Les bootleggers de Ste-Anne-de-la-Pérade


Cette photo utilisée sous la cote P-8 lors du procès représente le bâtiment des Lafond où furent saisies plus de 2,000 bouteilles de bière en 1942.
Cette photo utilisée sous la cote P-8 lors du procès représente le bâtiment des Lafond où furent saisies plus de 2,000 bouteilles de bière en 1942.

La perquisition

Le 24 juin 1942, vers 18h00, les inspecteurs Zéphirin Verreault, Paul Alfred Mottotte et Edgar Rioux de la Commission des liqueurs, accompagnés du constable Maurice Hébert de la Police Provinciale, débarquèrent sur la propriété agricole de Cléomène Lafond et de son fils Gérard à Ste-Anne-de-la-Pérade, une terre qui faisait partie du lot 315, soupçonnant ceux-ci d’entreposer une quantité importante d’alcool. Croisant Gérard Lafond, qui revenait de traire ses vaches à bord d’une camionnette, les inspecteurs obtinrent sa collaboration pour se diriger et surtout fouiller un bâtiment de ferme ciblé par l’enquête. Dès l’ouverture des portes, on y découvrit 1740 grosses bouteilles de bière Molson, 228 grosses bouteilles de bière Black Horse, et 204 grosses bouteilles de bière Dow.

Bien que n’offrant aucune résistance à cette perquisition, Gérard Lafond, 27 ans, donna l’impression d’avoir l’habitude avec les forces de l’ordre en prenant en note les noms de tous les agents participant à l’opération. Qu’espérait-il en récoltant ces informations?

Le 29 juin, la Commission des Liqueurs du Québec déposa officiellement une accusation contre Gérard Lafond et son père « parce que le ou vers le 24 juin 1942 et dans les délais prévus par la loi, ils ont tant par eux-mêmes que par d’autres personnes dont ils tolèrent la présence chez eux gardé et possédé illégalement des liqueurs alcooliques, en contravention avec l’article 3 de la loi concernant la possession et le transport des liqueurs alcoolique ». Ce document, signé par l’inspecteur Zéphirin Verreault, prévoyait leur condamnation pour « une amende de pas moins de 200.00$ et de pas plus de 2000.00$, et, à défaut du paiement de cette amende et des frais, à un emprisonnement de six mois dans la prison commune, et à ce que les liqueurs alcooliques saisies en cette cause et mentionnées au procès-verbal de saisie soient confisquées au profit de la plaignante ».

Le procès

C’est le 1er septembre 1942 que s’ouvrit le procès de Cléomène et Gérard Lafond devant le juge François-Xavier Lacoursière au palais de justice de Trois-Rivières. Me Raoul Provencher agirait à titre de procureur de la Couronne tandis que Me Jean-Louis Marchand et Me Robert Trudel assureraient la défense du cultivateur et de son fils.

Me Provencher déposa d’abord certains documents afin de prouver que la terre du lot 315, c’est-à-dire celle concernée dans cette cause, appartenait bien aux accusés. Cléomène en avait hérité en 1925 avant de la passer à son fils le 30 novembre 1934. Me Marchand s’objecta au dépôt de ces documents en se disant prêt à reconnaître que l’alcool avait été saisi dans un bâtiment appartenant à ses clients, mais le juge Lacoursière la prit sous réserve en expliquant que l’enquête allait en démontrer la pertinence.

Maurice Hébert, un photographe et dessinateur de 32 ans travaillant pour la Sûreté Provinciale, fut le premier témoin appelé par la Couronne. Son témoignage servit principalement à déposer en preuve trois photos représentant des bâtiments, dont celui où s’était produite la perquisition du 24 juin. Il décrivit également le plan qu’il avait lui-même dressé pour détailler l’emplacement de ces bâtiments par rapport aux terrains voisins. Sur la photo déposée sous la cote P-6 Hébert dira qu’on y voyait l’ensemble de la propriété de Cléomène Lafond, que la P-7 montrait une vue opposée et finalement la P-8 le bâtiment visé par la saisie (voir photo ci-contre).

Le témoin suivant fut Zéphirin Verreault, 46 ans, inspecteur de la police des liqueurs basé à Trois-Rivières. Il racontera principalement la perquisition du 24 juin dernier, mentionnant avoir rencontré Gérard Lafond alors que celui-ci se trouvait à bord d’une petite « automobile », bien que le reste du procès déterminera que ce véhicule était plutôt une camionnette. Verreault lui avait donc demandé sa collaboration et Lafond avait accepté de les accompagner jusqu’au bâtiment apparaissant sur la photo P-8.

