La Patte, l’ancêtre du cow-boy de Trois-Rivières

ScreenHunter_184 Aug. 17 22.25            Je sais ce que vous allez dire; je sors un peu de mes sujets habituels. Mais je ne pouvais tout simplement pas passer à côté. En fait, plus j’y pense, le personnage dont il est question ici a néanmoins une certaine connotation historique et judiciaire.

Au hasard de mes recherches à la médiathèque, je suis tombé sur un article de Jean-Marc Beaudoin publié dans Le Nouvelliste, le 23 novembre 1975, et dans lequel on comprend que l’excentrique Jacques Lemaire, que les Trifluviens surnomment principalement « Le cow-boy de Trois-Rivières », n’est peut-être pas aussi original qu’on pourrait le croire. En effet, il n’est pas le premier cow-boy urbain à avoir attiré l’attention dans les rues de la ville.

Ce soi-disant cow-boy, qui n’avait certes pas la démarche d’un Clint Eastwood ou d’un John Wayne, était surnommé « La Patte » en raison d’un boitillement dont l’origine paraissait mystérieuse. Beaudoin proposait une malformation de naissance ou un simple accident, alors que le principal intéressé – comme l’exigeait son personnage – attribuait ce handicap à un accident de rodéo, bien sûr.

Au moment de sa rencontre avec le journaliste, La Patte ne portait apparemment plus son costume pour éviter de faire rire de lui, mais il accepta néanmoins de l’enfiler à nouveau pour le plaisir du photographe Roméo Flageol, à qui on doit évidemment les clichés ici présents.

La Patte gagnait apparemment sa vie avec sa mallette, laquelle contenait différents articles en tout genre. « C’est un véritable magasin à rayons qu’il condense dans sa serviette noire », écrivait Beaudoin. « On y trouve de tout, les plus récents gadgets surtout, mais combien d’autres choses. Et quand il n’a pas en stock ce qu’on lui demande, on lui accorde une journée ou deux et il l’a. Si c’est une babiole aperçue dans un sex-shop, vous pouvez être sûr qu’il l’a en main. Que voulez-vous, le sexe en produits. Ça a toujours été un peu sa spécialité préférée. Le sexe, c’est encore ce qu’il y a de plus payant ».

Mais ce n’est pas ce métier de colporteur ambulant qui lui a valu le fait de s’inscrire dans l’histoire singulière de Trois-Rivières, car on le disait « perdu dans l’imaginaire ». Parmi ses frasques les plus célèbres, il aurait parcouru le boulevard St-Laurent à Montréal sur le dos de son cheval. Il aurait à nouveau utilisé son canasson pour pénétrer dans la taverne de Paul-Albert Poliquin, rue des Forges, question de souligner l’ouverture de l’établissement.

Bien que la mode de son accoutrement ne le laisse pas voir, La Patte aurait voulu pousser l’authenticité de son personnage en se baladant dans les rues avec de véritables revolvers simple action qu’il faisait tournoyer au bout de ses doigts. Heureusement, la police finit par lui confisquer ses armes avant qu’il ne blesse quelqu’un.

Tout comme son émule, que l’on croise encore dans les rues du centre-ville, « la Patte répondait aux remarques des jeunes plaisantins par une démarche altière et un regard froid, terrible, qui glaçait … et faisait regretter aux fanfarons les insultes ». On se croirait devant une copie conforme, à croire que Lemaire n’est qu’un imitateur.

C’est seulement à la fin de l’article qu’on apprend son véritable nom : Elridge Dufour. Il serait né à la Petite Price dans le Bas du fleuve avant de s’installer très jeune à Trois-Rivières. Une petite recherche dans les bases de données généalogiques m’a permis d’apprendre que Dufour serait né le 25 mars 1921. Le 18 octobre 1952, il s’était marié à une commis de bureau du nom de Angela Vincent. Sur le contrat, on le décrivait comme « maître de spectacle ».

Elridge « La Patte » Dufour s’est éteint à Trois-Rivières le 25 août 1983.

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2 thoughts on “La Patte, l’ancêtre du cow-boy de Trois-Rivières

  1. Bonjour Éric,
    Curieuse coïncidence que cet article car je travaille sur la rue Fusey, secteur Cap-de-la-Madeleine, près du pont Duplessis, et il y a quelques jours, j’ai justement vu Le cowboy de Trois-Rivières (celui des années 2000) « faire son numéro » aux feux de circulation…
    Une p’tite touche d’humour pour le week-end ça fait du bien!

    Aimé par 1 personne

    1. En effet, j’ai eu le sourire aux lèvres assez longtemps quand j’ai découvert cet article cette semaine, par pur hasard. Disons que c’est pas lui que je cherchais en fouillant dans Le Nouvelliste de 1975, mais bon, je trouvais que ça changeait le mal de place. 🙂

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