Le dernier procès, l’affaire Jacques Delisle

mo_9782760411265LAMONTAGNE, Kathryne. Le dernier procès, l’affaire Jacques Delisle. Stanké, Montréal, 2014, 250 p.

C’était une première dans toute l’histoire criminelle du Canada. Non seulement un ancien juge se voyait accusé de meurtre au premier degré, mais c’était la première fois que, sur ordonnance spéciale, on permettait aux journalistes d’utiliser Twitter en direct pour retransmettre les développements du procès Delisle.

Kathryne Lamontagne, qui en est à son premier ouvrage, se débrouille merveilleusement bien en nous présentant un texte fluide et soutenu qui sait nous tenir en haleine jusqu’à la fin, sans jamais plonger dans l’ennui.

J’ai d’abord eu l’impression de revivre une dose de « déjà vu », puisque le juge qui présida le procès Delisle en 2012 était Claude C. Gagnon, qui a représenté le ministère publique lors de la requête en mandamus de 1995 dans L’affaire Dupont. Mais il y a aussi que la preuve contre l’ex-juge de la Cour d’appel reposait essentiellement sur des expertises.

Car c’est là que se situe le fond du problème. Même si Delisle est irréprochable, à la fois sur le plan professionnel et personnel, car il a pris un soin jaloux de sa femme même après son AVC, la police le soupçonnera assez rapidement. En fait, le point culminant de cette affaire repose sur cette tache de noir de fumée retrouvé à l’intérieur de la paume de la main gauche de Nicole Morinville, l’épouse de Delisle, qui fut retrouvée morte dans son condo de Québec le 12 novembre 2009.

Selon les experts du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale (LSJML) de Montréal, on doit écarter la théorie du suicide, affirmant qu’une telle tache ne peut se retrouver à l’intérieur d’une paume lorsqu’on manipule correctement une arme de ce type. Ils savent aussi que depuis son AVC, Nicole a perdu l’usage presque complet de son bras droit, alors qu’elle était justement droitière.

Quant à elle, la défense, solidement incarnée en la personne de Me Jacques Larochelle, prétend qu’en tenant l’arme de manière inhabituelle, c’est-à-dire à l’envers, il était possible d’obtenir un tel résultat.

Bref, les deux clans s’affrontent dans un combat décrit par Lamontagne avec une objectivité irréprochable. Tantôt on a tendance à innocenter l’ex-juge, tantôt on a envie de le voir derrière les barreaux. C’est d’ailleurs ce destin qui l’attendait à la fin du procès.

Me Larochelle poussera le dossier jusqu’en Cour d’appel, puis en Cour Suprême. Mais rien n’y fit. Le verdict sera confirmé à nouveau. En dépit de ces revers, Me Larochelle soutient qu’il n’a toujours pas dit son dernier mot, lui qui continue maintenant de défendre gratuitement son célèbre client.

Ce qui désole toujours la défense, c’est non seulement la preuve scientifique mais aussi l’âge avancé de Delisle. Pour lui, sa sentence de 25 ans équivaut pratiquement à une peine de mort. Aujourd’hui âgé de 79 ans, l’ex-juge a accepté de recevoir l’auteure à deux reprises depuis sa prison. Ce sera d’ailleurs la force de cette jeune auteure, c’est-à-dire de nous amener un aspect plus humain de cette affaire, et surtout de cet homme à la réputation froide.

Hormis des extraits de Twitter qui viennent quelque peu briser le rythme du texte, Kathryne Lamontagne se démarque, au point où on espère déjà la voir s’attaquer à d’autres sujets chauds tout droit sortis de nos palais de justice.

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