Fernand Dumont, alias Dubé


Fernand Dumont, alias Dubé, cumulait les "exploits" de l'évasion bien avant des criminels récidivistes tels que Jacques Mesrine ou Jean-Paul Mercier.
Fernand Dumont, alias Dubé, cumulait les « exploits » de l’évasion bien avant des criminels récidivistes tels que Jacques Mesrine ou Jean-Paul Mercier.

L’histoire nous démontre bien souvent que nous n’avons rien inventé, que des phénomènes apparemment nouveaux ont pourtant connus des précédents. C’est aussi le cas dans le milieu judiciaire, alors que certaines personnes auraient tendance à penser que des criminels récidivistes comme Jacques Mesrine, Jean-Paul Mercier ou Richard Blass ont été les premiers d’une dangereuse cuvée.

Il n’en est rien.

Dans un article paru en 1956 dans le journal La Patrie, on annonçait que Fernand Dumont, alias Dubé, un jeune criminel âgé de 25 ans et originaire du Cap-de-la-Madeleine[1], était sur le point d’être déclaré « criminel d’habitude ». Le directeur Hilaire Beauregard de la Sûreté provinciale (plus tard la Sûreté du Québec) venait d’obtenir l’autorisation de déposer cette accusation alors qualifiée de très grave. Malgré son jeune âge, Dumont cumulait déjà plusieurs condamnations devant les tribunaux de Trois-Rivières.

Singulièrement, Dumont était seulement le deuxième criminel dans l’histoire du Québec à tomber sous le coup de cette accusation, le premier ayant été un certain Johnny Young[2], alors détenu pour une période indéterminée. Dumont risquait donc un emprisonnement pouvant aller jusqu’à la perpétuité.

Deux mois plus tôt, Dumont avait braqué une banque à Yamachiche, ce qui lui avait rapporté 20,000$. En 1953, alors qu’il purgeait une peine de 10 ans pour vol, il avait réussi à s’évader du célèbre pénitencier St-Vincent-de-Paul en compagnie de ses complices Gilles Hamel et Gaston Martel. Encore une fois, le mythe de Mesrine et Mercier s’effrite. En effet, plusieurs personnes croient encore que ceux-ci ont été les premiers à passer le mur de ce redoutable pénitencier en août 1972[3]. Qu’à cela ne tienne, car Dumont cumulait déjà quatre évasions à son actif, à la fois au Québec et en Ontario.

Trois jours après cette évasion, Dumont commettait son fameux braquage à Yamachiche. Trois jours encore et les policiers procédaient à son arrestation en compagnie de Hamel à l’entrée du pont de Québec. Pendant ce temps, Martel s’attaquait à une banque de Montréal.

En octobre 1953, on apprenait également que Jean-Marcel Brunet, alias Ti-Mine, écopait de quatre autres années de bagne. Brunet avait été l’un des complices de Dumont lors de l’évasion de juillet 1953.

 

[1] Municipalité maintenant fusionnée avec la ville de Trois-Rivières.

[2] Jean-Pierre Charbonneau, La Filière canadienne, p. 47 : « Habitué du Red Light, Johnny Young jouissait d’une solide réputation dans les bas-fond de la métropole. En effet, depuis 1935, il avait été condamné 19 fois pour vols par effraction, recels et corruption. Spécialiste des élections, il avait connu une certaine popularité quelques années auparavant comme lutteur professionnel et était ensuite devenu garde du corps de Maurice Duplessis, alors Premier ministre du Québec ».

[3] Mercier devait répéter l’exploit en 1974, cette fois en compagnie de Blass.

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