Dollard Pelletier, tué dans l’exercice de ses fonctions

Le constable Dollard Pelletier a fait son entrée dans la police de Montréal en mai 1914.  Il était père de six jeunes enfants en 1930.
Le constable Dollard Pelletier a fait son entrée dans la police de Montréal en mai 1914. Il était père de six jeunes enfants en 1930.

En ces temps de manifestations et de critiques sociales, le métier de policier n’est certainement pas de tout repos. Ceux-ci comptent sur un équipement de plus en plus sophistiqué, mais à une certaine époque le danger était pratiquement omniprésent.

Dans la nuit du 3 au 4 août 1930, vers 1h30, le policier Dollard Pelletier était de service dans les rues de Montréal. Il sondait les portes des magasins afin de vérifier si celles-ci étaient bien verrouillées. Il se trouvait dans la ruelle sud de la rue Sainte-Catherine, à l’est de la rue Cuvillier, devant la boutique Atlantic et Pacific, au 3464 rue Sainte-Catherine Est en train de patrouiller en compagnie du jeune agent Rock Dellaniello, une recrue engagé depuis mai seulement. En entrant dans le hangar, Pelletier vit soudainement un homme qui tentait d’enfoncer la porte arrière du commerce. Immédiatement, il entra et l’interpella en lui demandant ce qu’il faisait là. L’homme se retourna, et, sans le moindre avertissement, pointa un revolver. Un coup de feu retentit aussitôt. Atteint à l’abdomen, Pelletier se serait effondré une première fois avant de se relever pour se jeter sur le bandit. Étonnement, il parvint à le terrasser.

Pendant que la lutte s’engageait entre les deux hommes, un voisin, alerté par la détonation, donna l’alarme. Déjà, le jeune constable Dellaniello (matricule 606) arrivait dans la ruelle pour venir en aide à son collègue.

« Dellaniello saisit le voleur par une jambe et lui tira une balle de revolver dans la cuisse. La balle atteignit celui-ci, et par ricochet elle frappa le constable Pelletier, lui causant une légère blessure à l’épaule droite », écrira La Patrie au lendemain de l’altercation. Ensuite, Dellaniello se servit de son revolver comme d’une matraque pour frapper le voleur à la tête.

Peu de temps après, le lieutenant Bussière du poste numéro 11 arriva sur les lieux en compagnie des constables Leblanc et Fleurant. Ce fut seulement après leur arrivée que le suspect fut maîtrisé, rendu inconscient par les coups de crosse.

Le constable Pelletier fut immédiatement transporté à l’hôpital Notre-Dame, tout comme son agresseur. Les médecins Bellerose et Robert déterminèrent que la blessure à l’abdomen était grave et que le policier avait peu de chance de s’en sortir. D’ailleurs, Pelletier était déjà inconscient à ce moment-là.

Le suspect refusa d’abord de décliner son identité, mais il avouera finalement s’appeler Paul Bélisle.

L’enquête effectuée sur les lieux de l’altercation par le capitaine détective Armand Brodeur, et les détectives Longpré et Unwin, permit de retrouver le revolver et un poignard appartenant au voleur. Toutefois, lors du procès, il apparut que c’était plutôt la recrue Dellaniello qui avait fouillé le suspect.

Malheureusement, Dollard Pelletier succomba à sa blessure deux jours plus tard. Ce policier d’expérience rattaché au poste no. 11 et porteur du matricule 892 avait fait son entrée dans la police montréalaise 16 ans plus tôt. On le considérait comme l’un des meilleurs agents de tout le service. « Il a déjà été cité à l’ordre du jour et félicité par ses chefs et les juges en maintes occasions pour ses nombreuses captures sensationnelles. Il est marié et père de six jeunes enfants », souligna La Patrie.

Pelletier avait fait son entrée au service de police de Montréal le 6 mai 1914, après quoi il s’était rapidement fait remarqué par son courage. Un soir de novembre 1919, il était de service sur la rue Craig quand une jeune fille, Mlle R. Robitaille, s’était approchée de lui pour dire qu’un homme venait de la poignarder. Le constable Pelletier avait alors aperçu le suspect qui prenait la fuite et, n’écoutant que son courage, lui avait immédiatement donné la chasse pour finalement le rejoindre devant le 52 rue Saint-Timothé. Bien que le fugitif lui brandissait un poignard sous le nez, Pelletier avait réussi à le désarmer.

