L’affaire Denise Therrien – chapitre 1

L'affaire Denise Thérrien test 4Shawinigan, lundi 7 août 1961

Micheline Therrien, une adolescente de 17 ans, travaillait depuis peu comme réceptionniste au Bureau de Placement de Shawinigan, situé sur l’avenue de la Station. L’aînée d’une famille composée de neuf frères et sœurs habitait toujours chez ses parents.

Entre 14h30 et 15h00, le téléphone retentit. En décrochant l’appareil, Micheline engagea une brève conversation avec un homme qui déclina son identité comme Claude Marchand. Celui-ci expliqua être à la recherche d’une employée fiable pour une durée de trois semaines.   Sa femme étant malade, dit-il, il avait besoin d’une personne responsable pour veiller sur ses deux enfants. Il promettait un salaire hebdomadaire de 25$.

Respectant les consignes de son employeur, Micheline transféra l’appel à son supérieur immédiat, André Bonenfant. L’homme lui répéta ses besoins avant d’expliquer qu’il préférait rappeler plutôt que de devoir laisser ses coordonnées.

Sans tarder, Micheline se rendit dans le bureau de Bonenfant afin de lui soumettre une idée. En fait, elle avait pensé à sa sœur Denise, 16 ans, une jeune fille disciplinée, timide et rangée. Celle-ci avait déjà occupé un emploi semblable chez l’une de ses tantes. Puisque Bonenfant approuva son idée, Micheline s’empressa de téléphoner à la maison.

Lorsqu’elle reconnut d’abord la voix de sa mère Jeanne, Micheline demanda à parler à Denise. Au cours de cette conversation qui ne dura pas plus de 5 minutes, Denise démontra son enthousiasme. L’idée lui parut géniale, bien que ce soit la première fois qu’elle occuperait un emploi chez un étranger. C’est qu’elle y voyait aussi une occasion de gagner un peu d’argent durant la période des vacances scolaires afin d’acheter un fauteuil pour souligner l’anniversaire de son père, un événement qui approchait à grands pas, et aussi dans l’espoir de contribuer aux dépenses engendrés par ses propres études.

Il était environ 16h00 lorsque Claude Marchand rappela au Bureau de Placement. En décrochant le combiné, Micheline le reconnut immédiatement. Elle lui annonça donc qu’elle avait trouvé quelqu’un en la personne de sa sœur, Denise. L’homme expliqua alors que celle-ci allait devoir se rendre, dès le lendemain matin, en face du Motel Caribou, situé sur la route 19 (maintenant route 157) qui conduisait en direction de Trois-Rivières. Marchand précisa que le lieu de l’emploi était un petit chalet rose situé à proximité, là où il passait son été avec sa petite famille. Il spécifia également qu’il irait la chercher en voiture chaque matin que durerait cet emploi, mais que, exceptionnellement, pour cette première journée elle allait devoir prendre l’autobus. Bien entendu, il se montra compréhensif en promettant de lui rembourser ses frais de transport.

L’entente fut donc ainsi conclue et Micheline raccrocha le combiné.

À la fin de sa journée de travail, Micheline rentra chez elle, au 1065 de la 15ème avenue, à Shawinigan-Sud. Elle fut heureuse de retrouver sa sœur, qui démontrait cependant quelques signes d’hésitation. Timide, elle quittait difficilement le noyau familial. Mais au cours de la soirée, Denise se laissa convaincre du bien que cela lui ferait de débuter un premier emploi hors du cercle familial, question de lui inculquer quelques notions d’autonomie mais aussi de lui procurer un peu d’argent de poche.

Ce soir-là, leur père était absent puisqu’il travaillait toute la semaine sur le quart de 16h à minuit. Henri Therrien, maintenant âgé de 43 ans, avait épousé Jeanne d’Arc Lampron le 22 juin 1942. Peu après, ils avaient eu Micheline, puis Denise le 23 décembre 1944. Par la suite, la famille s’était agrandie avec l’apparition de Lisette, Michel, Andrée, Diane, Jean-Guy, Gilles et Robert.

Denise adorait son père. D’ailleurs, c’est seulement après avoir obtenu son consentement, avant qu’il quitte pour l’usine un peu avant 16h00, qu’elle avait accepté l’offre d’emploi. Étudiante au Couvent Ste-Jeanne-D’Arc de Shawinigan-Sud et venant à peine de compléter sa 10ème année, Denise était très appréciée par ses enseignantes.

Au lit, dans cette chambre qu’elle partageait avec Micheline, Denise se prépara mentalement à son aventure du lendemain, au point de planifier ce qu’elle allait porter afin de faire la meilleure impression possible. « Denise manifestait encore de l’anxiété à l’idée de remplir ce premier emploi et surtout de devoir se rendre chez des gens qui lui étaient inconnus. Micheline avait bien tenté de la rassurer de son mieux en lui précisant que la demande des Marchand était tout à fait conforme aux exigences du Bureau de Placement Provincial et que tout se passerait bien »[i].

Sur ces pensées, les deux jeunes sœurs s’endormirent. Elles étaient cependant loin de se douter que le destin avait prévu que ce serait là la dernière nuit qu’elles allaient passer ensemble, dans la même chambre.

 

[i] Isabelle Therrien, L’inoubliable affaire Denise Therrien, 2009, p. 23.

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3 thoughts on “L’affaire Denise Therrien – chapitre 1

  1. L’instinct de Denise lui disait de ne pas y aller. Elle aurait dû l’écouter.
    Aucune enquête portant sur l’employeur n’avait été faite.
    Je crois que ma mère n’aurait pas permis à ses filles de quitter la maison si jeunes pour rencontrer un inconnu. Les parents ont manqué de vigilance.
    Cet extrait donne envie de lire le livre.

    J'aime

  2. Merci de ces infos cette histoire a bouleverser le québec et nous a cette épouque on était des résidents de shawi-sud mais nous avions déménagé a laval des rapides ma soeur avait été a l école avec denise therrien cela souleva beaucoup de discussions sur cette morbide affaire la

    Aimé par 1 personne

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