L’affaire Rochette: un destin tragique

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Marie-Paule Rochette

Grâce au cri du cœur que j’ai récemment reçu de la part d’une lectrice[1], on a vu qu’une vieille affaire de meurtre datant de 1953 pouvait rebondir au point de semer l’espoir en vue d’une fin heureuse. Puisque Sophie[2] refuse d’adhérer maintenant à quelque régime de peur, qu’elle cible comme étant responsable de la non résolution de ce meurtre, nous connaissons maintenant un peu mieux qui était Marie-Paule Rochette, celle qui se cacherait derrière le cadavre non identifié repêché dans la rivière des Prairies le 5 octobre 1953.

 

Les démarches pour identifier les restes de la victime sont présentement en cours. Les autorités concernées se penchent actuellement sur le dossier. Avec un résultat positif, Sophie espère pouvoir redonner à Marie-Paule son identité et une sépulture digne de ce nom. Une telle confirmation risquerait aussi d’étayer une vieille hypothèse que m’a présentée Sophie dès nos premières communications. Pour l’instant, je me dois de garder certaines informations pour ne pas nuire au processus en cours.

Pendant ce temps, on apprend que le destin tragique qu’aurait[3] connu Marie-Paule Rochette ne fut pas un cas isolé dans sa famille. On a vu dans le précédent article que la mort prématurée de son père a fait en sorte de séparer les enfants les uns des autres. Certains allaient se perdre de vue durant des décennies. Par exemple, c’est seulement en 1979 que Raymond, l’un des frères de Marie-Paule, retrouverait l’une de ses sœurs, grâce à sa deuxième épouse. L’événement fut d’autant plus douloureux puisque cette soeur succomba à la maladie une semaine après les touchantes retrouvailles.

Au moment de son mariage en 1945, Marie-Paule avait cependant gardé contact avec sa sœur Patricia, une adorable jeune femme née en 1917. En 1945, elles assistèrent à leur mariage respectif, et cela en compagnie de leur frère Raymond.

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Patricia Rochette

Selon Sophie, Patricia Rochette aurait fréquenté Adrien Pouliot, un célèbre diplômé de l’École polytechnique de Montréal né en 1896 et dont le nom fut plus tard donné au pavillon Adrien Pouliot de l’Université Laval à Québec. En fait, leur liaison fut si sérieuse qu’elle aurait eu une enfant illégitime avec lui. Patricia fut cependant contrainte de placer l’enfant en famille d’accueil[4].

 

Peu de temps après, la belle Patricia fit la rencontre d’un autre homme tout aussi illustre, le Dr Antoine Roy. Ce dernier vit le jour le 16 janvier 1905 à Saint-Simon, près de Rimouski. En 1930, il sortit de l’Université Laval avec un diplôme en médecine en poche. La même année, le 25 novembre, il épousait Germaine Belzile pour ensuite s’installer avec elle près de Rivière-du-Loup. Pendant qu’il s’occupait de son cabinet de médecine, sa femme lui donna trois fils. Puis, en 1936, la petite famille déménagea à Témiscouata. Trois autres enfants y virent le jour, dont Monique, née le 18 octobre 1936 et grâce à qui nous pouvons apporter une meilleure description des événements.

En juin 1940, la femme du Dr Roy mourut alors qu’elle se trouvait à l’Hôtel-Dieu de Québec. Le bon docteur se retrouva seul avec six enfants en bas âge. En dépit de l’aide de deux employées, la tâche deviendra trop pénible et les enfants furent placés parmi des membres des familles Roy et Belzile.

Après avoir fermé son cabinet avec regret, le Dr Roy s’engagea dans les Fusiliers du St-Laurent à l’automne 1941 afin de répondre à l’effort de guerre qui s’amplifiait depuis qu’Hitler avait envahi la Pologne en septembre 1939. Après avoir été affecté à Edmonton, le Dr Roy fut envoyé à Londres où on l’employa à soigner les blessés jusqu’en décembre 1944. À son retour au pays, on le retrouva à l’hôpital des vétérans de Québec. C’est probablement au cours de cette période qu’il fit la rencontre de la jolie Patricia Rochette, qu’il épousa sans tarder dès janvier 1945. Le mariage se déroula à Montréal. Le docteur était âgé de 42 ans alors que Patricia en avait 28.

Comme l’écrira plus tard Monique Roy[5], il fallait certainement beaucoup de courage pour que cette jeune femme accepte de s’occuper des six enfants de son nouveau mari. Heureusement pour elle, ceux-ci l’acceptèrent aussitôt. À l’automne 1945, le Dr Roy obtint le poste de médecin à Rivière-au-Renard et c’est là qu’il décida d’offrir aux siens un nouveau départ.

Leur nouvelle maison fut prête seulement à l’été de 1947. Selon Monique Roy, c’était la première fois que toute la famille se réunissait sous un même toit depuis des années. Cet automne-là, Monique retourna au couvent des Ursulines de Rimouski, où elle pensionnait depuis 1941. Elle gardera longtemps le souvenir de l’amour qui unissait son père à Patricia.

« Pour le docteur », écrira Monique, « la vie semblait vouloir s’écouler dans un bonheur bien mérité après toutes les épreuves vécues depuis la mort de sa première épouse ».

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La tragédie de Rivière-aux-Renards a fait la manchette du journal « L’Action Catholique ».

