Les Faucheurs d’enfants: l’avant-propos

killer-820017_1920         Au cours des prochaines semaines, Historiquement Logique présentera une série de huit articles qui nous permettront d’approfondir les circonstances entourant les meurtres horribles d’enfants survenus au cours des années 1980 et 1990.  Les récents développements dans l’affaire Cédrika Provencher ne sont pas complètement étrangers à mon travail de recherche, car certaines personnes ont fait des rapprochements, et cela à plusieurs niveaux.

Au cœur de toutes ces explications et théories, je pense que le public a du mal à s’y retrouver.  D’autant plus que certaines sources semblent se contredire.

C’est un phénomène que rencontre fréquemment tout chercheur historique, et le milieu judiciaire n’y fait pas exception.  Quand on s’éloigne des sources primaires (documents légaux) on assiste forcément à certaines interprétations ou à des erreurs flagrantes.  D’où l’importance, même après des années de récits ou de racontars, de revenir à la source.  Je l’ai prouvé dans L’affaire Aurore Gagnon, le procès de Marie-Anne Houde, où on avait encore des choses à apprendre, un siècle plus tard.

J’ai moi-même voulu mettre à l’épreuve mon propre questionnement et quelques-uns de mes doutes.  Pour cela, rien de mieux que de remonter à la source, c’est-à-dire les documents légaux publiquement accessibles.  Dans le cas d’une affaire non résolue, le lecteur aura compris qu’il est impossible d’avoir accès à l’ensemble de la preuve recueillie par les enquêteurs de la police.  Le contraire serait d’ailleurs inquiétant puisque ceux-ci se doivent de conserver une partie de la preuve hors de la portée du public afin, peut-être, de confondre un éventuel suspect.  Toute personne prétendant détenir une preuve solide que les autres n’ont pas est soit un affabulateur ou un témoin important qui doit immédiatement courir au poste de police le plus près de chez lui afin de partager ce qu’il sait avec les autorités compétentes.

Par conséquent, les réflexions que nous aurons tout au long des prochains billets seront limités en lien avec l’information disponible, et je parle ici des rapports de coroner.  Je présenterai ma médiagraphie à la fin du dernier article.

Ceci m’amène à mettre immédiatement en garde les âmes sensibles, car il est parfois nécessaire d’entrer dans les détails pour mieux comprendre, et aussi pour tirer certaines conclusions.  De plus, je ne considère pas que la seule source documentaire représente une lacune; bien au contraire.  Dans les dossiers judiciaires que j’ai consultés jusqu’à maintenant, les documents légaux ont toujours représentés une source fiable et majoritaire.  Il est facile de le comprendre : dans le cas d’un procès, par exemple, on étudie uniquement la preuve légale et non les rumeurs de corridor.  Il peut paraître bien fascinant de présenter par écrit ou à l’écran un témoin anonyme qui a des choses à raconter, mais advenant l’ouverture d’un procès, qu’arrivera-t-il?  Découvrira-t-on que ce témoin ne veut soudainement plus parler?  Qu’il avait des comptes à régler à l’interne?  Et quoi encore?

Ces questions, malheureusement, on ne se les pose pas assez souvent.  En révisant l’affaire Coffin, Me Clément Fortin a d’ailleurs démontré que certains témoins tenaient un discours différent, selon qu’ils se trouvaient sous serment dans le prétoire ou hors du palais de justice devant des journalistes.  On ne jouera pas à l’autruche : certaines personnes profitent d’événements de ce genre pour atteindre leur heure de gloire.

Il faut se montrer extrêmement prudent à propos de ce qui est dit en dehors d’un prétoire.  Et comme il n’y a jamais eu de procès dans les cas que nous allons réviser, cette prudence ne doit jamais nous abandonner.  Il faut donc se construire une base solide à partir des documents qui sont actuellement disponibles et aussi admettre l’existence des zones d’ombre que nous ne pouvons éclaircir.

Si j’ai choisi le nom de « Faucheurs » au pluriel, c’est précisément parce que nous devons admettre que, jusqu’ici, aucune preuve n’appuie la version qu’un tueur unique puisse être responsable de tous ces dossiers.  Les détectives en herbe ont parfois tendance à tout relier sans nécessairement vérifier si ces liens sont solides ou non.  La meilleure façon de les mettre à l’épreuve, c’est de se faire l’avocat du diable et de se demander si ces indices seraient crédibles au point d’être admis en preuve devant un juge au cours d’un procès pour meurtre.

Dans un premier temps, nous reviendrons sur les circonstances de l’enlèvement et du meurtre du petit Maurice Viens survenu le 1er novembre 1984.  Dans le second article, nous survolerons les faits entourant le double enlèvement de Sébastien Métivier et Wilton Lubin, ainsi que les circonstances de la découverte du corps de ce dernier.  Dans le troisième, nous répéterons l’exercice avec Denis Roux-Bergevin, et ainsi de suite avec Pascal Poulin et Marie-Ève Larivière, ces deux dernières victimes ayant été fauchées au début des années 1990.  Selon certaines théories, leurs meurtres seraient reliés à ceux de 1984 et 1985.

Les deux textes suivant exploreront deux pistes différentes.  La première concernera Marc Perron, que l’on surnomme aussi Le Chambreur.  Et puis nous reviendrons sur le cas de Jean-Baptiste Duchesneau.  Finalement, après avoir étudié le profil de ces deux énergumènes, nous tenterons, bien humblement, certaines hypothèses.

Les articles seront publiés chaque dimanche au cours des huit prochaines semaines.  Il ne s’agira pas de refaire une enquête, mais seulement de jeter un regard honnête et sincère sur un phénomène qui ne passe pas inaperçu.  Les cas de meurtres non résolus, en particulier ceux des enfants, suscitent bien souvent notre compassion et notre altruisme.  Parfois, le simple fait de dépoussiérer les dossiers et de rétablir quelques faits suffit à y voir un peu plus clair.

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Bonne lecture.

(dimanche prochain : 1ère partie, Maurice Viens)

 

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