Le tueur de Cédrika se serait-il inspiré de l’affaire Ranucci?


Et voilà! L’abcès est crevé. On l’a arrêté, on l’accusé de possession et de distribution de pornographie juvénile, et, surtout, on l’a nommé. Puis les journalistes n’ont pas tardé à le mettre en lien avec l’affaire Cédrika Provencher. Il s’appelle donc Jonathan Bettez.

La rumeur publique avait donc vu juste sur l’identité du suspect no. 1. Mais soyons précis sur les termes : cela ne fait pas de lui un accusé, et encore moins un coupable de meurtre. Il faudra donc attendre une preuve plus solide ou des aveux. À moins qu’il faille chercher l’assassin dans une autre direction.

Cela étant dit, il y a un détail que je retiens depuis longtemps dans cette affaire, et je parle ici de ce que nous savons précisément de l’enlèvement de Cédrika. Il y a toutes sortes de stratégies utilisées pour enlever des enfants, mais la technique consistant à demander à des mineurs de rechercher un chien n’est certainement pas courante. À travers toutes mes lectures et autres recherches sur les dossiers criminels, je n’ai vu cela qu’une seule fois. Ça se passait en France en 1974.

Pour mieux comprendre, arrêtons-nous un moment à l’extrait suivant tiré du livre Le pull-over rouge, de Gilles Perrault, publié en 1978, et qui décrivait ainsi la scène de l’enlèvement de la petite Marie-Dolorès Rambla, enlevée le 3 juin 1974 :

Marseille est vide. La chaleur et les trois jours de vacances de la Pentecôte ont drainé sa population vers les plages. Ce lundi 3 juin 1974, le soleil brille et un vent chaud balaie la ville. Marie-Dolorès Rambla, dont on a fêté la semaine précédente le huitième anniversaire, joue avec son frère Jean, six ans, dans une cour de la cité Sainte-Agnès, située dans le quartier des Chartreux, est constituée par un ensemble de bâtiments moroses. Elle donne sur la rue Albe, À moins de cent mètres, c’est la rocade du Jarret, l’une des principales artères d’accès à Marseille.

Comme la plupart des cités populaires de la ville, celle-ci est dépourvue de terrains de jeux ou de sport. Les enfants doivent s’ébattre dans les cours. Une pancarte comminatoire indique que les patins sont interdits, de même que les jeux de ballon et, d’une manière générale, les jeux bruyants. En cas d’infraction, le gardien assermenté verbalisera.

Mme Rambla est dans son logement, au premier étage du bâtiment C-7, avec ses deux plus jeunes enfants. Elle sait que les aînés s’amusent dans la cour avec deux petits voisins, compagnons de jeux habituels. Vers onze heures, elle jette un coup d’œil par la fenêtre de la salle à manger. Marie-Dolorès et Jean sont seuls. Elle se penche et leur demande de remonter. Marie-Dolorès répond : « Encore un petit moment … ». Quelques minutes plus tard, et regardant cette fois par la fenêtre de la cuisine, qui s’ouvre sur l’autre côté du bâtiment, elle aperçoit Jean et lui demande où est sa sœur. « Elle cherche le chien », répond l’enfant. Mme Rambla ignore de quel chien il peut s’agir et croit à un jeu. Encore quelques minutes et elle aperçoit de nouveau le petit Jean par la fenêtre de la cuisine. Elle lui redemande où est Marie-Dolorès. L’enfant répond : « je ne la trouve pas ».

Un homme, qui conduisait apparemment une voiture de type Simca 1100 avait demandé au petit Jean de chercher son chien de l’autre côté d’un immeuble pendant qu’il cherchait dans l’autre direction avec sa grande sœur. Mais Marie-Dolorès ne fut jamais revue vivante après qu’il eut été question du chien. On retrouva son corps deux jours plus tard. On lui avait fracassé le crâne en plus de la poignarder à quinze reprises.

Christian Ranucci, un jeune homme dans la vingtaine, fut rapidement arrêté en lien avec cette affaire. Il sera jugé et guillotiné pour ce crime en 1976. Plusieurs, dont l’auteur Gilles Perrault, crièrent ensuite à l’injustice en affirmant que l’exécution de Ranucci fut une grave erreur judiciaire, alors que d’autres présentèrent un dossier qui ne laisse aucun doute sur sa culpabilité. Mais la question n’est pas de savoir qui a raison dans ce débat d’auteurs et d’opinion publique.

Il n’en reste pas moins que la technique du chien est la même. À moins que certains lecteurs me viennent en aide pour énumérer d’autres cas similaires, je crois savoir qu’il s’agit du seul cas du genre. Mais alors? Qu’est-ce que cela change à l’affaire Cédrika Provencher?

En fait, je me suis demandé si son assassin n’aurait pu, par exemple, s’inspirer de l’affaire Ranucci. Après tout, on en a fait des livres, une pièce de théâtre et deux films depuis les années 1970. Si par exemple le tueur avait étudié en littérature ou décidé de lire sur le sujet pour satisfaire sa curiosité personnelle, pourrait-il y avoir un lien? Les détectives devraient-ils rechercher dans les affaires de Bettez un exemplaire du livre de Perrault ou une trace sur son ordinateur qu’il ait un jour visionné l’un des deux films sur le Web?

 

Bibliographie suggérée :

Mon compte rendu du livre de Gilles Perrault, publié le 12 octobre 2014

L’affaire Ranucci, le combat d’une mère (2006)

Le pull-over rouge (1979)

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3 thoughts on “Le tueur de Cédrika se serait-il inspiré de l’affaire Ranucci?

  1. Bonjour,
    C`est vrai que c`est rare qu ont entend parler de cette méthode pour enlevé un enfant.

    J`ai écoutée l` `épisode Faites entré l accusé, consacré à l à l`affaire Ranucci. C`est comme ça que j ai appris l`existence de cette histoire.

    C`est spécial comme coïncidence.

    Aimé par 1 personne

  2. Michael Rafferty et sa petite amie Terri McClintic ont également enlevé la petite Victoria Stafford de cette façon également. Source : émission Body Language diffusée vendredi le 2 septembre 2016 en reprise jusqu’à ce mercredi.

    Aimé par 1 personne

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