L’affaire Cédrika: la rumeur persiste

ScreenHunter_795 Jun. 23 08.45            C’est la première fois que j’écris officiellement un texte sur cette affaire hautement médiatisé, et pourtant on m’a questionné plus d’une fois, en particulier depuis la découverte des restes de Cédrika Provencher en décembre 2015. À chaque occasion, je réponds que nous nous situons présentement dans la période la plus propice au développement des rumeurs, c’est-à-dire celle entre la confirmation du meurtre et une possible arrestation. Car, qu’on le veuille ou non, la loi nous empêche de pointer du doigt toute personne avant qu’une accusation formelle soit déposée contre elle. Heureusement, sinon nous assisterions à une véritable chasse aux sorcières, en plus d’une multiplication de fausses affirmations.

Mais parfois, je l’avoue, la tentation est là. On a l’impression de connaître la réponse, et puis la rigueur nous ramène à l’ordre. On doit faire preuve de sagesse. Dans le cas du meurtre de Cédrika Provencher, il existe une rumeur qui se fait de plus en plus persistante au fil des mois, voire convaincante. Elle est même devenue un secret de polichinelle au sein du public. Sur le web, le nom du suspect est déjà associé à celui de la victime.

Selon les informations qui me sont parvenues, la rumeur se confirme. Le suspect en question accuserait depuis longtemps un comportement étrange, voir déviant, envers la gente féminine. Le plus étonnant, c’est qu’il aurait fait partie d’une fondation visant à soutenir la cause de cette affaire non résolue, avant de s’en retirer sans fournir la moindre explication.

Ce désir de vouloir s’immiscer dans l’enquête est tout à fait compatible avec le comportement de plusieurs tueurs en série. Cela leur permet à la fois de garder un œil sur le déroulement des choses et aussi de revivre leur fantasme. Ce fut d’ailleurs le cas de Marcel Bernier, que je qualifiais de tueur en série dans mon L’affaire Denise Therrien. Après avoir enlevé et assassiné Denise Therrien en 1961, il avait tenté de s’immiscer dans l’enquête en essayant de créer un lien d’échange avec le père de la victime.

En 1983, Michel Déry, l’assassin de la petite Mélanie Decamps, avait également participé aux recherches. Et du côté américain, les exemples d’un tel comportement sont nombreux.

Mais bon! Il faut demeurer prudent. Car même la plus convaincante des rumeurs ne sera jamais une preuve. Une tonne de soupçons ne vaudra jamais une once de preuve; c’est bien connu, même si on a tendance à l’oublier parfois. Pour traîner l’assassin de Cédrika devant les tribunaux le procureur aura besoin d’une preuve béton pour éviter un verdict d’acquittement. Dans l’éventualité d’une telle conclusion, le résultat serait catastrophique, au point où le crime resterait à tout jamais non résolu.

D’où vient la rumeur? On pointe le fameux suspect du doigt en disant qu’il possédait une Acura rouge correspondant à celle aperçue le jour de l’enlèvement en 2007. Il aurait remisé et soigneusement nettoyé ce véhicule, en plus de refuser de se soumettre au test du polygraphe. Si tout cela est vrai, alors l’étau se resserre autour de lui.

Comme l’a mentionné à quelques reprises Martin Provencher, le père de Cédrika, il ne resterait plus qu’un seul morceau du puzzle pour aller de l’avant avec des procédures judiciaires. Et c’est évidemment ce que souhaite la population. Au cours des derniers jours, avec cette fouille éclaire de la SQ et la sortie publique de la mère de Cédrika, on sent effectivement que les choses se bousculent. Est-ce pour provoquer le suspect à commettre une erreur ou sommes-nous réellement près d’une arrestation?

Au début des années 1960, la rumeur désignait également Marcel Bernier du doigt bien avant son arrestation. En fait, il fallut attendre jusqu’en 1966 pour que la rumeur se concrétise avec un procès qui s’est terminé par un verdict de culpabilité agrémenté à la sauce aigre douce d’une sentence de mort.

Peu de temps après, cependant, cette peine fut commué en emprisonnement. Il mourut en 1977 alors qu’il était toujours en détention.

