Kid.

Le 5 mars 1879, le gouverneur Wallace démontra sa détermination en débarquant dans le petit village de Lincoln avec l’espoir de mieux compléter son enquête. Le 11 mars, il rédigea une lettre dans laquelle il donnait les noms de plusieurs suspects en lien avec tous les actes de violence commis dans le comté. Dans cette liste, on retrouvait les noms de plusieurs hommes dangereux, mais aussi celui du Kid.

Peu après, les trois suspects dans l’affaire Chapman furent arrêtés. Cette bonne nouvelle incita un jeune témoin à se manifester. Ainsi, le 13 mars, le gouverneur Wallace recevait cette lettre :

Cher monsieur,

J’ai entendu dire que vous donneriez 1,000$ pour mon corps, et j’en déduis que vous me voulez vivant en tant que témoin. Je sais que c’est comme témoin contre ceux qui ont tué M. Chapman. Si tel est le cas, je peux apparaître en Cour et je peux donner l’information souhaité, mais j’ai des accusations contre moi pour des choses qui sont survenues dans la Guerre du Comté de Lincoln et j’ai peur de me rendre parce que mes ennemis vont me tuer. Le jour où M. Chapman a été assassiné, j’étais à Lincoln à la demande de bons citoyens pour rencontrer J. J. Dolan en tant qu’amis, pour que nous laissions nos armes de côté et faire des affaires. J’étais présent quand M. Chapman a été tué et je sais qui l’a fait, et si ce n’était pas de ces accusations, j’aurais déjà éclairci cette affaire. S’il est en votre pouvoir d’annuler ces accusations j’espère que vous le ferez pour me donner une chance de m’expliquer. S’il vous plaît, envoyez-moi une réponse que vous pouvez le faire. Vous pouvez envoyer une réponse par un porteur, je n’ai plus envie de me battre et je ne me suis pas servi de mes armes depuis votre proclamation. Je vous réfère à n’importe quel citoyen, la majorité d’entre eux sont mes amis et ils m’ont aidé comme ils ont pu. On m’appelle Kid Antrim, mais Antrim est le nom de mon beau-père. En attendant votre réponse, je reste votre obéissant serviteur,

W. H. Bonney

On peut imaginer la surprise du gouverneur de recevoir ainsi une réponse de l’homme le plus recherché du comté, d’autant plus que le Kid démontrait une étonnante ouverture d’esprit. En fait, le témoin idéal se présentait à lui sur un plateau d’argent.

Deux jours plus tard, Wallace lui envoyait donc sa réponse en lui donnant rendez-vous chez un ami commun de Lincoln. En 1950, plus de sept décennies après cette rencontre historique, William H. Roberts, ce vieil homme qui prétendait être Billy the Kid, se rappelait, en plus de fournir de nombreux détails correspondants, que Wallace lui avait promis un pardon complet en échange de son témoignage dans l’affaire Chapman et celle du colonel Dudley. Il devait également comparaître pour ses propres accusations pour éclairer la justice, après quoi on lui promettait un pardon complet.

En 1902, bien avant la sortie publique de Roberts et alors qu’on croyait le Kid mort et enterré depuis 1881, Lew Wallace a publiquement admis avoir fait cette promesse en déclarant que « quand il [Kid] s’est assis, j’ai commencé à présenter le plan que j’avais en tête pour qu’il puisse témoigner de ce qu’il savait à propos du meurtre de Chapman à la session du tribunal deux ou trois semaines plus tard, sans mettre sa vie en danger. J’ai terminé avec ma promesse. « En retour, si vous faites ça, je vous laisserai partir avec un pardon dans votre poche pour toutes les choses que vous avez faites » ».

Tout le monde semble donc d’accord sur la véracité de cette promesse. Alors pourquoi n’a-t-elle pas été honorée?

Tel que promis, le témoignage du Kid a contribué à faire condamner l’un des trois accusés dans l’affaire Chapman. Mais le succès ne fut pas aussi fructueux au cours de la commission d’enquête concernant le colonel Dudley, qui débuta le 9 mai 1879, et qui avait comme mandat de déterminer s’il y avait matière à aller en Cour martiale.

Si on ne possède malheureusement pas les transcriptions sténographiques de ces audiences, l’auteur Frederick Nolan laisse entendre que cette commission aurait pu être biaisé et que le procureur assurant la défense du colonel Dudley, un dénommé Waldo, se serait amusé à détruire tous les témoignages. Dans son plaidoyer du 5 juillet 1879, Waldo aurait simplement qualifié le Kid de « criminel de la pire espèce » ainsi que de « meurtrier de profession ».

Quoi qu’il en soit, en ayant eu le courage de dire ce qu’il savait au gouverneur Wallace, le Kid avait permis à la justice de déposer 200 accusations contre différents voyous et criminels ayant pollués l’atmosphère du comté. Bref, aucun autre témoin n’a fourni au gouverneur une aide aussi précieuse.

Le verdict tomba le 18 juillet 1879 : aucune procédure judiciaire ne serait entreprise contre le colonel Dudley. Il semble que le Kid ait anticipé cette défaite car, un mois plus tôt, c’est en marchant qu’il avait quitté la prison dans laquelle il séjournait en semi-liberté. Au sujet de ce départ, Roberts dira seulement en 1950 que « je suis allé voir [le shérif] Kimbell et je lui ai dit de me donner mon ceinturon et mes revolvers. Il a dit qu’il ne pouvait pas me blâmer comme j’allais partir. […] Tom [O’Folliard] et moi avons quitté la prison en marchant ».

Roberts laissera entendre également que les choses commençaient à s’annoncer mal pour lui, entre autres lorsque des procédures judiciaires furent entreprises pour transférer son dossier dans une autre juridiction, alors qu’il avait demandé au gouverneur d’être entendu à Lincoln.

Il serait sans doute facile de soupçonner Wallace de ne pas avoir tenu ses promesses. Il est vrai qu’au cours de la détention suivante du Kid, au cours des premiers mois de 1881, il a ignoré les lettres de ce dernier. Le Kid implorait son aide en lui rappelant sa promesse.

Aujourd’hui, il est impossible d’éclaircir les détails de cette entente ratée. On ne peut donc accuser Wallace d’avoir manqué à sa parole, tout comme on ne peut supposer que le Kid ait mal interprété les intentions de la justice. Pourtant, on constate qu’une belle occasion de réhabilitation a échouée.

Publicités

Postez votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s