Malheureusement, comme on le dit souvent dans les histoires dramatiques, le bonheur fut de courte durée. Tôt au matin du 8 novembre 1947, le Dr Roy se rendit chez Mme Robert Samuel pour l’aider à mettre au monde son premier enfant. Alors qu’il était en plein travail, il découvrit avec effroi que sa maison était en flammes. Sans hésiter, le docteur se précipita vers sa demeure. Mais le brasier était tellement intense qu’il fut incapable de tenter quoi que ce soit. Sous ses yeux, cinq de ses enfants et sa nouvelle épouse s’envolèrent en fumée.

 

L’enquête permit ensuite de constater que Patricia Rochette, morte avec les cinq enfants recroquevillés autour d’elle, aurait été enceinte de huit mois. Il semble que la servante, Anne-Marie Mathurin, avait allumé le poêle avant de retourner au lit afin de réchauffer la maisonnée. Celle-ci eut la vie sauve seulement en sautant d’une fenêtre.

Les victimes de l’incendie furent inhumées dans le cimetière de Squatec, en Gaspésie. Évidemment, Monique Roy eut la vie sauve puisqu’elle se trouvait alors au couvent des Ursulines.

La terrible tragédie fit la une de L’Action Catholique[6] du 10 novembre avec une photo de Patricia Rochette. On pouvait y lire : « Madame Roy, tentant probablement d’aller porter secours aux enfants était demeurée prisonnière avec eux ». Parmi les personnes qu’elle laissait dans le deuil, on mentionna « sa mère, Mme Narcisse Rochette, demeurant à 87 rue Ste-Anne, Québec; ses frères, Gaston Rochette, de la marine américaine; Raymond Rochette, employé du service civil fédéral à Québec; ses sœurs, Mme Paul Tremblay, de New York, et Mme Chénier, de la Gendarmerie Royale du Canada, Québec »[7].

Or, cette dernière (Mme Chénier) était nulle autre que Marie-Paule Rochette, celle qui retient notre attention depuis quelques semaines. Cet article démontre non seulement qu’on était encore capable de retracer les frères et sœurs Rochette en 1947, mais aussi que la plupart d’entre eux occupaient des postes de type militaire ou dans la fonction publique. On se souviendra que dans mon article du 22 mai dernier (La victime de 1953 était Marie-Paule Rochette) on la retrouvait en uniforme militaire sur la colline parlementaire, à une date qui reste cependant à déterminer. Précisons que Sophie a d’abord été informée que Marie-Paule s’était retrouvée dans les forces de la GRC avant qu’une information contraire l’incite à se montrer prudente, et c’est pourquoi je n’avais pas mentionné ce détail jusqu’ici. Mais cette fois, avec cet article de journal à l’appui, l’information semble se confirmer.

La question est maintenant de savoir si Marie-Paule Rochette faisait toujours partie de la GRC au moment de sa mort, car cela voudrait dire – qu’elle ait occupé un poste de secrétaire ou tout autre grade – qu’on parlerait du meurtre d’une représentante de l’ordre.

Résiliant comme peu de gens savent le faire, le Dr Roy refit sa vie une nouvelle fois. Il prit Simone Dumaresq comme troisième épouse le 26 mars 1951. Celle-ci lui donnera six autres enfants. Le Dr Roy s’éteindra finalement le 14 septembre 1971.

Quelques années seulement après le terrible incendie de Rivière-au-Renard, c’était au tour de Marie-Paule de disparaître dans des conditions dramatiques. Mais dans son cas, le mot « disparaître » prit une signification au premier degré.

Après avoir été admise au sanatorium Prévost dans des conditions qui restent à éclaircir, on retrouvait un corps au matin du 5 octobre 1953 dans la rivière des Prairies. Comme on le sait maintenant, ma source a de bonnes raisons de croire que ce corps, qui ne fut jamais officiellement identifié, serait celui de Marie-Paule Rochette.

Que s’est-il donc passé? Pourquoi s’est-elle retrouvée là? Une identification formelle de son cadavre pourrait-elle rouvrir de nouvelles pistes?

Voilà autant de questions qui, pour l’instant, demeurent sans réponse. Qui plus est, Sophie ne bénéfice pas du support approprié de son entourage, ce qu’elle souhaiterait dans les circonstances actuelles. La loi du silence gagnera-t-elle encore une fois?

[1] Pour ceux et celles qui n’auraient pas lu mes deux premiers articles à propos de cette affaire, je vous invite à les consulter en cliquant sur les titres suivants : Une abonnée d’Historiquement Logique sur le point de résoudre un meurtre?; La victime de 1953 était Marie-Paule Rochette.

[2] Prénom fictif.

[3] J’utilise le conditionnel puisqu’il n’est toujours pas prouvé hors de tout doute que le corps repêché le 5 octobre 1953 soit celui de Marie-Paule Rochette.

[4] Cette enfant, que je me garde d’identifier, pourrait être toujours vivante au moment d’écrire ces quelques lignes.

[5] Monique Roy, Magazine Gaspésie, Hiver 2007.

[6] Quotidien de la ville de Québec qui a cessé de publier en 1962.

[7] Selon ce qu’a récemment appris Sophie, Mme Narcisse Rochette aurait manifesté au Dr Roy son désir que sa fille, Patricia, soit inhumée au cimetière St-Charles, à Québec.

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