  • En arrivant, expliqua l’inspecteur, un agent a ouvert la porte qui n’était pas barrée, et nous avons aperçu une grande quantité de cartons. J’ai demandé à monsieur Lafond qu’est-ce qu’il y avait dans ces caisses-là. Il m’a répondu « ici on travaille très fort sur la ferme, nous avons beaucoup de travail. C’est de la bière, c’est ma bière pour mon été ».
  • Cette bière-là se trouvait-elle dans la bâtisse produite à la photographie?
  • Oui. L’intérieur de cette bâtisse. (P-8)

Il fut ensuite question que cette bâtisse n’était pas habitée et qu’elle n’était pas habitable, un point important puisque la défense avait apparemment prétendu que cet alcool était destiné à la consommation personnelle. En prétextant que Gérard Lafond habitait ce bâtiment, cette thèse pouvait être plus facilement défendable. Le problème, c’est que Verreault dira que les fenêtres ayant un jour agrémentées cette bâtisse avaient depuis été condamnés avec des planches, d’autant plus qu’on y retrouvait maintenant un entreposage d’instruments agricoles.

Lorsque Me Provencher demanda au témoin s’il croyait en l’argument fourni par Lafond et selon lequel cette réserve d’alcool était destinée à sa consommation personnelle pour la période estivale, le juge répliqua qu’il serait lui-même en mesure d’apprécier cette déclaration. Par la suite, Verreault soulignera la coopération de Lafond et, bien qu’il ait noté les noms de ses agents, il leur avait offert de leur montrer ses animaux d’élevage, dont il tirait apparemment une grande fierté.

Contre-interrogé par Me Trudel, Verreault fut en mesure de préciser que, officiellement, son enquête avait permis d’établir que le hangar appartenait à Cléomène Lafond. Puis l’avocat de la défense lui soumit une question quelque peu étrange.

  • Lorsque vous avez parlé à Gérard Lafond, vous lui avez pas dit que vous le rencontreriez?
  • Non, monsieur.
  • Vous êtes pas si malin que ça?
  • Non.

La Couronne appela ensuite Alphonse Ricard, un cultivateur de 65 ans qui était voisin des accusés. En fait, il les connaissait depuis que ceux-ci s’étaient installés à Ste-Anne-de-la-Pérade, il y avait environ 25 ans. Rapidement, Me Provencher voulut obtenir de plus amples détails sur le bâtiment de la photo P-8.

  • Sur quelle terre se trouve-t-elle?, questionna Me Provencher.
  • C’était sur la terre de Cléomène Lafond.
  • Est-ce que monsieur Gérard Lafond utilise cette bâtisse comme monsieur Cléomène?
  • Oui.
  • Avez-vous eu connaissance des allées et venues à cette bâtisse? Qu’est-ce qu’on y met, des récoltes?
  • Non. Il y a très longtemps que je suis pas entré là. J’ai entré là quand il y avait du ménage.
  • Le printemps dernier y avait-il du ménage là-dedans, au mois de juin?
  • Je suis pas entré.
  • Était-elle habitée cette maison-là au mois de juin?
  • Non.

Me Provencher tenta ensuite de lui faire préciser les allers et venues des deux accusés sur leur terre afin de vérifier l’achalandage relié à ce qui pourrait avoir l’apparence d’un certain commerce d’alcool.

  • Quand il charroie [transporte] son foin Gérard Lafond, où va-t-il l’engranger?
  • Dans la grange.
  • Qui apparait sur la photographie marqué 2 [P-7]?
  • Certainement.

En contre-interrogatoire, Me Trudel lui fit établir que c’était Gérard Lafond qui s’occupait de cultiver la terre.

  • Monsieur Lafond, le père, combien l’avez-vous vu de fois depuis 3 ans disons?, questionna Me Trudel.
  • Je l’ai vu cette année, on pensait qu’il sentait sa mort. Voilà longtemps que je l’avais pas vu, là, une fois par année, deux fois.

Arthur Ricard, 69 ans, était le frère et voisin du témoin précédent. Il dira principalement que le bâtiment apparaissant sur la photo P-8 n’était pas habité au moment de la perquisition.

