La victime de 1953 était Marie-Paule Rochette


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Marie-Paule Rochette à Ottawa dans son uniforme militaire, avant son mariage.

Dans mon dernier texte, on a vu à quel point on peut oublier une victime de meurtre, en particulier si son corps n’a jamais été identifié. Dans son livre Crimes plus que parfaits, parfaits et imparfaits publié en 1978, l’auteure Andrée Lebel a été la seule à consacrer un chapitre à cette affaire de meurtre non résolu. On se rend compte maintenant que le choix de cette auteure a permis, bien que faiblement, de garder vivante cette mystérieuse affaire. Car c’est à la lecture de ce livre quelque peu jauni que j’ai récemment ajouté un résumé de cette affaire à ma propre liste Web. Cette initiative a ensuite permis de créer un contact fort intéressant avec une abonnée.

 

Cette abonnée, qui souhaite conserver l’anonymat et que nous appellerons Sophie[1] pour les besoins de la cause, affirme avoir été mise au courant d’une partie de son histoire familiale dès sa jeune enfance avant d’en obtenir de plus amples détails seulement un peu avant les années 1990. Elle se doute donc depuis longtemps de l’identité du cadavre non identifié repêché dans la rivière des Prairies le 5 octobre 1953. Selon elle, cette femme avait pour nom Marie-Paule Rochette.

Marie-Paule Rochette est née le 12 août 1918 de l’union de Narcisse Rochette et d’Éva Martel. Après une enfance heureuse auprès de parents très amoureux, elle dût vivre en partie de ses propres ailes dès l’adolescence, après le décès prématuré de son père. Tout comme ses deux sœurs aînées, elle devait maintenant soutenir sa mère.

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Grâce aux recherches de Sophie, on sait maintenant que la bâtisse derrière Marie-Paule est la partie est du parlement canadien à Ottawa.

Autant de fois qu’elle le put, elle tentait également d’entretenir des contacts réguliers avec ses deux petits frères et sa petite sœur en allant les visiter à l’orphelinat (hospice). On la connaissait comme une jeune femme jolie, agréable et soucieuse de son apparence. Rien ne la prédestinait à une fin aussi tragique, d’autant plus qu’elle se retrouva à travailler au sein de l’armée canadienne (voir la photo ci-haut), avant de se retrouver dans un cabinet de dentiste après son mariage.

 

On connaît bien peu de choses sur sa vie de l’époque, si ce n’est qu’elle s’est mariée en 1945 dans une église à Québec et qu’elle n’a jamais eu d’enfant. On présume que sa situation n’a pas été de tout repos puisqu’on finit par l’interner vers 1952, au point où elle se retrouve au sanatorium Prévost de Montréal, apparemment pour schizophrénie ou « débilité générale avancée », comme on le disait à l’époque dans le jargon médical. Cet internement était-il justifié ou répondait-il, comme on l’a appris depuis, à des critères douteux utilisés parfois pour interner un proche nuisible? À cet effet, les pratiques médico-professionnelles de cet endroit rebaptisé le Pavillon Albert-Prévost depuis 1977 nous permettent d’en douter davantage à la lecture de la commission d’enquête tenue en 1955 sur l’administration de ce centre.

N’oublions pas que des internements arbitraires se produisaient dans plusieurs familles, incluant la mienne : un oncle devenu apparemment dangereux en raison de sa force physique a été « enlevé » par des infirmiers sur le perron même de l’église; il a ensuite passé la majeure partie de sa vie en institution.

Selon Sophie, Marie-Paule Rochette se serait échappée du sanatorium en janvier 1953, ce qui correspond à l’estimation des experts mentionnés dans le livre de Lebel, qui affirmaient en octobre que le corps avait pu séjourner dans l’eau jusqu’à une période de huit mois environ. Mais pourquoi s’être « échappée » d’un tel centre pour se retrouver peu de temps après ligotée et lestée d’au moins un bloc de ciment dans les eaux d’une rivière? Cela ne correspond évidemment pas à un suicide. C’est donc dire que la belle Marie-Paule ne se serait pas évadée du sanatorium pour mieux s’enlever la vie. Alors, que s’est-il réellement produit?

