Tué pour avoir fait des attouchements


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Justin Veillette

Dans la soirée du vendredi 8 septembre 1972, Martial Gauthier, 27 ans, se rendit d’abord au bar Le Relais sur le boulevard Ste-Madeleine au Cap avant de se retrouver Chez Bert, où il regarda les Jeux Olympiques à la télé. Deux heures plus tard, il demanda à une serveuse de lui appeler un taxi, qui le conduisit à l’autre bout du boulevard Ste-Madeleine, au restaurant-bar Le Madelinois. Sur place, il se joignit à quelques mis, dont Jacques Leclerc.

 

Entre 0h00 et 0h30, Justin Veillette[3], un charpentier de 45 ans, mesurant à peine cinq pieds et un pouce, entra dans l’établissement. En acceptant de leur payer quelques verres, il se joignit à eux. Veillette et Gauthier se connaissaient de vue seulement, mais ce soir-là ils fraternisèrent davantage.

Vers 3h00 de la nuit, à la fermeture de l’établissement, Veillette, qui possédait une Oldsmobile 1960 immatriculée 6F-7188, offrit de reconduire Gauthier et un dénommé Claude, un soi-disant ancien militaire logeant rue Lacroix. Après avoir reconduit ce dernier, Veillette roula sur la rue St-Laurent avant de s’arrêter à la station-service Charles Turcotte située à l’intersection de St-Laurent et Fusey[4]. Après y avoir fait le plein d’essence, Veillette reprit sa route en direction de Ste-Marthe pour aller reconduire Gauthier chez lui.

Plus de trois heures plus tard, vers 6h20, la même Oldsmobile s’immobilisait aux urgences de l’hôpital Cloutier, rue Toupin. Gauthier, qui se trouvait au volant, montra au gardien la présence d’un homme étendu sur la banquette arrière, inerte. Le Dr André Trahan sortit pour venir constater le décès de l’homme au visage tuméfié. Comprenant que celui-ci avait reçu des coups violents, la police fut immédiatement contactée.

Marcel Bellefeuille et Robert Thibault, de la police municipale du Cap, arrivèrent sur les lieux pour constater que le cadavre n’avait pas été déplacé. On l’identifia rapidement comme étant celui de Justin Veillette. Le frère de ce dernier, François, l’identifiera formellement avant de l’expédier à l’Institut médico-légal de Montréal.

Les policiers se tournèrent alors vers Martial Gauthier, visiblement nerveux, qui leur raconta avoir trouvé l’homme pendant qu’il marchait dans le rang St-Malo. Il avait entendu des râlements en provenance de l’automobile. En découvrant la scène, il dira s’être glissé derrière le volant pour venir immédiatement aux urgences.

Restaurant Le Madelinois
Le restaurant Le Madelinois, situé dans la partie est du boulevard Ste-Madeleine, au Cap-de-la-Madeleine. (BANQ-Trois-Rivières)

Jean-Claude Simard de la Sûreté du Québec hérita de cette affaire qui, somme toute, progressa très rapidement. Pendant que la voiture était remisée dans le garage de la maison funéraire Garneau, Gauthier fut conduit au poste de police. Au cours de l’après-midi, sa version des faits changea. Dans des aveux couvrant deux pages, il dira que Veillette s’était arrêté dans un chemin de terre battue bordé par des pylônes électriques à Ste-Marthe et qu’il lui avait alors fait des attouchements aux parties génitales. Surpris et paniqué, Gauthier avait littéralement perdu les pédales en le frappant violemment au visage. Pour fuir les coups, Veillette s’extirpa de sa voiture par sa portière. Malheureusement pour lui, Gauthier ne s’arrêta pas là. Il le suivit en sortant lui aussi du côté conducteur pour continuer à le rouer de coups, jusqu’à ce qu’il ne bouge plus.

 

Gauthier fouilla dans ses poches pour lui prendre 20$ avant de lancer le porte-monnaie au bout de ses bras.

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L’Oldsmobile 1960 de Justin Veillette.

Le 11 septembre, le Dr Jean Hould pratiqua l’autopsie sur le corps de Veillette, qui se révéla être un homme mesurant 5 pieds et un pouce et pesant 130 livres. Il écrira dans son rapport que « les paupières supérieures sont tuméfiées », de même que les lèvres. Il n’y avait aucune fracture au niveau du crâne ni au larynx, mais trouva une quantité de 216 milligramme d’alcool dans son sang, « ce qui équivaut, dans le présent cas, à l’alcool contenu dans quelque 6 ¾ petites bières (5%) ou dans environ 10 ¼ onces d’un whiskey à 40%, ceci dans la circulation au moment du décès ».

 

Il attribua la cause de la mort à une hémorragie qui avait fini par se répandre dans les poumons parce que « son organisme ne possédait plus les phénomènes naturels de défense contre les corps étrangers, telle la toux, étaient émoussés ou absents ». La victime s’était donc étouffée dans son sang en raison de son état d’ivresse avancé.