  • Avez-vous eu connaissance qu’il voyage des camions à cette bâtisse-là?
  • Non.
  • Est-ce qu’il voyage des automobiles, là?
  • C’est-à-dire, les Lafond ont un[e] auto pour aller traire les vaches. Moi je vais travailler et je m’en reviens. Les machines j’en ai pas eu connaissance.

Lui aussi dira connaître les Lafond depuis un quart de siècle mais ne sera pas d’une grande utilité pour déterminer le possible achalandage.

Paul Alfred Mottotte, un officier de 28 ans de la police des liqueurs à Trois-Rivières qui avait accompagné Verreault et Rioux le 24 juin, corrobora essentiellement les propos déjà entendus concernant la perquisition. Contrairement à Verreault, cependant, il parlera plutôt de « camion » pour désigner le véhicule conduit par Gérard Lafond ce jour-là.

  • Maintenant, fit Me Provencher, est-ce que monsieur Lafond a nié que c’était des liqueurs alcooliques et que ça n’était pas sa propriété?
  • Non, monsieur. On a pris une description, des notes. Il nous a dit que c’était sa propriété, que ça lui appartenait et que c’était sa bière à lui, que c’était pour son été.
  • Qu’il avait acheté ça pour son été?
  • Oui.

Lucien Bisson, 38 ans, était un autre agent ayant participé à la perquisition et, tout comme son collègue, il parlera de « camionnette » en plus d’ajouter que Gérard Lafond avait d’abord nié être en possession d’une telle quantité d’alcool. Peu après, les procureurs des deux parties s’accordèrent pour établir qu’il ne serait pas nécessaire d’entendre le témoin Edgar Rioux puisqu’il s’agirait alors d’une simple répétition des preuves déjà présentées par la Couronne.

Les témoins de la défense

Aurèle Leroux, 36 ans, fut le premier témoin appelé par la défense. Ce boucher-épicier licencié de Trois-Rivières tenterait d’apporter une dose de véracité aux allégations de Lafond à l’effet que cette bière était destinée à sa consommation personnelle.

  • Avez-vous vendu des bouteilles de bière à monsieur Gérard Lafond?, questionna Me Jean-Louis Marchand.
  • Oui, monsieur.
  • Vous rappelez-vous à peu près à quelle date?
  • C’est vers le milieu de juin, vers le 19 au 22 juin. Alentour de là.
  • Vous lui en avez vendu en quantité substantielle?
  • Oui.

Suite à cette démonstration, Me Raoul Provencher s’approcha du témoin avec l’espoir de démontrer que cette théorie ne tenait pas la route, mais Leroux dira avoir vendu à Lafond entre 185 et 195 caisses de douze bières.

Le second témoin de la défense fut l’un des accusés, Gérard Lafond. Le jeune cultivateur de 27 ans affirma d’abord avoir acheté de la bière chez Leroux à Trois-Rivières et que, par conséquent, l’alcool saisi le 24 juin était le fruit de cette transaction légale.

  • Est-ce que vous aviez cette bière-là dans l’intention de la vendre?
  • Ah non.
  • Maintenant, monsieur Lafond, je comprends que vous cultivez cette terre-là durant la saison de culture. Est-ce que vous mangez là?
  • Oui, monsieur.
  • Sur cette terre-là?
  • Oui.
  • Est-ce dans la maison où la bière a été saisie?
  • Oui.
  • C’est là que vous mangez?
  • Oui.
  • Vous mangez pas dans les granges?
  • Ah non.
  • C’est la maison où vous avez demeuré?
  • Oui, durant la saison on restait là.

Puisque l’accusé avait accepté d’apparaître à la barre il s’exposait automatiquement aux questions de la Couronne, et Me Provencher n’allait certainement pas laisser passer cette chance. Dès le départ, Gérard Lafond reconnut avoir loué un camion pour entreposer la bière dans le bâtiment apparaissant sur la photo P-8.