Évidemment, Sophie trouve étrange le fait que les enquêteurs de l’époque n’aient pas fait le lien entre la disparition d’une patiente internée au sanatorium et le corps de la rivière des Prairies. Pourtant, cette dernière portait une robe de nuit, ce qui justement pouvait faire penser à une sortie ou une disparition précipitée.

Fut-elle recherchée? Décidément, plusieurs questions s’imposent toujours.

 

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Marie-Paule Rochette

Si Sophie possède aujourd’hui sa petite idée quant aux réponses à la plupart de ces questions, tout ce qui l’intéresse c’est la première étape de cette affaire, à savoir d’identifier formellement le cadavre comme étant celui de Marie-Paule Rochette, que personne ne semble avoir jamais plus revue après 1952. D’ailleurs, la science permettrait actuellement d’identifier formellement la victime de 1953 sans l’ombre d’un doute, et ce dans l’espoir que ses restes n’aient pas été incinérés.

 

Une fois cette étape complétée, Sophie n’a qu’un seul but : celui de redonner un nom à ce corps. Cette démarche tout à fait louable, que j’appuie à 100%, est présentement en voie de développement.

On entend plusieurs histoires sur les affaires non résolues au Québec, mais c’est l’occasion de démontrer que les vieux dossiers ne sont pas oubliés et qu’il est encore possible de les résoudre. Bien entendu, rien n’est encore confirmé officiellement, mais nous espérons pouvoir annoncer bientôt l’identification formelle de Marie-Paule Rochette et en apprendre davantage sur sa vie, ne serait-ce que pour lui redonner l’histoire qu’elle mérite depuis si longtemps.

Un dossier à suivre!

 

[1] Nom fictif.

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8 thoughts on “La victime de 1953 était Marie-Paule Rochette

  1. Merci pour votre travail mais avez vous des infos sur le meurtre horrible de Maxime Grenier chauffeur de taxi assassiner a St léon le Grand ou st paulin en 1953 , les meurtrier les freres Gélinas ont été exécuté cote a cote a la prison de Bordeau

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    1. Merci Daniel, c’est gentil à vous. Vous devez certainement parler du meurtre du chauffeur de taxi Maxime Gélinas. En effet, j’ai en ma possession la totalité du dossier judiciaire dans cette affaire, incluant les photos de la scène de crime. C’est d’ailleurs l’une des seules causes que Me Raymond Daoust a perdu au cours de sa carrière. Il agissait comme défenseur des frères Gervais. J’en ai fait un résumé pour le manuscrit d’un prochain livre qui traitera des condamnés à mort au Québec, mais dans un avenir qu’il m’est difficile de préciser j’en ferai assurément un article pour mon blogue. Merci de votre intérêt et au plaisir de vous relire.

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    2. Oui c est vraie j ai inverser les noms, dans ma famille originaire de st édouard de maskinongé les gens en parlaient souvent de ce crime horrible et connaissant Me Raymond Daoust car moi je suis avocat de formation je le connaissait comme avocat a n avoir perdu aune cause criminel surtout l affaire du meurtre de MMe Le Boutiller de Gaspé

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    3. Si vous êtes avocat de formation, vous aimerez sans doute le livre de Me Clément Fortin, qui a révisé tout le procès de Mesrine à Montmagny dans l’affaire du meurtre de Mme LeBouthillier à Percé.

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  2. les photos de la scène de crime devait être maintenant le Rang St Charles qui est maintenant la route 349 mais a l époque le rang st Charles franchissait la nouvelle route 349 pour aller vers St léon le Grand ce que mes parents m expliquait et ceux -ci avait terrain vers les année 1970

    merci de votre beau travail Daniel

    Aimé par 1 personne

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