Le pull-over rouge

_20141012_161105PERRAULT, Gilles. Le pull-over rouge. Éditions Ramsay, Paris, 1978, 468 p.

Ce livre ne date pas d’hier, mais ne manque pas de rappeler un important cas de conscience : celui de l’erreur judiciaire.

C’est avec intelligence de Perrault nous plonge dès les premières pages dans deux réalités qui se heurtent brutalement. Devant l’exécution de Christian Ranucci, guillotiné le 28 juillet 1976, une partie de la population s’en réjouit, tandis que d’autres, moins nombreux, pleurent sa disparition. Le jeune homme tombe sous le couperet de la lame. Certains diront qu’on l’a « raccourci ».

Christian Ranucci n’avait que 22 ans.

Le 3 juin 1974, c’est dans la région de Marseille que Marie-Dolorès Rambla, une fillette de 8 ans, est enlevée par un homme qui a réussi à éloigner d’elle son petit frère de 6 ans en lui demandant de l’aider à chercher son chien. Le garçon dira plus tard que l’homme qui avait enlevé sa sœur conduisait une voiture Simca 1100 de couleur grise métallisée. Un mécanicien d’expérience, lui aussi témoin oculaire, confirmera la marque et le modèle de la voiture.

Un peu plus d’une heure plus tard, un léger accident de voiture survient au carrefour La Pomme, à quelques kilomètres de Marseille. Un jeune homme au volant d’une Peugeot 304 prend la fuite. Le couple impliqué dans la collision l’identifiera plus tard comme étant Christian Ranucci, 20 ans. Mais le témoignage de ceux-ci se modifiera avec le temps, et surtout les différentes étapes de l’enquête policière.

Ranucci sera arrêté peu de temps après chez sa mère. Il croit d’abord qu’on le cueille pour son délit de fuite, alors il ne s’énerve pas. Mais rapidement la machine policière lui tombe dessus. D’ailleurs, il affirmera plus tard avoir été torturé.

Le problème, c’est que Ranucci s’avoue responsable. Il dira plus tard avoir cru les policiers, qui eux lui disaient qu’il était le meurtrier. N’ayant trouvé aucun argument pour les contredire, en plus d’être déstabilisé par la situation, il avait finalement avoué lors de sa garde à vue. Dès lors, il devint l’innocent que plus personne ne croyait, mis à part sa mère et quelques proches, dont une ancienne petite amie, toujours amoureuse de lui.

La force de l’auteur, c’est d’avoir rencontré les principaux acteurs de cette affaire, mais aussi d’avoir collectionné une foule de détails, si bien qu’il arrive à nous faire douter rapidement de la méthode policière employée contre le jeune accusé.

Il faut absolument lire les analyses qu’il fait des rapports psychiatriques réalisés à l’endroit de Ranucci pour comprendre le manque incroyable d’objectivité des professionnels impliqués dans cette affaire. Perrault réussit par-là à nous mettre en présence d’une criante vérité.

Même au début de son procès les choses ne jouent pas en sa faveur. Il faut dire que, maintenant convaincu de son innocence, Ranucci ne se présente pas en Cour avec l’attitude d’un condamné mais d’un innocent convaincu de pouvoir démontrer l’absurdité du système judiciaire qui l’a traîné dans la boue. On comprend alors que le système, loin d’être impartial, le condamne sur le jeu des apparences, mettant ainsi de côté des éléments de preuve importants, voir capitaux. Du coup, on perd confiance en l’appareil judiciaire.

Reconnu coupable, Ranucci continuera pourtant de garder confiance jusqu’à la toute dernière minute, croyant d’abord que la cassation (appel) n’est plus qu’une formalité. Mais c’est encore une fois la défaite. Il tourne donc son espoir vers la grâce. Elle semble être acquise, mais l’extrême malchance joue encore contre lui. À quelques jours de son exécution, un autre enfant disparait et l’opinion publique en redemande concernant la peine qu’on doit réserver aux agresseurs d’enfants.

À quelques heures de son exécution, la presse annonce qu’on lui accorde la grâce. C’est la joie chez les avocats de Ranucci, Paul Lombard et Jean-François Le Forsonney. La mère de Ranucci saute de joie. Mais il suffit de quelques minutes pour comprendre que la presse se rétracte. C’était une erreur.

La grâce était rejetée.

Aux petites heures du 28 juillet 1976, Ranucci est violemment tiré de son sommeil en présence de gardes mais aussi de ses avocats, qui demeurent impuissants devant cette scène déchirante. Le Forsonney, qui est d’ailleurs à peine plus âgé que son client, tourne les talons. Il est incapable d’assister à la scène finale.

Il faut absolument atteindre le dernier chapitre du livre pour se laisser pleinement toucher par ce drame humain que la France a depuis intégré dans son histoire comme l’une des plus marquantes erreur judiciaire.

Si l’affaire est un classique chez nos cousins français, le sujet est universel. Perrault sait non seulement nous toucher quand cela est nécessaire, mais c’est aussi avec intelligence qu’il expose les faits qui continuent, encore aujourd’hui, de plaider la cause de Christian Ranucci. Car le véritable coupable, l’homme au pull-over rouge, semble avoir échappé à la justice.

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