  • Et il y en avait moins que vous aviez achetée lorsque la saisie a été faite?, lui demanda Me Provencher.
  • Celle que j’avais pris était pas là.
  • Où? Ailleurs?
  • J’avais des bouteilles vides à ma maison privée. J’en emportais chez nous pour le soir et le matin.
  • Combien ça vous a coûté pour le transport?
  • Je me rappelle pas au juste, alentour de 10.00$ que j’ai payé.
  • C’est vous qui l’avez payé?
  • Oui.
  • Et la bière, quel prix avez-vous payé?
  • Objection, fit alors Me Marchand. Je ne vois pas que ça relève de la plainte telle que portée, et ça ne relève pas de l’examen en chef.
  • C’est la partie, répliqua le juge Lacoursière.
  • Il me semble alentour de 2.25$, fit le témoin. Alentour de 2.25$ le carton.
  • Combien avez-vous payé en tout?
  • Je pense que je l’ai ici, 190 douzaines à 2.25$, le montant en tout 561.50$.
  • C’était votre provision pour l’été?
  • Pour la saison d’été, l’hiver. J’ai pas beaucoup de temps de me promener. J’en ai acheté pour pas en manquer, au cas où la rareté vienne. Pour pas en pâtir.
  • Et vous prétendez que c’était pour votre consommation personnelle?
  • Oui.
  • Sous votre serment?
  • Oui, je le jure.
  • Vous jurez ça?
  • Oui.
  • Vous aviez l’intention de boire vous-même cette liqueur-là?
  • Oui, je l’avais achetée pour mes besoins personnels.
  • Parce que vous travaillez fort sur la ferme?
  • Oui, les journées sont longues et j’aime bien à en prendre.
  • Considérez-vous que c’était un entrepôt pour bien conserver cette liqueur-là indéfiniment?
  • Pour le monde qui passe là, je vois rarement rien que les deux messieurs Ricard qui passaient une partie de l’été, et Arthur vient plus souvent. Et moi je suis là de 5h30 le matin jusqu’à la brunante.

Gérard Lafond dut ensuite avouer que lui et sa famille habitaient au village, à une distance qu’il estimera à plus ou moins un mile de la bâtisse ayant fait l’objet de la perquisition. Il justifiera cet entreposage par le fait qu’il manquait de place chez lui puisqu’il habitait un loyer. Il affirmera également que la terre appartenait à son père mais qu’il en possédait lui-même la moitié, selon un contrat. Depuis son mariage, son père lui aurait donc loué sa terre. En fait, selon lui, il y avait maintenant 6 ou 7 ans que son père n’y venait pratiquement plus.

Si la bâtisse de la photo P-8 n’était plus habitable, il dira cependant qu’il y prenait régulièrement ses repas.

  • Avez-vous un poêle?, lui demanda Me Provencher.
  • Oui, il est pas monté, mais il y a un poêle.
  • Vous mangez froid?
  • Sur la terre, je peux pas monter au village. J’ai pas le temps de perdre une demi-heure pour dîner. Le gaz est rationné, j’en ai presque plus. Je suis obligé de m’arranger.
  • Vous ménagez pas sur la bière beaucoup?
  • Pour moi, je la ménage pas.

En plus de la bière, ce qu’il serait convenu d’appeler un hangar contenait aussi quelques équipements agricoles, dont une charrue sarcleuse, une herse, et des boîtes. Lafond dira également que sa terre lui rapportait annuellement entre 1,500.00$ et 1,600.00$.

Contre-interrogé par Me Provencher, l’accusé dira ensuite que son père ne cultivait plus cette terre depuis maintenant une dizaine d’années et qu’il ignorait ce que contenait le hangar car il n’avait pas la clé pour y aller. Pourtant, Lafond se contredira lui-même immédiatement après en disant que cette bâtisse n’était pas verrouillée.

  • Prétendez-vous qu’il y avait que vous qui saviez qu’il y avait un entrepôt de bière là?
  • Celui qui est venu la mener là le savait.
  • Qui ça?
  • Je le sais pas son nom. C’est un truck de la ville, le voir je le reconnaîtrais.
  • À quelle date ça?
  • Le 23 juin.
  • La veille de la saisie?
  • Justement.
  • Alors, vous auriez eu le temps de consommer la différence entre le montant donné à votre facture et le nombre de caisses qui apparaissent au procès-verbal?
  • Non, pas consommé, mais j’en ai débarqué chez nous à la maison privée.

Me Jean-Louis Marchand revint devant son client pour lui permettre d’ajouter que sa fromagerie lui permettait un revenu supplémentaire. À titre d’exemple, cette dernière activité lui permettait de toucher un revenu de 80$ à 138$ par période de deux semaines. Depuis deux ans, il pouvait également compter sur les services d’un jeune employé du nom d’Armand Marcotte, qui fut d’ailleurs appelé immédiatement à la barre par la défense. Le jeune journalier de 22 ans affirmera plutôt travailler pour l’accusé depuis 3 ou 4 ans, et qu’il recevait sa paye chaque samedi.