L’enquête du coroner s’ouvrit le 19 septembre sous la présidence de Me Bertrand Lamothe. Me Pierre Houde occupait pour la Couronne tandis que Me Gilles Gauthier défendait les intérêts de Martial. À plusieurs reprises, ce dernier se plaignit de trous de mémoires car il était « sur les nerfs » après « l’incident ». Il alla jusqu’à prétendre qu’il ne se souvenait pas précisément de ce qui s’était produit.

Au restaurant Le Madelinois, Gauthier se souviendra avoir bu deux bières de marque O’Keefe et un verre de Bacardi. Veillette lui avait apparemment payé deux verres, sans qu’on précise toutefois si ces deux consommations s’ajoutaient à celles déjà prises. Après l’arrêt au garage Charles Turcotte, Gauthier expliqua s’être retrouvé seul avec Veillette, qui lui avait offert une bière. Les deux hommes auraient discuté de la construction du chalet de Gauthier et des Jeux Olympiques avant que Veillette immobilise son véhicule dans un chemin de terre battue.

  • Puis là, qu’est-ce qui s’est produit?, questionna Me Houde.
  • Bien là, … on parlait et puis là, un moment donné, il s’est approché de moi et puis il a essayé de me sauter dessus, de poigner ma verge. J’ai dit « qu’est-ce que tu fais là. Es-tu après venir fou? ».

Répétant sans cesse qu’il avait du mal à se rappeler, Gauthier dira que Veillette aurait tenté de le toucher à une deuxième reprise. C’est à ce moment précis qu’il eut le réflexe de le frapper en plein visage.

  • Vous avez donné un coup de poing sur la gueule?
  • Oui. Et puis, là, je crois qu’il a ouvert la portière de l’automobile pour sortir et puis moi, bien ça m’a mis en panique, j’étais en criss à ce moment-là, ça fait que j’ai fessé dessus à coups de poing.
  • Vous lui avez donné combien de coups de poing?
  • Je me souviens pas. J’étais dans les nerfs.
  • Il était inconscient?
  • Oui. Il râlait?
  • Pardon?
  • Il râlait. Là, je l’avais pas mal tapoché [frappé] et puis là …
  • L’avez-vous frappé pendant qu’il était à terre?
  • Je crois que oui, il me semble. Je me souviens pas.

Gauthier l’avait ensuite soulevé pour l’installer sur la banquette arrière, après quoi il s’était glissé au volant. Mais plutôt que de se rendre directement à l’hôpital, il eut l’instinct de rouler vers le chalet qu’il louait à André Doucet. Là-bas, il passa de l’eau sur le visage de sa victime, espérant sans doute le faire revenir à lui.

Gauthier omit cependant une partie importante de l’histoire. L’apparition du prochain témoin allait remédier à ce problème.

André Doucet, 30 ans, travaillait de nuit à l’entretien ménager de l’Hôtel les Cèdres, à Champlain (route 138). Celui-ci dira qu’après sa nuit de travail en compagnie de Roger Marchand, 19 ans, il était revenu à son chalet vers 6h00, au matin du 9 septembre. Deux minutes seulement après s’être ouvert une bière, Doucet et Marchand avaient vu une voiture arriver dans la cour. Rapidement, ils découvrirent que leur ami Gauthier se trouvait au volant. Marchand aurait alors fait une blague à propos de la voiture – il fit remarquer que Gauthier se serait acheté une voiture ou l’aurait volée – mais Gauthier répliqua que ce n’était pas le temps de déconner. Sur ce, il leur montra l’homme allongé sur la banquette arrière.

Gauthier remit également 126$ à Doucet en lui demandant de les garder pour son jeune fils. Doucet accepta, mais non sans lui conseiller de se rendre immédiatement à l’hôpital. L’instant d’après, Gauthier s’installait à nouveau derrière le volant de l’Oldsmobile et quitta les lieux. Pour être sûr que ce dernier tienne parole, Doucet et Marchand le suivirent en gardant leurs distances.

On connaît la suite.

Pourquoi Gauthier avait refusé de raconter sous serment l’épisode impliquant ses amis? Pour les protéger? Pour éviter de dévoiler le montant d’argent qu’il possédait au moment du crime?

L’enquête préliminaire de Gauthier s’ouvrit le 12 octobre 1972 devant le juge Jean-Marie Châteauneuf et le procès se tint en avril 1973 au palais de justice de Trois-Rivières, devant le juge Roger Laroche. Il sera reconnu coupable et condamné à perpétuité.

[1] Municipalité fusionnée à Trois-Rivières depuis 2001.

[2] Usine située à l’époque sur la rue St-Maurice à Trois-Rivières, près de l’entrée du pont Duplessis. On y fabriquait principalement des tuyaux métalliques. On y retrouve aujourd’hui l’usine GL&V.

[3] Justin Veillette habitait au 29 rue Valiquette, au Cap-de-la-Madeleine.

[4] Le garage de Charles Turcotte fut démoli en 2011 pour laisser place à un nouveau projet commercial.

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