Gallant, confessions d’un tueur à gages

ScreenHunter_482 Feb. 18 13.07THIBAULT, Eric, et SÉGUIN, Félix. Gallant, confessions d’un tueur à gages. Les Éditions du Journal, Montréal, 327 p.

C’est à la suite d’une recherche impliquant une tonne de documents que les deux journalistes nous offraient, il y a quelques mois déjà, ce livre fort captivant. En effet, les publications du genre sont assez peu nombreuses, principalement parce que la plupart de ces crimes n’aboutissent pas à des procès, ce qui prive le public de la preuve principale. Alors, profitons de la générosité de ces auteurs qui ont bien voulu partager avec nous une histoire peu banale. C’est le cas de le dire!

Eric Thibault couvre les affaires criminelles depuis 1993, tandis que Félix Séguin est reconnu pour son travail à TVA et au bureau d’enquête de l’agence QMI. Ce dernier nous a également présenté plusieurs documents chocs diffusés à J.E.

Ces deux connaisseurs de l’actualité judiciaire nous présentent donc un personnage étonnant, déroutant, et terrifiant. La personnalité inattendue de Gallant, parfois fragile – il préférait les films d’amour à tout autre genre – a de quoi surprendre. Le cinéma américain a transformé l’image du tueur à gage moderne en superhéros. Au grand écran, les scènes abondent où on peut voir ces exécuteurs solitaires éliminer plusieurs hommes en quelques secondes. Mais ce spectacle fantaisiste relève plutôt de la chorégraphie, telle une compétition de patinage artistique à maintes fois répétée. Peu importe les fantasmes que certains peuvent entretenir face à cette « profession » peu orthodoxe et exercée dans un milieu sombre, la réalité s’avère fort différente.

Gérald Gallant a fait la manchette au cours des dernières années, en particulier suite à son arrestation à Genève en 2006. Thibault et Séguin ont pu mettre la main sur des documents inédits afin de reconstituer le parcours de cet assassin qui traîne derrière lui une fiche de 28 victimes. Devant un nombre aussi impressionnant, on serait tenté de se faire l’image d’un personnage indestructible, intelligent et capable de se sortir de toutes les situations. Gallant se lançait rarement sans aucune préparation, c’est vrai. Mais il se situe aux antipodes du héros hollywoodien en raison d’un quotient intellectuel sous la moyenne. Il fut également un souffre-douleur en milieu scolaire et malmené par une mère dépourvue de toute tendresse. De plus, sa santé était fragile. Devant la liste de ses médicaments, difficile d’y voir un monstre indestructible.

Suite à quelques vols à mains armés, Gallant atterrit en prison, où il fit la connaissance du célèbre caïd Raymond Desfossés. C’est ce criminel trifluvien qui lui offrira son premier contrat de meurtre. Comme si son passé lui avait déjà façonné une mentalité de psychopathe, il refroidira sa première victime comme si de rien n’était. Son modus operandi se développera d’ailleurs très rapidement. Utilisant peu le déguisement, il a pour habitude de bien préparer son parcours de fuite, et quitte la scène de son crime en marchant et en abandonnant l’arme sur place.

Au moment de son arrestation en Suisse pour vol de bijoux, Gallant est sous la loupe des enquêteurs depuis quelques années. Après avoir tué Robert Savard en 2000, une scène qui laissera une marque indélébile dans l’histoire du Québec parce qu’il y blessera grièvement la serveuse Hélène Brunet, Gallant se dira sensible au point de vouloir abandonner le métier. Et pourtant, il accepte un autre contrat. Ce sera là, pour la première fois, qu’il commettra une erreur : il laisse son ADN sur une bouteille de bière. En 2005, c’est au restaurant Subway de Ste-Anne-de-la-Pérade[1] que les policiers parviennent à récupérer son ADN sur une tasse de café. On s’en servit à des fins de comparaisons. Les résultats tomberont seulement après son arrestation en Europe. Le tueur à gage était démasqué.

Gallant accepte de passer à table et ce sera avec une honnêteté étonnant qu’il révélera tout ce qu’il sait. Les auteurs présentent le dossier de sorte qu’on a l’impression de basculer dans un film criant de vérité, cloisonné dans plusieurs scènes présentées non pas de manière chronologique mais selon les traits de personnalité du protagoniste. Les auteurs se défendent de vouloir glorifier un personnage aussi violent, et avec raison. Mais au-delà de cela, il est important de rendre au public cet aspect méconnu de notre société. Car les différentes causes judiciaires méritent leur place dans notre patrimoine historique puisqu’elles représentent, qu’on le veuille ou non, une facette de notre société.

Coïncidence, au cours de la semaine dernière, alors que j’étais littéralement plongé dans ce volume qui se dévore rapidement, mon passage aux archives nationales me permettait de trébucher contre un vieux dossier de vol datant de 1962. L’accusé était nul autre que Gérard Hubert, l’un des complices de Gallant. Selon Thibault et Séguin, Hubert aurait participé à huit meurtres avec Gallant.

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Une partie de casier judiciaire de Gérard Hubert, en 1962. (BANQ-Trois-Rivières)

Ce dossier d’archives nous permet de constater qu’au début des années 1960 Hubert était déjà un jeune voyou accompli. Sa fiche de route était bien garnie avec des condamnations pour tentative de vol d’essence en 1958, vols, voies de faits, vitesse, vagabondage et conduite avec facultés affaiblies. En avril 1962, on le trouvait en possession de matériel volés ayant une valeur de 440.00$. Né le 4 juin 1939, Hubert n’avait que 22 ans au moment de ce vol. Il habitait alors au 7A de la rue Brousseau, au Cap-de-la-Madeleine. Il sera cependant âgé de 80 ans lorsqu’il aura terminé de purger sa peine en 2019. Quant à Gallant, il devrait demeurer derrière les barreaux jusqu’en 2034.

 

Document unique et fascinant, Gallant, confessions d’un tueur à gage est un incontournable pour les amateurs de faits judiciaires. Car c’est aussi là, qu’on le veuille ou non, une façon de façonner l’histoire du Québec.

 

[1] J’habitais dans cette région à cette époque, en plus d’y fréquenter occasionnellement le Subway.

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