  • Avez-vous un patron qui aime la bière?, lui demanda Me Marchand, qui cherchait à justifier légalement la présence de cette impressionnante quantité de bière saisie chez son client.
  • Il en boit beaucoup.
  • En prend-t-il pas mal?
  • Il en prend pas mal, parce que je voyais aller pas mal souvent à la petite saison.
  • Il vous paye la traite des fois?
  • Oui.

Ce fut alors que Me Provencher exerça son droit de contre-interroger le jeune employé de ferme.

  • Quand il allait à la maison est-ce que c’était pour boire de la bière lui-même?, demanda Me Provencher.
  • Il sortait une bouteille pour la déboucher, il s’assoyait sur le bord de la porte, il la prenait. Des fois il disait « viens en prendre une ».
  • Ça l’empêchait pas de travailler?
  • Des fois il fallait qu’il se couche.
  • Combien de fois par mois?
  • Je le sais pas, mais je sais qu’il se couchait.

Marcotte niera ensuite avoir jamais transporté de la bière pour son patron, qu’il effectuait plutôt des courses ordinaires et qu’il gagnait ainsi 9.00$ par semaine. Finalement, il sera question que le jeune homme ne travaillait plus pour lui depuis le samedi précédent l’ouverture du procès. Finalement, le jeune homme avouera avoir transporté de la bière jusqu’à la maison privée de Gérard Lafond. De plus, le procureur de la Couronne lui fera admettre qu’il avait lui-même entreposé de l’alcool chez son patron, dans ce cas-ci des spiritueux, ou « du fort » comme le dira lui-même Marcotte, et dont la consommation était destinée à lui et son frère Lauréat Marcotte, ce dernier se trouvant alors à La Tuque. Il dira également sous serment que Gérard Lafond retournait parfois au hangar de la photo P-8 pour vérifier si tout était verrouillé.

Cléomène Lafond se décrivit au greffier comme un marchand épicier de Ste-Anne-de-la-Pérade âgé de 63 ans. Interrogé par son avocat, il confirmera le fait qu’il ne cultivait plus cette terre depuis 6 ou 7 ans qu’il louait maintenant à son fils pour la somme de 250$ par année. S’il n’y avait apparemment pas mis les pieds durant une période de 3 ans, il avouera y être allé « un peu plus » cette année. Il niera cependant de façon catégorique être au courant de la présence de cette bière dans le hangar. Et c’est sur cette note que Me Provencher prit la relève à la barre, lui faisant d’abord dire que le hangar apparaissant sur la photo P-8 lui avait déjà servi de maison alors que maintenant elle servait d’entrepôt.

  • Ça sert d’entrepôt pour la bière?
  • Oui, d’entrepôt. Il a dit qu’il en avait mis là, la saisie a été faite là.
  • Avant ça?
  • J’ai jamais mis de bière là, moi. Je me rappelle pas qu’il en a mis là.
  • C’est possible?
  • J’y vais si rarement qu’il peut y en avoir eu. J’ai été 3 ans sans y aller.
  • Maintenant, monsieur Lafond, est-ce que vous avez déjà été condamné pour infractions à la loi des liqueurs?
  • Oui.
  • Combien de fois?
  • Je sais pas si c’est deux ou trois fois. Deux fois certain. Voilà an et demi, à 50.00$ d’amende.
  • Depuis 15 ou 20 ans?
  • Je peux pas dire exactement. Je pense que c’est trois fois, suivant mon idée. J’ai été condamné trois fois.
  • Avez-vous déjà été accusé d’autre chose, d’avoir intervenu dans l’exercice des fonctions de la police?
  • Je me rappelle pas d’avoir gêné la police. Quand la police est venu chez nous ils m’ont accusé d’une affaire.
  • Avez-vous été condamné?
  • Non.
  • À quelle date, il y a combien de temps à peu près?
  • Dans le mois de mai ou juin.
  • Quelle année?
  • L’année dernière. Ça fait un an et demi, mais pour dire les dates exactement, ce que vous demandez-là, c’est bien difficile.

Étant donné que cette cause fut entendue devant juge seul, l’honorable François-Xavier Lacoursière prit quelques jours pour délibérer. Le 22 septembre 1942 il revint avec son verdict. Le père et le fils furent condamnés à payer une amende de 200$ plus les frais. À défaut de payer ils s’exposaient à une peine de six mois de prison.

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