Ildège Blais, le dernier pendu à la prison de Trois-Rivières

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C’est un pistolet de marque Savage de calibre .32 comme celui-ci qu’Ildège Blais utilisa pour commettre l’irréparable le 3 novembre 1932 à Shawinigan Falls.

Au cours de la matinée du 3 novembre 1932, Ildège Blais[1], 24 ans, passa voir Armand Boisvert au stand de taxi de Shawinigan Falls[2]. Blais lui demanda s’il pouvait lui procurer une arme à feu, apparemment pour aller à la chasse. En moins de quelques heures, Boisvert parviendra à dénicher un certain Aldéric St-Cyr, ce dernier se montrant très ouvert à l’idée de vendre un pistolet de marque Savage de calibre .32 dont il ne se servait plus. Une rencontre fut rapidement organisée et une brève séance de tir s’effectua près des chutes de Shawinigan (aujourd’hui l’Île Melville) afin de tester le fonctionnement de l’arme. Au cours de l’après-midi, on perdit un peu la trace de Blais, qui s’occupait parfois à collecter les loyers pour son père, Adélard Blais.

Vers l’heure du souper, Adélard et sa femme, revenant d’une visite familiale dans la région de Louiseville, constatèrent, d’après le couvert laissé sur la table de la cuisine, que leur fils n’avait pas mangé à la maison de toute la journée. Adélard partit alors dans les rues de Shawinigan à la recherche d’Ildège. Lorsqu’Adélard le trouva enfin sur la 4ème rue, entre les rues Mercier et Tamarac, un peu après 18h00, il s’adonna à croiser du même coup Valéda Lafontaine, la jeune copine d’Ildège. Et soudain, sans aucune raison particulière, Ildège sortit le pistolet qu’il avait acheté quelques heures plus tôt pour la somme de 15.00$ (incluant une boîte de cartouches) et tira délibérément sur la pauvre Valéda. Celle-ci s’écroula aussitôt pour ne plus jamais se relever, du moins par ses propres moyens, puisqu’elle demeura paralysée pour le restant de ses jours. De son côté, Adélard, n’écoutant que ses réflexes, bondit sur son fils pour tenter de le désarmer. Mais au cours de cette brève lutte entre le père et son fils, d’autres coups de feu retentirent. Tandis qu’Adélard s’écroulait sur le trottoir avec le pistolet entre les mains, Ildège prenait la fuite.

Quelques minutes plus tard, lorsqu’il fut arrêté par le Chef Napoléon Longval[3] de la police de Shawinigan, il marchait lentement tout en fumant un cigare. En le fouillant, les policiers découvrirent sur lui un couteau. Au moment où se tint l’enquête préliminaire le 18 novembre, Adélard Blais et Valéda Lafontaine reposaient à l’hôpital Ste-Thérèse de Shawinigan. Ildège Blais fut donc accusé de tentative de meurtre. Durant cette enquête, la Cour se déplaça jusqu’à l’hôpital afin de recueillir les témoignages des deux victimes. Alité, Adélard raconta du mieux qu’il put les événements mais refusa d’incriminer son fils en laissant entendre que rien n’avait été prémédité. L’enregistrement de ce témoignage ajoute une certaine valeur à ce dossier judiciaire puisqu’Adélard succomba à ses blessures le 10 décembre. Par la même occasion, l’accusation de tentative de meurtre se transforma en meurtre. Le fils de la victime s’exposait maintenant à la peine de mort, d’autant plus qu’avec l’achat de l’arme la Couronne espérait bien démontrer la préméditation du geste.

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Dans les registres, on apprend qu’Ildège Blais est né le 3 janvier 1908 à St-Élie-de-Caxton et baptisé le lendemain.

À l’automne 1933, Ildège Blais subit un premier procès qui sera soudainement avorté en raison de l’état de santé de l’un des jurés. Le deuxième procès débuta quelques jours plus tard, le 7 novembre 1933. Me Philippe Bigué, qui avait porté sur ses épaules la cause d’Andrew Day quelques années plus tôt, joua une fois de plus le rôle de procureur de la Couronne. Quant à la défense du jeune accusé, elle fut assurée par les avocats Désilets et Hormisdas Gariépy. Le témoignage d’Adélard fut relu devant les jurés. Il en ira de même pour celui de Valéda, car Me Bigué insista pour dire qu’il serait incongru de la faire déplacer en Cour, laissant entendre que la jeune femme n’avait plus le contrôle sur son système intestinal. Malheureusement, son apparition à la barre aurait pu permettre un interrogatoire plus poussé visant à éclaircir le mobile du crime.

La défense tenta de démontrer qu’Armand Boisvert était une sorte de fournisseur en tout genre. En expliquant que celui-ci gagnait seulement 7.00$ par semaine en travaillait sept jours sur sept au stand de taxi, la défense voulait certainement laisser entendre qu’il avait une autre source de revenu, peut-être même illégale. Mais le juge ne permit pas à l’équipe de la défense d’aller plus loin dans cette avenue. En faisant témoigner l’un des frères de l’accusé, la défense espéra démontrer qu’Ildège avait une bonne relation avec son père et qu’il n’avait donc aucune raison de le tuer. Quant à la mère, Édouardina Pratte Blais, elle parla du fait que son Ildège avait eu une enfance apparemment difficile et qu’il « a jamais été comme les autres ». On ne pourra cependant en savoir davantage quant aux arguments ayant pu motiver ce commentaire.

Le 9 novembre 1933, chose assez peu fréquente, l’accusé décida de témoigner à son propre procès. En l’interrogeant, Me Gariépy tenta de laisser entendre que les cigarettes que Boisvert lui avait données le matin même du drame auraient pu contenir une certaine drogue. Mais les jurés n’en crurent pas un mot. Avant la fin de la journée, Ildège Blais était reconnu coupable. On se demande encore ce que fut le véritable mobile du crime. Pourquoi avait-il eu l’intention apparente de tuer Valéda Lafontaine? Les seuls détails ayant pu transpirés au cours de cette affaire démontrent que Valéda était apparemment sur le point de rompre avec lui après avoir appris qu’Ildège avait déjà fait un séjour en prison.

À l’aube du 18 mai 1934, après avoir reçu la visite de sa mère, Ildège Blais, 26 ans, était pendu dans l’enceinte de la prison de Trois-Rivières, celle que l’on surnomme aujourd’hui affectueusement « la vieille prison », qui fermerait ses portes en 1986. Du même coup, il fut le 7ème et dernier criminel à y être exécuté. Une quinzaine d’années plus tard, à la suite d’un procès qui se déroula lui aussi au palais de justice de Trois-Rivières, les frères Gervais furent condamnés à la pendaison. Toutefois, leur double exécution s’effectuera à la prison de Bordeaux, à Montréal.

[1] Dans le registre des baptêmes on orthographiait son prénom « Hildège » mais dans le dossier judiciaire on utilise majoritairement « Ildège ».

[2] En 1958, le mot « Falls » fut abolit dans l’appellation de la municipalité. [3] Au recensement de 1921, Napoléon Longval, alors âgé de 38 ans, apparaissait déjà comme chef de police. Il résidait alors sur la rue de l’Hôtel de Ville à Shawinigan Falls avec sa femme Eugénie et leurs sept enfants. Il serait né à St-Maurice en 1883.

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