Le procès de Paul Bélisle s’ouvrit le 29 septembre 1930 au palais de justice de Montréal devant le juge Charles A. Wilson, ancien procureur impliqué dans l’affaire Sclater à Trois-Rivières, un quart de siècle auparavant. Bélisle était défendu par Me Alban Germain.

Au matin du 30 septembre, on entendit quatre témoins, dont Athanase Todasko, qui habitait au 2502 Moreau. Celui-ci était le propriétaire du logement qu’occupait l’accusé au moment des faits. Todasko dira ne jamais avoir eu de plainte contre son locataire de 26 ans. Les constables Rock Dellaniello, Jean Bellerose et Boulanger racontèrent avoir été parmi les premiers à arriver sur les lieux après le coup de feu. Ils identifièrent formellement l’accusé comme étant le responsable de la mort de Pelletier. D’ailleurs, le procès permit d’apprendre que Pelletier avait réussi à dire à ses collègues « il m’a tiré à mort » avant de sombrer dans l’inconscience.

Me Gérald Fauteux était le procureur de la Couronne lors du procès de Bélisle.  Plus tard, il sera nommé juge avant de s'éteindre en 1980 à l'âge de 79 ans.
Me Gérald Fauteux était le procureur de la Couronne lors du procès de Bélisle. Plus tard, il sera nommé juge avant de s’éteindre en 1980 à l’âge de 79 ans.

Le témoignage le plus important de la journée fut celui de la recrue Dellaniello. Questionné par Me Gérald Fauteux, procureur de la Couronne, il raconta ses déplacements effectués avec Pelletier au soir du crime. Vers 1h15 de la nuit, ils avaient vu une porte de la ruelle déverrouillée près de Cuvillier. Ils y étaient entrés ensemble. « Pelletier promena sa lampe de poche dans l’obscurité du hangar et Dellaniello l’entendit tout à coup demander « que fais-tu là? » à un individu que le témoin ne put d’abord voir »[1].

Rock Dellaniello affirma avoir entendu un coup de feu avant que Pelletier ne bondisse sur le bandit. Tout en se battant avec Bélisle et refusant de lâcher prise, Pelletier, se sachant mourant, aurait dit « je vais mourir! Mes pauvres petits enfants! ».

Dellaniello expliqua alors s’être précipité à son secours, saisissant une jambe du suspect et y appuyant le canon de son arme en tirant « pour tenter de l’affaiblir », dira-t-il. Contrairement aux premiers comptes rendus médiatiques transmis lors de l’incident, Dellaniello ajoutera que c’est lui qui avait fouillé l’accusé alors qu’il était inconscient, ce qui lui avait permis de trouver un revolver, un couteau et une lampe de poche.

Durant le procès, l’accusé a « conservé une attitude des plus piteuses. Très pâle, la tête basse, ses yeux cernés ne se levèrent qu’une fois vers Dellaniello qui rappelait alors le moment le plus pathétique du meurtre de Pelletier ».

Étrangement, dans son numéro du 30 septembre La Patrie titrait que « la vengeance serait le mobile de ce meurtre » alors qu’aucun élément dans les autres articles ne permet d’appuyer cette hypothèse. Au contraire, tout indique que cette rencontre fut fortuite.

Bélisle fut donc reconnu coupable et condamné à mort. La veille de son exécution, le 18 décembre 1930, lorsque le gouverneur Napoléon Séguin de la prison de Bordeaux lui annonça que le gouvernement refusait de commuer sa peine, Bélisle se serait évanoui. Par la suite, il aurait déclaré : « je comprends. La loi doit suivre son cours. Je me résigne ». Il écrivit d’ailleurs une lettre à sa femme et à sa fille pour leur confier son abdication. Depuis son incarcération, son épouse lui avait rendu visite sur une base quotidienne.

Accompagné dans ses derniers moments par l’abbé Vershelden, le condamné eut droit à une messe à 6h00 avant d’avaler quelques biscuits. Il était 8h00 au matin du 19 décembre lorsqu’il marcha jusqu’à l’échafaud d’un pas calme et résigné. Le ciel était gris et froid. Bélisle récita des prières jusqu’à ce que le bourreau Ellis lui glisse la corde autour du cou. Napoléon Séguin confiera aux journalistes que le supplicié comptait parmi les condamnés à mort qui avaient le mieux accepté leur sort.

Immédiatement après la pendaison, le drapeau noir fut hissé sur les murs de la prison de Bordeaux.

 

[1] La Patrie.

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