L’affaire Andrew Day et l’église St-Philippe


Andrew Day a massacré sa famille en décembre 1929 avant de tenter de s'enlever la vie en se tranchant la gorge.  On constate d'ailleurs sur cette photo le pansement qu'il porte autour de sa plaie.
Andrew Day a massacré sa famille en décembre 1929 avant de tenter de s’enlever la vie en se tranchant la gorge. On constate d’ailleurs sur cette photo le pansement qu’il porte autour de sa plaie.

Peu de gens s’en souviennent, mais la démolition actuelle de l’église St-Philippe à Trois-Rivières rappelle le pire drame de l’histoire judiciaire de la région.  Ce massacre se déroulait il y a maintenant 85 ans, jour pour jour.

Aux petites heures du matin du 16 décembre 1929, Alexandre Charest, un constable de la police municipale de Trois-Rivières, croisa un marcheur sur la rue Hart.  En dépit d’une large plaie ouverte à la gorge, qui laissait couler une quantité impressionnante de sang, l’homme arrivait à tenir debout.

Rapidement, on le conduisit à l’hôpital Normand & Cross.  Ne pouvant parler, l’homme écrivit son nom sur un morceau de carton que lui présentèrent les policiers.  Il s’appelait Andrew Day.  Puis il griffonna également « I murdered my family » (j’ai tué ma famille).

Les policiers, d’abord abasourdis par l’état lamentable de Day, ne pouvaient croire qu’un autre drame se cachait derrière cette découverte.  Mais que se passait-il donc dans leur ville qui, de coutume, était si paisible?

Ayant obtenu l’adresse du blessé, le chef de la police Jules Vachon, accompagné de quelques hommes, fonça immédiatement sur la rue Laurier.  Sur les deux étages de la résidence louée par les Day, ceux-ci firent une horrible découverte : Agatha Coughlin Day et ses sept fils gisaient dans leur lit, couverts de sang.  Selon les premières constatations, on s’était acharné sur eux à grands coups de hache et en visant principalement le cou.  Plus tard, on détermina que les meurtres se seraient très probablement produits au cours de la soirée du 15 décembre.

Andrew Day, qui avait tenté de se suicider en se tranchant la gorge avec un rasoir, survivra finalement à sa blessure, entre autres grâce aux soins du Dr Normand Cross, le successeur du défunt Dr Bourgeois, celui-là même qui avait participé à la ré-autopsie dans l’affaire Sclater en 1905.

Les funérailles des huit victimes se déroulèrent le 18 décembre à l’église St-Philippe.  Le vicaire de la paroisse, l’abbé Charles-Édouard Bourgeois, chanta la levée du corps avant que le curé Hervé Trudel célèbre l’office.  En plus du nombre incroyable de victimes, ces obsèques furent marquées par une violente tempête de neige, dont les vents auraient pénétrés par les grandes portes de l’église.  Par la suite, on avait dû utiliser des chevaux pour conduire les cercueils à leur dernier repos car les automobiles n’arrivaient pas à circuler au milieu de cette neige.

L'église St-Philippe attendait déjà les démolisseurs en 2011.  (photo: E. Veillette 2011)
L’église St-Philippe attendait déjà les démolisseurs en 2011. (photo: E. Veillette 2011)

À l’époque, Le Nouvelliste mentionnait qu’une perte importante d’argent suite au crash boursier aurait été le mobile du crime.  Toutefois, on présenta un dossier plus complexe lors du procès, qui s’ouvrit en mars 1930.  Si les témoignages permirent de démontrer que Day avait effectivement fait de folles dépenses, l’argent n’était certes pas la seule source de cette tuerie.

Le procureur de la Couronne, Me Philippe Bigué, présenta d’abord les faits selon ce qu’on pouvait tirer de la scène de crime et des agissements de l’accusé.  Le Dr Rosario Fontaine, le jeune protégé du célèbre fondateur de l’Institut Médico-Légal de Montréal (Dr Wilfrid Derome), vint décrire le détail des blessures infligées aux huit victimes.

L’accusé était défendu par Me Jean-Marie Bureau, qui gardait sans doute un souvenir amer d’une défaite subie deux ans plus tôt au sein de ce même palais de justice.  Me Bureau s’était impliqué dans l’affaire Alexandre Lavallée, ce vieux cultivateur de St-Étienne des Grès pendu en 1927 pour le meurtre de sa fille de 44 ans.

Mais lors du procès d’Andrew Day, Me Bureau étonna tout le monde en réorientant l’enquête vers les capacités mentales de son client.  Après avoir fait témoigner certains de ses collègues de travail qui avaient œuvrés avec lui dans les usines à papier, que ce soit à Trois-Rivières, à East Angus ou ailleurs, il fit comparaître certains experts de l’époque dans le domaine de la psychiatrie.  En dépit des efforts de Me Bigué de vouloir expliquer le comportement étrange de Day par son alcoolisme, ce qui aurait pu démontrer son état normal, le jury le déclara inapte.

Day fut alors confié au système des soins mentaux alors en vogue, et c’est d’ailleurs là que l’Histoire perd sa trace.

Officiellement, les meurtres d’Agatha Coughlin Day et de ses sept enfants demeuraient impunis.

Ce drame, que l’on pourrait certainement qualifier de massacre, reste un cas particulier dans l’histoire judiciaire de la région trifluvienne.  Quant au sort de Day, il n’est pas sans rappeler non plus des cas plus contemporains comme celui de Guy Turcotte ou Luka Rocco Magnotta, et dans lesquels on plaide la folie ou l’inaptitude.  Les criminalistes jouissent maintenant d’une large jurisprudence en la matière, mais en 1930 il semble que Me Jean-Marie Bureau ait réalisé un sacré tour de force.

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4 thoughts on “L’affaire Andrew Day et l’église St-Philippe

  1. Merci de nous partager l histoire et les drames que notre ville a connu, je n avais jamais entendu parler de cette histoire!Es-ce que la maison ou le drame s est jouer, existe toujours?En tous cas , si elle est encore la, elle risque d être hantée!!!Encore une fois je vous leve mon chapeau par votre facon d écrire ,vous savez susciter l intéret des gens:-)MERCI

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  2. Merci Johanne, c’est gentil. Malheureusement, je pense que la maison n’existe plus. Elle était située au 13 de la rue Laurier et ce numéro civique n’existe plus. Peut-être que les maisons de cette portion de la rue Laurier ont été détruites pour faire place à un projet quelconque, mais c’est seulement une hypothèse.

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  3. Votre reportage à Radio-Canada, hier soir, m’a beaucoup impressionné . Je ne connaissais pas cette histoire. J’ai retrouvé toute la famille sur le CD des baptêmes, mariages et sépultures du grand Trois-Rivières édités par la SGMBF. La mère n’était âgée que de 39 ans et devait être enceinte puisqu’un bébé anonyme figure parmi les victimes plus les enfants Day âgés entre 13 mois à 12 ans. Merci de ce partage de notre histoire judiciaire.
    Françoise Veillet St-Louis

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    1. Merci François de votre commentaire. En effet, Agatha Coughlin Day était enceinte au moment du drame. Je réserve tout un chapitre sur l’affaire Andrew Day dans mon prochain livre qui traitera des procès les plus marquants de l’histoire de la Mauricie de 1900 a 1950.

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