Si la rumeur avait vu juste dans le cas de Bernier, il faut avouer que ce ne fut pas toujours le cas. Pour une simple erreur de témoignage, le meurtre de Blanche Garneau, survenu en juillet 1920 dans le Parc Victoria à Québec, fut rapidement hanté par des ragots tenaces, si bien que certains demeurent actifs près d’un siècle plus tard. On raconte encore dans les rues de Québec à qui veut l’entendre que les assassins étaient deux fils de députés et que le meurtre de la jeune femme de 21 ans demeura non résolu grâce à une protection de la classe politique, avec pour chef le premier ministre Taschereau. D’après ce que certaines personnes m’ont communiquées, l’ancien animateur de radio poubelle André Arthur se serait servi plus d’une fois de cette histoire biaisée de Blanche Garneau pour justifier ses attaques personnelles à l’endroit de la classe politique actuelle. C’est donc dire à quel point certaines rumeurs peuvent s’avérer tenaces.

Je dis bien « biaisée », puisqu’après mon étude du dossier je n’ai trouvé aucun élément pouvant appuyer la rumeur du complot politique. Au contraire, les témoignages des deux suspects lors de la Commission royale d’enquête tenue à l’automne 1922 fait ressortir le pouvoir démesuré du commérage.

Restons prudents mais confiants. Si la Sûreté du Québec a réellement découvert des éléments intéressants lors des fouilles de décembre 2015 et du 21 juin 2016, il ne serait pas étonnant de se lever un bon matin avec la nouvelle d’une arrestation. Ce jour-là, on pourra non seulement révéler le nom du suspect mais aussi annoncer à coup sûr l’ouverture prochaine du procès le plus couru du 21ème siècle au Québec.

 

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8 thoughts on “L’affaire Cédrika: la rumeur persiste

  1. J’aime bien ton nouveau texte sur Cédrika, tu est tellement un bon historien et écrivain et on ne sent aucune agressivité dans ton message et je trouve cela très bien, merci encore de nous tenir au courant de ce qui se passe, Merci ÉRIC et continue toujours ton bon travail, tu est le meilleur, amicalement Marie

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  2. Je suis étroitement la montée en popularité de ce nom qui circule de plus en plus selon les divers outils disponibles en communication.

    Ce qui me jette à terre, c’est à quel point on semble tenter de tout faire le contraire de ce qui est logiquement nécessaire pour taire des rumeurs. La santé économique d’une entreprise en dépend présentement et il me semble totalement inconcevable de voir celle-ci se réfugier dans un mutisme hallucinant lorsque son nom est en train de circuler absolument partout et bien au-delà d’Internet. On aura beau envoyer toutes les mises en demeure que l’on voudra pour qu’un nom corporatif cesse d’être associé à Cédrika, mais on oublie probablement que nous ne sommes pas très nombreux au Québec. Des noms ont beaucoup circulé et je vois très mal comment une entreprise bien précise pourra assurer son avenir en étant ainsi pointée de la sorte par association. C’est très mal sain pour une corporation! Dieu merci, je ne détiens pas d’action dans cette entreprise! Ça n’a aucun bon sens!

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    1. Il ni a que deux possibilités pour expliquer ce comportement corporatif selon les quelques connaissances limitées que je possède dans le monde des affaires et en communication :
      – L’entreprise ciblée sous-estime gère très mal une solide situation de crise qui l’afflige;

      – Un ou les deux principaux actionnaires de l’entreprise ont quelque chose à se reprocher et se contentent de tenter de fuir par en avant en s’imaginant à tort qu’ils ne seront jamais rattrapés.
      Le monde des affaires est dur et les compétiteurs rêvent de dominer leur marché! C’est sans équivoque.

      Dans le meilleur des cas, l’inertie et l’apparente fuite en avant de la corporation ciblée risque de se terminer de la même façon que la Brasserie Dow qui a marqué l’histoire. Autrement dit, nous risquons de retrouver le nom de cette entreprise, que je ne nomme pas, dans les notes de cours de ce qu’il ne faut surtout pas faire en communication !

      D’ailleurs, jettez un coup d’œil à leur page Facebook et You Tube. Elles sont à peine présentes et sans contenu !

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  3. Les dirigeant d’une compagnie de trois-rivières sont louches en tab…! La compagnie est pointé par le peuple pis on fait rien ou presque. On paye des avocats pour faire disparaitre le nom et on montre pas patte blanche. Cé pas normal! Personne de censé voudrait que l’on touche à son gagne pain. Mais eux ce cache avec leur avocats.

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