Aurore Gagnon n’a pas dit son dernier mot

L'auteur Eric Veillette devant la sépulture d'Aurore, en mai 2015.
L’auteur Eric Veillette devant la sépulture d’Aurore, en mai 2015.

Depuis que j’effectue des recherches dans les dossiers judiciaires de notre passé, il y avait longtemps qu’une idée me trottait dans la tête : celle de jeter un œil dans les archives du procès de Marie-Anne Houde. Comme on le sait, cette jeune femme fut condamnée en 1920 pour le meurtre de sa belle-fille Aurore Gagnon, que la plupart des Québécois surnomment encore « l’enfant martyre ». D’un autre côté, je tentais de refouler ma curiosité, me disant qu’au cours du dernier siècle on avait fait le tour de la question. Le théâtre, le cinéma et la littérature semblaient avoir épuisé le sujet. Alors, à quoi bon perdre son temps dans les archives?

Mais jusqu’à quel point toutes ces représentations étaient fidèles à la réalité? Parce que, faut-il le dire, cette affaire repose sur un procès que personne n’a jamais raconté.

C’est finalement en débutant ma lecture du dossier judiciaire que j’ai compris. Tout n’avait pas encore été présenté au public. Aurore Gagnon n’a donc pas dit son dernier mot!

À l’époque du procès, en avril 1920, le commérage faisait déjà son œuvre. Moins d’un an plus tard, une pièce de théâtre était lancée sur les planches de Montréal. Ainsi, durant plus de 30 ans, les Québécois n’eurent que cette version pour satisfaire leur intérêt face à ce fait singulier des annales judiciaires.

Bien sûr, il y eut le film de 1952 en noir et blanc qui marqua plus d’une génération. Les plus jeunes se souviendront probablement en priorité du film de Luc Dionne sorti en 2005, tandis que les mordus auront certainement lu quelques livres sur le sujet, dont le roman d’André Mathieu. Ainsi, la légende d’Aurore Gagnon demeura vivante durant près d’un siècle.

Habitué aux contradictions, je me demandais quelle était la part de vérité dans toutes ces interprétations, qui d’ailleurs provenaient essentiellement du milieu artistique, et non du domaine de l’Histoire par exemple. Pourtant, il suffit d’un minimum d’observation pour comprendre que les contradictions sont nombreuses entre le film de 1952 et celui de 2005.

Une fois ma révision du dossier terminée, quelle ne fut pas ma surprise de constater que, en plus de nombreuses inexactitudes, j’étais maintenant en mesure de prouver qu’aucune de ces interprétations n’avait consulté le dossier judiciaire. À tout le moins, si le dossier a été consulté, on ne l’a pas respecté. Par exemple, j’ai trouvé dans l’adresse du juge Louis-Philippe Pelletier des détails que je n’ai vu nulle part ailleurs. Il fallait donc que le public sache de quoi il en retournait.

Comme je l’ai fait dans mes livres précédents – L’affaire Dupont et L’affaire Denise Therrien – je présenterai dans mon prochain livre un récit complet du procès. Cet ouvrage, le troisième de la collection Patrimoine Judiciaire, aura pour titre L’affaire Aurore Gagnon, le procès de Marie-Anne Houde. Le lecteur pourra donc se plonger dans la peau de l’un des douze jurés pour entendre la preuve présentée légalement lors de ce procès et ensuite tirer ses propres conclusions.

Il sera enfin possible de se concentrer sur les véritables éléments de preuve afin de mieux comprendre les circonstances, que ce soit pour les sévices dont Aurore fut victime ou les circonstances de son meurtre. Car, quoiqu’on en dise, il s’agit bien d’une affaire criminelle.

Le livre L’affaire Aurore Gagnon, le procès de Marie-Anne Houde paraîtra bientôt aux éditions de l’Apothéose. Pour recevoir les plus récentes informations sur le projet, je vous invite à vous abonner par courriel à la liste d’envoi automatique du blog Historiquement Logique (dans la case supérieure droite), ou alors de me suivre sur Facebook à l’aide de la page Historiquement Logique ou sur Twitter à @histologique.

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